• Lamartine a chanté le lac au frais rivage,
    Aux flots berçant Elvire avec des bruits charmants.
    Ses vers mélodieux trouveront d'âge en âge
    Des échos immortels dans le cœur des amants.

    Byron, livrant sa voile à la vague qui gronde,
    O farouche Océan ! célébrait ta grandeur ;
    Contemplait, au miroir agité de ton onde,
    Tes abîmes béants, moins profonds que...

  • O chevrier ! ce bois est cher aux Piérides.
    Point de houx épineux ni de ronces arides ;
    À travers l’hyacinthe et le souchet épais
    Une source sacrée y germe et coule en paix.
    Midi brûle là-bas où, sur les herbes grêles,
    On voit au grand soleil bondir les sauterelles ;
    Mais, du...

  •  
    CHŒUR DES ALPES

    Vois ces vierges, là-haut, plus blanches que les cygnes,
    Assises dans l’azur sur les gradins des cieux !
    Viens ! nous invitons l’âme à des fêtes insignes,
    Nous, les Alpes, veillant entre l'homme et les dieux.

    Des amants indiscrets l’abîme nous protège ;
    Notre front n'’a rougi qu’aux baisers du soleil,
    Et les rosiers du soir...

  •  
    I

    La neige qui s'amasse et tombe dans la neige,
    Du ciel, à gros flocons, sur la terre descend,
    Et, comme pour les pas d'un triomphal cortège,
    Son glorieux tapis rayonne éblouissant.

    D'autres regretteront, devant cette richesse,
    Les pourpris que l'Aurore arrose de ses pleurs,
    Le gazon aplani pour des pieds de duchesse,
    Et le rose...

  • Soyez la bienvenue, vous qui venez à ma rencontre
    Dans l'écho de mes propres pas, du fond du corridor obscur et froid du temps.
    Soyez la bienvenue, solitude, ma mère.
    Quand la joie marchait dans mon ombre, quand les oiseaux

    Du rire se heurtaient aux miroirs de la nuit, quand les fleurs,
    Quand les terribles fleurs de la jeune pitié étouffaient mon amour
    Et...

  •  
    Novembre aux cheveux gris s’est drapé dans sa brume ;
    Il répand ses vapeurs sur le sillon qui fume,
    Et, de ses fils d’argent croisés sur le gazon,
    Tresse un premier linceul à la belle saison.
    Près des bois, dépouillés comme un sombre ossuaire,
    On pressent aux brouillards la neige mortuaire.

    ÉDITH

    Combien, au temps du renouveau,
    Quand...

  •  
    L’ABEILLE

    Sur la ruche qui dort, Avril au doigt vermeil
    Frappe, et le jeune essaim respire à son réveil
    La fraîche odeur des sèves ;
    Il s’envole et murmure à travers les pruniers ;
    Et le même soleil, dans les cœurs printaniers,
    Fait bourdonner les rêves.

    Pars, diligente abeille, et choisis bien tes fleurs !
    A l'appel des parfums et des...

  •  
    LE POÈTE

    O naturel en ton sein où l’ennui me ramène,
    Je sens une âme triste ainsi que l’âme humaine ;
    Tu gémis : c’est pourquoi je t’apporte mon cœur.
    Toi, du moins, tu n’as pas de sourire moqueur,
    Jamais ton doux regard ne lance l’ironie,
    Et ton front porte haut sa tristesse infinie.
    L’homme croit se guérir s’il peut cacher son mal ;
    La...

  • De leur col blanc courbant les lignes,
    On voit dans les contes du Nord,
    Sur le vieux Rhin, des femmes-cygnes
    Nager en chantant près du bord,

    Ou, suspendant à quelque branche
    Le plumage qui les revêt,
    Faire luire leur peau plus blanche
    Que la neige de leur duvet.

    De ces femmes il en est une,
    Qui chez nous descend quelquefois,
    ...

  • À Rodolphe Salis.

    Plus d'ardentes lueurs sur le ciel alourdi,
    Qui semble tristement rêver.
    Les arbres, sans mouvement,
    Mettent dans le loin une dentelle grise. -
    Sur le ciel qui semble tristement rêver,
    Plus d'ardentes lueurs. -

    Dans l'air gris flottent les apaisements,
    Les résignations et les inquiétudes.
    Du sol consterné monte...