Étienne de La Boétie
1530–1563
Poems (84)
A 2
C 8
- C'est Amour, c'est Amour, c'est luy seul, je le sensMais le plus vif amour, la poison la plus forte
- C'est faict, mon coeur, quitons la libertéDequoy meshuy serviroit la deffence,
- C'estoit alors, quand, les chaleurs passeesLe sale Automne aux cuves va foulant
- Ce dict maint un de moy : De quoy se plaint il tantPerdant ses ans meilleurs, en chose si legiere ?
- « Ce dit maint un de moi : De quoi se plaint-il tant »Perdant ses ans meilleurs en chose si légère ?
- Ce jourd'huy du Soleil la chaleur altereeA jauny le long poil de la belle Ceres :
- Ce n'est pas moy que l'on abuse ainsiQu'à quelque enfant, ces ruzes on emploie,
- Ce sont tes yeux tranchans qui me font le courageJe veoy saulter dedans la gaïe liberté,
E 2
H 1
J 13
- J'allois seul remaschant mes angoisses passesVoici (Dieux destournez ce triste mal-encontre !)
- J'ay fait preuve des deux, meshuy je le puis direSois je pres, sois je loing, tant mal traicté je suis,
- J'ay tant vescu, chetif, en ma langueurQu'or j'ay veu rompre, et suis encor en vie.
- J'ay un Livre Thuscan, dont la tranche est garnieRichement d'or battu de l'une et l'autre part ;
- J'ay veu ses yeulx perçans, j'ay veu sa face claireNul jamais, sans son dam, ne regarde les Dieux :
- J'estois prest d'encourir pour jamais quelque blasmeDe colere eschaufé, mon courage brusloit,
- Jà reluisoit la benoiste journeeQue la nature au monde te devoit,
- Je ne croiray jamais que de Venus sortisseUn tel germe que toy. Or ta race j'ay sceu,
- Je publiëray ce bel esprit qu'elle aLe plus posé, le plus sain, le plus seur,
- Je sçay ton ferme cueur, je cognois ta constanceNe sois point las d'aimer, et sois seur que le jour,
- Je tremblois devant elle, et attendois, transiPour venger mon forfaict quelque juste sentence,
- Je veux qu'on sçache au vray comme elle estoit armeeLors qu'elle print mon coeur au dedans de son fort,
- Je voy bien, ma Dourdouigne, encor humble tu vasDe te monstrer Gasconne, en France, tu as honte.
L 2
M 1
N 1
O 9
- Ô coeur léger, ô courage mal seurPenses tu plus que souffrir je te puisse ?
- Ô l'ai je dict ? helas ! l'ai je songé ?Ou si, pour vrai, j'ai dict blaspheme telle ?
- Ô qui a jamais veu une barquette telleQue celle où ma maistresse est conduitte sur l'eau ?
- Ô vous, maudits sonnets, vous qui printes l'audaceÔ vous, mauditz sonnetz, vous qui prinstes l'audace
- Ô, entre tes beautez, que ta constance est belleC'est ce coeur asseuré, ce courage constant,
- Or, dis je bien, mon esperance est morteOr est ce faict de mon ayse et mon bien.
- Ores je te veux faire un solennel sermentNon serment qui m'oblige à t'aimer d'avantage,
- Où qu'aille le Soleil, il ne voit terre aucuneOù les maulx que tu fais ne te facent nommer.
- Ou soit lors que le jour le beau Soleil nous donneOu soit quand la nuict oste aux choses la couleur,
P 2
Q 6
- Quand celle j'oy parler qui pare nostre FranceLors son riche propos j'admire en escoutant ;
- Quand j'ose voir Madame, Amour guerre me livreEt se pique à bon droit que je vay follement
- Quand tes yeux conquerans estonné je regardeJ'y veoy dedans à clair tout mon espoir escript ;
- Quand viendra ce jour là, que ton nom au vray passePar France dans mes vers ? combien et quantes fois
- Quant à chanter ton los par fois je m'adventureSans ozer ton grand nom dans mes vers exprimer,
- Quoy ? qu'est ce ? ô vans, ô nuës, ô l'orage !A point nommé, quand moy d'elle aprochant,
R 1
S 32
- Si contre Amour je n'ay autre deffenceJe m'en plaindray, mes vers le maudiront,
- Si ma raison en moy s'est peu remettreSi recouvrer asthure je me puis,
- Si onc j'eus droit, or j'en ay de me plaindreCar qui voudroit que je fusse content
- Sonnet cinq de vingt neufJ’ai vu ses yeux perçants, j’ai vu sa face claire :
- Sonnet deux de vingt neufC'est amour, c'est amour, c'est lui seul, je le sens,
- Sonnet dix de vingt neufJe vois bien, ma Dordogne encore humble tu vas :
- Sonnet dix-huit de vingt neufJ’étais près d’encourir pour jamais quelque blâme.
- Sonnet dix-neuf de vingt neufJe tremblais devant elle, et attendais, transi,
- Sonnet dix-sept de vingt neufSi ma raison en moi s’est pu remettre,
- Sonnet douze de vingt neufQuoi ? qu’est-ce ? ô vents, ô nues, ô l’orage !
- Sonnet huit de vingt neufQuand viendra ce jour là, que ton nom au vrai passe
- Sonnet neuf de vingt neufÔ entre tes beautés, que ta constance est belle.
- Sonnet onze de vingt neufToi qui oys mes soupirs, ne me sois rigoureux
- Sonnet quatorze de vingt neufÔ cœur léger, ô courage mal sûr,
- Sonnet quatre de vingt neufC’était alors, quand les chaleurs passées,
- Sonnet quinze de vingt neufCe n’est pas moi que l’on abuse ainsi :
- Sonnet seize de vingt neufOh l’ai-je dit ? Hélas l’ai-je songé ?
- Sonnet sept de vingt neufQuand à chanter ton los, parfois je m’aventure,
- Sonnet six de vingt neufCe dit maint un de moi, de quoi se plaint-il tant,
- Sonnet treize de vingt neufVous qui aimer encore ne savez,
- Sonnet trois de vingt neufC'est fait mon cœur, quittons la liberté.
- Sonnet un de vingt neufPARDON AMOUR, pardon, ô Seigneur je te voue
- Sonnet vingt de vingt neufÔ vous maudits sonnets, vous qui prîtes l’audace
- Sonnet vingt et un de vingt neufN’ayez plus mes amis, n’ayez plus cette envie
- Sonnet vingt-cinq de vingt neufJ’ai tant vécu, chétif, en ma langueur,
- Sonnet vingt-deux de vingt neufQuand tes yeux conquérants étonné je regarde,
- Sonnet vingt-huit de vingt neufSi contre amour je n’ai autre défense
- Sonnet vingt-neuf de vingt neufJà reluisait la benoîte journée
- Sonnet vingt-quatre de vingt neufOr dis-je bien, mon espérance est morte.
- Sonnet vingt-sept de vingt neufLorsque lasse est, de me lasser ma peine,
- Sonnet vingt-six de vingt neufPuisqu’ainsi sont mes dures destinées,
- Sonnet vingt-trois de vingt neufCe sont tes yeux tranchants qui me font le courage.