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    I

    Comme tout jeune cœur encor vierge de fiel,
    J’ai demandé d’abord ma poésie au ciel.
    Hélas ! Il n’en tomba qu’une réponse amère !
    Pauvre fou, cria-t-il, que la pensée altère,
    Toi qui, haussant vers moi tes deux lèvres en feu,
    Cherches, comme un peu d’eau, le pur souffle de Dieu,
    Oh ! De moi...

  • Divine Juliette au cercueil étendue,
    Toi qui n’es qu’endormie et que l’on croit perdue.
    Italie, ô beauté ! si malgré ta pâleur,
    Tes membres ont encor gardé de la chaleur ;
    Si du sang généreux coule encor dans ta veine ;
    Si le monstre qui semble avoir bu ton haleine,
    La mort, planant sur toi comme un heureux amant,
    Pour toujours ne t’a pas clouée au...

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    Noble fille des cieux, divine solitude,
    Bel ange inspirateur de tout génie humain,
    Toi, qui vis saintement, et le front dans la main,
    Loin des pas du vulgaire et de la multitude !

    Ô nourrice de l’art ! ô mère de l’étude !
    Tu reçus dans tes bras le grand Dominiquin,
    Et, sur ce noble cœur rongé d’inquiétude,
    Tu versas à longs flots ton calme...

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    Les vieux égyptiens vénéraient fort les morts ;
    Ils avaient même l’art de soustraire les corps
    Au travail dévorant de la faux de Saturne.
    Ils ne les mettaient point en cendres, dans une urne,
    Comme le pratiquaient les austères Romains ;
    Mais, les débarrassant des organes humains
    Corruptibles, de baume et de fins aromates
    Ils les bourraient et,...

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    Comme un vent orageux, des bruits rauques et sourds
    Roulent soudainement de faubourgs en faubourgs ;
    Les portes des maisons, les fenêtres frémissent,
    Les marteaux sur le bronze à grands coups retentissent,
    La peur frappe partout, et les vieillards tremblants,
    Les femmes en désordre, et les petits enfants,
    D’un grand œil étonné regardant ce qui passe...

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    Ô misère ! Misère !
    Toi qui pris sur la terre
    Encore toute en feu
    L’homme des mains de Dieu ;

    Fantôme maigre et sombre,
    Qui, du creux du berceau
    Jusqu’au seuil du tombeau,
    Comme un chien suis son ombre,

    Ô toi qui bois les pleurs
    Écoulés de sa face,

    Et que jamais ne lasse
    Le cri de ses douleurs ;

    Ô mère de...

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    Mère d’Aristophane et du puissant Molière,
            Muse, pardonne si, ma main
    S’élevant un moment jusqu’à ton front divin,
    J’ai pris ton masque pourpre et m’en suis fait visière !
    Pour gloser, badiner et railler par derrière
    De façon à charmer notre pays malin,
    Il faut beaucoup de verve, un esprit juste et fin
            Et surtout une voix légère...

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    « Courbez, courbez les reins, tendez le dos, soldats,
    Et vous, soldats-bourreaux, frappez à tour de bras ;
    Frappez, n’épargnez point ces robustes épaules ;
    Contre la discipline ils ont failli, les drôles. »
    Et l’homme, enfant du ciel, image du Très-haut,
    S’est, comme l’animal, courbé sans dire un mot ;
    Et l’instrument cruel, armé de ses neuf queues,...

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    Sombre génie, ô dieu de la misère !
    Fils du genièvre et frère de la bière,
    Bacchus du nord, obscur empoisonneur,
    Écoute, ô Gin, un hymne en ton honneur.
    Écoute un chant des plus invraisemblables,
    Un chant formé de notes lamentables
    Qu’en ses ébats un démon de l’enfer
    Laissa tomber de son gosier de fer.
    C’est un écho du vieil hymne de fête...

  • Qu’est-ce donc, ô mon Dieu ! que de la gloire humaine,
    S’il faut payer si cher ce fol enivrement,
    Et s’il faut expier les douceurs d’un moment
    Par des peines sans fin et des siècles de haine ?

    Oh ! n’est-ce point assez de la poussière vaine
    Que l’envie au-dehors élève incessamment ?
    Faut-il se faire au cœur un autre rongement,
    Un tourment qui vous use...