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    Oublier ! ce n’est pas sa faute ni la mienne !
    Car l’amour n’est vraiment qu’une bohémienne
    Arrêtée un matin devant notre maison
    Avec, dans ses yeux clairs, tout le vaste horizon
    Du ciel bleu reflété comme au fil d’une source.
    La voyageuse va recommencer sa course,
    Mais, dans un frôlement, ses longs doigts cajoleurs
    Papillonnent autour de sa...

  • O lune, ô belle nuit, sérénité profonde,
    Ruissellement du ciel étoilé sur le monde,
    Quiétude des champs où flottent des pâleurs
    Sur la verdure unie et sur l’émail des fleurs,
    Mystère des grands bois, pleins d’ombres illusoires,
    Avec leurs blancs rayons coupés de branches noires,
    Douceur dont l’univers immobile est rempli,
    Fous, solitude, et vous,...

  • Mon cœur, ô ma Chimère, est une cathédrale
    Où mes chastes pensers, idolâtres du Beau,
    S’en viennent à minuit sous la flamme lustrale
    Râler leur requiem au pied de ton tombeau.

    J’ai dressé sous le ciel du dôme un sarcophage
    Dont la grave épitaphe en strophes de granit
    Proclamera de l’aube à l’ombre et d’âge en âge
    L’amen et l’hosanna de notre amour...

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    J’avais vu ― l’an dernier ― au fond d’un cimetière
    Une petite tombe étroite et toute entière
    Recouverte de fleurs qui s’effeuillaient au vent.
    C’était le jour des Morts et la foule en rêvant
    Sentait près des défunts combien la vie est vaine.
    Tout était blanc sur ce tombeau ; pas une veine
    Dans le marbre caché sous un amas tremblant
    De roses,...

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    Que m’importe le soir puisque mon âme est pleine
    De la vaste rumeur du jour où j’ai vécu !
    Que d’autres en pleurant maudissent la fontaine
    D’avoir entre leurs doigts écoulé son eau vaine
    Où brille au fond l’argent de quelque anneau perdu.

    Tous les bruits de ma vie emplissent mes oreilles
    De leur écho lointain déjà et proche encor ;
    Une rouge...

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    Poète, entre les fleurs de l’âme il en est une
    Qui croît aux vents aigus de l’adverse fortune.
    Quand rêve, espoir, printemps, tout s’est évanoui,
    Dans le jardin aride où l’âme se recueille,
    C’est la suprême fleur, hélas ! que l’homme cueille,
    Et cette fleur a nom la rose de l’oubli.

    Pour nos cœurs dépouillés il est des roses noires.
    Sur les...

  • Le temple est en ruine au haut du promontoire.
    Et la Mort a mêlé, dans ce fauve terrain,
    Les Déesses de marbre et les Héros d'airain
    Dont l'herbe solitaire ensevelit la gloire.

    Seul, parfois, un bouvier menant ses buffles boire,
    De sa conque où soupire un antique refrain
    Emplissant le ciel calme et l'horizon marin,
    Sur l'azur infini dresse sa forme...

  • Autrefois inséparables,
    Et maintenant séparés.
    Gaie, elle court dans les prés,
    La belle aux chants adorables ;

    La belle aux chants adorés,
    Elle court dans la prairie ;
    Les bois pleins de rêverie
    De ses yeux sont éclairés.

    Apparition exquise !
    Elle marche en soupirant,
    Avec cet air conquérant
    Qu'on a quand on est...

  • Allez, vieilles amours, chimères,
    Caresses qui m'avez meurtri,
    Tourments heureux, douceurs amères,
    Abandonnez ce coeur flétri !

    Sous l'azur sombre, à tire-d'ailes,
    Dans l'espoir d'un gîte meilleur,
    Fuyez, plaintives hirondelles,
    Le nid désormais sans chaleur !

    Tout s'éteint, grâce aux jours moroses,
    Dans un tiède et terne unisson.
    ...

  • I

    Mon coeur, ô ma Chimère, est une cathédrale
    Où mes chastes pensers, idolâtres du Beau,
    S'en viennent à minuit sous la flamme lustrale
    Râler leur requiem au pied de ton tombeau.

    J'ai dressé sous le ciel du dôme un sarcophage
    Dont la grave épitaphe en strophes de granit
    Proclamera de l'aube à l'ombre et d'âge en âge
    L'amen et l'hosanna...