Dans ce siècle, aveuglé d’orgueilleuses lumières,
Qui va jusqu’à nier les vérités premières ;
Qui, saisi de vertige, en sa fiévreuse ardeur,
Court vers le précipice aidé par la vapeur ;
Dans ce siècle éclairé, cet âge utilitaire,
Où de l’humanité l’idole est la matière ;
Où le roi c’est le peuple, et l’argent c’est le dieu,
Faux...
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LA POÉSIE.
Quoi ! par de vains accords et des sons impuissants,
Vous croyez exprimer tout ce que je sais dire ?
LA MUSIQUE.
Aux doux transports qu’Apollon vous inspire
Je crois pouvoir mêler la douceur de mes chants.
LA POÉSIE.
Oui, vous pouvez au... -
AVRILC’est moi qui décoche à ta vitre
Ce rayon d’or leste et joyeux
Dont le feu, sur ton noir pupitre,
Tombe et rejaillit dans tes yeux.Ferme, en chassant ton rêve sombre,
Ce livre jaune où tu t’endors ;
Fuis gaîment la ville et son ombre
Pour me suivre aux prés, d’où je sors.Je suis le printemps ! Dieu m’envoie,
Plein... -
À Madame X.À vous dont les cheveux de neige et de clarté
Encadrent doucement la figure indulgente,
— Ainsi dans les grands bois un vieux chêne s’argente
Des fils blancs de la Vierge à la fin de l’été,À vous l’ancienne, à vous la bonne, à vous la seule
Pour qui j’ai de ma vie entr’ouvert les rideaux,
A vous dont l’âme... -
J’étais le seul ami qu’il eût sur cette terre,
Hors son pauvre troupeau ; je vins au presbytère
Comme j’avais coutume, à la Saint-Jean d’été,
À pied, par le sentier du chamois fréquenté,
Mon fusil sous le bras et mes deux chiens en laisse,
Fatigué de gravir ces monts croissant sans cesse,
Mais songeant au plaisir que j’aurais vers le soir
À... -
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J’attendais le vent d’ouest, car à l’Anse Saint-Jean
Je devais m’embarquer pour relever le plan
D’un dangereux récif au large des Sept-Îles.J’avais d’abord goûté l’éloignement des villes
Dans cette solitude, au pied des hauts glacis,
Chez les bons paysans rompant le bon pain bis,
Pendant que l’on gréait la svelte goélette
Qui, dans l’épais brouillard... -
Une douleur renaît pour une évanouie ;
Quand un chagrin s’éteint, c’est qu’un autre est éclos ;
La vie est une ronce aux pleurs épanouie.Dans ma poitrine sombre, ainsi qu’en un champ clos,
Trois braves cavaliers se heurtent sans relâche,
Et ces trois cavaliers à mon être incarnés,
Se disputent mon être, et sous... -
Ce sont choses crépusculaires,
Des visions de fin de nuit.
Ô Vérité, tu les éclaires
Seulement d’une aube qui luit.Si pâle dans l’ombre abhorrée
Qu’on doute encore par instants
Si c’est la lune qui les crée
Sous l’horreur des rameaux flottants,Ou si ces fantômes moroses
Vont tout à l’heure prendre corps
Et se mêler au chœur des... -
On dira qu’à plaisir je m’allume la joue ;
Que mon vers aime à vivre et ramper dans la boue ;
Qu’imitant Diogène au cynique manteau,
Devant tout monument je roule mon tonneau ;
Que j’insulte aux grands noms, et que ma jeune plume
Sur le peuple et les rois frappe avec amertume ;
Que me font, après tout, les vulgaires abois
De tous les charlatans...