•  
    Seigneur ! en un jour grave, il m’en souvient, Seigneur !
    Seigneur, j’ai fait le vœu d’une œuvre en votre honneur.

    C’est donc pour vous qu’ici brûlent d’abord des lampes
    Qui disent votre gloire et sont mes dithyrambes.

    Toutes ces chastes Premières Communiantes
    Vêtent mes rêves blancs de leurs robes qui chantent.

    C’est pour prix de vos biens et...

  •  
    C’est l’automne, la pluie et la mort de l’année !
    La mort de la jeunesse et du seul noble effort
    Auquel nous songerons à l’heure de la mort :
    L’effort de se survivre en l’œuvre terminée.
    Mais c’est la fin de cet espoir, du grand espoir,
    Et c’est la fin d’un rêve aussi vain que les autres :
    Le nom du dieu s’efface aux lèvres des apôtres
    Et le...

  •  
    Mère d’Aristophane et du puissant Molière,
            Muse, pardonne si, ma main
    S’élevant un moment jusqu’à ton front divin,
    J’ai pris ton masque pourpre et m’en suis fait visière !
    Pour gloser, badiner et railler par derrière
    De façon à charmer notre pays malin,
    Il faut beaucoup de verve, un esprit juste et fin
            Et surtout une voix légère...

  •  
    Ici toute une vie invisible est enclose
    Qui n’a laissé voir d’elle et d’un muet tourment
    Que ce que laisse voir une eau d’aspect dormant
    Où la lune mélancoliquement se pose.

    L’eau songe ; elle miroite ; et l’on dirait un ciel,
    Tant elle s’orne d’étoiles silencieuses.
    Ô leurre de ce miroir artificiel !
    Apparence ! Sérénités fallacieuses !

    ...
  • Le soleil, moins ardent, luit clair au ciel moins dense.
    Balancés par un vent automnal et berceur,
    Les rosiers du jardin s’inclinent en cadence.
    L’atmosphère ambiante a des baisers de sœur.

    La Nature a quitté pour cette fois son trône
    De splendeur, d’ironie et de sérénité :
    Clémente, elle descend, par l’ampleur de l’air jaune,
    Vers l’homme, son sujet...

  •  
    Une seule âme est plus que l’univers entier :
    Si ce livre aide une âme, en son essor altier ;
    S’il l’aide en son attrait, l’éclairé et l’encourage ;
    S’il l’arrache du monde et sauve du naufrage ;
    Et si, dans son élan vers la perfection,
    Elle y trouve une échelle à son ascension :
    Ah ! béni soit l’Esprit qui l’a dicté, ce livre ;
    J’ai fait une...

  • Lorsque je serai mort, oh ! je vous en convie,
    Si vous vous rappelez une heure de ma vie,
    Amis, où d’amitié j’aie oublié la loi,
                      Oubliez-moi,

    Mais si quelqu’un de vous, entonnant ma louange,
    Dit : Il n’est plus, l’ami, dont la parole étrange
    Parfois pour consoler avait des mots si doux,
                      Souvenez-vous.

    Si l’...

  • LE VIEUX MONDE

    O flot, c'est bien. Descends maintenant. Il le faut.
    Jamais ton flux encor n'était monté si haut.
    Mais pourquoi donc es-tu si sombre et si farouche ?
    Pourquoi ton gouffre a-t-il un cri comme une bouche ?
    Pourquoi cette pluie âpre, et cette ombre, et ces bruits,
    Et ce vent noir soufflant dans le clairon des nuits ?
    Ta vague monte avec...

  •  

    HYMNE À LA TERRE

    Tu permets au travail de presser ta mamelle,
    Patiente nourrice, et, depuis six mille ans,
    Tu gardes à tes fils ta richesse éternelle,
    Tu livres sans compter les trésors de tes flancs.

    Tes bois nous sont ouverts, ta plus belle parure !
    Nous fouillons dans tes os de marbre et de métal.
    Aux besoins du...

  •  

    On eût dit que la mort avait fermé le livre ;
    Mais sa force à ce coup l’avait laissé survivre ;
    Et ce fut, je présume, à peu près vers ce temps
    Que je fis sa rencontre à la fin du printemps,
    Qu’un premier entretien confondit nos deux âmes,
    Et que, du premier jour, tous deux nous nous aimâmes.
    Depuis ce moment-là jusqu’à ses cheveux blancs,
    À...