•  
    Source trois fois féconde, opulente Nature,
    Sans t’épuiser jamais, toi qui donnes toujours ;
    Toi qui répands à flots sur chaque créature
    La vie et ses bienfaits, la vie et ses beaux jours ;
    Je t’envie, ô Nature ! ô mère impérissable,
    Qui nous verses à tous un lait intarissable !
    Poète, que ne puis-je abreuver de mes chants,
    Comme toi de tes...

  • Eh bien ! reprends-le donc ce peu de fange obscure
    Qui pour quelques instants s’anima sous ta main ;
    Dans ton dédain superbe, implacable Nature,
    Brise à jamais le moule humain.

    De ces tristes débris quand tu verrais...

  • Pareille en ton caprice aux reines d’Orient,
    Bizarre déité, qui fais en souriant
    Mourir ceux qui venaient de s’enivrer la tête
    Aux parfums de ton corps, à la brûlante fête
    Que leur donnaient tes seins d’où ruisselait l’amour :
    — Reine, malgré la mort, quand apparaît le jour,
    Malgré ta cruauté tranquille, et les mensonges
    De tes bras repliés pour...

  •  
    L’œuvre que Léonard quatre ans a caressée,
    Et qui porte le sceau divin de sa pensée,
    Fascine mes regards et hante mon cerveau ;
    Et je crois voir en elle un symbole nouveau
    De la voluptueuse et mystique Nature.
    Je frissonne devant l’immortelle peinture
    Où le maître, ébloui de lui-même et ravi,
    A fixé l’idéal âprement poursuivi.
    Cette femme...

  •  

    Les défricheurs.

    Invisibles pouvoirs, souffles impérieux,
    Monarques qui tenez l’immensité des cieux,
    Vents qui portez le frais aux ondes des fontaines,
    Les ondes aux grands bois, les semences aux plaines,
    Et jetez à longs flots les flammes de l’amour
    À tout ce qui respire et ce qui voit le jour,...

  •  
    Dans tout l’enivrement d’un orgueil sans mesure,
    Ébloui des lueurs de ton esprit borné,
    Homme, tu m’as crié : « Repose-toi, Nature !
    Ton œuvre est close : je suis né ! »

    Quoi ! lorsqu’elle a l’espace et le...

  •  
    Lorsque l’homme pleura sa première chimère,
    Moins impassible qu’aujourd’hui,
    La nature sentit frémir ses flancs de mère
    Et voulut pleurer avec lui.
    Tout s’assombrit. Les cieux n’eurent plus une étoile,
    La terre n’eut plus une fleur.
    Le soleil se cloîtra, la lune prit le voile,
    Et la forêt tordit ses branches, de douleur.

    Les couchants...

  •  
    Ô Nature ! bientôt, sous le nom d’industrie,
    Tu vas tout envahir, tu vas tout absorber.
    Le poète navré s’indigne et se récrie :
    « Quoi ! sous ce joug brutal il faudra nous courber ?
    Non, tant que la beauté dominera l’argile,
    Dans le conflit sacré, c’est nous qui l’emportons.
    Comme le...

  • Je vous offre, amis lecteurs,
    Un bien gros bouquet des fleurs
            De ma province;
    Pour vous, quand vous aurez lu,
    Et pour moi j’aurais voulu
            Qu’il fût plus mince.

    L’avais-je cueilli pour vous
    Sous l’ombrage frais et doux
            De nos futaies,
    Dans les champs et dans les prés,
    Sur les talus empourprés,
            Au...

  • As a fond mother, when the day is o’er,
    Leads by the hand her little child to bed,
    Half willing, half reluctant to be led,
    And leave his broken playthings on the floor,
    Still gazing at them through the open door,
    Nor wholly reassured and comforted
    By promises of others in their stead,
    Which, though more splendid, may not please him more;...