• Venir à la clarté sans force et sans adresse,
    Et n’ayant fait long temps que dormir et manger,
    Souffrir mille rigueurs d’un secours estranger
    Pour quitter l’ignorance en quittant la foiblesse :

    Apres, servir long temps une ingratte Maistresse,
    Qu’on ne peut acquerir, qu’on ne peut obliger ;
    Ou qui d’un naturel inconstant et leger,
    Donne fort peu de...

  • Ce n'est qu'un vent furtif que le bien de nos jours,
    Qu'une fumée en l'air, un songe peu durable ;
    Notre vie est un rien, à un point comparable,
    Si nous considérons ce qui dure toujours.

    L'homme se rend encor lui-même misérable,
    Ce peu de temps duquel il abrège ses jours
    Par mille passions, par mille vains discours,
    Tant la sotte raison le rend...

  • Venir à la clarté sans force et sans adresse,
    Et n'ayant fait longtemps que dormir et manger,
    Souffrir mille rigueurs d'un secours étranger
    Pour quitter l'ignorance en quittant la faiblesse :

    Après, servir longtemps une ingrate Maîtresse
    Qu'on ne peut acquérir, qu'on ne peut obliger ;
    Ou qui d'un naturel inconstant et léger,
    Donne fort peu de joie et...

  • Il n'est homme en l'Univers
    Qui ne me couvre de blâme,
    S'il estime que mes Vers
    Soyent l'image de mon Ame.

    Ils appellent le blanc, blanc.
    Leur langage net et franc
    Fait la figue à la contrainte.

    Je l'advoüe. Il est certain,
    Ma plume est une putain,
    Mais ma vie est une sainte.

  • Je me ris des honneurs que tout le monde envie,
    Je méprise des grands le plus charmant accueil,
    J'évite les palais comme on fait un écueil
    Où pour peu de sauvés mille ont perdu la vie.

    Je fuis la cour des rois autant qu'elle est suivie,
    Le Louvre me paraît un funeste cercueil,
    La pompe qui le suit, une pompe de deuil
    Où chacun va pleurant sa...

  • Quant bien un homme droit condamné par la rage
    Des calomniateurs sur l'eschaffaut sanglant
    Verroit choir sur son col le coutelas tremblant,
    Joüant devant le monde un triste personnage :

    N'estime pour autant d'un jugement peu sage
    Son deces mal-heureus : tel dans un lit branslant
    Va l'ame entre les siens doucement exalant,
    Qui porte l'infamie...

  • Un homme de moyen âge,
    Et tirant sur le grison,
    Jugea qu'il était saison
    De songer au mariage.
    Il avait du comptant,
    Et partant
    De quoi choisir. Toutes voulaient lui plaire ;
    En quoi notre amoureux ne se pressait pas tant ;
    Bien adresser n'est pas petite affaire.
    Deux veuves sur son coeur eurent le plus de part :
    L'une encor verte, et l'autre...

  • On exposait une peinture
    Où l'artisan avait tracé
    Un Lion d'immense stature
    Par un seul homme terrassé.
    Les regardants en tiraient gloire.
    Un Lion en passant rabattit leur caquet.
    "Je vois bien, dit-il, qu'en effet
    On vous donne ici la victoire ;
    Mais l'Ouvrier vous a déçus :
    Il avait liberté de feindre.
    Avec plus de raison nous aurions le...

  • Un homme qui s'aimait sans avoir de rivaux
    Passait dans son esprit pour le plus beau du monde.
    Il accusait toujours les miroirs d'être faux,
    Vivant plus que content dans son erreur profonde.
    Afin de le guérir, le sort officieux
    Présentait partout à ses yeux
    Les Conseillers muets dont se servent nos Dames :
    Miroirs dans les logis, miroirs chez les Marchands,...

  • Un Homme vit une Couleuvre.
    Ah ! méchante, dit-il, je m'en vais faire une ?uvre
    Agréable à tout l'univers.
    A ces mots, l'animal pervers
    (C'est le serpent que je veux dire
    Et non l'homme : on pourrait aisément s'y tromper),
    A ces mots, le serpent, se laissant attraper,
    Est pris, mis en un sac ; et, ce qui fut le pire,
    On résolut sa mort, fût-il coupable...