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    Déchiré par le fer, arbre au noble feuillage,
    A l’homme dont la main te mutile et t’outrage,
    Tu n’en verses pas moins ton ombre et ton trésor :
    Le flanc tout sillonné de profondes morsures,
    Par la lèvre béante où saignent tes blessures,
              Ta sève coule en larmes d’or.

    Poète, fais ainsi : sur la tourbe stupide
    Dont l’aveugle fureur t’...

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    Lorsque Mai rougissant rassérène les coeurs
    Et que sourit à tous la terre fécondée,
    Quand sur les verts gazons Chloris mène des choeurs,
    Il fleurit dans le parc un arbre de Judée.

    C'est un arbre tout rose, et sans feuilles d'abord,
    Un tout harmonieux que rien autre n'égale.
    Ses longs rameaux, groupés dans un parfait accord,
    Ont l'air de...

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    (Taedet animam meam vitae meae.)
    JOB

    I

    C’était un beau hêtre. — Il voûtait
    Sa cime dans les bleus fluides,
    Et, tel qu’un chêne saint, datait
    De l’ère auguste des Druides.

    Des sublimes illusions,
    Jacob, Joseph, élus étranges,
    Auraient peuplé de visions
    Cet arbre aux échelles sans anges.

    De ses grands...

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    Je sais, dans ma forêt natale,
    Un arbuste, enfant des hauts lieux :
    Fière est sa tige orientale,
    Fier son feuillage harmonieux.

    Verte et voisine des nuages,
    Sa tête, dans le bleu des airs,
    Fleurit sur les cimes sauvages
    Comme la grâce des déserts.

    Des rochers d’où sa flèche émerge,
    Jusqu’au ciel il porte la voix
    Du furtif...

  • Dans un parc oublié dont le silence amorce
    Les rêveurs, sentinelle ancienne du seuil,
    Le grand arbre muet isole son orgueil,
    Et vers le ciel étend ses branches avec force.

    Son tronc noir se raidit musculeux comme un torse,
    Et son cœur dépouillé ferait un bon cercueil.
    Il a l’air de porter l’empreinte d’un long deuil,
    Et l’âge a sillonné profondément l...

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    L’arbre, dont on fera des planches,
    Est vivant ; il lève ses branches
    Comme de grands bras vers les cieux ;
    Avec un murmure joyeux
    Il agite son beau feuillage
    Où l’oiseau plus joyeux que sage
    En chantant viendra se poser ;
    Il donne à la terre un baiser

    De fraîcheur, dans la forêt sombre ;
    On n’oserait compter le nombre
    De ses...

  • Vous étiez sous un arbre, assise en robe blanche,
    Quelque ouvrage à la main, à respirer le frais.
    Malgré l’ombre, pourtant, des rayons indiscrets
    Pénétraient jusqu’à vous, filtrant de branche en branche.

    Ils jouaient sur le sein, sur le col, sur la hanche ;
    Vous reculiez le siège ; et puis, l’instant d’après,
    Pleuvaient d’autres rayons sur vos divins...

  • Un jardinier dans son jardin
           Avait un vieux arbre stérile;
    C'était un grand poirier, qui jadis fut fertile;
    Mais il avait vieilli, tel est notre destin.
    Le jardinier ingrat veut l'abattre un matin;
           Le voilà qui prend sa cognée.
           Au premier coup l'arbre lui dit:
      « Respecte mon grand âge, et souviens-toi du fruit
           Que je...

  • Je connais, au fond d'une anse
    Où sa maigre forme danse,
    Un érable mort,
    Mort nous raconte une histoire
    De s'être penché pour boire
    L'eau claire du bord.

    A le voir nu comme un marbre,
    L'été, parmi d'autres arbres
    Verts et vigoureux,
    On dirait que la nature
    L'a laissé sans sépulture
    Pour un crime affreux.

    Plus tard quand...

  • Bel Arbre triomphant, victorieux trophée,
    Qui pourroit dignement ta loüange entonner ?
    Au seul ozer je sens ma Muse s'étonner,
    Et ma voix au gosier de frayeur estouffée.

    Soy donq, ô digne Croix, toy-mesme ton Orphée,
    Et te plaise aujourd'huy piteuse me donner
    Qu'à tousjours de ton Nom soit ma gloire étoffée,
    Que mon penser ne puisse onques t'...