Non loin de ton berceau pourquoi la Providence
N'a-t-elle point caché le nid de mon enfance !
Prodiguant tes clartés à mon ciel nuageux,
Tu m'aurais partagé ta lumière et tes jeux ;
Ta brise eût caressé ma tige encor débile ;
Ton ombre eût abrité mon rêve humble et mobile ;
Et la nuit, endormant notre bonheur pareil,
Eût porté dans mon sein la...
-
-
Vainement tu lui fais affront,
Votre brouille m’amuse,
Car je reconnais sur ton front
Le baiser de la Muse.Tout est fini, si tu le veux ;
Mais que le vent les bouge,
Vite on le voit sous tes cheveux,
La place est encor rouge.Tu fuis le bois des lauriers verts...
-
O poëte, il le faut, honorons la Matière ;
Mais ne l'honorons point d'une amitié grossière,
Et gardons d'offenser, pour des plaisirs trop courts,
L'Amour, qui se souvient, et se venge toujours.
Notre âme est trop souvent comme cette Bacchante
Que, dans une attitude aimable et provocante,
Le Satyre caresse et retient dans ses bras,
Rouge de ses... -
Mon Charles, autrefois mon frère, et pardieu bien !
Encore tel malgré toutes les lois ensemble,
Te souvient-il d’un amoureux qui n’ose et tremble
Et verse le secret de son cœur dans le tien ?Ah, de vivre ! Et te souvient-il du fameux Sage,
Austère avec douceur, en route, croyait-il,
Pour un beau Bethléem littéral et subtil,
Entre un berger naïf et... -
RÉPONSE À UNE INVITATION À DÎNER
Garnier, grand maître du fronton,
De l’astragale et du feston,
Demain, lâchant là mon planton,
Du fond de mon lointain canton
J’arriverai, tardif piéton,
Aidant mes pas de mon bâton,
Et précédé d’un mirliton,
Duilius du feuilleton,
Prendre part à ton gueuleton,
Qu’arrosera le piqueton... -
Petite ville de province,
Ton salutaire souvenir
N’est pas de ceux dont on évince
La mémoire de l’avenir !Ta gloire n’est pas établie
Sur un socle au granit chanceux,
Et ton combat n’est pas de ceux
Qu’un poëte français oublie !Petite ville, si j’étais
Ce que pour toi je voudrais être,
Avec ta ceinture pour mètre
Et tes... -
Prestigieux rival des grands maîtres d’Europe,
Poitrinaire à la fois viril et défaillant,
Tu fus un être unique, et le cœur d’un vaillant
Battait robustement sous ta frêle enveloppe.Aux plus grandes douleurs sachant te résigner,
Tu te montrais pourtant irascible et morose,
Et quelqu’un nous a dit que le pli d’une rose
Pouvait meurtrir ton... -
Croyez-moi, mignonne, avec l’amourette
Que nous gaspillons à deux, chaque jour
(Ne vous moquez pas trop de moi, Clairette),
On pourrait encore faire un peu d’amour.
On fait de l’amour avec l’amourette.Qui sait ? connaissons un peu mieux nos cœurs.
Qui sait ? cherchons bien…pardon, je m’arrête ;
Vous avez la bouche et l’œil trop moqueurs... -
Si Dieu venant vers moi sur l’éclair des tempêtes
M’emportait, palpitant, sur un mont soucieux,
Et donnant à mon œil le regard des prophètes,
Me montrait l’univers que reflètent les cieux ;Et qu’il me dît : Vois-tu ces splendeurs que j’ai faites
Combleront à ma voix ton cœur ambitieux,
Ton front dominera les plus sublimes têtes,
Sur ta lyre... -
Le temps efface l’Art avec un doigt trop prompt,
Et l’Éternité manque à la forme divine.
Le Vinci sous son crêpe à peine se devine,
Et de Monna Lisa l’ombre envahit le front.Ce que nos yeux ont vu, bien peu d’yeux le verront.
On cherche au Vatican Raphaël en ruine,
Michel-Ange s’éteint aux murs de la Sixtine;
Comme Apelle et Zeuxis ils s’...