Renouveau

 
Le doux printemps sourit à la terre charmée,
Et mai fait reverdir les prés et les forêts ;
Des souffles enivrants agitent la ramée ;
Des nuages d’encens s’élèvent des guérets ;
Et l’oiseau, sous le dais de la branche embaumée,
Mêle sa voix aux chants des ruisseaux clairs et frais.

La sève à jets pressés dans les rameaux bouillonne ;
La mousse au bois déroule à longs plis son satin ;
Sur le trèfle odorant l’abeille d’or bourdonne ;
Sur les roses s’abat le papillon mutin ;
Et parmi les ajoncs la source qui rayonne
Berce les nids rêveurs d’un murmure argentin.

Le coteau verdoyant luit comme l’émeraude ;
Au champ flotte l’odeur du lis immaculé ;
Au fond de la forêt le cerf, étonné, rôde ;
Le bœuf, ravi, promène au loin son œil troublé ;
Et le semeur, suivi des moineaux en maraude,
Éparpille dans l’air sa chanson et son blé.
 
Et l’on respire un vent doux comme l’ambroisie ;
Dans la nuit l’horizon garde un reflet du jour ;
Chaque être librement poursuit sa fantaisie,
L’enfant sous le bosquet, le bouvreuil sur la tour ;
Et les bois et les prés, où chacun s’extasie,
Débordent de gaîté, de verdeur et d’amour.

La nature a repris sa beauté, sa jeunesse.
Partout c’est un réveil qui vient tout redorer,
Partout c’est un rayon qui réchauffe et caresse,
C’est un luth que la main des zéphyrs fait vibrer…
Mais cependant, malgré tant d’éclat, tant d’ivresse,
Je ne revois jamais le printemps sans pleurer.

Car il me fait songer au printemps de ma vie,
Aux mille illusions dont je me suis bercé,
Aux fleurs de mon chemin, à la douce harmonie
Qui charmait mon oreille aux beaux jours du passé ;
Car ce réveil est plein d’une amère ironie
Pour mon cœur que le sort tant de fois a froissé.

Mais si le renouveau, malgré son charme immense,
Me fait toujours pleurer le temps qui m’enivra,
Il me vient apporter la suprême espérance
Qu’après les jours de deuil la floraison viendra,
Qu’il brille par delà ce monde de souffrance
Un printemps éternel où mon cœur renaîtra.

Collection: 
1904

More from Poet

  • Notre langue naquit aux lèvres des Gaulois.
    Ses mots sont caressants, ses règles sont sévères,
    Et, faite pour chanter les gloires d'autrefois,
    Elle a puisé son souffle aux refrains des trouvères.

    Elle a le charme exquis du timbre des Latins,
    Le séduisant brio du...

  • La nuit d'hiver étend son aile diaphane
    Sur l'immobilité morne de la savane
    Qui regarde monter, dans le recueillement,
    La lune, à l'horizon, comme un saint-sacrement.
    L'azur du ciel est vif, et chaque étoile blonde
    Brille à travers les fûts de la forêt profonde....

  • Derrière deux grands boeufs ou deux lourds percherons,
    L'homme marche courbé dans le pré solitaire,
    Ses poignets musculeux rivés aux mancherons
    De la charrue ouvrant le ventre de la terre.

    Au pied d'un coteau vert noyé dans les rayons,
    Les yeux toujours fixés sur...

  • C'est un après-midi du Nord.
    Le ciel est blanc et morne. Il neige ;
    Et l'arbre du chemin se tord
    Sous la rafale qui l'assiège.

    Depuis l'aurore, il neige à flots ;
    Tout s'efface sous la tourmente.
    A travers ses rauques sanglots
    Une cloche au loin se...

  •  
    À Mme C. P.

    La jeune mère, avec son fils, sur le gazon
    Du parc vient de humer la brise printanière.
    Le soleil moribond de sa lueur dernière
    Empourpre vaguement le bord de l’horizon.

    À peine le baiser du vent met un frisson
    Dans les...