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    Pourquoi dans ta douleur croissante
    Nous fuir sans cesse et t’enfermer ?
    Ton cœur d’où la joie est absente,
    Poète, a-t-il cessé d’aimer ?

    L’arbre de tes belles années
    N’a point connu les durs hivers ;
    Pourquoi donc ces feuilles fanées
    Au lieu de rameaux frais et verts ?

    Le printemps fuit avec vitesse ;
    Les jours froids assez tôt...

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    Un disciple de Boon, ermite centenaire,
    Vivait indépendant, près d’un lac solitaire :
    Des modernes progrès il ignorait l’essor ;
    Nul steam-boat, nul rail-way, nul télégraphe encor
    N’avait, en ébranlant sa hutte inaccessible,
    D’une étrange frayeur ému son cœur paisible !
    Il ignorait, — depuis le sage Washington, —
    ...

  • Je vis cloîtré dans mon âme profonde,
    Sans rien d’humain, sans amour, sans amis,
    Seul comme un dieu, n’ayant d’égaux au monde
    Que mes aïeux sous la tombe endormis !
    Hélas ! grandeur veut dire solitude.
    Comme une idole au geste surhumain,
    Je reste là, gardant mon attitude,
    La pourpre au dos, le monde dans la main.

    Comme Jésus, j’ai le cercle d’...

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    L'aube sur le rocher lance un trait de lumière ;
    L'oiseau chante avant moi : «Béni soit le Seigneur ! »
    Ce nom est plus tôt dans mon cœur
    Que le jour n'est dans ma paupière.

    Je disais autrefois: « Que ferai-je aujourd'hui ? »
    Et la gloire, et l'amour, et mes vaines pensées,
    Disputaient au réveil mes heures insensées;
    Mais le...

  • Le vieux qui, vert encore, approchait des cent ans,
    Me dit : « Malgré l’soin d’mes enfants
    Et les bontés d’mon voisinage,
    J’suis seul, ayant perdu tous ceux qui s’raient d’mon âge.

    Vous ? vot’...

  • Au coeur solitaire du bonheur,
    Devenu mon coeur même,
    Quelle paix divine en ce jour,
    Et quelle plénitude suprême !

    Ô le rire adorable d'amour
    De tout ce qui m'environne !
    Autour de mon bonheur en fleur
    Une abeille éternelle bourdonne...

    Elle se clôt doucement et s'apaise,
    Mon âme heureuse ;
    Elle se tait,
    La rose qui...

  • Emprunte aux oiseaux leur auberge
    Au feuillage d'ardoise tendre !
    Loin des fatigues, ma cycliste,
    Qui t'épanouis sur nos berges,
    Future fleur comme Narcisse,

    Tu sembles toi-même t'attendre !
    Mais pour que nul gêneur ne vienne
    Je nomme la Marne gardienne,
    Ô peu chaste, de tes appâts.
    La Marne fera les cent pas.

    Si son eau...

  • Que diras-tu ce soir, pauvre âme solitaire,
    Que diras-tu, mon coeur, coeur autrefois flétri,
    A la très-belle, à la très-bonne, à la très-chère,
    Dont le regard divin t'a soudain refleuri ?

    - Nous mettrons notre orgueil à chanter ses louanges :
    Rien ne vaut la douceur de son autorité ;
    Sa chair spirituelle a le parfum des Anges,
    Et son oeil nous revêt d'...

  • Le regard singulier d'une femme galante
    Qui se glisse vers nous comme le rayon blanc
    Que la lune onduleuse envoie au lac tremblant,
    Quand elle y veut baigner sa beauté nonchalante ;

    Le dernier sac d'écus dans les doigts d'un joueur ;
    Un baiser libertin de la maigre Adeline ;
    Les sons d'une musique énervante et câline,
    Semblable au cri lointain de l'...

  • (Extrait)

    ... Ô plaisirs passagers de notre vanité !
    Êtes-vous donc suivis de quelque éternité ?
    Éternité de bien, éternité de peine,
    Lorsque je pense à toi tu m'assèches la veine :
    Ma plume ni mes vers ne peuvent plus couler,
    Ma langue s'engourdit, je ne peux plus parler.
    Gouffre d'éternité, tu n'as ni fond ni rive,
    De la fin de tes jours...