Rimes familières/Le Chêne

by Camille Saint-Saëns

 
Le chêne a-t-il grandi ? tient-il bien sa promesse,
                  Ami des anciens jours ?
Et ce que tu disais de lui dans sa jeunesse,
                  Le penses-tu toujours ?

Oui, c’était bien un chêne, et d’une fleur de serre
                  Il n’a pas l’agrément ;
Son écorce est rugueuse et sombre : en pleine terre
                  Il a crû lentement.


Sa racine a senti bien souvent de la roche
                  Le contact détesté ;
Mais elle la contourne et sur elle s’accroche
                  Avec ténacité.

Sa tête sans orgueil dépasse à peine l’herbe.
                  Qui durera verra !
L’herbe sera fauchée, et la cime superbe
                  Longtemps s’élèvera.

L’arbuste pousse vite et son riche feuillage
                  À bientôt recouvert
Le jeune arbre sans grâce et sans fleurs, qu’un même âge
                  Fait moins fort et moins vert.

Sois patient ! le Temps qui sans pitié ravage
                  Et la tige et la fleur
De l’arbuste, saura du vieux chêne sauvage
                  Consacrer la valeur ;


Ses branches se tordant ainsi que des reptiles
                  Croîtront dans l’avenir,
Quand on aura perdu des plantes inutiles
                  Même le souvenir.

À toi merci, prophète aux strophes téméraires,
                  Pour avoir deviné
Que le frêle arbrisseau, battu des vents contraires,
                  Était prédestiné !

More poems by Camille Saint-Saëns

All poems by Camille Saint-Saëns →