Aube

by Renée Vivien (1877–1909) · 1897 French

 
    Voici le matin clair… Mon âme ouvre les yeux.
    De ses nocturnes yeux ouverts, elle regarde…
    Avec cette stupeur tragiquement hagarde,
    Redoutant la lumière évidente des cieux.

    C’est l’heure que je crains, celle où s’ouvrent les yeux.
    Vient-il donc m’apporter quelque douleur nouvelle,
    Ce matin dont m’atteint la première stupeur ?
    Je les referme en vain dans l’instant anxieux…

    Voici, j’ai trop ployé sous le poids du destin
    Pour ne point redouter l’inconnu de l’aurore.
    Dois-je donc m’éveiller ? Dois-je souffrir encore ?…
    Que vient-tu m’apporter, ô le nouveau matin ?

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