French

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Introduction * POEM_COUNT_VARIABLE poèmes couvrant 700 années * AUTHOR_COUNT_VARIABLE auteurs tels que; Hugo, Baudelaire, Verlaine, Mallarmé, Rilke, Rimbaud... * Le format et le style de la présentation de poèmes sont excellents * Facile à localiser les poèmes que vous voulez lire via un moteur de recherche efficace qui trie les informations par ses nombreux aspects: titre du poème, le nom du poète et des poèmes dans l'ordre chronologique Bienvenue à l'une des plus vastes collections de poèmes et réfléchies disponibles aujourd'hui. Ne perdez pas de temps à chercher les poèmes ou des lectures parfaits. Nous avons fait le travail dur à la place, pour vous épargner les tracas. Droit d'auteur Des poèmes sont dans le domaine public. Tout autre contenu est protégé par copyright par György Chityil.

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Collection de Poèmes- Les 10 000+ meilleurs poèmes de tous les temps
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Introduction
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French
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    < Je le réclame ; il vit dessous ma loi

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    Quelqu’une des voix,
    — Est-elle angélique ! —
    Il s’agit de moi, 

    Vertement s’explique :
    Ces mille questions

    Qui se ramifient

    N’amènent, au fond,
    Qu’ivresse et folie.

    Terque quaterque

    Et puis une voix,
    Il s’agit de moi,
    Vertement s’explique ;
    Et chante à l’instant,
    En sœur des haleines ; 

    D’un ton allemand,
    Mais ardente et pleine :
    Le monde est vicieux,
    
Tu dis ? tu t’étonnes ? 

    Vis ! et laisse au feu

    L’obscure infortune…
    Pluries

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    Arthur RimbaudPoésies

    4
    8Par la Nature, — heureux comme avec une femme.

    Variantes
    Par les beaux soirs d’été, in Lettre à Banville
    Mais un amour immense entrera dans mon âme, in Lettre à Banville.
    La Ravachole — Paroles: Sébastien Faure
    1893

    Sur l’air de La Carmagnole
    Refrain
    Dansons la Ravachole,
    Vive le son, vive le son,
    Vive le son
    D’l’explosion !
    Ah, ça ira, ça ira, ça ira,
    Tous les bourgeois goût’ront d’la bombe,
    Ah ! ça ira, ça ira, ça ira,
    Tous les bourgeois on les saut’ra...
    On les saut’ra !
    Refrain


    Aidons-nous mutuellement,
    Le bien que l'on fait à son frère
    Il leur contait le trait suivant.
    Dans une ville de l'Asie
    Il existait deux malheureux,
    Mais leurs cris étaient superflus,
    L'aveugle, à qui tout pouvait nuire,
    Était sans guide, sans soutien,
    Sans avoir même un pauvre chien
    Pour l'aimer et pour le conduire.
    Un certain jour, il arriva
    Près du malade se trouva ;
    Il n'est tels que les malheureux
    Pour se plaindre les uns les autres.
    Que je ne puis faire un seul pas ;
    Vous-même vous n'y voyez pas :
    J'ai des jambes, et vous des yeux.
    Les sots sont un peuple nombreux,
    Trouvant toutes choses faciles :
    Grand motif de se croire habiles.
    Un âne, en broutant ses chardons,
    D’une flûte dont les doux sons
    Les voilà tous, bouche béante,
    À souffler dans un petit trou.
    Car je me sens trop en colère.
    Notre âne, en raisonnant ainsi,
    Par quelque pasteur amoureux,
    Il en sort un son agréable.
    L’âne se croit un grand talent,
    Eh! Je joue aussi de la flûte!

    [1]

  • La garde, ont-ils crié, meurt et ne se rend pas ! »
    10
    [2]
    20
    [3]
    [4]
    30
      « . . . . . ma flamberge meilleure[5]
    [6]
    [7]
    [8]
    [9]
    [10]
    [11]
    [12]
    [13] ; c’est là . . . . . »
    François-Réal Angers — La Voix d’une ombre
    1838
    Guillaume ApollinaireAlcools
    Voie lactée (2)
    Bonne aventure
    Cette chanson a été écrite à propos de la Commune de Paris.
    1
    Viens Chez Moi! — Paroles : Charles d’Avray
    Viens Chez Moi!
    Mais ne l’imitez pas !…
    Émile VerhaerenLes Moines
    Les Vêpres

    Moines, vos chants du soir roulent parmi leurs râles
    Le flux et le reflux des douleurs vespérales.
    Lorsque dans son lit froid, derrière sa cloison,
    Le malade redit sa dernière oraison ;
    Lorsque la folie arde au coeur les lunatiques,
    Et que la toux mord à la gorge les étiques ;
    Lorsque les yeux troublés de ceux qui vont mourir,
    Tout en songeant aux vers, voient le couchant fleurir ;
    Lorsque pour les défunts, que demain l'on enterre,
    Les fossoyeurs, au son du glas, remuent la terre ;
    Lorsque dans les maisons closes on sent les seuils
    Heurtés lugubrement par le coin des cercueils ;
    Lorsque dans l'escalier étroit montent les bières
    Et que la corde râcle au ras de leurs charnières ;
    Lorsqu'on croise à jamais, dans la chambre des morts,
    Le linceul sur leurs bras, leurs bras sur leurs remords ;
    Lorsque les derniers coups de la cloche qui tinte
    Meurent dans les lointains, comme une voix éteinte,
    Et qu'en fermant les yeux pour s'endormir, la nuit
    Etouffe, entre ses cils, la lumière et le bruit :

    Note[modifier]

  • Polycrate.
  • [1], que tu devais souffrir !
    [2]
    . . . . . . . . . . . . . . .

    J’entends un murmure plaintif.

    1894.
    Edmond Rostand.

  • Ce poème inédit retrouvé dans de très anciens manuscrits constitue une vraie curiosité littéraire. Quelques vers en ont été repris plus tard par Edmond Rostand, dans le cinquième acte de l’Aiglon.
  • Ici un alexandrin manque.
  • Ici un hémistiche manque.
  • Xavier Forneret
    Un pauvre honteux
    L'U.A.Paroles : Charles d’Avray L'U.A.  Les bois, les prés, les monts, la plaine, Tout ici bas, tout s'offre à toi Il ne suffit que prendre peine Et de penser aux autres comme à soi. Oui! le bonheur peut exister sur terre, Tu le détiens, il est entre tes mains, Il t'est possible aujourd'hui de bien faire Et d'éloigner le malheur des Humains Refrain Redresse toi prolétaire, Ne vis pas en solitaire Réalise avec nous l'union Pour atteindre la perfection! Compagnon la vie est belle Puisqu'il faut lutter pour elle, Dis merde aux lois comme aux tyrans: Et marcher de l'avant!.. Tu dois libérer ta compagne, Et pour l'aider à moins souffrir Bâtir un pays de cocagne Dans lequel, nul ne pourra l'asservir. Si son devoir est un cas de conscience, Qu'elle en discerne et la mal et le bien, Sans devoir à quiconque obéissance, Ses droits étant les mêmes que les tiens Refrain Si tu fondes une famille, Suis pas à pas l'évolution, Et fais le bonheur de ta fille En présidant à son éducation. Au sentiment mêle la poésie; Si l'art d'aimer est noble, grand et beau, Il doit ouvrir l'ère de l'harmonie En affinant l'amour et le cerveau. Refrain Pour que ton fils devienne un sage, Parle lui du commun bonheur; Tout en l'armant d'un grand courage, Fais en un homme d'action, et de coeur. Enseigne lui la haine de la guerre, Celle des dieux, comme celle de l'or; Vois dans ton fils, un homme, un nouveau frère, En son honneur prépare Messidor! Refrain Face au danger devoir exige En ce monde de fripouillards, Si tu veux garder ton prestige A notre lutte il te faut prendre part. Gueule bien fort, halte, halte au fascisme! Un dictateur, c'est la coercition, Au nom sacré de notre Idéalisme: Arme ton bras, fais la Révolution! Refrain Les bois, les prés, les monts, la plaine, Tout ici bas, tout s'offre à toi Il ne suffit que prendre peine Et de penser aux autres comme à soi. Oui! le bonheur peut exister sur terre, Tu le détiens, il est entre tes mains, Il t'est possible aujourd'hui de bien faire Et d'éloigner le malheur des Humains Refrain Redresse toi prolétaire, Ne vis pas en solitaire Réalise avec nous l'union Pour atteindre la perfection! Compagnon la vie est belle Puisqu'il faut lutter pour elle, Dis merde aux lois comme aux tyrans: Et marcher de l'avant!.. Tu dois libérer ta compagne, Et pour l'aider à moins souffrir Bâtir un pays de cocagne Dans lequel, nul ne pourra l'asservir. Si son devoir est un cas de conscience, Qu'elle en discerne et la mal et le bien, Sans devoir à quiconque obéissance, Ses droits étant les mêmes que les tiens Refrain Si tu fondes une famille, Suis pas à pas l'évolution, Et fais le bonheur de ta fille En présidant à son éducation. Au sentiment mêle la poésie; Si l'art d'aimer est noble, grand et beau, Il doit ouvrir l'ère de l'harmonie En affinant l'amour et le cerveau. Refrain Pour que ton fils devienne un sage, Parle lui du commun bonheur; Tout en l'armant d'un grand courage, Fais en un homme d'action, et de coeur. Enseigne lui la haine de la guerre, Celle des dieux, comme celle de l'or; Vois dans ton fils, un homme, un nouveau frère, En son honneur prépare Messidor! Refrain Face au danger devoir exige En ce monde de fripouillards, Si tu veux garder ton prestige A notre lutte il te faut prendre part. Gueule bien fort, halte, halte au fascisme! Un dictateur, c'est la coercition, Au nom sacré de notre Idéalisme: Arme ton bras, fais la Révolution! Refrain
    Juillet 1881.
    Écoutez bien ceci :
    Bondouf [1], 5 novembre 1846.
    Templiers flamboyants

    Templiers flamboyants je brûle parmi vous
    Prophétisons ensemble ô grand maître je suis
    Le désirable feu qui pour vous se dévoue
    Et la girande tourne ô belle ô belle nuit
    Liens déliés par une libre flamme Ardeur
    Que mon souffle éteindra O Morts à quarantaine
    Je mire de ma mort la gloire et le malheur
    Comme si je visais l'oiseau de la quintaine
    Incertitude oiseau feint peint quand vous tombiez
    Le soleil et l'amour dansaient dans le village
    Et tes enfants galants bien ou mal habillés
    Ont bâti ce bûcher le nid de mon courage

    Ici des machines qui parlent, là des bêtes qu’on adore[1]
    l’Ingénu.
    Courrier ; dont au moins je peux rire [2]
    Minerve
    Terreur
    [5]
    votant
    Te Deum
    privés
    la Terreur
    Renommée
    Ermite
    Le Télégraphe. Satire. A Paris..., 1819]
    Note[modifier]

  • Le Paradis perdu, vendu pour dix guinées.
  • Ce n’est que pour l’innocence que la solitude peut avoir des charmes.
    (Marie Leczinska)
    La poésie est partout et dans tout.
    Les uns verront le bien et le béniront
    avec des paroles harmonieuses ; les autres
    verront le mal et le fustigeront de leur
    sanglante lanière… On ne peut
    circonscrire la poésie. Si Dieu l’a
    jetée là-bas à la voûte des cieux, plus
    loin il l’a posée sur le front des femmes.
    (C. D. Dufour)
    tendre pitié
    Février 1840
    Alfred de MussetPoésies nouvelles
    Sur la naissance du comte de Paris
    Pierre de RonsardDerniers vers/Pierre de Ronsard
    Stances

    J'ay varié ma vie en devidant la trame
    Que Clothon me filoit entre malade et sain,
    Maintenant la santé se logeoit en mon sein,
    Tantost la maladie extreme fleau de l'ame.
    La goutte ja vieillard me bourrela les veines,
    Les muscles et les nerfs, execrable douleur,
    Montrant en cent façons par cent diverses peines
    Que l'homme n'est sinon le subject de malheur.
    L'un meurt en son printemps, l'autre attend la vieillesse,
    Le trespas est tout un, les accidens divers :
    Le vray tresor de l'homme est la verte jeunesse,
    Le reste de nos ans ne sont que des hivers.
    Pour long temps conserver telle richesse entiere
    Ne force ta nature, ains ensuy la raison,
    Fuy l'amour et le vin, des vices la matiere,
    Grand loyer t'en demeure en la vieille saison.
    La jeunesse des Dieux aux hommes n'est donnee
    Pour gouspiller sa fleur, ainsi qu'on void fanir
    La rose par le chauld, ainsi mal gouvernee
    La jeunesse s'enfuit sans jamais revenir.

    Germain Nouveau
    Sonnets du Liban
    Sommaire

  • 1 I. Set Ohaëdat
  • 2 II. Khatoum
  • 3 III. Musulmanes
  • 4 IV. Smala
  • I. Set Ohaëdat[modifier]
    II. Khatoum[modifier]
    III. Musulmanes[modifier]
    À Camille de Sainte-Croix.
    IV. Smala[modifier]
    Soir religieux (VI)

    L'averse a sabré l'air de ses lames de grêle,
    Et voici que le ciel luit comme un parvis bleu,
    Et que c'est l'heure où meurt à l'occident, le feu
    Où l'argent de la nuit à l'or du jour se mêle.
    A l'horizon, plus rien ne passe, si ce n'est
    Une allée invaincue et géante de chênes,
    Se prolongeant là-bas jusqu'aux fermes prochaines,
    Le long des champs en friche et des coins de genêt.
    Ces arbres vont - ainsi des moines mortuaires
    Qui s'en iraient, le cœur assombri par les soirs,
    Comme jadis partaient les longs pénitents noirs
    Pèleriner au loin vers d'anciens sanctuaires.
    Et la route montant et tout à coup s'ouvrant
    Sur le couchant rougi comme un plant de pivoines,
    A voir ces arbres nus, à voir passer ces moines,
    On dirait qu'ils s'en vont, ensemble, et tous en rang,
    Vers leur Dieu dont l'azur d'étoiles s'ensemence ;
    Et les astres, brillant là-haut sur leur chemin,
    Semblent les feux de grands cierges tenus en main,
    Dont on n'aperçoit pas monter la tige immense.

    Soir religieux (V)

    Un silence souffrant pénètre au cœur des choses,
    Les bruits ne remuent plus qu'affaiblis par le soir,
    Et les ombres, quittant les couchants grandioses,
    Descendent, en froc gris, dans les vallons s'asseoir.
    Un grand chemin désert, sans bois et sans chaumières,
    A travers les carrés de seigle et de sainfoin,
    Prolonge en son milieu ses deux noires ornières
    Qui s'en vont et s'en vont infiniment au loin.
    Dans un marais rêveur, où stagne une eau brunie,
    Un dernier rais se pose au sommet des roseaux ;
    Un cri grêle et navré, qui pleure une agonie,
    Sort d'un taillis de saule où nichent des oiseaux ;
    Et voici l'angelus, dont la voix tranquillise
    La douleur qui s'épand sur ce mourant décor,
    Tandis que les grands bras des vieux clochers d'église
    Tendent leur croix de fer par-dessus les champs d'or.

    Soir religieux (IV)

    Le déclin du soleil étend, jusqu'aux lointains,
    Son silence et sa paix comme un pâle cilice ;
    Les choses sont d'aspect méticuleux et lisse
    Et se détaillent clair sur des fonds byzantins.
    Et que c'est l'heure où meurt à l'occident le feu,
    Une allée infinie et géante de chênes,
    Se prolongeant au loin jusqu'aux fermes prochaines.
    Pèleriner, là-bas, vers d'anciens sanctuaires.
    Et la route d'amont toute large s'ouvrant
    On dirait qu'ils s'en vont ce soir, en double rang,
    Semblent les feux de grands cierges, tenus en main,
    Dont on n'aperçoit pas monter la tige immense

    Soir religieux (III)

    Des villages plaintifs et des champs reposés,
    Voici que s'exhalait, dans la paix vespérale,
    Un soupir doucement triste comme le râle
    D'une vierge qui meurt pâle, les yeux baissés,
    Le cœur en joie et tout au ciel déjà tendante.
    Les vents étaient tombés. Seule encor remuait,
    Là-bas, vers le couchant, dans l'air vide et muet,
    Une cloche d'église à d'autres répondante
    Et qui sonnait, sous sa mante de bronze noir,
    Comme pour un départ funéraire d'escortes,
    Vers des lointains perdus et des régions mortes,
    La souffrance du monde éparse au fond du soir.
    C'était un croisement de voix pauvres et lentes,
    Si triste et deuillant qu'à l'entendre monter,
    Un oiseau quelque part se remit à chanter,
    Très faiblement, parmi les ramilles dolentes,
    Et que les blés, calmant peu à peu leur reflux,
    S'aplanirent - tandis que les forêts songeuses
    Regardaient s'en aller les routes voyageuses,
    A travers les terreaux, vers les doux angelus.

    Soir religieux (II)

    Vers une lune toute grande,
    Qui reluit dans un ciel d'hiver
    Comme une patène d'or vert,
    Les nuages vont à l'offrande.
    Ils traversent le firmament,
    Qui semble un chœur plein de lumières
    Où s'étageraient des verrières
    Lumineuses obscurément,
    Si bien que ces nuits remuées
    Mirent au fond de marais noirs,
    Comme en de colossaux miroirs,
    La messe blanche des nuées.

    Soir religieux (I)

    Près du fleuve roulant vers l'horizon ses ors
    Et ses pourpres et ses vagues entre-frappées,
    S'ouvre et rayonne, ainsi qu'un grand faisceau d'épées,
    L'abside ardente avec ses sveltes contreforts.
    La nef allume auprès ses merveilleux décors :
    Ses murailles de fer et de granit drapées,
    Ses verrières d'émaux et de bijoux jaspées
    Et ses cryptes, où sont couchés des géants morts ;
    L'âme des jours anciens a traversé la pierre
    De sa douleur, de son encens, de sa prière
    Et resplendit dans les soleils des ostensoirs ;
    Et tel, avec ses toits lustrés comme un pennage,
    Le temple entier paraît surgir au fond des soirs,
    Comme une chasse énorme, où dort le moyen âge.

    Les Sept Épées

    La première est toute d'argent
    Et son nom tremblant c'est Pâline
    Sa lame un ciel d'hiver neigeant
    Son destin sanglant gibeline
    Vulcain mourut en la forgeant
    La seconde nommée Noubosse
    Est un bel arc-en-ciel joyeux
    Les dieux s'en servent à leurs noces
    Elle a tué trente Bé-Rieux
    Et fut douée par Carabosse
    La troisième bleu féminin
    N'en est pas moins un chibriape
    Appelé Lul de Faltenin
    Et que porte sur une nappe
    L'Hermès Ernest devenu nain
    La quatrième Malourène
    Est un fleuve vert et doré
    C'est le soir quand les riveraines
    Y baignent leurs corps adorés
    Et des chants de rameurs s'y traînent
    La cinquième Sainte-Fabeau
    C'est la plus belle des quenouilles
    C'est un cyprès sur un tombeau
    Où les quatre vents s'agenouillent
    Et chaque nuit c'est un flambeau
    La sixième métal de gloire
    C'est l'ami aux si douces mains
    Dont chaque matin nous sépare
    Adieu voilà votre chemin
    Les coqs s'épuisaient en fanfares
    Et la septième s'exténue
    Une femme une rose morte
    Merci que le dernier venu
    Sur mon amour ferme la porte
    Je ne vous ai jamais connue
  • I, II
  • III, IV, V
  • VI, VII
  • VIII, IX
  • Note[modifier]

  • Grande et la Petite-Hermine
    Émerillon
    [1]
    Imité de Goethe.
    Sébastien Faure — La Révolte:
    La Révolte
    Version d'origine (1886)[modifier]
    Version reprise par René Binamé (1996)[modifier]
    Réponse des Cosaques Zaporogues au Sultan de Constantinople

    Plus criminel que Barrabas
    Cornu comme les mauvais anges
    Quel Belzébuth es-tu là-bas
    Nourri d'immondice et de fange
    Nous n'irons pas à tes sabbats
    Poisson pourri de Salonique
    Long collier des sommeils affreux
    D'yeux arrachés à coup de pique
    Ta mère fit un pet foireux
    Et tu naquis de sa colique
    Bourreau de Podolie Amant
    Des plaies des ulcères des croûtes
    Groin de cochon cul de jument
    Tes richesses garde-les toutes
    Pour payer tes médicaments

    Rentrée des moines

    I
    On dirait que le site entier sous un lissoir
    Se lustre et dans les lacs voisins se réverbère ;
    C'est l'heure où la clarté du jour d'ombres s'obère,
    Où le soleil descend les escaliers du soir.
    Une étoile d'argent lointainement tremblante,
    Lumière d'or dont on n'aperçoit le flambeau,
    Se reflète, mobile et fixe, au fond de l'eau
    Où le courant la lave, avec une onde lente.
    A travers les champs verts s'en va se déroulant
    La route dont l'averse a creusé les ornières ;
    Elle longe les noirs massifs des sapinières
    Et monte au carrefour couper le pavé blanc.
    Au loin scintille encore une lucarne ronde
    Qui s'ouvre ainsi qu'un oeil dans un pignon rongé ;
    Là, le dernier reflet du couchant s'est plongé
    Comme, en un trou profond et ténébreux, la sonde.
    Et rien ne s'entend plus dans ce mystique adieu,
    Rien - le site vêtu d'une paix métallique
    Semble enfermer en lui, comme une basilique,
    La présence muette et nocturne de Dieu.
    II
    Alors les moines blancs rentrent aux monastères
    Après secours portés aux malades des bourgs,
    Aux laboureurs ployés sous le faix des labours
    Aux gueux chrétiens qui vont mourir, aux grabataires,
    A ceux qui crèvent seuls, mornes, sales, pouilleux,
    Et que nul de regrets ni de pleurs n'accompagne
    Et qu'on enterrera dans un coin de campagne,
    Sans qu'on lave leur corps ni qu'on ferme leurs yeux,
    Aux mendiants mordus de misères avides,
    Qui, le ventre troué de faim, ne peuvent plus
    Se béquiller là-bas vers les enclos feuillus
    Et qui se noient, la nuit, dans les étangs livides.
    Et tels les moines blancs traversent les champs noirs,
    Faisant songer au temps des jeunesses bibliques
    Où l'on voyait errer des géants angéliques,
    En longs manteaux de lin, dans l'or pâli des soirs.
    III
    Brusque, résonne au loin un tintement de cloche,
    Qui casse du silence à coups de battant clair
    Par-dessus les hameaux, et jette à travers l'air
    Un long appel, qui long, parmi l'écho, ricoche.
    Il proclame que c'est l'instant justicier
    Où les moines s'en vont en chœur chanter Ténèbres
    Et promener sur leurs consciences funèbres
    La froide cruauté de leurs regards d'acier.
    Et les voici priant : tous ceux dont la journée
    S'est consumée au long hersage en pleins terreaux,
    Ceux dont l'esprit, sur les textes préceptoraux,
    S'épand, comme un reflet de lumière inclinée.
    Ceux dont la solitude âpre et mâle a rendu
    L'âme voyante et dont la peau blême et collante
    Jette vers Dieu la voix de sa maigreur sanglante,
    Ceux dont les tourments noirs ont fait le corps tordu.
    Et les moines qui sont rentrés aux monastères,
    Après visite faite aux malheureux des bourgs,
    Aux remueurs cassés de sols et de labours,
    A leurs frères pieux disent, à lente voix,
    Qu'au dehors, quelque part, dans un coin de bruyère,
    Il est un moribond qui s'en va sans prière
    Et qu'il faut supplier, au chœur, le Christ en croix,
    Pour qu'il soit pitoyable aux mendiants avides
    Se béquiller au loin dans les enclos feuillus
    Et tous alors, tous les moines, très lentement,
    Envoient vers Dieu le chant des lentes litanies ;
    Et les anges qui sont gardiens des agonies
    Ferment les yeux des morts, silencieusement.

    Musa pedestris.
    l'orateur inscrit
    Courrier
    Eyrague [1]
    François-Réal Angers — Réconciliation
    1837
    Air : L’Astre de nuit dans son paisible éclat.
    Rapprochons-nous, puis espérons...
    Puis, si leur crime se consomme,
    Frères alors nous marcherons, (bis)
    Nous marcherons comme un seul homme,
    Comme un seul homme.
    Frères alors nous marcherons,
    Que lentement passent les heures

    A la santé, V
    Que lentement passent les heures
    Comme passe un enterrement
    Tu pleureras l'heure où tu pleures
    Qui passera trop vitement
    Comme passent toutes les heures

    Que je m’ennuie entre ces murs tout nus

    A la santé, IV
    Et peints de couleurs pâles
    Parcourt mes lignes inégales
    Toi qui me l'as donnée
    Le bruit de ma chaise enchaînée
    L'Amour qui m'accompagne
    Et ce désespoir qui la gagne

    Pierre de RonsardAmours diverses
    Quand en songeant ma folâtre j’acolle

    Quand en songeant ma folâtre j'acolle,
    Laissant mes flancs sur les siens s'allonger,
    Et que, d'un branle habilement léger,
    En sa moitié ma moitié je recolle !
    Amour, adonc si follement m'affole,
    Qu'un tel abus je ne voudroi changer,
    Non au butin d'un rivage étranger,
    Non au sablon qui jaunoie en Pactole.
    Mon dieu, quel heur, et quel consentement,
    M'a fait sentir ce faux recollement,
    Changeant ma vie en cent métamorphoses !
    Combien de fois, doucement irrité,
    Suis-je ore mort, ore ressuscité,
    Entre cent lis et cent merveilles roses !

    4
    9 Nommé sont Scens, Retorique et Musique.
    13 Que ne t’en voit en metre et en rimer ; [10]
    [13]
    [14]
    18
    [15]
    [16]
    22 Soutis, loyaus, jolis et sans amer. [17]
    [18]
    27 Qui te bail Scens, Retorique et Musique,
    4 Par qui j’ay corps, vie et entendement.
    [20]
    9 Tant qu’en ce mont vous plaira que je vive. [21]
    [22] [23]
    13
    [24]
    [25]
    [26]
    22 Et les aucuns chanter bien plaisanment. [27]
    [28]
    27 Tant qu’en ce mont vous plaira que je vive. [29]
    180
    184 Commencier le Dit dou Vergier.
    ODE

  • Charles Cazaux, consul de Marseille, s'étant rendu maître absolu dans cette ville, avec Louis d'Aix, avoit appelé les Espagnols à son secours, pour se maintenir contre les forces du roi, commandées par le duc de Guise.
  • Charles, fils de Henri, surnommé le Balafré.
  • Le duc de Guise, sorti de la maison de Lorraine, qui prétend tirer son origine de Godefroi de Bouillon.
  • Pour son tombeau

    Ronsard repose icy qui hardy dés enfance
    Détourna d'Helicon les Muses en la France,
    Suivant le son du luth et les traits d'Apollon :
    Mais peu valut sa Muse encontre l'eguillon
    De la mort, qui cruelle en ce tombeau l'enserre.
    Son ame soit à Dieu, son corps soit à la terre.

    logos

    tout
    mal
    [3], le barbare Arimane [4]
    nécessaires
    Un jour tout sera bien
    Tout est bien aujourd’hui
    l’espérance [11].
    40
    Deprofundis clamavi
    Note[modifier]

  • Mécène, dans les derniers temps de sa vie, ne pouvait dormir qu'à Tibur, au bruit des cascatelles. (Historique.)
  • Camp de César
    un malheur, un devoir
    Spasimo [1]
    Humanité
    le Devin
    tourner
    Son fils
    mon fils
    le poète
    l’Émile
    Avatar
    d’un théâtre
    D’un théâtre
    ce pantin
    Ce pantin
    qu’elle ensorcelle
    Qu’elle ensorcelle !
    fait la culbute.
    Fait la culbute…
    . . . . . . . . . . . . . . . . . .
    Zeuxis, cher à Kithérè, pinx…
    Lamma Sabacthani
    Tous seront appelés et tous seront élus
    Lorsqu'une meule énorme
    apparaîtra sur la cité
    dont les enfants auront
    Effacé Jésus-Christ du cœur comme du front
    alors que la ville enivrée
    D'elle-même, au plaisir du sang sera livrée
    alors l'Ange la rayera
    Du monde, et le rocher du ciel l'écrasera
    Note de l'édition Wikisource

  • sic
  • maternelle
    La Nuit d’octobre
    Le
    Qu’on dirait qu’y en avait pas.
    À terre, tous deux, sous mon bras.
    Comme-ça : ça m’était égal…
    Et j’étais sensitif pas mal.
    — Un mois de mouillage à passer —
    Et toujours à recommencer.
    J’accostais, novice vainqueur,
    Un pied d’ancre dans son cœur !
    Et mes avances à manger.
    mathurin [1]
    De ne pas rembarquer léger.
    Et ses adieux au long-cours.
    Que le douanier saisit toujours.
    Moi-même et naturellement.
    Elle — dans mon tempérament.
    Bout-à-bout et par à peu-près :
    Elle ni moi n’ons fait exprès.
    Pour un leste et gueusard amant ;
    — Un pleur… Et saille de l’avant !
    Largue les garcettes [2], sans gant !
    La femme : un sillage !… Et bon vent ! —
    — Coulant en douceur, comme tout —
    fignolure
    Filé son câble par le bout !
    — Évente tout et pique au nord !
    — On prend sa capote et s’endort…
    — Ce n’est pas la bonne : tant mieux !
    As pas peur d’échouer, mon vieux !
    Aujourd’hui : zéphyrs et houris !
    Debout au quart ! croche des ris !…
    Gabiers volants de Cupidon !…
    — Encore une ! et lave le pont !
    D’amour, et du débit d’ici…
    De triste. — C’est plus propre aussi. —
    La chose aurait duré longtemps…
    — Ah Jésus ! comme il fait beau temps. —
    Comme avec un même cœur, quoi !
    Oui… Les vents hâlent le noroî…
    — Des pays mauvais ? — Pas meilleurs…
    Pour quelque part, et pas ailleurs :
    — Oh !… Le saint homme y peut s’asseoir ;
    Éveillatifs, l’œil au bossoir !
    — Oui : que je vous rapporte encor
    Pieds, mains, et tête et tout, en or ?…
    — Ah ! pour ça, je ne sais pas trop,
    Pas à vous, ni moi matelot.
    — C’est un brick… pour son petit nom ;
    Ou de sa moitié : Junon…
    — Tiens bon, va ! la coque a deux bords…
    — Mais les mauvais maux ?… — Oh ! des sorts !
    Parmi vos reines de là-bas…
    Et puis : voyez, là, sur mon bras :
    Hôtel de l’Hymen, dont deux cœurs en gargousse
    Tatoués à perpétuité !
    la petite bonne-femme en froc de mousse
    C’est vous, en portrait… pas flatté.
    — Déjà !… — Peut-être après-demain.
    On fera bonjour de la main.
    Du Tropique ou Noukahiva.
    Une autre fois mieux ! — Adieu-vat !
    Les StupraArthur Rimbaud
    Nos fesses ne sont pas les leurs
    Si ce n’était pas vrai — Que je crève !
    . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
    J’ai vu dans mes yeux, dans mon rêve,
    La Notre-Dame des brisans
    Qui jetait à ses pauvres gens
    Un gros navire sur leur grève…
    Sur la grève des Kerlouans
    Aussi goélands que les goélands.
    Mois Noir
    Moi je siffle quand la mer gronde,
    Oiseau de malheur à poil roux !…
    J’ai promis aux douaniers de ronde,
    Leur part, pour rester dans leurs trous…
    Que je sois seul ! — oiseau d’épave
    Sur les brisans que la mer lave…
    Oiseau de malheur à poil roux !
    — Et qu’il vente la peau du diable !
    Je sens ça déjà sous ma peau.
    La mer moutonne !… — Ho, mon troupeau !
    — C’est moi le berger, sur le sable…
    Hû !… le Hû
    noirs taureaux sourds, blanches cavales !
    cavales d’Armor !
    Mon père était un vieux saltin [1],
    Ma mère une vieille morgate [2]
    Une nuit, sonna le tocsin :
    — Vite à la côte : une frégate ! —
    … Et dans la nuit, jusqu’au matin,
    Ils ont tout rincé la frégate…
    saltin
    morgate
    CHAPITRE III
    LE LENDEMAIN D’UN BAL — UN SUICIDE — UN RENDEZ-VOUS
    JOURNAL DES DÉBATS
    REPASSEUSE
    ELLE
    MORTE
    LES MYSTÈRES DE LA GOGUETTE DÉVOILÉS
    Par Joseph LANDRAGIN
    Décembre 1845
    PARIS.
    CHEZ L'AUTEUR, RUE DE LA HARPE, 8.
    Préface, préambule, avant-propos ou tout ce qu'on voudra.
    A mes Frères en Goguette, AMITIÉ. A ceux qui me critiqueront. MERCI. A tous ceux qui me liront. SALUT.
    Joseph Landragin

  • Ce fait, d'un ridicule et d'une sottise sans exemple, eut lieu le 10 janvier 1842, au concours donné par les Amis de l'Union, boulevard de la Chopinette. Voir M. Amelin, président, à l'époque, de ladite société, demeurant rue du Faubourg-du-Temple, 95. Je m'abstiens de nommer les jurés ; j'ose croire que le ridicule que cette action a fait tomber sur eux les punit assez de leur faute. (Note de l'auteur.)
  • — File ! sacré « fri louz », je te suis à l’instant.
    il n’est plus, il n’est plus !
    Paul VerlainePremiers vers
    La Mort
    À Victor Hugo.
    tien ni le mien
    (1736)
    us
    (1737)
    vouloir
    pouvoir que tu m’aimes.
    moi, moi, pouvoir Vous aimer. Êtes-vous fous[1]
    ceci
    Et j’aspire en tremblant…— Pauvre âme, c’est cela !
    Moine simple

    Ce convers recueilli sous la soutane bise
    Cachait l’amour naïf d’un saint François d’Assise.
    Tendre, dévotieux, doux, fraternel, fervent,
    II était jardinier des fleurs dans le couvent.
    Il les aimait, le simple, avec toute son âme,
    Et ses doigts se chauffaient à leurs feuilles de flamme.
    Elles lui parfumaient la vie et le sommeil,
    Et pour elles, c’était qu’il aimait le soleil
    Et le firmament pur et les nuits diaphanes,
    Où les étoiles d’or suspendent leurs lianes.
    Tout enfant, il pleurait aux légendes d’antan
    Où sont tués dés lys sous les pieds de Satan,
    Où dans un infini vague, fait d’apparences,
    Passent des séraphins parmi des transparences.
    Où les vierges s’en vont par de roses chemins,
    Avec des grands missels et des palmes aux mains,
    Vers la mort accueillante et bonne et maternelle
    A ceux qui mettent l’or de leur espoir en elle.
    -
    Aux temps de Mai, dans les matins auréolés
    Et l’enfance des jours vaporeux et perlés,
    Qui font songer aux jours mystérieux des limbes
    Et passent couronnés de la clarté des nimbes,
    Il étalait sa joie intime et son bonheur,
    A parer de ses mains l’autel, pour faire honneur
    A la très douce et pure et benoîte Marie,
    Patronne de son cœur et de sa closerie.
    Il ne songeait à rien, sinon à l’adorer,
    A lui tendre son âme entière à respirer,
    Rose blanche, si frêle et si claire et si probe,
    Qu’elle semblait n’avoir connu du jour que l’aube,
    Et qu’au soir de la mort, où, sans aucun regret,
    Jusqu’aux jardins du ciel, elle s’envolerait
    Doucement de sa vie obscure et solitaire,
    N’ayant rien laissé d’elle aux buissons de la terre,
    Le parfum, exhalé dans un soupir dernier,
    Serait depuis longtemps connu du ciel entier.

    Moine sauvage

    On trouve encor de grands moines que l'on croirait
    Sortis de la nocturne horreur d'une forêt.
    Ils vivent ignorés en de vieux monastères,
    Au fond du cloître, ainsi que des marbres austères.
    Et l'épouvantement des grands bois résineux
    Roule avec sa tempête et sa terreur en eux.
    Leur barbe flotte au vent comme un taillis de verne,
    Et leur œil est luisant comme une eau de caverne.
    Et leur grand corps drapé des longs plis de leur froc
    Semble surgir debout dans les parois d'un roc.
    Eux seuls, parmi ces temps de grandeur outragée,
    Ont maintenu debout leur âme ensauvagée ;
    Leur esprit, hérissé comme un buisson de fer,
    N'a jamais remué qu'à la peur de l'enfer ;
    Ils n'ont jamais compris qu'un Dieu porteur de foudre
    Et cassant l'univers que rien ne peut absoudre,
    Et des vieux Christs hagards, horribles, écumants,
    Tels que les ont grandis les maîtres allemands,
    Avec la tête en loque et les mains large-ouvertes
    Et les deux pieds crispés autour de leurs croix vertes
    Et les saints à genoux sous un feu de tourment,
    Qui leur brûlait les os et les chairs lentement ;
    Et les vierges, dans les cirques et les batailles,
    Donnant aux lions roux à lécher leurs entrailles ;
    Et les pénitents noirs qui, les yeux sur le pain,
    Se laissaient, dans leur nuit rouge, mourir de faim.
    Et tels s'useront-ils en de vieux monastères,

    Moine épique

    On eût dit qu'il sortait d'un désert de sommeil,
    Où, face à face, avec les gloires du soleil,
    Sur les pitons brûlés et les rochers austères,
    S'endorts la majesté des lions solitaires.
    Ce moine était géant, sauvage et solennel,
    Son corps semblait bâti pour un œuvre éternel,
    Son visage, planté de poils et de cheveux,
    Dardait tout l'infini par les trous de ses yeux ;
    Quatre-vingts ans chargeaient ses épaules tannées
    Et son pas sonnait ferme à travers les années ;
    Son dos monumental se carrait dans son froc,
    Avec les angles lourds et farouches d'un roc ;
    Ses pieds semblaient broyer des choses abattues
    Et ses mains ébranler des socles de statues,
    Comme si le Christ-Dieu l'eût forgé tout en fer,
    Pour écraser sous lui les rages de l'enfer.
    C'était un homme épris des époques d'épée,
    Où l'on jetait sa vie aux vers de l'épopée,
    Qui dans ce siècle flasque et dans ce temps bâtard,
    Apôtre épouvantant et noir, venait trop tard,
    Qui n'avait pu, selon l'abaissement, décroître,
    Et même était trop grand pour tenir dans un cloître,
    Et se noyer le cœur dans le marais d'ennui
    Et la banalité des règles d'aujourd'hui.
    Il lui fallait le feu des grands sites sauvages,
    Les rocs violentés par de sombres ravages,
    Le ciel torride et le désert et l'air des monts,
    Et les tentations en rut des vieux démons
    Agaçant de leurs doigts la chair en fleur des gouges
    Et lui brûlant la lèvre avec des grands seins rouges,
    Et lui bouchant les yeux avec des corps vermeils,
    Comme les eaux des lacs avec l'or des soleils.
    On se l'imaginait, au fond des solitudes,
    Marmorisé dans la raideur des attitudes,
    L'esprit durci, le cœur blême de chasteté,
    Et seul, et seul toujours avec l'immensité.
    On le voyait marcher au long des mers sonnantes,
    Au long des bois rêveurs et des mares stagnantes,
    Avec des gestes fous de voyant surhumain,
    Et s'en venir ainsi vers le monde romain,
    N'ayant rien qu'une croix taillée au cœur des chênes,
    Mais la bouche clamant les ruines prochaines,
    Mais fixes les regards, mais énormes les yeux,
    Barbare illuminé qui vient tuer les dieux.

    Moine doux

    Il est des moines doux avec des traits si calmes,
    Qu'on ornerait leurs mains de roses et de palmes,
    Qu'on formerait, pour le porter au-dessus d'eux,
    Un dais pâlement bleu comme le bleu des cieux,
    Et pour leurs pas foulant les plaines de la vie,
    Une route d'argent d'un chemin d'or suivie.
    Et par les lacs, le long des eaux, ils s'en iraient,
    Comme un cortège blanc de lys qui marcheraient.
    Ces moines, dont l'esprit jette un reflet de cierge,
    Sont les amants naïfs de la Très Sainte Vierge,
    Ils sont ses enflammés qui vont La proclamant
    Etoile de la mer et feu du firmament,
    Qui jettent dans les vents la voix de ses louanges,
    Avec des lèvres d'or comme le chœur des anges,
    Qui l'ont priée avec des vœux si dévorants
    Et des cœurs si brûlés qu'ils en ont les yeux grands,
    Qui la servent enfin dans de telles délices,
    Qu'ils tremperaient leur foi dans le feu des supplices,
    Et qu'Elle, un soir d'amour, pour les récompenser,
    Donne aux plus saints d'entre eux son Jésus à baiser.

    carrion-crow de l’abîme des nues [1]
    (Juin 1837.)
    Pierre de RonsardDerniers Vers
    Meschantes nuicts d'hyver

    Meschantes nuicts d'hyver, nuicts filles de Cocyte
    Que la terre engendra d'Encelade les seurs,
    Serpentes d'Alecton, et fureur des fureurs,
    N'aprochez de mon lict, ou bien tournez plus vitte.
    Que fait tant le soleil au gyron d'Amphytrite ?
    Leve toy, je languis accablé de douleurs,
    Mais ne pouvoir dormir c'est bien de mes malheurs
    Le plus grand, qui ma vie et chagrine et despite.
    Seize heures pour le moins je meur les yeux ouvers,
    Me tournant, me virant de droit et de travers,
    Sus l'un sus l'autre flanc je tempeste, je crie,
    Inquiet je ne puis en un lieu me tenir,
    J'appelle en vain le jour, et la mort je supplie,
    Mais elle fait la sourde, et ne veut pas venir.

    Mes amis m’ont enfin avoué leur mépris

    Mes amis m'ont enfin avoué leur mépris
    Je buvais à pleins verres les étoiles
    Un ange a exterminé pendant que je dormais
    Les agneaux les pasteurs des tristes bergeries
    De faux centurions emportaient le vinaigre
    Et les gueux mal blessés par l'épurge dansaient
    Étoiles de l'éveil je n'en connais aucune
    Les becs de gaz pissaient leur flamme au clair de lune
    Des croque-morts avec des bocks tintaient des glas
    A la clarté des bougies tombaient vaille que vaille
    Des faux cols sur des flots de jupes mal brossées
    Des accouchées masquées fêtaient leurs relevailles
    La ville cette nuit semblait un archipel
    Des femmes demandaient l'amour et la dulie
    Et sombre sombre fleuve je me rappelle
    Les ombres qui passaient n'étaient jamais jolies

    éternité
    Les Matines

    Moines, vos chants d'aurore ont des élans d'espoir,
    Et des bruits retombants de cloche et d'encensoir :
    Quand les regards, suivant leur route coutumière,
    Montent vers les sommets chercher de la lumière ;
    Quand le corps, dégourdi des langueurs du réveil,
    Comme un jardin d'été se déplie au soleil ;
    Quand le cerveau, tiré des sommeils taciturnes,
    Secoue au seuil du jour ses visions nocturnes,
    Quand il reprend sur lui la charge de penser,
    Et que l'aube revient d'orgueil le pavoiser ;
    Quand l'amour, revenu des alcôves aux plaines,
    Berce des oiseaux d'or dans ses douces haleines ;
    Quand peuplant de regards les loins silencieux,
    Les souvenirs charmeurs nous fixent de leurs yeux ;
    Quand notre corps se fond dans la volupté d'être
    Et que de nouveaux sens lui demandent à naître :
    Moines, vos chants d'aurore ont des élans d'espoir
    Et des bruits retombants de cloche et d'encensoir.

    Vos
    Vengeur
    Jûn’homme infligé d’un bras
    Infortuné, chantant par suite de naufrage
    Race à part
    terriens
    Un curé dans ton lit, un’ fill’ dans mon hamac ! —
    ·
    planchers à bœufs ;
    À terre, on a beau boire, on ne peut désoûler !
    face-à-coups-de-hache
    terriens, en un mot, des troupiers
    De la terre de pipe et de la sueur de pieds !
    vieux-de-cale et les frères-la-côte
    de mauvais goût
    Par un grippe-Jésus [1]
    Cap-Horn
    Jésus-christ [2]
    Un d’un seul bloc de bois !
    — Un mauvais chien toujours qu’un bon enfant parfois !
    bonne femme de mère
    Douce-Jolie
    Ce matelot entier !…Piétinant sous la plante
    Un trou dans l’eau, quoi !… pas de fioriture. —
    tribord ?
    foutaise
    On m’a pendu deux fois… —
    mateluches
    pelletas
    purs, premier brin !
    marin !
    — Aux pompes !…
    Adieu mon beau navire aux trois mâts pavoisés !
    Tel qu’une vieille coque, au sec et dégréée,
    Attendant, échoué… — quoi : la— Non, le flot.
    Chroniques de France).
    La fondation d’un ATHÉNÉE à Marseille est un événement ; je me suis estimé heureux que son inauguration ait eu lieu pendant mon séjour momentané dans ma ville natale : aussi ai-je regardé comme un honneur l’invitation obligeante qui m’a été faite par la Commission, de m’associer à Mrs les Président et Secrétaire pour les lectures de la séance solennelle. J’ai fait tous mes efforts pour trouver un sujet en harmonie avec cette circonstance, mais l’Inspiration ayant fait défaut à mon zèle, je me suis contenté d’ébaucher une Ode à Marseille ; chanter son pays est toujours de circonstance : d’ailleurs qu’aurais-je pu dire de spécial sur l’Athénée, en vers surtout, après les deux excellens Discours qui ont été si vivement applaudis, non par forme académique, mais avec enthousiasme et conviction ?
    Ville
    [6]
    Commune de Paris
    À Louis Montégut
    Les cieux vert-chou :
    Vos caoutchoucs.
    Aux pialats ronds,
    Mes laiderons !
    Bleu laideron :
    Et du mouron !
    Blond laideron.
    En mon giron ;
    Noir laideron ;
    Au fil du front.
    Roux laideron,
    De ton sein rond !
    Que je vous haïs !
    Vos tétons laids !
    De sentiment ;
    Pour un moment !…
    Ô mes amours !
    Tournez vos tours.
    Que j’ai rimé !
    D’avoir aimé !
    Comblez les coins
    D’ignobles soins !
    Aux pialats ronds
    Mes laiderons !
    Abdolonyme
    Guêpes
    Tilleul !
    Aristippe masqué du front d’Alcibiade
    Nommez votre pays de ce nom : la patrie
    Humanité,
    nos frères !
    l’honneur.
    Nevermore ! nevermore !
    Jamais plus ! jamais plus !
    Chant du Corbeau)
    Publié dans La Revue Belge, n°84 (15 oct. 1891) p. 95-96.
    Semper honos, nomenque tuum, laudesque manebunt.
    V.
    inconnus à la terre
    des pieds adorés

  • Les Méditations.
  • Les Harmonies.
  • La Mort de Socrate.
  • Le Dernier chant du Pèlerinage d'Harold.
  • Jocelyn. T. XVI.
  • Pétra zo névez è Ker-Is
    Mar d’eo ken drant ar igonankiz
    Ha mar klevan ar biniou
    Ar vombard bag ann télennou [1]
    LE JUGEMENT DERNIER [1][2]
    J’observe le repos du dimanche

    J'observe le repos du dimanche
    Et je loue la paresse
    Comment comment réduire
    L'infiniment petite science
    Que m'imposent mes sens
    L'un est pareil aux montagnes au ciel
    Aux villes à mon amour
    Il ressemble aux saisons
    Il vit décapité sa tête est le soleil
    Et la lune son cou tranché
    Je voudrais éprouver une ardeur infinie
    Monstre de mon ouïe tu rugis et tu pleures
    Le tonnerre te sert de chevelure
    Et tes griffes répètent le chant des oiseaux
    Le toucher monstrueux m'a pénétré m'empoisonne
    Mes yeux nagent loin de moi
    Et les astres intacts sont mes maîtres sans épreuve
    La bête des fumées a la tête fleurie
    Et le monstre le plus beau
    Ayant la saveur du laurier se désole

    J’écoute les bruits de la ville

    A la santé, VI
    J'écoute les bruits de la ville
    Et prisonnier sans horizon
    Je ne vois rien qu'un ciel hostile
    Et les murs nus de ma prison
    Le jour s'en va voici que brûle
    Une lampe dans la prison
    Nous sommes seuls dans ma cellule
    Belle clarté Chère raison
    Septembre 1911

    Pierre de Ronsard — Sonnets à diverses personnes
    Je vous donne des œufs. L’œuf en sa forme ronde

    Je vous donne des œufs. L'œuf en sa forme ronde
    Semble au Ciel, qui peut tout en ses bras enfermer,
    Le feu, l'air et la terre, et l'humeur de la mer,
    Et sans estre comprins comprend tout en ce monde.
    La taye semble à l'air, et la glère féconde
    Semble à la mer qui fait toutes choses germer :
    L'aubin ressemble au feu qui peut tout animer,
    La coque en pesanteur comme la terre abonde,
    Et le ciel et les œufs de blancheur sont couvers.
    Je vous donne (en donnant un œuf) tout l'Univers :
    Divin est le présent, s'il vous est agréable.
    Mais bien qu'il soit parfait, il ne peut égaler
    Vostre perfection qui n'a point de semblable,
    Dont les Dieux seulement sont dignes de parler.

    Je n’ai plus même pitié de moi

    Je n'ai plus même pitié de moi
    Et ne puis exprimer mon tourment de silence
    Tous les mots que j'avais à dire se sont changés en étoiles
    Un Icare tente de s'élever jusqu'à chacun de mes yeux
    Et porteur de soleils je brûle au centre de deux nébuleuses
    Qu'ai-je fait aux bêtes théologales de l'intelligence
    Jadis les morts sont revenus pour m'adorer
    Et j'espérais la fin du monde
    Mais la mienne arrive en sifflant comme un ouragan

    Je flambe dans le brasier

    Je flambe dans le brasier à l'ardeur adorable
    Et les mains des croyants m'y rejettent multiple innombrablement
    Les membres des intercis flambent aurprès de moi
    Éloignez du brasier les ossements
    Je suffis pour l'éternité à entretenir le feu de mes délices
    Et des oiseaux protègent de leurs ailes ma face et le soleil
    Ô Mémoire Combien de races qui forlignent
    Des Tyndarides aux vipères ardentes de mon bonheur
    Et les serpents ne sont-ils que les cous des cygnes
    Qui étaient immortels et n'étaient pas chanteurs
    Voici ma vie renouvelée
    De grands vaisseaux passent et repassent
    Je trempe une fois encore mes mains dans l'Océan
    Voici le paquebot et ma vie renouvelée
    Ses flammes sont immenses
    Il n'y a plus rien de commun entre moi
    Et ceux qui craignent les brûlures

    J’ai eu le courage de regarder en arrière

    J'ai eu le courage de regarder en arrière
    Les cadavres de mes jours
    Marquent ma route et je les pleure
    Les uns pourrissent dans les églises italiennes
    Ou bien dans de petits bois de citronniers
    Qui fleurissent et fructifient
    En même temps et en toute saison
    D'autres jours ont pleuré avant de mourir dans des tavernes
    Où d'ardents bouquets rouaient
    Aux yeux d'une mulâtresse qui inventait la poésie
    Et les roses de l'électricité s'ouvrent encore
    Dans le jardin de ma mémoire

    Autres titres : Le Conscrit ou Le retour du conscrit
    Pourtant l'a ben fallu
    J'ai pris mon sac et j'suis venu. bis
    Et fallait s'tenir drait
    Aussi drait qu'un pic un piquet. bis
    Et des poils d'artillon
    Tout alentour de leurs talons. bis
    A chaque chat qui passait
    Fallait crier "quou qu'chi, quou qu'chai". bis
    Ma foi, la peur m'a pris
    J'ai pris mon sac et j' suis parti
    J'ai pris mon sac et me voici[1].
    Oui, la Grèce toujours m’intéresse et m’inspire [1]
    [6];
    1830, Satire politique, par BARTHÉLÉMY.)
    [17]
    Imité de Cicéron
    Imité de Catulle
    Provocateur et me rend bandeur comme un {
    Provocateur et me rend bandeur comme un {
    Totus in benigno positus :
    Idylle
    P’tits carnets
    Mané, Thécel, Pharès !
    L'Hérésiarque

    Et là, ce moine noir, que vêt un froc de deuil,
    Construit, dans sa pensée, un monument d'orgueil.
    Il le bâtit, tout seul, de ses mains taciturnes,
    Durant la veille ardente et les fièvres nocturnes.
    Il le dresse, d'un jet, sur les Crédos béants,
    Comme un phare de pierre au bord des océans,
    Il y scelle sa fougue et son ardeur mystique,
    Et sa fausse science et son doute ascétique,
    Il y jette sa force et sa raison de fer
    Et le feu de son âme et le cri de sa chair,
    Et l'œuvre est là, debout, comme une tour vivante,
    Dardant toujours plus haut sa tranquille épouvante,
    Empruntant sa grandeur à son isolement,
    Sous le défi serein et clair du firmament,
    Cependant qu'au sommet des rigides spirales
    Luisent sinistrement, comme des joyaux pâles,
    Comme de froids regards, toisant Dieu dans les cieux,
    Les blasphèmes du grand moine silencieux.
    Aussi vit-il, tel qu'un suspect parmi ses frères,
    Tombeau désert, vidé de vases cinéraires,
    Damné d'ombre et de soir, que Satan ronge et mord,
    Lépreux moral, chauffant contre sa peau la mort,
    Le cœur tortionné, durant des nuits entières,
    La bouche morte aux chants sacrés, morte aux prières,
    Le cerveau fatigué d'énormes tensions,
    Les yeux brûlés au feu rouge des visions,
    Le courage hésitant, malgré les clairvoyances,
    À rompre effrayamment le plain-chant des croyances,
    Qui par le monde entier s'en vont prenant l'essor
    Et dont Rome, là-bas, est le colombier d'or,
    Jusqu'au jour où, poussé par sa haine trop forte,
    Il se possède enfin et clame sa foi morte
    Et se carre massif, sous l'azur déployé,
    Avec son large front vermeil de foudroyé.
    Alors il sera grand de la grandeur humaine,
    Son orgueil flamboiera sous la foudre romaine,
    Son nom sera crié dans la rage et l'amour,
    Son ombre, projetée, obscurcira le jour,
    Les prêches, les écrits, les diètes, les écoles,
    Les sectes germeront autour de ses paroles,
    Le monde entier, promis par les papes aux rois,
    Sur le vieux sol chrétien verra trembler la croix,
    Les disputes, les cris, les querelles, les haines,
    Les passions et les fureurs, rompant leurs chaînes,
    Ainsi qu'un troupeau roux de grands fauves lâchés,
    Broieront, entre leurs dents, les dogmes desséchés,
    Un vent venu des loins antiques de la terre
    Éteindra les flambeaux autour du sanctuaire,
    Et la nuit l'emplira morne, comme un cercueil,
    Depuis l'autel désert jusqu'aux marches du seuil,
    Tandis qu'à l'horizon luiront des incendies,
    Des glaives furieux et des crosses brandies.

    Lasciat' ogni speranza[1]...
    De profundis !

  • Lasciat' ogni speranza : signifie en italien « Laissez toute espérance » : inscription sensée se trouver à l'entrée de l'Enfer tel qu'il est décrit par le poète Dante Alighieri..
  • Faiguet, M. de P. [1]

    I. Le soldat vaudois.
    II. Le conseil.
    III. Le banquet.
    IV. L’armée à Lausanne.
    V. La vue.
    Fragment d’un drame intitulé Charles le fou
    Fragment
    d’une imitation des Petites Vieilles
    Oh
    Esprit

  • dictame : au sens figuré, soulagement, consolation.
  • Ecce dilecta mea !... manibus date lilia plenis !...
    Cantique des cantiques.
    Voici ma bien aimée !... au loin, sur les chemins,
    Devant elle effeuillez les lis à pleines mains !...
    Angelus
    Ta part, Marie, est la meilleure ![1]

  • Optimam partem elegit sibi Maria, quœ non auferetur ab ea. Evang.
  • I
    II
    III
    IV
    Qui que tu sois, poursuis, ô poëte ! Il reprit :
    V
    VI
    Viens ! » répondirent-ils.
    VII
    VIII
    IX
    X
    XI
    Eh
    Leur boujaron [1]
    Morts… Merci : la Camarde
    Ou perdus dans un grain…
    encombrer
    sombrer
    mort
    La Mer !…
    noyés
    Buvant sans hauts-de-cœur la grand’tasse salée
    — Comme ils ont bu leur boujaron. —
    Respire à chaque flot.
    On dirait le ventre amoureux
    Ils sont là ! — La houle a du creux. —
    De profundis
    Qu’ils roulent verts et nus,
    terriens parvenus !
    À
    En Graziellant l’Étranger…
    Cygne-de-Saint-Point
    — Le Fils de Lamartine et de Graziella ! —
    Harpiste
    Raphaël-Lamartine et fils
    Le Fils de Lamartine !
    Si Lamartine eût pu jamais avoir un fils !
    Que voit, n’importe où, l’étranger,
    Remède à vers ! remède à pleurs !
    picciola !
    Lui
    laisse le vent et le flot murmurer
    En tirer un franc — pour pleurer !
    l’Autre
    pour cent sous, Signor — nommer Graziella !
    Il existe deux versions de ce poème.
    Première version[modifier]
    Deuxième version[modifier]
    [1],
    Refrain :
    L’gouvernement d’Ferry
    Est un système pourri
    Ceux d’Floch[1] et de Constant
    Sont aussi dégoûtants
    Carnot ni Boulanger
    Ne pourront rien changer
    Pour être heureux vraiment
    Faut plus d’gouvernement
    Refrain
    Refrain
    Corps et biensRobert Desnos
    Le Fard des Argonautes
    Paul VerlainePremiers Vers
    colins-foroux [3]
    bois-forts [5]
    couvertes [6]
    Paris, Cité, le 2 janvier 1836.
    L’Espoir en Dieu
    Indifférence ou le Bois du Village ;
    Beuglant [2]
    Allons, saute marquis !
    empoigneurs
    Chassez les huit
    Vinrent depuis peu dans Paris :
    À vos genoux tous deux humiliés,
    Tous deux vaincus, et pourtant pleins de joie,
    Ils mirent leur Zaïde aux pieds
    De la comtesse de Savoie.
    La force et la délicatesse,
    La simplicité, la noblesse,
    Que Fénelon seul avait joint ;
    Et la vertueuse faiblesse
    D’une maîtresse
    Vous qui les pratiquez si peu ?
    Adieu ; malgré mes épilogues,
    Puissiez-vous pourtant, tous les ans,
    Me lire deux ou trois romans.
    Et taxer quatre synagogues [4] !
    Noble sang du plus grand des rois,
    Son amour et notre espérance,
    Vous qui, sans régner sur la France,
    Régnez sur le cœur des François [2]
    Pourrez-vous souffrir que ma veine [3]
    Par un effort ambitieux,
    Ose vous donner une étrenne.
    La nature en vous faisant naître [4]
    Vous étrenna de ses plus doux attraits,
    Et fit voir dans vos premiers traits
    Mars vous donna la force et le courage ;
    Minerve, dès vos jeunes ans,
    Voulut aussi me donner mes étrennes,
    En vous donnant la libéralité.
    anas
    Homme gris
    Lettres normandes
    indépendant
    Le Conservateur littéraire, 11 décembre 1819.]
    Chant grec, trad. de Fauriel.
    Paysages et Souvenirs
    I. — La Vigne en fleur
    II. — Véretz
    III. — Azay
    IV. — Au bord de l’Indre
    V. — La Loire à Langeais
    VI. — Le Plessis
    le château
    javelles [1]
    VII. — Le Moulin des Ages
    A M. Frédéric de Holzhausen
    Dialogue
    Paroles : Achille Leroy à partir de la chanson de Paul Brousse [1]
    Puis
    Par le peuple de Février
    Lui le signal des fusillades
    Devint drapeau de l’ouvrier
    Quand la deuxième république
    Condamna ses fils à la faim
    Il fut de la lutte tragique
    Le drapeau rouge de Juin.
    L’infâme drapeau tricolore
    En fit de glorieux haillons.
    Un jour sa flamme triomphale
    Luira sur un monde meilleur
    Déjà l’Internationale
    Acclame sa rouge couleur.
    Paroles : Paul Brousse[1]
    Donne moy tes presens en ces jours que la Brume

    Donne moy tes presens en ces jours que la Brume
    Fait les plus courts de l'an, ou de ton rameau teint
    Dans le ruisseau d'Oubly dessus mon front espreint,
    Endor mes pauvres yeux, mes gouttes et mon rhume.
    Misericorde ô Dieu, ô Dieu ne me consume
    A faulte de dormir, plustost sois-je contreint
    De me voir par la peste ou par la fievre esteint,
    Qui mon sang deseché dans mes veines allume.
    Heureux, cent fois heureux animaux qui dormez
    Demy an en voz trous, soubs la terre enfermez,
    Sans manger du pavot qui tous les sens assomme :
    J'en ay mangé, j'ay beu de son just oublieux
    En salade cuit, cru, et toutesfois le somme
    Ne vient par sa froideur s'asseoir dessus mes yeux.

    Germain NouveauLa Doctrine de l’Amour
    Les Mains
    aimait Paris jusque dans ses verrues
    ****
    Le Conservateur littéraire, 9 septembre 1820.]
    Les Dieux
    jeune France !
    Marion de Lorme
    Phèdre
    Cinna vous mettez Hernani !
    Tancrède descend au-dessous d’Antoni !
    chose fade
    Ma poitrine de femme et ma poitrine d’homme ;
    Lame, dague, poignard : dalle, ogive ; ciel bleu….
    enfoncer
    enfoncé
    vieille France !
    enfonceurs
    Lamartine
    Schekspir
    Byron
    Schiller
    Faust
    Casimir
    Enfans d’Édouard
    de Staël :
    Corinne
    Atala
    Staël et Châteaubriand
    Soumet
    classique !
    le Roi qui s’amuse ?
    moyen âge
    poitrine de femme.
    Descendant des hauteurs où pense la lumière

    Descendant des hauteurs où pense la lumière
    Jardins rouant plus haut que tous les ciels mobiles
    L'avenir masqué flambe en traversant les cieux
    Nous attendons ton bon plaisir ô mon amie
    J'ose à peine regarder la divine mascarade
    Quand bleuira sur l'horizon la Désirade
    Au-delà de notre atmosphère s'élève un théâtre
    Que construisit le ver Zamir sans instrument
    Puis le soleil revint ensoleiller les places
    D'une ville marine apparue contremont
    Sur les toits se reposaient les colombes lasses
    Et le troupeau de sphinx regagne la sphingerie
    A petits pas Il orra le chant du pâtre toute la vie
    Là-haut le théâtre est bâti avec le feu solide
    Comme les astres dont se nourrit le vide
    Et voici le spectacle
    Et pour toujours je suis assis dans un fauteuil
    Ma tête mes genoux mes coudes vain pentacle
    Les flammes ont poussé sur moi comme des feuilles
    Des acteurs inhumains claires bêtes nouvelles
    Terre
    Ô Déchirée que les fleuves ont reprisée
    J'aimerais mieux nuit et jour dans les sphingeries
    Vouloir savoir pour qu'enfin on m'y dévorât

    Des morts
    Musique : sur l'air de Fualdès
    Pour ne pas mourir de faim.

  • le dans l'interprétation de Mouloudji.
  • ni. Idem
  • Mouloudji ne chante pas cette strophe, ni les 10,11,12,13,17,18,19,20 et 21.
  • Et. Idem
  • Nos. Idem.
  • De. Idem.
  • De. Idem.
  • de. Idem.
  • Charles PéguyLe Porche du mystère de la deuxième vertu
    Dédicace (Le Porche du mystère de la deuxième vertu)

    NON SOLVM IN MEMORIAM
    SED IN INTENTIONEM
    Non seulement à la mémoire
    mais à l'intention
    de notre ami et de notre frère Eddy Marix
    Eltville sur le Rhin, le 2 août 1880
    Eltville sur le Rhin, le 31 août 1908
    notamment en mémoire
    de ce cahier qu'il fit
    pour le dimanche des Rameaux
    et pour le dimanche de Pâques
    de l'année 1905
    cahier pour la Toussaint
    et pour le jour des morts de la treizième série,
    deuxième cahier préparatoire
    pour le cinq centième anniversaire
    de la naissance de Jeanne d'Arc,
    qui tombera pour le jour des Rois
    de l'an 1912

    Dans une fosse comme un ours

    A la santé, III
    Dans une fosse comme un ours
    Chaque matin je me promène
    Tournons tournons tournons toujours
    Le ciel est bleu comme une chaîne
    Dans la cellule d'à côté
    On y fait couler la fontaine
    Avec les clefs qu'il fait tinter
    Que le geôlier aille et revienne

    Jean Marot — Poèmes
    D'avoir esgard à l'Honneur

    Devant voz yeulx Dames ayez Honneur
    Et si voullez parvenir à bonheur
    Ne faictez riens que ne voullez qu'on saiche,
    Car il n'est feu quelque part qu'on le cache
    Dont il ne sorte ou fumée ou challeur.
    Craignez ung Dieu, honnorez ung seigneur,
    Faictes la sourde à tout grant blasonneur
    Et ne souffrez jamais faire ung tour lasche
    Devant voz yeulx.
    Donnez où fault et fuyez le donneur,
    Car le donnant oblige le preneur
    Et gardez bien que la vilaine tache
    D'ingratitude en vos cueurs ne s'atache,
    Car il n'en peult venir que deshonneur
    Devant vos yeulx.

    Croquis de cloître (IV)

    Le choeur, alors qu'il est sombre et dévotieux,
    Et qu'un recueillement sur les choses s'embrume,
    Conserve encor dans l'air que l'encens bleu parfume
    Comme un frisson épars des hymnes spacieux.
    La gravité des longs versets sentencieux
    Reste debout comme un marteau sur une enclume,
    Et l'antienne du jour, plus blanche que l'écume,
    Remue encor son aile au mur silencieux.
    On les entend frémir et vibrer en son âme ;
    C'est à leur frôlement que vacille la flamme
    Devant le tabernacle, - et que les saints sculptés
    Gardent, près des piliers, leurs poses extatiques,
    Comme s'ils entendaient toujours les grands cantiques
    Autour de leur prière en sourdine chantés.

    Croquis de cloître (II)

    A pleine voix - midi s'exaltant au dehors
    Et les champs reposant - les nones sont chantées,
    Dans un balancement de phrases répétées
    Et hantantes, comme un rappel de grands remords.
    Et peu à peu les chants prennent de tels essors,
    Les antiennes sont sur de tels vols portées
    A travers l'ouragan des notes exaltées,
    Que tremblent les vitraux, au fond des corridors.
    Le jour tombe en draps clairs et blancs par les fenêtres ;
    On dirait voir pendus de grands manteaux de prêtres
    A des clous de soleil. Mais soudain, lentement,
    Les moines dans le choeur taisent leurs mélodies
    Et, pendant le repos entre deux psalmodies,
    Il vient de la campagne un lointain meuglement.

    Croquis de cloître (I)

    Dans un pesant repos d'après-midi vermeil,
    Les stalles en vieux chêne éteint sont alignées,
    Et le jour traversant les fenêtres ignées
    Etale, au fond du choeur, des nattes de soleil.
    Et les moines dans leurs coules toutes les mêmes,
    - Mêmes plis sur leur manche et mêmes sur leur froc,
    Même raideur et même attitude de roc -
    Sont là debout, muets, plantés sur deux rangs blêmes.
    Et l'on s'attend à voir leurs gestes arrêtés
    Se prolonger soudain et les versets chantés
    Rompre, à tonnantes voix, ces silences qui pèsent ;
    Mais rien ne bouge, au long du sombre mur qui fuit,
    Et les heures s'en vont, par le couvent, sans bruit,
    Et toujours et toujours les grands moines se taisent.

    Crépitus
    Cortège (Apollinaire)

    A M. Léon Bailby.
    Oiseau tranquille au vol inverse oiseau
    Qui nidifie en l'air
    A la limite où notre sol brille déjà
    Baisse ta deuxième paupière la terre t'éblouit
    Quand tu lèves la tête
    Et moi aussi de près je suis sombre et terne
    Une brume qui vient d'obscurcir les lanternes
    Une main qui tout à coup se pose devant les yeux
    Une voûte entre vous et toutes les lumières
    Et je m'éloignerai m'illuminant au milieu d'ombres
    Et d'alignements d'yeux des astres bien-aimés
    A la limite où brille déjà ma mémoire
    Baisse ta deuxième paupière
    Ni à cause du soleil ni à cause de la terre
    Mais pour ce feu oblong dont l'intensité ira s'augmentant
    Au point qu'il deviendra un jour l'unique lumière
    Un jour
    Un jour je m'attendais moi-même
    Je me disais Guillaume il est temps que tu viennes
    Pour que je sache enfin celui-là que je suis
    Moi qui connais les autres
    Je les connais par les cinq sens et quelques autres
    Il me suffit de voir leurs pieds pour pouvoir refaire ces gens à milliers
    De voir leurs pieds paniques un seul de leurs cheveux
    Ou leur langue quand il me plaît de faire le médecin
    Ou leurs enfants quand il me plaît de faire le prophète
    Les vaisseaux des armateurs la plume de mes confrères
    La monnaie des aveugles les mains des muets
    Ou bien encore à cause du vocabulaire et non de l'écriture
    Une lettre écrite par ceux qui ont plus de vingt ans
    Il me suffit de sentir l'odeur de leurs églises
    L'odeur des fleuves dans leurs villes
    Le parfum des fleurs dans les jardins publics
    O Corneille Agrippa l'odeur d'un petit chien m'eût suffi
    Pour décrire exactement tes concitoyens de Cologne
    Leurs rois-mages et la ribambelle ursuline
    Qui t'inspirait l'erreur touchant toutes les femmes
    Il me suffit de goûter la saveur du laurier qu'on cultive pour que j'aime ou que je bafoue
    Et de toucher les vêtements
    Pour ne pas douter si l'on est frileux ou non
    O gens que je connais
    Il me suffit d'entendre le bruit de leurs pas
    Pour pouvoir indiquer à jamais la direction qu'ils ont prise
    Il me suffit de tous ceux-là pour me croire le droit
    De ressusciter les autres
    Et d'un lyrique pas s'avançaient ceux que j'aime
    Parmi lesquels je n'étais pas
    Les géants couverts d'algues passaient dans leurs villes
    Sous-marines où les tours seules étaient des îles
    Et cette mer avec les clartés de ses profondeurs
    Coulait sang de mes veines et fait battre mon cœur
    Puis sur terre il venait mille peuplades blanches
    Dont chaque homme tenait une rose à la main
    Et le langage qu'ils inventaient en chemin
    Je l'appris de leur bouche et je le parle encore
    Le cortège passait et j'y cherchais mon corps
    Tous ceux qui survenaient et n'étaient pas moi-même
    Amenaient un à un les morceaux de moi-même
    On me bâtit peu à peu comme on élève une tour
    Les peuples s'entassaient et je parus moi-même
    Qu'ont formé tous les corps et les choses humaines
    Temps passés Trépassés Les dieux qui me formâtes
    Je ne vis que passant ainsi que vous passâtes
    Et détournant mes yeux de ce vide avenir
    En moi-même je vois tout le passé grandir
    Rien n'est mort que ce qui n'existe pas encore
    Près du passé luisant demain est incolore
    Il est informe aussi près de ce qui parfait
    Présente tout ensemble et l'effort et l'effet

    Cors de chasse

    Notre histoire est noble et tragique
    Comme le masque d'un tyran
    Nul drame hasardeux ou magique
    Aucun détail indifférent
    Ne rend notre amour pathétique
    Et Thomas de Quincey buvant
    L'opium poison doux et chaste
    A sa pauvre Anne allait rêvant
    Passons passons puisque tout passe
    Je me retournerai souvent
    Les souvenirs sont cors de chasse
    Dont meurt le bruit parmi le vent

    Un silence. Le rouet s’arrête. Oriane laisse tomber son fuseau et rêve
    Vivement, se faisant un reproche
    Tristement
    Elle se mire dans la fontaine
    entrant brusquement
    riant
    vivement
    un peu confuse
    Elle cherche
    Brusquement, à elle-même
    À Doriette
    résignée
    Oriane s'avance vers les arbres et fait des signes magiques avec son fuseau
    Obéron parait
    très grave
    Suppliante.
    Obéron disparaît
    Oriane fait un geste de surprise
    impatientée
    Une flûte chante au loin, puis une voix s’élève
    Oriane entraîné Doriette dans les buissons. Elles se cachent
    au loin [1]
    Il parait à la lisière du bois
    Il écoute chanter un rossignol
    Il se tourne vers les arbres, Ils mains jointes comme pour prier le rossignol
    Il est adosse à un arbre, comme en extase. Oriane sort à demi des buissons et fait signe à Doriette de rester cachée
    Elle va vers Silvère
    A Silvère
    sans se retourner
    Elle éclate de rire. Silvère se retourne, étonné
    suppliant
    Il cueille une fleur. Oriane s’est assise sur une espèce de
    banc couvert de mousse. Elle joue avec le cor qu’elle tient à
    la main
    prenant les fleurs
    coquette
    Pendant toute la scène , il n’a cessé de cueillir des fleurs. Il les apportait à Oriane. Oriane qui joue avec le cor y place les fleurs comme dans une urne. Au moment où Silvère l’attire vers lui, elle dépose nonchalamment le cor sur le banc de mousse.
    sortant du buisson
    à Doriette
    A elle-même
    se défendant mal
    comme en extase
    Elle rit. A elle-même
    il se lève, va vers elle et l’enlace
    Avec une ironie affectée, elle se dégage
    Elle va vers le banc et reprend le cor
    Il pleure, la tête entre ses mains. Oriane repose le cor sur le banc
    rêvant
    Oriane le regarde, affectant l’ironie
    Elle regarde dans le buisson
    Elle saisit le cor et le forte à ses livres. Le cor ne rend
    aucun son
    Elle arrache violemment les fleurs
    De nouveau elle porte le cor à ses lèvres. Mais avant de
    sonner elle regarde encore le buisson
    Oriane et Silvère reparaissent au milieu des arbres
    SAUGE-FLEURIE
    I
    COMMENT SAUCE-FLEURIE AIMA LE FILS DU ROI
    II
    COMMENT UNE MAITRESSE-FÉE CONDAMNA SAUGE-FLEURIE
    [1]
    III
    COMMENT SAUGE-FLEURIE ALLA TROUVER LE PRINCE EN SON CHATEAU
    IV
    COMMENT SAUGE-FLEURIE FIT AU PRINCE UN NOBLE ET TOUCHANT DISCOURS
    COMMENT LES ABEILLES ENTREPRIRENT UN LONG VOYAGE ET COMMENT ROSE-ROSE ATTENDIT LEUR RETOUR
    COMMENT MYRTIL FIT A TRAVERS LE MONDE UN VOYAGE MERVEILLEUX QUI DURA CENT ETCINQUANTE ANNEES.
    V
    COMMENT MYRTIL VIT LE PETIT CASTEL DE CIRE ET LES ADMIRABLES CHANGEMENTS QUI S’ÉTAIENT FAITS DANS LA NATURE DU JARDIN
    VI
    COMMENT LES COLOMBES BLANCHES ACCOMPAGNÈRENT ROSE-ROSE JUSQU’AU CASTEL DE CIRE ET COMMENT MYRTIL L’Y REJOIGNIT.
    VII
    COMMENT ROSE ACCUEILLIT MYRTIL ET DU DISCOURS QU’ELLE LUI TINT
    VIII
    COMMENT LES ABEILLES CHANTÈRENT, CE QUE L’AUTEUR EXPOSE EN MANIÈRE DE CONCLUSION
    Pierre de Marbeuf
    Conclusion des beautés d'Amaranthe
    Les cadavres d’ennemis[5]
    Le Cœur supplicié
    Clair de lune (Apollinaire)

    Lune mellifluente aux lèvres des déments
    Les vergers et les bourgs cette nuit sont gourmands
    Les astres assez bien figurent les abeilles
    De ce miel lumineux qui dégoutte des treilles
    Car voici que tout doux et leur tombant du ciel
    Chaque rayon de lune est un rayon de miel
    Or caché je conçois la très douce aventure
    J'ai peur du dard de feu de cette abeille Arcture
    Qui posa dans mes mains des rayons décevants
    Et prit son miel lunaire à la rose des vents

    Vous êtes la beauté. Vers la pure Ionie [2]
    [5] aux bois sacrés de l’Ausonie [6]
    François-Réal Angers — Le Chien d’or
    1840
    François-Réal Angers — Chant du voyageur canadien
    A Canadian Boat Song

    Romance1

    Lorsque la coquette Espérance
    Dominique Mondelet — Chanson du voyageur canadien
    A Canadian Boat Song de [[Auteur:Thomas Moore|]]
    Ramons, camarades, ramons,
    Les courants nous devancent,
    Les rapides s’avancent,
    La nuit descend dans les vallons.
    Soufflez, soufflez, brise, aquilons,
    La nuit descend dans les vallons.
    À Saint-Blaise, à la Zuecca
    Christine de PisanLes Cent ballades
    XXXVIII
    Casey au bâtonErnest Lawrence Thayer
    Titre original : Casey at the Bat
    San Francisco Examiner
    La Carmagnole
    bis
    Refrain
    Dansons la carmagnole
    Vive le son, vive le son
    Dansons la carmagnole,
    Vive le son du canon !
    [2] ; bis
    Refrain
    Cette chanson a été rendue célèbre par la Commune de Paris en 1871.
    Marseillaise

    III
    voyageurs
    traitants
    parti
    sauté
    crans
    saut
    par un si grand désole, [2]
    Toi que déjà nos chants vont chercher dans les cieux,
    [2],
    Je la réserve à tes malheurs.
    Je sais qu’en des erreurs funestes
    Et ta plainte était le blasphème.
    Éclate enfin dans nos regrets.
    Aspirait l’immortalité.
    Sous ton enveloppe mortelle.
    Étrangère à tes pas vivans,
    Eh quoi ! dans ces belles vallées
    Qui pourtant ne t’accusaient pas.
    Toi surtout qu’il a tant pleurée,
    Enfant qui pleureras un jour [6].
    La Grèce ne t’a point perdu.
    Le premier de sa liberté.
    Un
    côtre
    coq
    le rôle toujours inscrit comme — novice !
    S’étend le calme plat…
    Oublié sur le pont…
    loustic
    — C’est un sorcier pour sûr… —
    bordailleur
    Louvoyant bord-sur-bord…
    cuisse-de-nymphe-émue
    Merdoie… excepté dans les plis rose-d’amour
    Cap-Horn ! [2]
    Cap-Horn, vous lui tendez les bras !…
    Stella maris
    As-tu peur ! —
    cossuses
    bossuses
    gibus
    s’affalent
    Et, quand on largue tout
    hunier qui se déferle en bande !
    Chiourme, Jany-Gratis,
    Bout-dehors, Fond-de-Vase, Anspeck, Garcette-à-ris
    Ciel moutonné, comme femme fardée
    N’a pas longue durée
    N’en faut du vin ! n’en faut du rouge !… et de l’amour !
    Mary-Saloppe
    amatelotter
    Mary-Saloppe !
    de quart !
    la corvée
    — Va, c’est dans la cuisine…
    La matrulle ferma la porte…
    caréner
    C’est le diable bouilli !… —
    punaises !
    peaux !
    la mère
    Voilà ! —
    tortillou
    Saute, Paillasse ! hop là !… —
    rigolot.
    Ces dames rigolaient
    Ces dames rigolaient…
    — Tiens bon !… —
    Attends !… —Quelques couteaux pleuvent… Mary-Saloppe
    Amène tout en vrac ! largue !… —
    C’est fini, matelot… Un coup de sacré-chien !
    Ça vous remet le cœur ; bois !… —
    Beaucoup de ces dieux...

    Beaucoup de ces dieux ont péri
    C'est sur eux que pleurent les saules
    Le grand Pan l'amour Jésus-Christ
    Sont bien morts et les chats miaulent
    Dans la cour je pleure à Paris
    Moi qui sais des lais pour les reines
    Les complaintes de mes années
    Des hymnes d'esclave aux murènes
    La romance du mal aimé
    Et des chansons pour les sirènes
    L'amour est mort j'en suis tremblant
    J'adore de belles idoles
    Les souvenirs lui ressemblant
    Comme la femme de Mausole
    Je reste fidèle et dolent
    Je suis fidèle comme un dogue
    Au maître le lierre au tronc
    Et les Cosaques Zaporogues
    Ivrognes pieux et larrons
    Aux steppes et au décalogue
    Portez comme un joug le Croissant
    Qu'interrogent les astrologues
    Je suis le Sultan tout-puissant
    O mes Cosaques Zaporogues
    Votre Seigneur éblouissant
    Devenez mes sujets fidèles
    Leur avait écrit le Sultan
    Ils rirent à cette nouvelle
    Et répondirent à l'instant
    A la lueur d'une chandelle

    Bas Biribi — Paroles : Charles d’Avray
    Bas Biribi
    Abolissez les bagnes militaires,
    Où tant de gars laissent encor leur peau.
    Abollissez ces gouffres sanguinaires,
    Au fond desquels baigne votre drapeau.
    Pour une fois soyez humanitaires,
    Abolissez les bagnes militaires.
    au Refrain...
    au Refrain...
    Juin 1842.
    Orientales [1]
    Harmonies [2]
    extra muros
    descamisados
    Petit Ramponneau
    Ermitage
    Oh ! blame not the Bard...
    Aux Augustins, sans allarmer la Ville, On fut hier soir ; mais le cas n’alla bien. L’Huissier voyant de cailloux une pile, Crut qu’ils n’étoient mis là pour aucun bien : Très-sage fut, car avec doux maintien, Il dit : Ouvrez, faut-il tant vous requerre ? Qu’est-ce ceci ? Sommes-nous à la guerre ? Messieurs sont seuls, ouvrez, et croyez-moi. Messieurs, dit l’autre, en ce lieu n’ont que querre, Les Augustins sont serviteurs du Roi. Dea (répond l’un de Messieurs fort habile, Conseiller Clerc, et sur-tout bon Chrétien), Vous êtes troupe en ce monde inutile, Le Tronc vous perd depuis ne sais combien, Vous vous battez, faisant un bruit de chien ; D’où vient cela ? Parlez, qu’on ne vous serre : Car que soyez de Paris ou d’Auxerre, Il faut subir cette commune loi, Et n’en déplaise aux suppôts de Saint Pierre, Les Augustins sont serviteurs du Roi. Lors un d’entre eux, que ce soit Pierre ou Gille, Il ne m’en chaut, car le nom n’y fait rien ; Vraiment, dit-il, voilà bel Évangile, C’est bien à vous de régler notre bien ; Que le Tronc serve à l’Autel de soûtien, Ou qu’on le vuide afin d’emplir le verre, Le Parlement n’a droit de s’en equerre, Et je maintiens, comme article de foi, Qu’en débridant Matines à grand-erre Les Augustins sont serviteurs du Roi. ENVOI.  Sage Héros, ainsi dit Frére Pierre. La Cour lui taille un beau pourpoint de pierre ; Et dedans peu me semble que je voi, Que sur la mer, ainsi que sur la terre, Les Augustins sont serviteurs du Roi[2]. Quoi, dit-Elle, d’un ton qui fit trembler les vitres, J’aurai pû jusqu’ici brouiller tous les Chapitres, Diviser Cordeliers, Carmes et Célestins ! J’aurai fait soûtenir un Siege aux Augustins ! Et cette Église seule, à mes ordres rebelle, Nourrira dans son sein une paix éternelle !
    O folz des folz, et les folz mortelz hommes,
    Vous n’y avez chose vostre nes-une [2]
    Ne laissez plus le dormir à grans sommes
    Les joyeulx fruictz des arbres, et les pommes,
    Se Fortune vous fait aucune injure,
    François-Réal Angers — L’Avenir
    ou Chant patriotique du Canada
    Ô terre américaine,
    Sois l’égale des rois :
    Tout te fait souveraine,
    La nature et tes lois.
    La nature et tes lois.
    Avant d’entrer dans ma cellule

    A la santé, I
    Avant d'entrer dans ma cellule
    Il a fallu me mettre nu
    Et quelle voix sinistre ulule
    Guillaume qu'es-tu devenu
    Le Lazare entrant dans la tombe
    Au lieu d'en sortir comme il fit
    Adieu adieu chantante ronde
    O mes années ô jeunes filles

    Aux moines

    Moines venus vers nous des horizons gothiques,
    Mais dont l'âme, mais dont l'esprit meurt de demain,
    Qui reléguez l'amour dans vos jardins mystiques
    Pour l'y purifier de tout orgueil humain,
    Fermes, vous avancez par les routes des hommes,
    Les yeux hallucinés par les feux de l'enfer,
    Depuis les temps lointains jusqu'au jour où nous sommes,
    Dans les âges d'argent et les siècles de fer,
    Toujours du même pas sacerdotal et large.
    Seuls vous survivez grands au monde chrétien mort,
    Seuls sans ployer le dos vous en portez la charge
    Comme un royal cadavre au fond d'un cercueil d'or.
    Moines - oh! les chercheurs de chimères sublimes
    Vos cris d'éternité traversent les tombeaux,
    Votre esprit est hanté par la lueur des cimes,
    Vous êtes les porteurs de croix et de flambeaux
    Autour de l'idéal divin que l'on enterre.
    Oh ! les moines vaincus, altiers, silencieux,
    Oh ! les géants debout sur les bruits de la terre,
    Qui n'écoutez que le seul bruit que font les cieux
    Moines grandis parmi l'exil et les défaites,
    Moines chassés, mais dont les vêtements vermeils
    Illuminent la nuit du monde, et dont les têtes
    Passent dans la clarté des suprêmes soleils,
    Nous vous magnifions, nous les poètes calmes.
    Et puisque rien de fier n'est aujourd'hui vainqueur,
    Puisqu'on a rabattu vers la fange les palmes,
    Moines, grands isolés de pensée et de cœur,
    Avant que la dernière âme ne soit tuée,
    Mes vers vous bâtiront de mystiques autels
    Sous le velum errant d'une chaste nuée,
    Afin qu'un jour cette âme aux désirs éternels,
    Pensive et seule et triste au fond de la nuit blême,
    De votre gloire éteinte allume encor le feu,
    Et songe à vous encor quand le dernier blasphème
    Comme une épée immense aura transpercé Dieu !

    Automne malade

    Automne malade et adoré
    Tu mourras quand l'ouragan soufflera dans les roseraies
    Quand il aura neigé
    Dans les vergers
    Pauvre automne
    Meurs en blancheur et en richesse
    De neige et de fruits mûrs
    Au fond du ciel
    Des éperviers planent
    Sur les nixes nicettes aux cheveux verts et naines
    Qui n'ont jamais aimé
    Aux lisières lointaines
    Les cerfs ont bramé
    Et que j'aime ô saison que j'aime tes rumeurs
    Les fruits tombant sans qu'on les cueille
    Le vent et la forêt qui pleurent
    Les feuilles
    Qu'on foule
    Un train
    Qui roule
    La vie
    S'écoule

    Aubade chantée à Lætare un an passé

    C'est le printemps viens-t'en Pâquette
    Te promener au bois joli
    Les poules dans la cour caquètent
    L'aube au ciel fait de roses plis
    L'amour chemine à ta conquête
    Mars et Vénus sont revenus
    Ils s'embrassent à bouches folles
    Devant des sites ingénus
    Où sous les roses qui feuillolent
    De beaux dieux roses dansent nus
    Viens ma tendresse est la régente
    De la floraison qui paraît
    La nature est belle et touchante
    Pan sifflote dans la forêt
    Les grenouilles humides chantent

    Au tournant d’une rue

    Au tournant d'une rue je vis des matelots
    Qui dansaient le cou nu au son d'un accordéon
    J'ai tout donné au soleil
    Tout sauf mon ombre
    Les dragues les ballots les sirènes mi-mortes
    A l'horizon brumeux s'enfonçaient les trois-mâts
    Les vents ont expiré couronnés d'anémones
    O Vierge signe pur du troisième mois

    Émile VerhaerenLes flammes hautes
    Au passant d’un soir

    Dites, quel est le pas
    Des mille pas qui vont et passent
    Sur les grand'routes de l'espace,
    Qui doucement, un soir, devant ma porte basse
    S'arrêtera ?
    Elle est humble, ma porte,
    Et pauvre, ma maison.
    Mais ces choses n'importent.
    Je regarde rentrer chez moi tout l'horizon
    À chaque heure du jour, en ouvrant ma fenêtre ;
    Et la lumière et l'ombre et le vent des saisons
    Sont la joie et la force et l'élan de mon être.
    Si je n'ai plus en moi cette angoisse de Dieu
    Qui fit mourir les saints et les martyrs dans Rome,
    Mon cœur, qui n'a changé que de liens et de vœux,
    Éprouve en lui l'amour et l'angoisse de l'homme.
    Je saisirai les mains, dans mes deux mains tendues,
    À cet homme qui s'en viendra
    Du bout du monde, avec son pas ;
    Et devant l'ombre et ses cent flammes suspendues
    Là-haut, au firmament,
    Nous nous tairons longtemps
    Laissant agir le bienveillant silence
    Pour apaiser l'émoi et la double cadence
    De nos deux cœurs battants.
    Il n'importe d'où qu'il me vienne
    S'il est quelqu'un qui aime et croit
    Et qu'il élève et qu'il soutienne
    La même ardeur qui monte en moi.
    Alors combien tous deux nous serons émus d'être
    Ardents et fraternels, l'un pour l'autre, soudain,
    Et combien nos deux cœurs seront fiers d'être humains
    Et clairs et confiants sans encor se connaître !
    On se dira sa vie avec le désir fou
    D'être sincère et d'être vrai jusqu'au fond de son âme,
    De confondre en un flux : erreurs, pardons et blâmes,
    Et de pleurer ensemble en ployant les genoux.
    Oh ! belle et brusque joie ! Oh ! rare et âpre ivresse !
    Oh ! partage de force et d'audace et d'émoi,
    Oh ! regards descendus jusques au fond de soi
    Qui remontez chargés d'une immense tendresse,
    Vous unirez si bien notre double ferveur
    D'hommes qui, tout à coup, sont exaltés d'eux-mêmes
    Que vous soulèverez jusques au plan suprême
    Leur amour pathétique et leur total bonheur !
    Et maintenant
    Que nous voici à la fenêtre
    Devant le firmament,
    Ayant appris à nous connaître
    Et nous aimant,
    Nous regardons, dites, avec quelle attirance,
    L'univers qui nous parle à travers son silence.
    Nous l'entendons aussi se confesser à nous
    Avec ses astres et ses forêts et ses montagnes
    Et sa brise qui va et vient par les campagnes
    Frôler en même temps et la rose et le houx.
    Nous écoutons jaser la source à travers l'herbe
    Et les souples rameaux chanter autour des fleurs ;
    Nous comprenons leur hymne et surprenons leur verbe
    Et notre amour s'emplit de nouvelles ardeurs.
    Nous nous changeons l'un l'autre, à nous sentir ensemble
    Vivre et brûler d'un feu intensément humain,
    Et dans notre être où l'avenir espère et tremble,
    Nous ébauchons le cœur de l'homme de demain.
    Qui doucement, un soir, devant ma porte

    Aspiration
    Des ailes ! Des ailes !
    (RÜCKERT)
    10 mai 1861.
    Après une lecture
    L’Apollon de Pont-Audemer
    Les anciens animaux saillissaient
    L’Anatomie de l’œil
    Væ soli ! [1]
    Ah longues nuicts d’hyver de ma vie bourrelles

    Ah longues nuicts d'hyver de ma vie bourrelles,
    Donnez moy patience, et me laissez dormir,
    Vostre nom seulement, et suer et fremir
    Me fait par tout le corps, tant vous m'estes cruelles.
    Le sommeil tant soit peu n'esvente de ses ailes
    Mes yeux tousjours ouvers, et ne puis affermir
    Paupiere sur paupiere, et ne fais que gemir,
    Souffrant comme Ixion des peines eternelles.
    Vieille umbre de la terre, ainçois l'umbre d'enfer,
    Tu m'as ouvert les yeux d'une chaisne de fer,
    Me consumant au lict, navré de mille pointes :
    Pour chasser mes douleurs ameine moy la mort,
    Ha mort, le port commun, des hommes le confort,
    Viens enterrer mes maux je t'en prie à mains jointes.

    Miserere
    qu'il mourût
    Adieu
    À son âme

    Amelette Ronsardelette,
    Mignonnelette doucelette,
    Treschere hostesse de mon corps,
    Tu descens là bas foiblelette,
    Pasle, maigrelette, seulette,
    Dans le froid Royaume des mors :
    Toutesfois simple, sans relors
    De meurtre, poison, ou rancune,
    Méprisant faveurs et tresors
    Tant enviez par la commune.
    Passant, j'ay dit, suy ta fortune
    Ne trouble mon repos, je dors.

    Œuvres de l’Invention de l’auteurJoachim du Bellay
    A Salm. Macrin
    A sa Muse – A Diane – A la Jeune Fille de Mégare… [1]
    A SA MUSE
    car aucun ne t’entend
    A DIANE
    A LA JEUNE FILLE DE MÉGARE
    TOMBE
    NYMPHE, DORMEZ !
    LA MORT DU PAPILLON
    CHANT D’AURORE
    A LA LUNE
    LA MER
    CHANT
    LES HEURES ÉCOULÉES
    CHANT DE LA FILEUSE
    A LA VIERGE
    [1]...........
    DERNIERS VERS DE NOURRIT
    Allons file, mon côtre !
    Adieu mon Négrier.
    Va, file aux mains d’un autre
    Qui pourra te noyer…
    Nous gîter en fringuant !
    Nous rouler en rêvant…
    — Adieu, rouleur de côtre,
    Roule mon Négrier,
    Sous les pieds plats de l’autre
    Que tu pourras noyer.
    Tu cascadais fourbu ;
    Dis : en avons-nous bu !…
    — Et va, noceur de côtre !
    Noce, mon Négrier !
    Que sur ton pont se vautre
    Un noceur perruquier.
    Ces vierges à sabords !
    Ah ! c’étaient les bons bords !…
    — Va, pourfendeur de lames,
    Pourfendre, ô Négrier !
    L’estomac à des dames
    Qui paîront leur loyer.
    Sur le roc au dos dur,
    — Mais toujours d’un œil sûr ! —
    — Va te soûler, mon côtre :
    À crever ! Négrier.
    Et montre bien à l’autre
    Qu’on savait louvoyer.
    Vent-dedans vent-dessus ;
    Où l’on ne pêche plus.
    — La mer jolie est belle
    Et les brisans sont blancs…
    Penché, trempe ton aile
    Avec les goëlands !…
    Le ciel qui court au loin.
    Ton ventre de marsouin !
    — Va, sans moi, sans ton âme ;
    Et saille de l’avant !…
    Plus ne battras ma flamme
    Qui chicanait le vent.
    Fortune
    En bandant tes agrès !
    Ni de risée après !
    … Va-t’en, humant la brume
    Sans moi, prendre le frais,
    Sur la vague de plume…
    Va ! — Moi j’ai trop de frais. —
    Qui frisotte la mer !
    Soulève un flot amer !…
    — Dans ton âme de côtre,
    Pense à ton matelot
    Quand, d’un bord ou de l’autre,
    Remontera le flot…
    Sur l’humide varech ;
    Faute de fond — à sec —
    À Mademoiselle *** (Musset)
    Madame Dufrénoy.
    Bayou-de-l’Ile
    far niente
    Bonfouca (Louisiane), février 1837.
    Le Dieu des vers d’une palme récente
    Il faut perdre Carthage !
    Fais une tragédie.
    Tu t’en souviens : la phrase cadencée
    embarrassée
    et cœtera
    Plus d’un poète aurait pensé peut-être
    rebuté
    Soit
    Amant tardif des immortelles sœurs,
    N’ont point d’autels pour un pareil serment[1]
    bois-fort
    Paris, 1836.
    trabucco [1]
    tiac [2]
    à l’autre bord du lac
    will-poor-will
    Paris, juillet 1838.
    Sta-Houlou seul on conte ses ennuis [2]
    O mongoula
    aché-ninak te trouve toujours là [3]
    ô fils de la peau blanche
    fleuve vieux
    tchouka
    Bonfouca (Louisiane), 1837.
    Théodore Agrippa d’AubignéStances
    À l’éclair violent de ta face divine
    À la Mi-Carême
    Stances
    À la fin les mensonges

    A la fin les mensonges ne me font plus peur
    C'est la lune qui cuit comme un œuf sur le plat
    Ce collier de gouttes d'eau va parer la noyée
    Voici mon bouquet de fleurs de la Passion
    Qui offrent tendrement deux couronnes d'épines
    Les rues sont mouillées de la pluie de naguère
    Des anges diligents travaillent pour moi à la maison
    La lune et la tristesse disparaîtront pendant
    Toute la sainte journée
    Toute la sainte journée j'ai marché en chantant
    Une dame penchée à sa fenêtre m'a regardé longtemps
    M'éloigner en chantant

    blizzards
    [1].
    RÉPONSE À UNE INVITATION À DÎNER
    panaton,[1]
    chiton,[2]
    Iliade à l’Oncle Tom
    rhyton,[3]
    barbiton
    Ton taine ton ton
    ton
    Ton
    ami THÉOPHILE GAUTIER.
    (Extrait d’un journal suisse.)
    (Tissot. Lausanne.)
    RÉPONSE À TISSOT
    Oh
    va bien à mon type
    J’entends le renard, le lièvre
    Le lièvre, le loup chanter
    mourir pour la patrie !…
    mes épreuves !
    — Non ! mourir…
    Myosotis ! Feuille morte
    Jeune malade à pas lent !
    Harmonieux tronc des moissonnés
    larme écrite
    à l’œil.
    Il est là qui dort
    Dames
    Je
    sa Bête
    — Dors encor : la Bête
    *
    Vous
    Ruminant ! savez-vous ce soupir : l’Insomnie
    *
    Sommeil
    Toi
    Sommeil
    Carrosse à Cendrillon ramassant les Traînées !
    Trop-plein
    Voix
    Temps, Siècle et Revue des deux mondes !
    Fontaine
    Toi
    Grand
    Ô bain
    Ô
    Sommeil ! — Foyer de ceux dont morte est la falourde !
    Surface
    Soupirail
    *
    l’Être ou n’Être pas !
    Sombre
    Mille-et-une-nuits doux à ouïr !
    Lampiste d'Aladin
    le Roi
    Peau-d’Âne
    Ogre
    ma sœur Anne
    dame Malbrouck
    Femme Barbe-Bleue
    Belle au-Bois-Dormant
    Cuirasse
    Arlequin
    Boulet
    Somme
    la Folle et Folle
    Du
    Sommeil ! — Long corridor où plangore le vent !
    Néant
    à blanc !
    Immense
    Sommeil ! — Manne de grâce au cœur disgracié !
    Le Sommeil s’éveillant me dit : Tu m’as scié.
    Ruminant
    le Réveil
    l’Insomnie
    le Sommeil, ô Sac ensommeillé !
    Mais tout passe !
    Un autre
    Et le Sauveur parla :
    La vision cessa.
    lui
    Elle se recueillaitSoudain un petit bruit
    Un rendez-vous.
    Elle est malade, bien malade.
    A-t-elle un peu dormi?»
    Et le marquis pleurait.
    « De sa sonnette. »
    Entre.
    Entre. Elle dort.
    Plus pâle.
    Vois la belle journée…
    Au cours de cette année. »
    Bien sûr que ça la botte !
    Le cœur comme en ribote.
    Ce serait à débattre…
    Pour en garder vingt-quatre.
    Paradis des familles,
    Dont on fait peur aux filles.
    Chantonna des romances ;
    En des transports immenses.
    Lui semblaient l’art suprême —
    C’est permis — quand on aime.
    À tour, et… Meudon… Sèvres…
    — « J’aime tes yeux, tes lèvres… »
    Un déjeuner sommaire,
    Et tout à leur chimère…
    Comme un enfant qui jase.
    Achevait chaque phrase.
    Révèrent d’une sieste…
    L’herbe tendre et le reste…
    Que le garde-champêtre
    Surgit comme un salpêtre :
    — Dit cet homme farouche —
    Est-ce ici que l’on couche ?..
    S’aimer, Jésus ! Marie !
    Mais une porcherie !
    De faire des orgies ;
    Temps des mythologies…
    Dont je fus au service…
    Le « crime » et l’injustice.
    De façon indécente,
    Sur ses ruines absentes.
    Dans ces bois si tranquilles…
    Vous aimer dans les villes ! »
    Dors
    Triple Châsse vierge et martyre,
    Derrière un verre, sous le plomb,
    Elle est éteinte
    Cette huile sainte…
    Il est éteint
    Le sacristain !…
    orgue de Barbarie ?
    Châsse
    De par le Pape, tout fidèle,
    À Saint-Jacques de Compostelle
    Close en odeur de sainteté
    .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .
    Cordieu ! Madame est donc sortie ?…
    Je suis un bon ange, ô bel Ange !
    Pour te couvrir, doux gardien…
    La terre maudite me tient.
    Ma plume a trempé dans la fange…
    Hâ ! je ne bats plus que d’une aile !…
    Prions… l’esprit du Diable est prompt…
    — Ah ! si j’étais lui, de quel bond
    Je serais sur toi, la Donzelle !
    … Ma blanche couronne à ma tête
    Déjà s’effeuille ; la tempête
    Dans mes mains a brisé mon lys…
    — Par Belzébuth ! contre la borne
    Je viens de me rompre la corne !
    Comme les trucs sont démolis !
    Holà !… je vois poindre un fanal oblique
    — Flamberge au vent, joli Muguet !
    Sangre Dios ! rossons le guet !…
    Un bonhomme mélancolique
    Sereno… — Sereno toi-même !
    — Minuit : second jour de carême,
    Prêtez-moi donc un cigaro…
    Gracia ! La Vierge vous garde !
    — Mais… pas grand’chose et toi, merci.
    De Tolose au Guadalété !
    — Ça : n’as-tu jamais arrêté
    Musset… musset pour sérénade ?
    — Santos !… non, sur la promenade,
    Je n’ai jamais vu de mussets…
    — Son page était en embuscade…
    Ah Carambah !
    Qui vient nous la faire à l’aubade ?…
    Ils
    popotte
    . . . . . sol, la, si, do.
    Lui
    Comme un roman pauvre — entr’ouvert.
    Et belle encore pour nous deux ! —
    — Je suis reine : Qu’il soit lépreux !
    Pour me relever d’un faux pas !
    Celui que peut-être Il n’a pas.
    Nous verrons ce dédain suprême.
    Il me fuit — Eh bien non !… Pas même.
    Il avait allumé ses feux…
    Je ne l’aime pas — et j’en veux ! —
    — Et moi, j’aime les vilains jeux !
    Haute, un animal ombrageux.
    Monsieur poserait le fatal ?
    Je l’ai vu si peu — mais si mal. —
    Seul dans sa honteuse fierté !…
    Mon orgueil malade, irrité.
    En pattes-de-mouche d’enfer ;
    — Main de femme et plume de fer. —
    Cet amour ! — Il l’a mérité —
    Implacable de volupté.
    Qu’il porte là comme un faux pli !
    — Une nuit blanche… un jour sali…
    Quoi
    Gablou
    — Ange-gardien culotté par les brises,
    Pénate des falaises grises,
    Vieux oiseau salé du bon Dieu
    Qui flânes dans la tempête,
    Sans auréole à ta tête,
    Sans aile à ton habit bleu !…
    Je t’aime, modeste amphibie
    Et ta bonne trogne d’amour,
    Anémone de mer fourbie
    Épanouie à mon bonjour !…
    Et j’aime ton bonjour, brave homme,
    Roucoulé dans ton estomac,
    Tout gargarisé de rogomme
    Et tanné de jus de tabac !
    J’aime ton petit corps de garde
    Haut perché comme un goéland
    Qui regarde
    Dans les quatre aires-de-vent.
    Là, rat de mer solitaire,
    Bien loin du contrebandier
    Tu rumines ta chimère :
    — Les galons de brigadier ! —
    Puis un petit coup-de-blague
    Doux comme un demi-sommeil…
    Et puis : bâiller à la vague,
    Philosopher au soleil…
    La nuit, quand fait la rafale
    La chair-de-poule au flot pâle,
    Hululant dans le roc noir…
    Se promène une ombre errante ;
    Soudain : une pipe ardente
    Rutile… — Ah ! douanier, bonsoir.
    Sous ton bras fiévreux cahotait la table
    Où nageait, épars, du papier timbré ;
    La plume crachait dans tes mains alertes
    Et sur ton front noir, tes lunettes vertes
    Sillonnaient d’éclairs ton nez cabré…
    — Contre deux rasoirs d’Albion perfide,
    Nous verbalisions ! tu verbalisais !
    « Plus les deux susdits… dont un baril vide… »
    J’avais composé, tu repolissais…
    Fais valoir maintenant tes droits à la retraite…
    la goutte
    Procès-verbaux divers
    Rends ton bancal, rends tout, rends ta chique !…Et mes vers.
    Prêtre, priez pour moi, c’est la nuit dans la ville !...
    Trou
    J’aime
    Qui s’essuie
    Quand ça frise…
    Tu te sèches,
    Grand’ouverte !
    Qui traverse !
    Ou de pluie…
    Fait la roue,
    Qui barbote ;
    « Ou pas chère,
    « Vois : je flâne,
    English spoken ?
    « Batignolle ?…
    « Ô marquise
    « Ou mélange ?…
    « Nom d’amante ?…
    « Éternelle !
    « Que tu crottes,
    « Carabine ?…
    « Insensée !…
    La rengaîne :
    « — Pas si bête !
    « Qu’on arrose
    « D’or ?… Tu coupes !…
    « — Ô sourire !…
    « De la hanche !
    « — Héloïse !
    « Me permettre
    Le doux rêve
    « La rosée
    « Juliette !
    « Qui te dore,
    Elle avait tout cela.
    Lui, rien que lui
    C’est notre bourse. »
    Quand au bout de six mois ils revinrent.
    Si tu veux. »Il prend tout et sort.
    Si tu veux. »Il prend tout et sort.
    gnome
    Diable
    Ce fut du propre !
    « Mia
    « Ô que nenni !
    « Aillent !… »
    Hélas !
    Altro !
    « Dans l’âme que je vous le dis. »
    sait
    Un peu, mais sait que c’est arrivé.
    diletta
    « De puce. »
    je suis spécial
    aujourd’hui
    Elle tire un petit couteau.
    justice
    Elle
    un trou
    L’envie naquit du désir et de l’impuissance.
    (La Harpe)
    De différentes fleurs j’assemble et je compose
    Le miel que je produis.
    (J. B. Rousseau)
    Il est si agréable de faire preuve du faible talent de peser des syllabes, de disséquer des mots, de souligner une épithète hasardeuse… Joies puériles de la médiocrité, qui rappellent ces insulteurs publics que les Romains plaçaient sur le chemin des triomphateurs, et qui ne les empêchaient pas de s’élever, entourés d’acclamations et couronnés de lauriers, aux pompes du Capitole.
    (Charles Nodier)
    L’envie ! impur gramen, pauvre et stérile gui,
    Toujours au pied du chêne impuissant a langui,
    S’attachant à son tronc, s’abreuvant de sa sève,
    Il voudrait épuiser le chêne qui s’élève ;
    Mais le chêne a pitié du languissant gramen,
    Qui consomme avec lui son éphémère hymen !
    (E. A. Rouquette, Les Savanes)
    Novembre 1841
    Oui, la vie est un songe et la mort un réveil
    (Arnault)
    Août 1839
    Épître de M. A. Guirot
    À M. Alexandre Latil
    Le papillon, l’aigle et le léger rossignol,
    Et la femme et la fleur : tous, par un même vol,
    Retournent à celui qui d’un souffle suprême
    Les avait animés, et les éteint de même.
    (Alexandre Latil)
    19 février 1840
    ÉPHÉMÈRE SEIZIÈME
    Réponse
    Culte, rang, diadème,
    Peuples, lois, vertu même,
    Il est un jour suprême,
    Hélas ! où tout finit ;
    Jour où Rome la fière
    Courbant sa tête altière,
    S’endort dans sa poussière
    De marbre et de granit !
    (A. J. Guirot)
    ***
    22 février 1840
    Mais c’est dans le malheur que l’amour se révèle.
    (Mme E. de Girardin, Il m’aimait)
    5 mai 18…
    Qu’un stoïque aux yeux secs vole affronter la mort.
    Moi je pleure et j’espère ; au noir souffle du nord
    Je plie et relève ma tête !…
    (André Chenier)
    Aujourd’hui je jette à la foule
    Mes vers, mes hymnes de douleurs,
    Comme un pâtre à l’eau qui s’écoule
    D’un doigt distrait sème des fleurs
    (Dominique Rouquette)
    Septembre 1841
    L’accord d’un grand génie et
    d’un beau caractère.
    (Ducis)
    Les noms qui passent à la postérité
    par l’entremise d’un peuple,
    ne meurent jamais.
    (P.F. Tissot)
    On n’est plus poète qu’en
    assemblant des lignes rimées et
    polies, qui se chantent et se
    cadencent, si, sous le coloris de
    l’expression, la pensée ne se révèle
    pas énergique et vraie.
    (Théard Jr.)
    Janvier 1840
    À Georges d’Esparbès.
    Plus fraîche que la fleur que voit naître l’aurore,
    Au milieu du printemps qu’il embellit encore ;
    À l’éclat unissant le parfum le plus doux,
    La ravissante Estelle apparaît parmi nous….
    (F. Calongne)
    5 mai 1839
    Tu fus pour moi comme un arbre chéri
    que les vents courbent sans le briser, et
    qui, avec une affectueuse fidélité,
    balance son feuillage sur un tombeau.
    (Byron, Stances à sa Sœur)
    Octobre 1839
    tous les noms
    Décembre 1902.
    Sitôt que d’Apollon un génie inspiré
    Trouve loin du vulgaire un chemin ignoré,
    En cent lieux contre lui les cabales s’amassent.
    Ses rivales obscurcis autour de lui croassent ;
    Et son trop de lumière, importunant les yeux,
    De ses propres amis lui fait des envieux.
    (Boileau)
    Ce ne sont pas les critiques injustes, plates ou violentes qui
    font beaucoup de mal ; les éloges prodigués
    sans discernement sont bien plus nuisibles.
    (Grimm)
    Il n’est point ici-bas de lumière sans ombre.
    (Racine)
    Octobre 1838
    Réponse de M. T. St.-Céran
    Vos désirs satisfaits doivent toujours renaître,
    Brûlez toujours des mêmes feux ;
    Que le droit de vous rendre heureux
    N’ôte rien au plaisir de l’être
    (Voltaire)
    La société, la Providence même, n’a permis
    Qu’un seul bonheur aux femmes, l’amour dans le mariage.
    (Mad. de Staël)
    Mars 1838
    Nous demandons des sourires au berceau,
    et des pleurs à la tombe !
    (Chateaubriand)
    Quand un lis virginal penche et se déclore,
    Par un ciel brûlant desséché,
    Sous l’urne qui l’arrose il peut renaître encore ;
    Mais quand un ver rongeur dans son sein est caché,
    Quel remède essayer contre un mal qu’on ignore ?
    (Casimir Delavigne)
    Décembre 1839
    Amitié, nœud sacré, récompense des sages,
    Plaisir de tous les temps, vertu de tous les âges !
    Je chérirai toujours tes devoirs, tes douceurs.
    L’astre qui nous éclaire eut des blasphémateurs,
    Des monstres ont maudit sa féconde influence,
    D’autres ont de Dieu même abhorré l’existence,
    Ont haï l’Éternel. Amitié, qui jamais
    A blasphémé ton nom et maudit tes bienfaits ?
    (Champfort)
    Ah ! si prenant ton vol, et si, loin de mes yeux,
    Sœur des anges, bientôt tu remontes près d’eux,
    Après m’avoir aimé quelque temps sur la terre,
    Souviens-toi de moi dans les cieux !
    (Lamartine)
    Septembre 1839
    Grâce au ciel mon malheur passe mon espérance
    (J. Racine)
    Que la nuit paraît longue à la douleur qui veille !
    (Saurin)
    Alors je suis tenté de prendre l’existence
    Pour un sarcasme amer d’une aveugle puissance,
    De lui parler sa langue, et, semblable au mourant
    Qui trompe l’agonie et rit en expirant,
    D’abîmer ma raison dans un dernier délire,
    Et de finir aussi par un éclat de rire.
    (Harmonies)
    Savoir souffrir la vie et voir venir la mort,
    C’est le devoir du sage, et ce sera mon sort !…
    Le désespoir n’est point d’une âme magnanime ;
    Souvent il est faiblesse, et toujours il est crime.
    (Gresset)
    Je n’ai pas convoité sur mon lit d’agonie
    L’or du voisin qui sonne avec tant d’ironie ;
    Ce qu’il me faut, à moi, ce n’est pas seulement
    Le vin de la vendange et le pain du froment ;
    Ma prière avant tout demande à Dieu pour vivre
    Le pain qui nourrit l’âme et le vin qui l’enivre :
    L’amour !… et je suis seul !…
    (Hégesippe Moreau)
    ********
    Je vais jusqu’où je puis ;
    Mais semblable à l’abeille en nos jardins éclose
    Au sein des deux partis demeuré toujours neutre,
    Je n’ai point arboré de cocarde à mon feutre.
    (Barthélémy)
    Honneur, gloire à vous tous qui pour le genre humain,
    Consumez tant de nuits une plume à la main,
    Philanthropes rêveurs qui, poussés d’un beau zèle,
    Avez bâti pour nous la paix universelle…
    Oh ! qu’un Dieu paternel récompense vos soins !
    (Barthélemy)
    C’est celle dont jadis la vaporeuse image
    M’apparut en fuyant, comme un léger nuage
    Glisse en un ciel d’azur…
    Bientôt j’irai dormir d’un sommeil sans alarmes ;
    Heureux si, dans la nuit dont je serai couvert,
    Un œil indifférent donne en passant des larmes
    À mon luth oublié, sur mon tombeau désert !
    (V. Hugo)
    ………Un père est un don précieux
    Qu’on n’obtient qu’une fois de la bonté des cieux.
    Ô l’amour d’une mère ! amour que nul n’oublie !
    Pain merveilleux qu’un Dieu partage et multiplie !
    Table toujours servie au paternel foyer !
    Chacun en a sa part, et tous l’ont tout entier.
    Avril 1841
    Peu de gens savent être vieux.
    (La Rochefoucauld)
    Une vie honorable est une vie éternelle.
    (Goethe)
    Décembre 1841
    Ô fille du printemps, douce et touchante image
    D’un cœur modeste et vertueux,
    Du sein de ce gazon tu remplis ce bocage
    De ton parfum délicieux.
    (Mme d’Hautpoul)
    ………… mes seuls trésors : des vers !
    ((Hégésippe Moreau)
    Un amour malheureux est un bonheur encore.
    (Mme Desbordes Valmore)
    Février 1839
    Le génie est un aigle et ton vol nous l’atteste !
    (Lamartine)
    À voir Barthélemy ainsi courbé sur son œuvre, J’ai souvent
    éprouvé pour lui des vertiges et des saisissements. Il me
    faisait l’effet d’un voyageur suspendu à pic sur un précipice,
    d’un couvreur qui longe les dernières ardoises d’une toiture,
    d’un aéronaute qui plonge dans l’air sur la foi de son parachute.
    (Louis Reybaud)
    mécontents
    Juillet
    Némésis
    Virgile français
    Si
    Dafné
    piqueton
    ampre.
     
    I
    II
    III
    IV
    V
    VI
    étoile
    Soleil noir de la Mélancolie
    fleur
    *
    le
    Rose trémière
    Avec une verge de fer.
    Et, d’après lui seul te créant,
    Et son Jupiter un colosse.
    Dans l’espoir d’un bonheur futur !
    Faune
    Mars
    Vulcain
    Soufré
    Nacré
    Machaon-zèbre
    Deuil
    Miroir
    Argus
    Morio, le Grand-bleu
    Paon-de-jour
    Phalènes
    Sphinx
    Grand-paon
    Bombice
    la nouvelle
    seul
    le Rhin
    Temple
    Les Monténégrins.

    LA MUSE.
    Poète
    LE POÈTE.
    LE POÈTE
    LA MUSE
    Traîner de longs habits ;
    De nacre et de rubis.
    Comme un hardi marin
    Brisaient la nuit d’airain !
    Les regardait passer.
    Qui venaient me froisser.
    Esprits capricieux,
    Qui s’enfuit dans les cieux !
    Où l’ébène en ruisseaux
    Jusqu’au fond de mes os.
    Qui meurent au soleil !
    Aux cuisses de vermeil !
    Plus frais que le matin !
    Aux lèvres de satin !
    Ombres aux corps flottants !
    Cœur naïf ou changeant
    Car les parfums sont doux !
    Pour son lit de bambous !
    Autant que de beaux jours !
    Venez, ô mes amours !
    Où craquent les cloisons.
    Les angles des maisons.
    1829.
    1857.
    LE LIERRE
    L’autan, comme un rôdeur, par les plaines circule ;
    Et revenir, comme autrefois, au cœur des places,
    Des légendes de l’autrefois,
    Par villages, sous les cieux froids,
    Sont assises les métairies :
    Souffreteuses et lamentables ;
    Le vent siffle, par les étables
    Et par les carrefours perdus.
    Avec leurs cannes aux mentons,
    Et leurs gestes, comme à tâtons,
    Elles s’entrecognent branlantes,
    Dont les livides feuilles mortes
    Jonchent le seuil barré des portes
    Et s’ourlent comme des copeaux.
    Par les douleurs de l’autrefois,
    Aux flancs bossus des talus froids,
    Et des sentes endolories,
    Et les novembrales semaines,
    Ô les tant pauvres par les plaines,
    Ô les si tristes dans le soir !
    VERS LA MER
    Qu’attendre ?
    La Lys
    À M. et à Mme Georges De Craene.
    Le Nord
    Y déchaîne le vent qui mord.
    Ce n’est qu’un bout de sol étroit,
    Il est brûlant, ce sol suprême.
    Quelques troupes, grâce à ce roi,
    Y propagent l’exploit
    Un jour?
    Apparaissent et s’entremêlent.
    Qu’ils goûtent le repos,
    Parfois,
    Ô Flandre,
    Voilà comment tu vis,
    Âprement, aujourd’hui ;
    Voilà comment tu vis
    LE PREMIER ARBRE DE L’ALLÉE
    LE MONT
    … Sois ton bourreau toi-même ;
    Le passeur d’eau, les mains aux rames,
    À contre flot, depuis longtemps
    Ramait, un roseau vert entre les dents.
    Mais celle hélas ! qui le hélait
    Au-delà des vagues, là-bas —
    Toujours plus loin, par au-delà des vagues,
    Parmi les brumes reculait.
    Les fenêtres, avec leurs yeux,
    Et le cadran des tours, sur le rivage,
    Le regardaient peiner et s’acharner,
    En un ploiement de torse en deux
    Et de muscles sauvages.
    Une rame soudain cassa
    Que le courbant chassa,
    À vagues lourdes, vers la mer.
    Celle, là-bas, qui le hélait
    Dans les brumes et dans le vent, semblait
    Tordre plus follement les bras
    Vers celui qui n’approchait pas.
    Le passeur d’eau, avec la rame survivante
    Se prit à travailler si fort
    Que tout son corps craqua d’efforts
    Et que son cœur trembla de fièvre et d’épouvante.
    D’un coup brusque le gouvernail cassa —
    Et le courant chassa
    Ce haillon morne, vers la mer.
    Les fenêtres, sur le rivage,
    Comme des yeux grands et fiévreux,
    Et les cadrans des tours, ces veuves
    Droites, de mille en mille, au bord des fleuves,
    Fixaient obstinément
    Cet homme fou en son entêtement
    À prolonger son dur voyage.
    Dans les brumes, hurlait, hurlait,
    La tête effrayamment tendue
    Vers l’inconnu de l’étendue.
    Le passeur d’eau, comme quelqu’un d’airain,
    Planté dans la tempête blême,
    Avec l’unique rame entre ses mains
    Battait les flots, mordait les flots — quand même ;
    Ses vieux regards hallucinés
    Voyaient des loins illuminés
    D’où lui venait toujours la voix
    Lamentable sous les cieux froids.
    La rame dernière cassa
    Que le courant chassa
    Comme une paille, vers la mer.
    Le passeur d’eau, les bras tombants,
    S’affaissa morne sur son banc,
    Les reins rompus de vains efforts ;
    Un choc heurta sa barque à la dérive
    Il regarda, derrière lui, la rive ;
    Il n’avait pas quitté le bord.
    Les fenêtres et les cadrans,
    Avec des yeux béats et grands
    Constatèrent sa ruine d’ardeur ;
    Mais le tenace et vieux passeur
    Garda quand même pour Dieu sait quand !
    Le roseau vert entre ses dents.
    (LES VILLAGES ILLUSOIRES).
    De ses houles montantes.
    Oscillent aux cyclones
    La mer choque ses blocs de flots contre les rocs
    Et les granits du quai, la mer spumante
    Et ruisselante et détonnante en la tourmente
    De ses houles montantes.
    Les baraques et les hangars comme arrachés,
    Et les grands ponts noués de fer et cravachés
    De vent ; les ponts, les baraques, les gares
    Et les feux étagés des fanaux et des phares
    Oscillent aux cyclones,
    Avec leurs toits, leurs tours et leurs colonnes.
    Et, ses hauts mats craquants et ses voiles claquantes,
    Mon navire d’à travers tout casse ses ancres,
    Et, cap sur le zénith,
    Il hennit de toute sa tête
    Vers la tempête —
    Et part, bête d’éclairs, parmi la mer.
    Dites vers quel inconnu fou
    Et vers quels somnambuliques réveils
    Et vers quels au-delàs et vers quels n’importe où
    Convulsionnaires soleils ?
    Vers quelles démences et quels effrois
    Et quels écueils cabrés en palefrois,
    Vers quels cassements d’or
    De proue et de sabord,
    Dites, vers quels mirages et quel rire,
    S’en va le mors aux dents de mon navire,
    Bête d’éclairs parmi la mer ?
    Tandis qu’hélas ! celle qui fut ma raison,
    La main tendant ses pâles lampadaires,
    Le regarde cingler à l’horizon,
    Du haut de grands débarcadères,
    (LES FLAMBEAUX NOIRS).
    Dût la guerre mortelle et sacrilège
    À Liège.
    Ainsi qu’une montagne
    Ses blocs,
    Sur les villes et les campagnes,
    Oh tragique moment
    Seuls, ceux de Liège résistèrent
    À ce sinistre écroulement
    D’hommes et d’armes sur la terre.
    S’ils agirent ainsi,
    Le sort
    Et qu’il fallait que leurs efforts,
    En des efforts plus sanguinaires.
    Peu importait
    Qu’en ces temps sombres,
    Ils ne fussent qu’un petit nombre ;
    À chaque heure du jour,
    Et d’être prompts sous les rafales
    Des balles.
    En avant,
    Quand y frappait la mort rapide.
    À l’attaque, sur les glacis,
    Immensément les rejetait,
    Et, rang par rang, les abattait
    Sur la terre silencieuse.
    À nos troupes couchées,
    Dans les tranchées,
    Des gamines et des gamins
    Distribuaient le pain
    Et rapportaient la bière
    Et comme, à tel moment,
    Le meilleur des régiments
    Que jamais troupe de guerre
    La ville entière s’exaltait
    De vivre sous la foudre ;
    L’héroïsme s’y respirait,
    Comme la poudre ;
    Le cœur humain s’y composait
    D’une neuve substance
    Et le prodige y grandissait
    Chaque existence :
    Ô vous, les hommes de demain,
    À Liège.

    Les petites volutes
    Sous un pesant repos d’après-midi vermeil,
    Les stalles, en vieux chêne éteint, sont alignées
    Et le jour, traversant les fenêtres ignées,
    Étale, au fond du chœur, des nattes de soleil.
    Et les moines, dans leurs coules toutes les mêmes,
    — Mêmes plis sur leur manche et mêmes sur leur froc,
    Même raideur et même attitude de roc —
    Sont là, debout, muets, plantés sur deux rangs blêmes.
    Et l’on s’attend à voir ces immobilités
    Brusquement se disjoindre et les versets chantés
    Rompre, à tonnantes voix, les silences qui pèsent ;
    Mais rien ne bouge au long du mur pâle qui fuit
    Et les heures s’en vont par le couvent, sans bruit,
    Et toujours et toujours les grands moines se taisent.
    (LES MOINES).
    Oh! laisse frapper à la porte
    La main qui passe avec ses doigts futiles ;
    Notre heure est si unique et le reste qu’importe,
    Le reste, avec ses doigts futiles…
    Laisse passer par le chemin
    La triste et fatigante joie
    Avec ses crécelles en main.
    Laisse voler, laisse bruire
    Et s’en aller le rire.
    Laisse passer la foule et ses tonnantes voix.
    L’instant est si beau de lumière,
    Dans le jardin autour de nous,
    L’instant est si rare de lumière trémière
    Dans notre cœur au fond de nous.
    Tout nous prêche de n’attendre plus rien
    De ce qui vient ou passe
    Avec des chansons lasses
    Et des bras las par les chemins.
    Et de rester les doux qui bénissons le jour
    Même devant la nuit d’ombres barricadée,
    Aimant en nous, par dessus tout, l’idée
    Que bellement nous nous faisons de notre amour.
    (LES HEURES CLAIRES).
    En sa robe, couleur de feu et de poison,
    Le cadavre de ma raison
    Traîne sur la Tamise.
    Des ponts de bronze, où les wagons
    Entrechoquent d’interminables bruits de gonds
    Et des voiles de bateaux sombres
    Laissent sur elle, choir leurs ombres.
    Sans qu’une aiguille, à son cadran, ne bouge,
    Un grand beffroi masqué de rouge,
    La regarde, comme quelqu’un
    Immensément de triste et de défunt.
    Elle est morte de trop savoir,
    De trop vouloir sculpter la cause,
    Dans le socle de granit noir,
    De chaque être et de chaque chose.
    Elle est morte, atrocement,
    D’un savant empoisonnement,
    Elle est morte aussi d’un délire
    Vers un absurde et rouge empire.
    Ses nerfs ont éclaté,
    Tel soir illuminé de fête,
    Qu’elle sentait déjà le triomphe flotter
    Comme des aigles, sur sa tête.
    Elle est morte n’en pouvant plus,
    L’ardeur et les vouloirs moulus,
    Et c’est elle qui s’est tuée,
    Infiniment exténuée.
    Au long des funèbres murailles,
    Au long des usines de fer
    Dont les marteaux tannent l’éclair,
    Elle se traîne aux funérailles.
    Ce sont des quais et des casernes,
    Des quais toujours et leurs lanternes,
    Immobiles et lentes filandières
    Des ors obscurs de leurs lumières ;
    Ce sont des tristesses de pierres,
    Maisons de briques, donjons en noir
    Dont les vitres, mornes paupières,
    S’ouvrent dans le brouillard du soir ;
    Ce sont de grands chantiers d’affolement,
    Pleins de barques démantelées
    Et de vergues écartelées
    Sur un ciel de crucifiement.
    En sa robe de joyaux morts, que solennise
    L’heure de pourpre à l’horizon,
    Le cadavre de ma raison
    Elle s’en va vers les hasards
    Au fond de l’ombre et des brouillards,
    Au long bruit sourd des tocsins lourds,
    Cassant leur aile, au coin des tours.
    Derrière elle, laissant inassouvie
    La ville immense de la vie ;
    Elle s’en va vers l’inconnu noir
    Dormir en des tombeaux de soir,
    Là-bas, où les vagues lentes et fortes,
    Ouvrant leurs trous illimités,
    Engloutissent à toute éternité :
    Les mortes.
    La petite vierge Marie
    Passe, les soirs de mai, par la prairie,
    Ses pieds légers frôlant les brumes,
    Ses deux pieds blancs comme deux plumes ;
    S’en va comme une infante,
    Corsage droit, jupes bouffantes,
    Avec un bruit bougeant
    Et clair de chapelet d’argent.
    Aux deux cotés de la rivière
    Poussent par tas des fleurs trémières,
    Et la vierge, de berge en berge,
    Cherche les lys royaux
    Et les iris debout sur l’eau
    Comme flamberges.
    Puis cueille, avec ses doigts
    Un peu roides de séculaire empois,
    Un insecte qui dort, ailes émeraudées,
    Au cœur des plantes fécondées.
    Et de sa douce main, enfin,
    Détache une chèvre qui broute
    À son piquet, au coin des routes,
    Et doucement la baise et la caresse,
    Et doucement la mène en laisse.
    Et puis, la petite vierge Marie
    Sen vient trouver le vieux tilleul de la prairie
    Dont les rameaux, pareils à des trophées,
    Récèlent les mille légendes ;
    Et humble, adresse alors ces trois offrandes,
    Sous le grand arbre, aux bonnes fées,
    Qui autrefois, au temps des merveilleuses seigneuries,
    Furent, comme elle aussi, la bénévole allégorie.
    (ALMANACH).
    La nuit d’hiver élève au ciel son pur calice.
    Et je lève mon cœur aussi, mon cœur nocturne,
    Seigneur, mon cœur ! vers ton pâle infini vide,
    Et néanmoins, je sais que rien n’en pourra l’urne
    Combler, et que rien n’est dont ce cœur meurt avide ;
    Et je te sais mensonge et mes lèvres te prient
    Et mes genoux ; je sais et tes grandes mains closes
    Et tes grands yeux fermés aux désespoirs qui crient,
    Et que c’est moi qui, seul, me rêve dans les choses ;
    Sois de pitié, Seigneur, pour ma toute démence,
    J’ai besoin de pleurer mon mal vers ton silence !…
    La nuit d’hiver élève au ciel son pur calice !
    (LES DÉBÂCLES).
    Où des voiles s’en vont, sans Notre-Dame
    Où des bêtes d’ennui bâillent à l’heure
    Et ces marins noyés, sous des pétales
    Et tout à coup la mort parmi ces foules,
    La nuit, dans le silence en noir de nos demeures,
    Béquilles et bâtons , qui se cognent, là-bas,
    Montant et dévalant les escaliers des heures —
    Les horloges, avec leurs pas ;
    Émaux naïfs derrière un verre, emblèmes
    Et fleurs d’antan, chiffres et camaïeux,
    Lunes des corridors vides et blêmes —
    Les horloges, avec leurs yeux ;
    Sons morts, notes de plomb, marteaux et limes,
    Boutique en bois de mots sournois
    Et le babil des secondes minimes —
    Les horloges, avec leurs voix ;
    Gaînes de chêne et bornes d’ombre,
    Cercueils scellés dans le mur froid,
    Vieux os du temps que grignotte le nombre —
    Les horloges et leur effroi ;
    Les horloges
    Volontaires et vigilantes,
    Pareilles aux vieilles servantes
    Boitant de leurs sabots ou glissant sur leurs bas,
    Les horloges que j’interroge
    Serrent ma peur en leur compas.
    (LES BORDS DE LA ROUTE).
    LA MORT
    AU PASSANT D’UN SOIR
    Les quais étaient électrisés de lunes.
    Le paysage il a changé — et des gradins
    Mystiquement bordés de haies,
    Inaugurent, parmi des plants d’ormaies,
    Une vert et or enfilade de jardins.
    Chaque montée est un espoir
    En escalier, vers une attente ;
    Par les midis chauffés la marche est haletante,
    Mais le repos attend au bout du soir.
    Les ruisselets qui lavent toutes fautes
    Coulent autour des gazons frais ;
    L’agneau divin, avec sa croix, s’endort auprès,
    Tranquillement, parmi les berges hautes.
    L’herbe est heureuse et la haie azurée
    De papillons de verre et de bulles de fruits ;
    Des paons courent au long des buis ;
    Un lion clair barre l’entrée.
    Des fleurs droites, comme l’ardeur
    Extatique des âmes blanches
    Fusent, en un élan de branches,
    Vers leur splendeur.
    Un vent très lentement ondé
    Chante une extase sans parole ;
    L’air filigrane une auréole
    À chaque disque émeraudé.
    L’ombre même n’est qu’un essor
    Vers les clartés qui se transposent,
    Et les rayons calmés reposent
    Sur les bouches des lilas d’or.
    (LES APPARUS DANS MES CHEMINS).
    L’ATTENTE
    LA CHANCE
    Jadis, quand, au soir descendant, ses courses
    De marcheur solitaire erraient par là,
    Joueuse, il l’avait vue au bord des sources
    Vouloir, en ses deux mains, saisir
    Les bulles d’eau fugaces
    Les brins d’herbe légers
    Les insectes fragiles ;
    Non asservie
    Soudain
    Un nuage d’abord lointain,
    À l’endroit même où les herbes sauvages
    Étaient chaudes encor
    Toute la rage
    Du formidable et ténébreux nuage
    Mordit.
    On affirmait:
    Et l’on disait encor :
    Ainsi
    Un jour, l’âme du droit
    On prenait peur d’être un vivant,
    D’avoir tué atrocement
    L’idée
    Que se faisait pendant la paix,
    En notre temps,
    L’homme de l’homme.
    LA CLÉMENCE
    LA FOULE
    Là-bas,
    Durcit la plaine ;
    Et puis, là-bas encor,
    Où les glaçons monumentaux des Nords
    Bloquent, de leurs parois hiératiques,
    Les bords
    Du fiord scandinave et du golfe baltique,
    Et puis, plus loin encor, plus loin toujours,
    Sur les plateaux d’Asie
    Jusqu’à barrer le jour,
    Tenace et obsédant,
    Se déplacer vers l’Occident,
    De route en route, et d’âge en âge.
    Âpres, hardis, aventureux,
    Et, tout à coup,
    Vers Rome !
    La faim
    Les fit sortir des bois et les rendit enfin
    Maîtres des destinées.
    Déjà
    La frayeur d’être là ;
    D’après une autre volonté.
    L’ACTION
    Le moulin tourne au fond du soir, très lentement,
    Sur un ciel de tristesse et de mélancolie,
    Il tourne et tourne, et sa voile, couleur de lie,
    Est triste et faible et lourde et lasse infiniment.
    Depuis l’aube, ses bras, comme des bras de plainte,
    Se sont tendus et sont tombés ; et les voici
    Qui retombent encor, là-bas, dans l’air noirci
    Et le silence entier de la nature éteinte.
    Un jour souffrant d’hiver parmi les loins s’endort,
    Les nuages sont las de leurs voyages sombres,
    Et, le long des taillis, qui ramassent leurs ombres,
    Les ornières s’en vont vers un horizon mort.
    Sous un ourlet de sol, quelques huttes de hêtre
    Très misérablement sont assises en rond ;
    Une lampe de cuivre est pendue au plafond
    Et patine de feu le mur et la fenêtre.
    Et dans la plaine immense et le vide dormeur,
    Elles fixent, — les très-souffreteuses bicoques —
    Avec les pauvres yeux de leurs carreaux en loques,
    Le vieux moulin qui tourne, et las, qui tourne et meurt.
    (LES SOIRS).
    Et dont l’écho renvoie
    Les servantes faisaient le pain pour les dimanches,
    Avec le meilleur lait, avec le meilleur grain,
    Le front courbé, le coude en pointe hors des manches,
    La sueur les mouillant et coulant au pétrin.
    Leurs mains, leurs doigts, leur corps entier fumaient de hâte
    Leur gorge remuait dans les corsages pleins ;
    Leurs deux poings monstrueux pataugeaient dans la pâte
    Et la moulaient en ronds comme la chair des seins.
    Dehors, les grands fournils chauffaient leurs braises rouges,
    Et, deux par deux, du bout d’une planche, les gouges,
    Dans le ventre des fours, engouffraient les pains mous.
    Et les flammes, par les gueules s’ouvrant passage,
    Comme une meute énorme et chaude de chiens roux,
    Sautaient, en rugissant, leur mordre le visage.
    (LES FLAMANDES).
    De porte en porte,
    Sabots rouges, casquettes brunes,
    Nous avancions, tranquillement, sous les étoiles ;
    La lune oblique errait autour du vaisseau clair,
    Et l’étagement blanc des vergues et des voiles
    Projetait sa grande ombre au large sur la mer.
    La froide pureté de la nuit embrasée
    Scintillait dans l’espace et frissonnait sur l’eau ;
    On voyait circuler la grande Ourse et Persée
    Comme en des cirques d’ombre éclatante, là-haut.
    Dans le mât d’artimon et le mât de misaine,
    De l’arrière à l’avant où se dardaient les feux,
    Des ordres, nets et continus comme des chaînes,
    Se transmettaient soudain et se nouaient entre eux.
    Chaque geste servait à quelque autre plus large
    Et lui vouait l’instant de son utile ardeur,
    Et la vague portant la carène et sa charge
    Leur donnait pour support sa lucide splendeur.
    La belle immensité exaltait la gabarre,
    Dont l’étrave marquait les flots d’un long chemin,
    L’homme, qui maintenait à contre-vent la barre,
    Sentait vibrer tout le navire entre ses mains.
    Il tanguait sur l’effroi, la mort et les abîmes,
    D’accord avec chaque astre et chaque volonté,
    Et, maîtrisant ainsi les forces unanimes,
    Semblait dompter et s’asservir l’éternité.
    LES MORTS
    Sur la terre pleine de morts.
    Refont le monde qu’ils ont fait.
    Fait à la joie et à l’orgueil.
    Mais que c’est nous, nous qui chantons.
    Sont asservis à nos desseins.
    Et met sa force en notre foi.
    Sur la terre pleine de morts.
    Oh ! les heures du soir sous ces climats légers,
    La lumière en est belle et la lune y est douce,
    Et l’ombre souple et claire y répand sur les mousses
    Les mobiles dessins d’un feuillage étranger.
    Oliviers d’Aragon, figuiers de Catalogne,
    Hameaux calmes et blancs sur vos ruisseaux penchés,
    Derniers rayons frôlant les toits et les clochers
    Où s’arrêtait le vol replié des cigognes.
    Chansons de muletiers en des cabarets roux,
    Et vous, femmes, dont la démarche était hautaine,
    Quand vous montiez, la jarre au flanc, vers les fontaines,
    Que de fois ma mémoire a reflué vers vous !
    Mais je suis né, là-bas, dans les brumes de Flandre,
    En un petit village où des murs goudronnés
    Abritent des marins pauvres, mais obstinés,
    Sous des deux d’ouragan, de fumée et de cendre.
    Les marais noirs, les bois mornes et les champs nus,
    Et novembre grisâtre et ses cheveux de pluie,
    Et les aurores d’encre et les couchants de suie,
    Ma brève enfance, hélas ! les a trop bien connus.
    Toujours l’énorme Escaut roula dans ma pensée.
    L’hiver, quand ses glaçons où se miraient les astres
    Craquaient et charriaient leurs blocs vers les désastres,
    J’étais heureux et fort d’une joie angoissée.
    L’été, les bateaux lourds qui trouaient les lointains
    Vibraient moins de leurs mâts, où flottaient des emblèmes,
    Que mon cœur exalté ne vibrait en moi-même
    Pour quelque lutte intense et quelque grand destin.
    Les mobiles brouillards et les volants nuages
    De leurs gestes puissants m’ont ainsi baptisé,
    Et mon corps tout entier s’est comme organisé
    Pour vivre ardent, sous leur tumulte et leurs orages.
    Ô vous, les pays d’or et de douce splendeur !
    Si vos bois, vos vallons, vos plaines et vos grèves
    Tentent parfois encor mes désirs et mes rêves,
    C’est la Flandre pourtant qui retient tout mon cœur.
    L’amour dont j’ai brûlé fut conçu pour ses femmes ;
    Son ciel hostile et violent m’a seul doté
    De sourde résistance et d’âpre volonté
    Et du rugueux orgueil dont est faite mon âme.
    Mon pays tout entier vit et pense en mon corps ;
    Il absorbe ma force en sa force profonde,
    Pour que je sente mieux à travers lui le monde
    Et célèbre la terre avec un chant plus fort.
    Blafards et seuls, ils sont, les sceptiques malades,
    Aigus de tous leurs maux. Ils regardent le soir
    Se faire dans leur chambre et grandir les façades.
    Une église près d’eux lève son clocher noir.
    Heure morte, là-bas, quelque part, en province,
    En une ville éteinte, au fond d’un coin désert,
    Où s’endeuillent des murs et des porches, dont grince
    Le gond monumental, ainsi qu’un poing de fer.
    Blafards et seuls, les malades hiératiques,
    Pareils à de vieux loups mornes, fixent la mort ;
    Ils ont mâché la vie et ses jours identiques
    Et ses mois et ses ans et leur haine et leur sort.
    Mais aujourd’hui, serrés dans le pâle cynisme
    De leur dégoût, ils ont l’esprit inquiété :
    « Si le bonheur régnait dans ce mâle égoïsme,
    « Souffrir pour soi, tout seul, mais par sa volonté ?
    « Ils ont banalement aimé comme les autres
    « Les autres ; ils ont cru benoîtement aux deuils,
    « À la souffrance, à des gestes prêcheurs d’apôtres ;
    « Imbéciles, ils ont eu peur de leurs orgueils.
    « Ils discutent combien la cruauté rapproche
    « Mieux que l’amour ; combien ils se sont abusés
    « À pavoiser l’ingratitude et le reproche ;
    « Combien de pleurs, pour quelques yeux qu’ils ont baisés !
    « Vides, les îles d’or, là-bas, dans l’or des brumes,
    « Où les rêves assis sous leur manteau vermeil,
    « Avec de longs doigts d’or effeuillaient aux écumes,
    « Les ors silencieux qui pleuvaient du soleil.
    « Cassés, les mâts d’orgueil, flasques, les grandes voiles !
    « Laissez la barque aller et s’éteindre les ports ;
    « Les phares ne tendront plus vers les grandes étoiles,
    « Leurs bras immensément en feu — les feux sont morts ! »
    Ils ont mâché la vie et ses Jours identiques
    Et maintenant, leur corps ? — cage d’os pour les fièvres
    Et leurs ongles de bois heurtant leurs fronts ardents,
    Et leur hargne des yeux et leur minceur de lèvres
    Et comme un sable amer, toujours, entre leurs dents.
    Et le regret les prend et le désir posthume :
    « De s’en aller revivre en un monde nouveau
    « Dont le couchant, pareil à un trépied qui fume,
    « Dresse le Dieu d’ébène et d’os en leur cerveau.
    « Là-bas, en des lointains d’hystérie et de flamme
    « Et d’écume livide et de rauque fureur,
    « Où l’on peut abolir férocement son âme,
    « Férocement Joyeux, son âme et tout son cœur. »
    Blafards et seuls, ils sont les tragiques malades
    Aigus de tous leurs maux. Ils regardent les feux
    Mourir parmi la ville et les pâles façades
    Comme de grands linceuils venir au devant d’eux.
    MON AMI LE PAYSAGE
    À mon départ.
    Qui vient, s’arrête, et longuement salue
    Nourrit en elle
    L’ORGUEIL
    L’âpre univers est plein de foi.
    Il n’importe que sous les toits
    Dans les demeures,
    Quand le jour naît ou qu’il décroit,
    Les prières au Christ en croix
    Se meurent.
    Qui risque et qui travaille croit ;
    Qui cherche et qui invente croit encore;
    Les lumières de chaque aurore
    La confiance en leur ardeur.
    Dont a besoin l’esprit humain.
    De vivre.
    Depuis que je me sens
    N’être qu’un merveilleux fragment
    Me deviennent plus fraternels
    Je Que fait un homme à moi pareil
    En son passage sur la terre.
    Tout comme lui, je suis doté
    De génie et de volonté,
    Et ce qu’il fait, je le puis faire.
    Ainsi
    Je communie
    Avec toute la vie
    Et des choses et des êtres.
    Vice, vertu, mérite ou faute,
    Regarde, avec les yeux de ses carreaux éteints,
    Tomber très lentement, en ce jour de Toussaint,
    Les feuillages fanés des frênes et des aunes.
    Elle songe et resonge à ceux qui sont ailleurs,
    Et qui, de père en fils, longuement s’éreintèrent,
    À secouer la plaine à grands coups de labeur.
    Puis elle songe encor qu’elle est finie et seule,
    Et que ses murs épais et lourds, mais crevassés,
    Laissent filtrer la pluie et les brouillards tassés,
    Même jusqu’au foyer où s’abrite l’aïeule.
    Elle regarde aux horizons bouder les bourgs ;
    Et tristement, et lourdement se font entendre,
    Et quand la chute en or des feuillages effleure,
    Larmes ! ses murs flétris et ses pignons usés,
    La ferme croit sentir ses lointains trépassés
    Et pleurent.
    Et lui, prêt à mourir comme elle,
    Exhalait ces tristes accents :
    De mon orageuse journée
    Le soir toucha presque au matin.
    « Il est sur un lointain rivage
    « Brise-toi, lyre tant aimée !
    Et tes hymnes sans renommée
    Juge les gloires de la terre,
    Jugeait les ombres de ses rois.
    S’offrent comme un rayon d’automne,
    Ou comme un songe du matin.
    Les roses qui vivent un jour. »
    Sa lampe mourut, et comme elle
    Il s’éteignit le lendemain.
    Monseigneur

    L
    Cette
    mûres;
    Dans
    Marie
    On
    Ô toi qui naquis la première,
    Blanche mère des visions,
    Des vapeurs flottantes dans l’air :
    Sourit, ô fille des étoiles !
    Salut ! douce ; salut ! puissante.
    Et conseillère de mes pas.
    Par toi, tout ce que nous aimons.
    Tu charmes le bord des ravines.
    Dans les parfums et la rosée ;
    Sur les choses que tu chéris.
    Tu donnes aux nuits la douceur,
    Que cherchent les jeunes tendresses.
    Et de blonds nageurs que tu dores.
    Prêtent l’éclat des sept couleurs.
    Sous ton vêtement glorieux ;
    Versent des délices nouvelles.
    Où tu brilles dans une gemme,
    Vierge comme en ton jour natal.
    Belles et simples comme toi,
    Leurs formes toujours cadencées !
    En une volupté sereine,
    Sous ta chaste couronne d’or.
    Formera mes destins futurs,
    Mes nouvelles métamorphoses.
    Quoi ! tandis que partout, ou sincères ou feintes,
    Des lâches, des pervers, les larmes et les plaintes
    Consacrent leur Marat parmi les immortels;
    Et que, prêtre orgueilleux de cette idole vile,
    Des fanges du Parnasse, un impudent reptile
    Vomit un hymne infâme au pied de ses autels;
    La Vérité se tait ! Dans sa bouche glacée,
    Des liens de la peur sa langue embarrassée
    Dérobe un juste hommage aux exploits glorieux !
    Vivre est-il donc si doux ? De quel prix est la vie,
    Quand sous un joug honteux la pensée asservie,
    Tremblante, au fond du cœur se cache à tous les yeux ?
    Non, non, je ne veux point t’honorer en silence,
    Toi qui crus par ta mort ressusciter la France,
    Et dévouas tes jours à punir des forfaits.
    Le glaive arma ton bras, fille grande et sublime,
    Pour faire honte aux Dieux, pour réparer leur crime,
    Quand d’un homme à ce monstre ils donnèrent les traits.
    Le noir serpent sorti de sa caverne impure,
    A donc vu rompre enfin sous ta main ferme et sûre
    Le venimeux tissu de ses jours abhorrés !
    Aux entrailles du tigre, à ses dents homicides,
    Tu vins redemander et les membres livides,
    Et le sang des humains qu’il avait dévorés !
    Son œil mourant t’a vue, en ta superbe joie,
    Féliciter ton bras, et contempler ta proie.
    Ton regard lui disait : « Va, tyran furieux,
    Va, cours frayer la route aux tyrans tes complices.
    Te baigner dans le sang fut tes seules délices;
    Baigne-toi dans le tien et reconnais tes Dieux. »
    La Grèce, ô fille illustre, admirant ton courage,
    Épuiserait Paros, pour placer ton image
    Auprès d’Harmodios, auprès de son ami;
    Et des chœurs sur ta tombe, en une sainte ivresse,
    Chanteraient Némésis, la tardive Déesse,
    Qui frappe le méchant sur son trône endormi.
    Mais la France à la hache abandonne ta tête,
    C’est au monstre égorgé qu’on prépare une fête,
    Parmi ses compagnons, tous dignes de son sort.
    Oh ! quel noble dédain fit sourire ta bouche,
    Quand un brigand, vengeur de ce brigand farouche,
    Crut te faire pâlir aux menaces de mort !
    C’est lui qui dut pâlir ; et tes juges sinistres,
    Et notre affreux sénat, et ses affreux ministres,
    Quand, à leur tribunal, sans crainte et sans appui,
    Ta douceur, ton langage et simple et magnanime,
    Leur apprit qu’en effet, tout puissant qu’est le crime,
    Qui renonce à la vie est plus puissant que lui.
    Longtemps, sous les dehors d’une allégresse aimable,
    Dans ses détours profonds ton âme impénétrable
    Avait tenu cachés les destins du pervers.
    Ainsi, dans le secret amassant la tempête,
    Rit un beau ciel d’azur, qui cependant s’apprête
    À foudroyer les monts, et soulever les mers.
    Belle, jeune, brillante, aux bourreaux amenée,
    Tu semblais t’avancer sur le char d’hyménée,
    Ton front resta paisible, et ton regard serein.
    Calme sur l’échafaud, tu méprisas la rage
    D’un peuple abject, servile, et fécond en outrage,
    Et qui se croit alors et libre et souverain.
    La vertu seule est libre. Honneur de notre histoire,
    Notre immortel opprobre y vit avec ta gloire,
    Seule tu fus un homme, et vengeas les humains.
    Et nous, eunuques vils, troupeau lâche et sans âme,
    Nous savons répéter quelques plaintes de femme,
    Mais le fer pèserait à nos débiles mains.
    Non ; tu ne pensais pas qu’aux mânes de la France
    Un seul traître immolé suffit à sa vengeance,
    Ou tirât du chaos ses débris dispersés.
    Tu voulais, enflammant les courages timides,
    Réveiller les poignards sur tous ces parricides,
    De rapine, de sang, d’infamie engraissés.
    Un scélérat de moins rampe dans cette fange.
    La vertu t’applaudit. De sa mâle louange
    Entends, belle héroïne, entends l’auguste voix.
    Ô vertu, le poignard, seul espoir de la terre,
    Est ton arme sacrée, alors que le tonnerre
    Laisse régner le crime, et te vend à ses lois !
    Les Regrets des solitudes roses,
    Des morts de camélias, de roses.
    Près des bassins au vaste soupir,
    Ta prunelle au reflet de saphir.
    Tissant nos douleurs aux ombres brunes,
    Des fantômes d’anciennes lunes !
    Là, peut-être à nos appels amis
    Au recul de nos ans endormis.
    Clavier vibrant de remembrance,
    J’évoque un peu des jours anciens,
    Et l’Éden d’or de mon enfance
    Se dresse avec les printemps siens,
    Souriant de vierge espérance
    Et de rêves musiciens…
    Vous êtes morte tristement,
    Ma muse des choses dorées,
    Et c’est de vous qu’est mon tourment ;
    Et c’est pour vous que sont pleurées
    Au luth âpre de votre amant
    Tant de musiques éplorées.
    Ça et là, n’importe où, dans l’allée aux statues.
    Couleur de jours anciens, de mes robes d’enfant,
    Norvège
    D’une neige de février...
    Viens-t-en prier...
    Comme tu faisais autrefois
    Montait ta voix.
    Dans le malheur,
    Avec mon cœur.
    Et vos abris
    Ô colibris !
    Morne flambeau !
    Votre tombeau.
    Membres raidis;
    Du Paradis !
    Comme après de longs ans d’absence,
    Que de s’en revenir
    Par le chemin du souvenir
    Fleuri de lys d’innocence,
    Au jardin de l’Enfance.
    D’où s’enfuient les gaietés franches,
    Notre jardin muet
    Et la danse du menuet
    Qu’autrefois menaient sous branches
    Nos sœurs en robes blanches.
    Entremêlés de ritournelles,
    Avec des lieds joyeux
    Elles passaient, la gloire aux yeux,
    Sous le frisson des tonnelles,
    Comme en les villanelles.
    Des accords de guitare ancienne,
    De la vieille villa,
    Et qui faisaient deviner là
    Près d’une obscure persienne,
    Quelque musicienne.
    À tant de choses ruinées !
    Ah ! de penser aussi,
    Lorsque nous revenons ainsi
    Par des sentes de fleurs fanées,
    À nos jeunes années.
    Froissés, maltraités et sans armes,
    Moroses et vieillis,
    Et que, surnageant aux oublis,
    S’éternise avec ses charmes
    Notre jeunesses en larmes !
    De sa lande fleurie
    En sa Ville-Marie.
    La belle Vierge va
    De céleste biva.
    Sur notre Mont-Royal;
    De l’abîme infernal.
    De son arme de feu
    La Dame du Ciel bleu !
    De tout joug pour le tien;
    Sois-nous force et soutien.
    Puisses-tu de tes yeux,
    Quand tu nous viens des Cieux !
    Parmi ses petit anges;
    Se font des bruits étranges.
    Ô floraison chérie !
    Sa France et sa Ville-Marie...

    De Profundis
    Ma pensée est couleur de lumières lointaines,
    Du fond de quelque crypte aux vagues profondeurs.
    Elle a l’éclat parfois des subtiles verdeurs
    D’un golfe où le soleil abaisse ses antennes.
    En un jardin sonore, au soupir de fontaines,
    Elle a vécu dans les soirs doux, dans les odeurs ;
    Ma pensée est couleur de lumières lointaines,
    Elle court à jamais les blanches prétentaines,
    Au pays angélique où montent ses ardeurs,
    Et, loin de la matière et des brutes laideurs,
    Elle rêve l’essor aux célestes Athènes,
    Ma pensée est couleur de lunes d’or lointaines.
    Gretchen !
    Gretchen !
    * * *
    C
    À Madame M…
    Ta
    Ave
    A Fontainebleau
    A des voix meurtries
    De baisers dans l’eau.
    En ce voluptueux séjour,
    Éteindre les rayons du jour,
    Te sourit aussi doucement,
    Qu’on me prendrait pour un amant.
    Incapable de résister,
    Mon pauvre enfant ! ni mériter.
    Ces transports, cet œil enflammé ;
    D’une autre femme que j’aimai.
    Et semble implorer un soutien ;
    Lançait des feux comme le tien.
    Et la sentir à mes côtés.
    Tous les airs qe’elle m’a chantés !
    Espère encor le ressaisir !
    Toi le bonheur, moi le plaisir !
    Ode
    Exaudi nos !
    Amo, dis-je, ergo sum !
    Gradus-ad-Parnassum !
    Fume. — Il est midi. — Les tortues
    Bâille, dans le sable accroupi.
    Et l’on n’aperçoit plus, là-bas,
    Les nègres aux cheveux de laine.
    Des noirs étendus dans leurs cases,
    Nourricières des bananiers ;
    o
    Gorge le Havre & Manchester,
    Un rejeton de cannibales !
    Qui chérit l’éclat blanc du linge,
    S’avance d’un pas indolent.
    La cuisine à la véranda,
    En digérant des confitures.
    Les zigzags sans fin d’une mouche,
    Entre deux croissants de corail.
    Filtré par les feuillages verts ;
    Laissent passer des fleurs par mille.
    Avec un soupir monotone ;
    Ou s’étire, ingrat trop aimé !
    Lancent, assoupis, des clins d’yeux
    Et sur le Havanais soyeux.
    Comme au Sénat le Président,
    La peau jaune d’une goyave.
    Mystérieux des marécages.
    De contrefaire les pigeons.
    Paresseuse créolement,
    Et doux de sa large berceuse ;
    Dans son peignoir de mousseline.
    Que son sang noble est pur d’emprunts.
    Obéit à son poids léger ;
    A l’oreille porte une rose.
    Aux grosses lèvres incarnates,
    Humant sa cigarette en feu.
    Elle pense à son doux ami ;
    Son nègre l’évente sans trêve.
    Sur les houles de l’Atlantique,
    La contemple piteusement.
    Sur le pont du schooner « The Fly »,
    En casquette à longue visière ;
    Jettent leurs ombres sur les lames,
    Davis Brooks paraît soucieux.
    Et s’éloigne), — ses doigts mignons
    Du sein qui tremble sous l’étoffe.
    La blanche miss Tilda s’égare,
    Trente planteurs feront leur cour.
    Jupiter pousse un cri plaintif,
    Rit la mulâtresse Euphrasie ;
    Et le singe roux, tout sommeille ;
    L’odeur des ananas dorés.
    O my dear, I love you !
    . . . . . . . . . . . . .
    De l’horreur et de la beauté.
    Sa vieille tête en fouillis noir
    Et son vieux corps en robe verte.
    Sourdement fait gronder l’écho.
    Mais la bonne chienne Margot
    A rassemblé toutes les têtes
    Tous les trois, à pas d’escargot,
    Ils regagnent enfin, là-haut,
    Le vieux seuil où la maman veille.
    Et s’enfuit d’un train plus rampant.
    La méchanceté de la ronce.
    Et çà et là — près d’un marais,
    D’un taillis, d’un pacage, auprès
    D’un ruisseau bordé de vieux aunes,
    Le printemps s’annonce à vos yeux
    Avec le vol silencieux
    De beaux petits papillons jaunes.
    Croisant ses maigres bras poilus,
    Il songe à celle qui n’est plus.
    Dans ses yeux creux des larmes roulent,
    Et le brasier dont il reluit,
    Sur sa joue osseuse les cuit
    À mesure qu’elles y coulent.
    Aussi lugubre que la nôtre ;
    Pleurant l’un en face de l’autre.
    Dans sa grande jatte de grès,
    L’Angélique, la belle veuve,
    Avec sa crème toute neuve
    Fabrique un peu de beurre frais.
    Ses doigts et sa batte à loisir
    Fouettent, pressent, foulent, tripotent,
    Tournent, roulent, piquent, tapotent
    La crème lente à s’épaissir.
    L’effilé, le cataleptique
    De ses arbrisseaux, les vapeurs
    De son marécage en torpeur
    Lui donnent comme un air mystique.
    Dans le jour si pur qui trépasse,
    Entre ses horizons pieux,
    Elle est pour le cœur et les yeux
    Un sanctuaire de l’espace.
    Sous ces rameaux dormants et grêles
    On rêve d’évocations,
    De saintes apparitions,
    De rencontres surnaturelles.
    C’est pourquoi, deux légers oiseaux
    À mesure que leur point noir
    Voici qu’une vapeur voilée
    Sort d’une mare dégelée
    Puis d’une autre et d’une autre encor :
    Lugubre hommage, en quelque sorte
    Qui, lentement, vers le ciel mort
    Monte de la campagne morte.
    M’avait toujours frappé les yeux
    Par son dénudé soucieux
    Et, c’est un ébahissement
    Tout mêlé d’attendrissement.
    libera
    Cette nuit, la rivière aura
    Tout son malfaisant scélérat
    On sent couver là, sur ce bord,
    Tant d’horreur humide et de mort
    Les nuages traînant leurs blocs
    Autour du soleil qui les troue,
    On voit reflamboyer la roue
    Du moulin bâti dans les rocs.
    Et la chose monstre qui tourne
    Noire, en son clair rutilement,
    Bat des mousses de diamant
    Dans la ruelle où l’eau s’enfourne.
    Puis, à mesure qu’il s’éteint,
    Des tons de l’astre elle se teint.
    Voici que, grandie à présent,
    Rouge, elle tourne dans du sang,
    Le temps chauffe, ardent, radieux ;
    Le sol brûle comme une tôle
    Dans un four. Nul oiseau ne piaule,
    Tout l’air vibre silencieux…
    À son chien noir aussi bon qu’il est vieux.
    Posant son tricot et sa gaule,
    Elle ôte, à mouvements frileux,
    Robe, chemise, et longs bas bleus :
    Sa nudité sort de sa geôle.
    Elle garde un maintien peureux,
    Mais enfin, la chaleur l’enjôle,
    Elle fait un pas et puis deux…
    Mais si l’endroit est hasardeux ?
    Si l’eau verte que son pied frôle
    D’un air confus et curieux,
    Elle se regarde à pleins yeux
    Dans ce miroir mouvant et drôle.
    ad hoc
    Le limon fait comme le sable
    Restant sec sous son brillanté,
    Il aspire l’humidité…
    Et l’ornière est inremplissable.
    En haut de ce chêne une pie
    Savoure son humectement
    Avec un tel ravissement
    Qu’elle en paraît tout ébaubie.
    La bergère a quitté son arbre
    Pour avoir le corps plus mouillé ;
    Là-bas un vieux, stupéfié,
    Dans l’immobilité d’un marbre,
    Ruisselle comme les feuillages ;
    Et je me surprends à sourire :
    5
    15
    25
    35
    45
    50
    55
    60D’où l’eau fuit à tout moment.

    Je crois que tout mon lit de chardons est semé !
    Qu'il est rude et malfait. Hé ! Dieu suis-je si tendre
    Que je n'y puis durer ? je ne fais que m'étendre,
    Et ne sens point venir le Somme accoutumé.
    Il est après mi-nuit, je n'ai pas l'oeil fermé,
    Et mes membres lassés repos ne peuvent prendre.
    Sus Phebus, lève-toi ! ne te fais plus attendre.
    Et de tes clairs regards rends le ciel allumé.
    Que la nuit m'importune, et m'est dure et contraire !
    Mais pourtant c'est en vain, ô Phebus, que j'espère
    D'avoir plus de clarté par ton nouveau retour :
    Car je serai couvert d'une effroyable nue,
    Tant qu'un plus beau soleil, qui me cache sa vue,
    Vienne luire à Paris et m'apporte le jour.

    ——————
    ——Du premier jour de Mai
    ———
    ———Qui ne s’en donne.
    Un
    Jadis
    Au
    Le
    Sous
    Morne
    Les
    Du
    Qu’ils
    Lorsque
    Juan
    Bien
    Jadis
    Quel
    Tous
    Fais
    L’autel
    Certe
    Qu’il
    J’ai
    Entre donc
    L’aube
    La
    L’ivoire
    Il
    N’approche pas
    Las
    Mieux
    Arrête
    L’air
    Le
    Vers
    Lupercus
    À
    Viens
    Voici
    Vous
    L’homme
    En
    Vieux
    Ce
    L’âcre
    Seigneur
    Pour
    Tel
    Et
    Que
    Avec
    C’est
    Quand
    C’est
    Par
    L’Etna
    Ô
    D’un
    Dans
    Là-bas
    Depuis
    Ils
    Glaciers
    Qui
    Celui-là
    Cette
    Ici
    Comme
    À vous troupe légère
    Qui d’aile passagère
    Par le monde volez…
    Accoudée
    Donc
    Pas
    Sur
    Oui
    Crois-moi
    Étranger
    Avant
    L’hiver
    Passant
    O
    O beata solitudo
    O sola solitudo !
    métempsycoses
    CYTHÈRE
    Oh
    ! »
    ment
    fût
    J'allais par des chXX
    dus
    ægri somnia.
    PANTOMIME
    ENVOI
    I
    I
    encore
    La dure épreuve XI
    L’AMOUR PAR TERRE
    susurre
    sainte
    N’est-ce pas ? en dépitXVII
    MANDOLINE
    tords-lui
    VIII
    I
    II
    III
    IV
    I
    II
    III
    IV
    COLLOQUE SENTIMENTAL
    LES INDOLENTS
    L’hiver a cessé : la lumXXI
    Toute grâce et toutes nuances
    Dans l’éclat doux de ses seize ans,
    Elle a la candeur des enfances
    Et les manèges innocents.
    Ses yeux qui sont les yeux d’un ange,
    Savent pourtant, sans y penser,
    Éveiller le désir étrange
    D’un immatériel baiser.
    Et sa main, à ce point petite
    Qu’un oiseau-mouche n’y tiendrait,
    Captive, sans espoir de fuite,
    Le cœur pris par elle en secret.
    L’intelligence vient chez elle
    En aide à l’âme noble ; elle est
    Pure autant que spirituelle :
    Ce qu’elle a dit, il le fallait !
    Et si la sottise l’amuse
    Et la fait rire sans pitié,
    Elle serait, étant la muse,
    Clémente jusqu’à l’amitié,
    Jusqu’à l’amour - qui sait ? peut-être,
    A l’égard d’un poète épris
    Qui mendierait sous sa fenêtre,
    L’audacieux ! un digne prix
    De sa chanson bonne ou mauvaise !
    Mais témoignant sincèrement,
    Sans fausse note et sans fadaise,
    Du doux mal qu’on souffre en aimant.
    Ce cavalier
    Un étalon
    Toujours ! toujours !
    D’une arme à feu.
    Claquait au vent,
    Trente-deux dents.
    Ce cavalier
    Un étalon
    Toujours ! toujours !
    D’une arme à feu.
    Claquait au vent,
    Trente-deux dents.
    Rien, ô ma pauvre enfant !
    Que vous fuyez devant.
    Pauvre cher bleu miroir,
    Qui nous fait mal à voir.
    Comme un héros méchant,
    Vous qui n’étiez que chant !
    Qui grondait et sifflait,
    Comme un triste agnelet.
    D’un amour brave et fort,
    Jeune jusqu’à la mort !
    LE FAUNE
    VII
    ? »
    SUR L’HERBE
    oui qui sort de lèvres bien-aimées !
    VI
    Gaspard Hauser chante :
    Je ne t’ai pas connu, je ne t’ai pas aimé,
    Je ne te connais point et je t’aime encor moins :
    Je me chargerais mal de ton nom diffamé,
    Et, si j’ai quelque droit d’être entre tes témoins,
    C’est que, d’abord, et c’est qu’ailleurs, vers les Pieds joints
    D’abord par les clous froids, puis par l’élan pâmé
    Des femmes de péché desquelles ô tant oints,
    Tant baisés, chrême fol et baiser affamé ! —
    Tu tombas, tu prias, comme moi, comme toutes
    Les âmes que la faim et la soif sur tes routes
    Poussaient belles d’espoir au Calvaire touché !
    — Calvaire juste et vrai, Calvaire où, donc, ces doutes,
    Ci, çà, grimaces, art, pleurent de leurs déroutes.
    Hein ? mourir simplement, nous, hommes de péché.
    L’ALLÉE
    LES INGÉNUS
    A LA PROMENADE
    Bonheur
    Maleck Adel et les Rois Mages
    III
    En robe grise et verte avec des ruches,
    Un jour de juin que j’étais soucieux,
    Elle apparut souriante à mes yeux
    Qui l’admiraient sans redouter d’embûches ;
    Elle alla, vint, revint, s’assit, parla,
    Légère et grave, ironique, attendrie :
    Et je sentais en mon âme assombrie
    Comme un joyeux reflet de tout cela ;
    Sa voix, étant de la musique fine,
    Accompagnait délicieusement
    L’esprit sans fiel de son babil charmant
    Où la gaîté d’un cœur bon se devine.
    Aussi soudain fus-je, après le semblant
    D’une révolte aussitôt étouffée,
    Au plein pouvoir de la petite Fée
    Que depuis lors je supplie en tremblant.
    jutes
    Par angles obtus.
    Ainsi qu’un basson.
    Et de Phidias,
    De profundis sur l’air du Traderi
    Tartuffe
    S’en alla vers la Ville.
    Loin de mon fils m’exile.
    Voici mon testament :
    Qui fut porté dûment.
    EN SOURDINE
    sohos
    indeeds et des all rights et des hâos
    Que la lune encore décharne
    Ricane à travers ma lucarne.
    Comme l’on n’en voit qu’au théâtre,
    Fredonne un tralala folâtre.
    Le drôle agace une guitare
    D’un air d’élasticité rare.
    Tais ces chants et cesse ces danses. »
    « C’est moins farce que tu ne penses,
    De te plaire ou de te déplaire,
    Tu peux t’aller faire lanlaire. »
    Que la lune encore déchaîne,
    Comme l'on n’en voit qu’au théâtre,
    « C’est moins farce que tu ne penses. »
    donec gratus
    Amen
    LES COQUILLAGES
    EN BATEAU
    revu, calme et frais comme un cygne !
    en peine et de passage
    la
    À Emmanuel des Essarts.
    Indes galantes.
    À Alexandre Piédagnel.
    À Paul Bourget.
    À Amédée Bandit.
    Laborieux valet du plus commode maître
    Mais parle : raisonnons. Quand, du matin au soir,
    Que penserais-tu donc, si l’on t’allait apprendre
    Antoine, de nous deux tu crois donc, je le voi,
    GRAND ROI
    blanc, la quinteuse dit noir
    En miracles féconde
    A. nulle autre seconde
    Nompareil
    Plus beau que le Soleil
    Astres et de Merveilles
    Chef-d'œuvre des Cieux, de Beautez sans pareilles
    Je n’étais qu’un enfant (Paris, vers ce temps-là,
    Le temps vola, rapide, et, lambeau par lambeau,
    Mais, n’avoir de ses maux que de muets témoins ;
    Et n’aurais-tu pas vu se railler de ton livre
    Voilà, Joseph, voilà quel spectacle hideux
    Pourtant, avant qu’un ange, à ta gloire éternelle,
    ave
    phtisique
    À mon ami Alfred Foulongne.
    LA TRAVERSÉE
    LE REPOS
    LE COMBAT
    au-delà
    II
    III
    Qu'on a peine à mourir !
    L’air était pur, la nuit régnait sans voiles;
    Elle riait du dépit de l’Amour;
    Il aime l’ombre, et le feu des étoiles,
    En scintillant, formait un nouveau jour :
    Tout s’y trompait. L’oiseau, dans le bocage,
    Prenait minuit pour l’heure des concerts;
    Et les zéphyrs, surpris de ce ramage,
    Plus mollement le portaient dans les airs.
    Tandis qu’aux champs quelques jeunes abeilles
    Volaient encore en tourbillons légers,
    Je m’endormis. Ne grondez pas, ma mère!
    Dans notre enclos qui pouvait pénétrer?
    Moutons et chiens, tout venait de rentrer,
    Au bruit de l’eau, je sentis le sommeil
    Et lentement s’évanouir l’image
    Que je tremblais de revoir au réveil :
    Je m’endormis. Mais l’image enhardie
    Au bruit de l’eau se glissa dans mon cœur.
    Le chant des bois, leur vague mélodie,
    En la berçant, fait rêver la pudeur.
    En me tendant leurs bras entrelacés ;
    C’était une ombre, et j’avais peur pourtant;
    Mais le sommeil enchaînait ma paupière.
    J’allais crier, j’étais tremblante;
    Et la frayeur m’ôta la voix.
    Depuis ce temps, ne grondez pas, ma mère,
    l’envoy
    25
    La Vérité toute nue
    Sortit un jour de son puits ;
    Jeunes et vieux fuyaient sa vue :
    À ses yeux vient se présenter
    La Fable richement vêtue,
    Portant plumes et diamants,
    La plupart faux, mais très brillants.
    Eh ! Vous voilà ! bonjour, dit-elle :
    Aux passants je demande en vain
    De me donner une retraite,
    Vieille femme n’obtient plus rien.
    Vous êtes pourtant ma cadette,
    Dit la Fable, et, sans vanité,
    Partout je suis fort bien reçue ;
    Mais aussi, dame Vérité,
    Pourquoi vous montrer toute nue ?
    Qu’un même intérêt nous rassemble :
    Chez le sage, à cause de vous,
    Je ne serai point rebutée ;
    À cause de moi, chez les fous
    Vous ne serez point maltraitée.
    Vous verrez, ma sœur, que partout
    Nous passerons de compagnie.
    Suivez le fond de la rivière ;
    Craignez la ligne meurtrière,
    Ou l'épervier plus dangereux encor.
    Et déborde dans les campagnes.
    Ah ! ah ! criaient les carpillons,
    Qu'en dis-tu, carpe radoteuse ?
    Crains-tu pour nous les hameçons ?
    Les arbres sont cachés sous l'onde,
    Nous sommes les maîtres du monde,
    C'est le déluge universel.
    Mêmes discours.
    Parlant ainsi, nos étourdis
    Sortent tous du lit de la Seine,
    Qu'arriva-t-il ? Les eaux se retirèrent,
    Et les carpillons demeurèrent ;
    Bientôt ils furent pris,
    Et frits.
    Pourquoi quittaient-ils la rivière ?
    Pourquoi ? je le sais trop, hélas !
    C'est qu'on veut sortir de sa sphère,
    C'est que... c'est que... je ne finirai pas.
    Thomas trouve sur son chemin
    Une bourse de louis pleine ;
    Lui dit : « Pour nous la bonne aubaine !
    - Non, répond Thomas froidement,
    Pour nous n'est pas bien dit ; pour moi
    Thomas tremblant, et non sans cause,
    Nous n'est pas le vrai mot ; mais toi
    Dans le malheur n'a point d'amis.
    La tranquille Habitude aux mains silencieuses
    Panse, de jour en jour, nos plus grandes blessures ;
    Elle met sur nos cœurs ses bandelettes sûres
    Et leur verse sans fin ses huiles oublieuses ;
    Les plus nobles chagrins, qui voudraient se défendre,
    Désireux de durer pour l’amour qu’ils contiennent,
    Sentent le besoin cher et dont ils s’entretiennent
    Devenir, malgré eux, moins farouche et plus tendre ;
    Et, chaque jour, les mains endormeuses et douces,
    Les insensibles mains de la lente Habitude,
    Resserrent un peu plus l’étrange quiétude
    Où le mal assoupi se soumet et s’émousse ;
    Et du même toucher dont elle endort la peine,
    Du même frôlement délicat qui repasse
    Toujours, elle délustre, elle éteint, elle efface,
    Comme un reflet, dans un miroir, sous une haleine,
    Les gestes, le sourire et le visage même
    Dont la présence était divine et meurtrière ;
    Ils pâlissent couverts d’une fine poussière ;
    La source des regrets devient voilée et blême.
    A chaque heure apaisant la souffrance amollie,
    Otant de leur éclat aux voluptés perdues,
    Elle rapproche ainsi de ses mains assidues,
    Le passé du présent, et les réconcilie ;
    La douleur s’amoindrit pour de moindres délices ;
    La blessure adoucie et calme se referme ;
    Et les hauts désespoirs, qui se voulaient sans terme,
    Se sentent lentement changés en cicatrices ;
    Et celui qui chérit sa sombre inquiétude.
    Qui verserait des pleurs sur sa douleur dissoute,
    Plus que tous les tourments et les cris vous redoute,
    Silencieuses mains de la lente Habitude.
    Place de la Gare, à Charleville.
    Valse des fifres
    II
    IV
    V
    Car de la causerie parmi les appareils, — le sang, les fleurs, le feu, les bijoux,
    Des comptes agités à ce bord fuyard,
    — On voit, roulant comme une digue au delà de la route hydraulique motrice,
    De ton corps si beau,
    Miroiter la peau !
    Aux âcres parfums,
    Aux flots bleus et bruns,
    Au vent du matin,
    Pour un ciel lointain.
    De doux ni d’amer,
    L’or avec le fer.
    Belle d’abandon,
    Au bout d’un bâton.
    Ta tête d’enfant
    D’un jeune éléphant,
    Comme un fin vaisseau
    Ses vergues dans l’eau.
    Des glaciers grondants,
    Au bord de tes dents,
    Amer et vainqueur,
    D’étoiles mon cœur !
    IV
    Ce spectre singulier n’a pour toute toilette, Grotesquement campé sur son front de squelette, Qu’un diadème affreux sentant le carnaval. Sans éperons, sans fouet, il essouffle un cheval, Fantôme comme lui, rosse apocalyptique, Qui bave des naseaux comme un épileptique. Au travers de l’espace ils s’enfoncent tous deux, Et foulent l’infini d’un sabot hasardeux. Le cavalier promène un sabre qui flamboie Sur les foules sans nom que sa monture broie, Et parcourt, comme un prince inspectant sa maison, Le cimetière immense et froid, sans horizon, Où gisent, aux lueurs d’un soleil blanc et terne, Les peuples de l’histoire ancienne et moderne.
    À mon bras votre bras poli
    Ce souvenir n’est point pâli) ;
    La pleine lune s’étalait,
    Sur Paris dormant ruisselait.
    Des chats passaient furtivement,
    Nous accompagnaient lentement.
    Éclose à la pâle clarté,
    Que la radieuse gaîté,
    Dans le matin étincelant,
    S’échappa, tout en chancelant
    Dont sa famille rougirait,
    Dans un caveau mise au secret !
    « Que rien ici-bas n’est certain,
    Se trahit l’égoïsme humain ;
    Et que c’est le travail banal
    Dans un sourire machinal ;
    Que tout craque, amour et beauté,
    Pour les rendre à l’Éternité ! »
    Ce silence et cette langueur,
    Au confessionnal du cœur.
    De profundis.
    Je veux te peindre ta beauté,
    Chargé de toile, et va roulant
    D’un air placide et triomphant
    Dont les panneaux bombés et clairs
    De vins, de parfums, de liqueurs
    Comme deux sorcières qui font
    Faits pour serrer obstinément,
    Mon enfant, ma sœur,
    Songe à la douceur
    Aimer à loisir,
    Aimer et mourir
    Les soleils mouillés
    De ces ciels brouillés
    Si mystérieux
    De tes traîtres yeux,
    Des meubles luisants,
    Polis par les ans,
    Les plus rares fleurs
    Mêlant leurs odeurs
    Les riches plafonds,
    Les miroirs profonds,
    Tout y parlerait
    À l’âme en secret
    Vois sur ces canaux
    Dormir ces vaisseaux
    C’est pour assouvir
    Ton moindre désir
    — Les soleils couchants
    Revêtent les champs,
    D’hyacinthe et d’or ;
    Le monde s’endort
    Dites, qu’avez-vous vu ?
    V
    Et puis, et puis encore ?
    Et puis, et puis encore ?
    VII
    VIII
    nouveau !
    FIN.
    Qui vit, s’agite et se tortille,
    Comme du chêne la chenille ?
    Noierons-nous ce vieil ennemi,
    Patient comme la fourmi ?
    À cet esprit comblé d’angoisse
    Que le sabot du cheval froisse,
    Et que surveille le corbeau,
    D’avoir sa croix et son tombeau ;
    Peut-on déchirer des ténèbres
    Sans astres, sans éclairs funèbres ?
    Est soufflée, est morte à jamais !
    Les martyrs d’un chemin mauvais !
    Dis, connais-tu l’irrémissible ?
    À qui notre cœur sert de cible ?
    Notre âme, piteux monument,
    Par la base le bâtiment.
    Qu’enflammait l’orchestre sonore,
    Une miraculeuse aurore ;
    Terrasser l’énorme Satan ;
    Est un théâtre où l’on attend
    Te Deum,
     ?
    Vers ma pâle étoile,
    Je mets à la voile ;
    Comme de la toile,
    Que la nuit me voile ;
    D’un vaisseau qui souffre ;
    Sur l’immense gouffre
    De mon désespoir !
    Ô mon cher Belzébuth, je t’adore !
    jamais
    Diva ! supplicem exaudî !
    D’un luxe miraculeux,
    Dans l’or de sa vapeur rouge,
    Allonge l’illimité,
    Et de plaisirs noirs et mornes
    De tes yeux, de tes yeux verts,
    Mes songes viennent en foule
    De ta salive qui mord,
    Et, charriant le vertige,
    Souviens-toi !
    Remember ! Souviens-toi, prodigue !Esto memor !
    Souviens-toi
    souviens-toi !
    Ce beau matin d’été si doux :
    Sur un lit semé de cailloux,
    Brûlante et suant les poisons,
    Son ventre plein d’exhalaisons.
    Comme afin de la cuire à point,
    Tout ce qu’ensemble elle avait joint ;
    Comme une fleur s’épanouir.
    Vous crûtes vous évanouir.
    D’où sortaient de noirs bataillons
    Le long de ces vivants haillons.
    Ou s’élançait en pétillant ;
    Vivait en se multipliant.
    Comme l’eau courante et le vent,
    Agite et tourne dans son van.
    Une ébauche lente à venir
    Seulement par le souvenir.
    Nous regardait d’un œil fâché,
    Le morceau qu’elle avait lâché.
    À cette horrible infection,
    Vous, mon ange et ma passion !
    Après les derniers sacrements,
    Moisir parmi les ossements.
    Qui vous mangera de baisers,
    De mes amours décomposés !
    La gerbe épanouie
    En mille fleurs,
    Où Phœbé réjouie
    Met ses couleurs,
    Tombe comme une pluie
    De larges pleurs.
    De larges pleurs.
    En mille fleurs,
    Met ses couleurs,
    De larges fleurs.
    De larges fleurs.
    II
    mensonge,
    mensonge
    Pièce parue à la Renaissance Littéraire et Artistique, le 30 novembre 1872, sous la signature P. Néouvielle.
    Pièce parue à la Renaissance, le 24 mai 1873.
    G. N.
    Dans ta ruelle
    Tu mettrais l’univers entier
    Pièce parue à la Renaissance, le 14 septembre 1873.
    Envoi
    Souvenez-vous des humbles cimetières
    Que voile aux villages voisins
    Et c’est à peine si —
    Comme des brebis étonnées,
    Quelques maisons
    Abandonnées,
    Toutes fanées
    Par les saisons,
    Parfois de l’auvent qui le garde —
    Mais l’été que l’ange envoie aux vallées,
    Pour les églogues étoilées,
    Et vers les rivières vermeilles,
    L’été, sur un signe de Dieu,
    Dont la blancheur brûle, éclatant
    Pendant que le lézard entend
    De la Mort, mère et reine des parfums.
    Tramée avec les fils du rêve,
    Sur la route où l’air pur fraîchit,
    Une voix étouffée ou tendre,
    Cependant, là-bas, dans les nécropoles,
    Une immobile multitude
    Malgré leur solitude qui s’ennuie
    Ces pauvres âmes désolées,
    Vers la douce époque des nids,
    Sous les funéraires feuillées,
    Ou quand leur commune patronne,
    Ceux qui sourient d’avoir été
    De gais bouviers dans la campagne,
    Qu’il semble que la vie,
    À ces mornes reclus
    Lugubrement ravie,
    Ne doive jamais plus
    Monter ni redescendre
    Aucun orchestre en floraison
    Aucun océan soucieux
    Aucun Messidor sous les cieux
    Ni le soleil de ces contrées
    Où son regard luit si hautain,
    Qu’il semble à la stupeur physique
    Que le rayon fait la musique ;
    Ni lune en fleur d’aucun été,
    Que la solennelle clarté
    Quand, sonnant la fuite des deuils,
    Poème écrit à Bicêtre
    Mais bien-heureux celuy qui ne deſire pas
    Ce qu’il n’a point : l’vn ſert de gracieus appas
    Pour le contentement, & l’autre eſt vn martyre.
    Et met en paſſion : donc ne deſirer rien
    Hors de noſtre pouuoir, viure content du ſien,
    Ores qu’il fuſt petit, c’eſt fortune proſpere.
    Du corſaire, des flots, des roches & des vents :
    Le deſir importun aux petits d’eſtre grands,
    Hors du commun ſentier bien ſouuent les déuoye.
    Deſire ambitieux ſa fortune auancer :
    L’autre ſe voyant pauure à fin d’en amaſſer
    Trahiſt ſon Dieu, ſon Roy, ſon ſang & ſa patrie.
    Qu’il a de ſe gorger de quelque faux plaiſir,
    En fin ne gaigne rien qu’vn faſcheux deſplaiſir,
    Perdant ſon heur, ſon temps, & bien ſouuent la vie.
    A ſa triſte fortune, eſpoind de ceſte ardeur,
    Soupire apres vn vent qui le plonge en erreur.
    Car le Deſir n’eſt rien qu’vn perilleux orage.
    Qu’on eſpere en tirer, n’embraſſant que le vent,
    Loyer de ſes travaux, eſt payé bien ſouuent
    D’vn refus, d’vn dédain, & d’vn mauuais viſage.
    Favorit de ſon Roy, recherchant ſon bon-heur,
    Auançant ſa fortune, auance ſon malheur,
    Pour auoir trop ſondé le ſecret de ſon maiſtre.
    C’eſt heur que de iouïr, & non pas d’eſperer :
    Embraſſer l’incertain, & touſiours deſirer
    Eſt vne paſſion qui nous met en ceruelle.
    Qui trauaille nos ſens d’vn charme ambitieux,
    Nous déguiſant le faux pour le vray, qui nos yeux
    Va trompant tout ainſi que l’image d’vn ſonge.
    Et des mois :
    Auril, la douce eſperance
    Des fruicts qui ſous le coton
    Du bouton
    Nourriſſent leur ieune enfance.
    Iaunes, pers,
    Qui d’vne humeur bigarree
    Emaillant de mille fleurs
    De couleurs,
    Leur parure diapree.
    Des Zephyrs,
    Qui ſous le vent de leur ælle
    Dreſſent encor és foreſts
    Des doux rets,
    Pour rauir Flore la belle.
    Qui du ſein
    De la nature, deſſerre
    Vne moiſſon de ſenteurs,
    Et de fleurs,
    Embaſmant l’Air, & la Terre.
    Floriſſant.
    Sur les treſſes blondelettes
    De ma Dame, & de ſon ſein,
    Touſiours plein
    De mille & mille fleurettes.
    De Cypris,
    Le flair & la douce haleine :
    Auril, le parfum des Dieux,
    Qui des cieux
    Sentent l’odeur de la plaine.
    Qui d’exil
    Retires ces paſſageres,
    Ces arondelles qui vont,
    Et qui ſont
    Du printemps les meſſageres.
    Et le thym,
    L’œillet, le lis, & les roſes
    En ceſte belle ſaiſon,
    A foiſon,
    Monſtrent leurs robes écloſes.
    Doucelet,
    Decoupe deſſous l’ombrage,
    Mille fredons labillars,
    Fretillars,
    Au doux chant de ſon ramage.
    Que l’amour
    Souffle à doucettes haleines,
    Vn feu croupi & couuert,
    Que l’hyuer
    Receloit dedans nos veines.
    L’eſſain beau
    De ces pillardes auettes
    Volleter de fleur en fleur,
    Pour l’odeur
    Qu’ils muſſent en leurs cuiſſettes.
    Ses fruicts meurs,
    Et ſa ſeconde roſee,
    La manne & le ſucre doux,
    Le miel roux,
    Dont ſa grace eſt arroſee.
    A ce mois,
    Qui prend le ſurnom de celle
    Qui de l’eſcumeuſe mer
    Veit germer
    Sa naiſſance maternelle.
    Tu le sais, inimitable fraise des bois
    Comme un charbon ardente aux doigts de qui te cueille
    Leçons et rires buissonniers
    Ne se commandent pas.
    Chez le chasseur qui la met en joue
    L’automne pense-t-elle susciter l’émoi
    Que nous mettent au cœur les plus jeunes mois ?
    Blessée à mort, Nature,
    Et feignant encor
    D’une Eve enfantine la joue
    Que fardent non la pudeur mais les confitures
    Ta mûre témérité
    S’efforce de mériter
    La feuille de vigne vierge.
    ENVOI
    Or, au dimanche froid, maritime et d’hiver,
    aux lèvres amer,
    d’une ville très port-de-mer,
    dans un dimanche froid, maritime et d’hiver ;
    aux quatre heures de soir longues d’après-dinée
    de lampes allumées,
    — et lasses, et comme enfumées —
    des quatre heures de soir longues d’après-dinée ;
    de la famille nous est venue visiter,
    — famille d’été,
    et de soleil très endettée, —
    de la famille nous est venue visiter.
    Or, avec les mains bleues de leurs jours de navires,
    plus debout qu’assis,
    disant en anglais raccourcis
    le parler de leurs mains comme aux jours des navires,
    les parents de retour des bonnes Australies,
    et riches trop tard,
    — oncles d’Amérique et soudards —
    les grands-parents sous la lampe jaune en allés,
    pour prendre le thé,
    graves et de sollennité,
    les grands-parents sous la lampe jaune en allés,
    de mains m’ont fait signe d’être à l’enfant-très-femme,
    — très-femme et très-âme —
    les parents de celle de l’âme,
    de mains m’ont fait signe d’être à l’enfant-très-femme ;
    et parlant de profil, comme à des yeux fermés,
    Ils ont dit très-doux :
    Nous sommes ceux venus vers vous
    et d’annonciation vers la bien-aimée.
    plaie
    Tu
    œil ici :
    Éternel
    J’ai
    Il
    Que Vous !…
    Que nous !…
    Tour de Nesle
    Château de Presle
    Temps frais,
    — Après. —
    Frisette
    Que Toi !…
    Que moi !
    Flanqué,
    Masqué.
    Au vent,
    — Avant !…
    Quel pas !
    Bien bas !
    Printemps,
    Vingt-ans !
    Des dieux !
    Aux cieux !
    Mon front…
    Le pont.
    Muguet !
    Le guet !
    Des coucous l’Angélus
    la brouette
    De la Mort
    L’œil tué n’est pas mort
    Un coin le fend encor
    L’œil cloué n’est pas mort
    Et le coin entre encor
    Deus misericors
    Les oiseaux croque-morts
    Ont donc peur à mon corps
    Lamma lamma sabacthani
    Colombes de la Mort
    Soiffez après mon corps
    Rouge comme un sabord
    La plaie est sur le bord
    Je vois des cercles d’or
    Le soleil blanc me mord
    Je vois un cercle d’or
    Le feu d’en haut me mord
    Dans la moelle se tord
    Une larme qui sort
    Miserere, De profundis
    Dans mon crâne se tord
    Du soufre en pleur qui sort
    Bienheureux le bon mort
    Le mort sauvé qui dort
    Ô bienheureux le mort
    Le mort jugé qui dort
    Un Chevalier dehors
    Repose sans remords
    L’homme en pierre dehors
    A deux yeux sans remords
    Ho je vous sens encor
    Landes jaunes d’Armor
    À toi je baye encor
    Ô ciel défunt d’Armor
    Pardon de prier fort
    Seigneur si c’est le sort
    Pardon de crier fort
    Seigneur contre le sort
    J’entends le vent du nord
    Qui bugle comme un cor
    J’entends le glas du cor
    L’homme
    La tête comme un bon cercueil.
    Avec un légitime orgueil…
    À l’œil
    rebus
    trompe-d’Eustache
    De chic
    Le silence est d’or (Saint Jean Chrysostome)
    Si
    Te boirais !
    Roserais !
    Te dirais…
    Si j’étais !…
    Quêterais !
    Jetterais !
    L’éteindrais !
    Grimperais !
    Te ferais…
    Señora
    — Ouvrirais ! —
    Pas
    En
    Ma sœur d’amour !…
    Tertre de deuil !
    de mon
    Ton remorqueur !…
    Ton souvenir !
    Pendant un grain !
    Ton doux ennui…
    Posée
    Tu seras la mouette blessée
    Et moi le flot qu’elle rasa
    Et cætera.
    Qu’une cloison.
    Pour sommeiller.
    — Comme l’oubli ! —
    Un pilotin.
    Dors d’amour, méchant ferreur de cigales !
    Dans le chiendent qui te couvrira
    La cigale aussi pour toi chantera,
    Joyeuse, avec ses petites cymbales.
    La rosée aura des pleurs matinales ;
    Et le muguet blanc fait un joli drap…
    Dors d’amour, méchant ferreur de cigales.
    La Muse camarde ici posera,
    Sur ta bouche noire encore elle aura
    Ces rimes qui vont aux moelles des pâles…
    Dors d’amour, méchant ferreur de cigales.
    Va
    Que
    l’amitié calmée ;
    Insomnie
    Hosannah
    Kriss
    Je
    En cigarette,
    M’envole au jour.
    Nul ne me voit.
    — Je suis si laid ! —
    Une amourette,
    Ah
    Un vitrier
    Qu’un bouclier !…
    Souffler, ce soir ;
    De mon rasoir !
    Vais aiguiser,
    Mon dur baiser :
    Ou bien mes vers !
    Ou bien vos nerfs ?
    Ou bien vos dents…
    Aux yeux dardants !
    Ô plombs croisés !…
    Carreaux cassés ?
    Ange là-bas !…
    Les habits bas ?
    C’est le bourreau !
    C’est Figaro.
    Ton numéro
    Qu’un grand ZÉRO.
    Ne
    chic
    Nous bandons à la gueule,
    Fond troué d’arlequin.
    Qu’ils
    Le Moi humain est haïssable
    Déchanté,
    Attouchez
    Ni ne retient à son escient.
    luxurieuse
    De corps et de consentement !…
    Et de chair
    Sauf le vendredi — seulement :
    En fait : carême entièrement.
    … Une autre se donne. — Ici l’On se damne —
    C’est un tabernacle — ouvert — qu’on profane.
    Bénitier où le serpent est caché !
    Que l’Amour, ailleurs, comme un coq se chante…
    CI-GÎT ! La pudeur-d’-attentat le hante…
    C’est la Pomme (cuite) en fleur de pêché.
    Rose
    Jamais fanée,
    Ô fausse-fleur !
    Un fait-divers,
    — Chiffres ou vers —
    Qui nous embaume…
    Après décès ;
    Vapeur malsaine,
    Hanté par l’ail !
    Chaque nuit fiche
    En diamant !
    De la corolle
    Pur calicot.
    Tu dois renaître
    Rose-pompon !
    Un soir-matin,
    Le clan rapin !
    Souvent la mousse
    — À 30 Cent.
    Qui te retrempe ;
    Sur fil-de-fer !…
    De couperose,
    Gilets vainqueurs !
    Ici
    Ici reviendra la fleurette blême.
    font
    été
    le cid
    Cavalier
    N’entends-tu pas
    Etna
    Volcan !… Un peu moins… un peu plus…
    Ce
    ouvrir le bonhomme
    Qui travaillait là — Faire rien. —
    en charge
    « — Est-ce l’art ?…
    Et que Dieu l’aperçoit ;
    Et chanter sur mon toit.
    Sur le plus frais rosier ;
    Est né dans mon foyer.
    Bonjour, mon diamant ;
    Qui viens du firmament,
    De l’ange Gabriel,
    Les portes d’or du ciel ?
    L’angélique douceur ;
    À sa petite sœur,
    Oui, pour lui ressembler,
    Tu pourrais t’envoler !
    Oh ! sur terre, aime-moi !
    Fragile comme toi.
    Tous les pauvres petits ;
    Les clefs du paradis.
    Nul mage ne viendra
    On ne te donnera
    Qui pourraient te peser,
    Aussi bien qu’un baiser. »
    Du front jusques au cœur.
    C’est perdre sa candeur ;
    Sans t’en apercevoir :
    Sont blancs sans le savoir. »
    D’où l’enfant descendit,
    Tout haut, j’aurais bien dit :
    Candeur et pureté !
    Donnez-lui la beauté !
    Je l’admire et j’attends.
    Et couleur du printemps.
    Longs yeux noirs et jolis,
    Où fleurit mon beau lis !
    Le soir ramène le silence. Assis sur ces rochers déserts, Je suis dans le vague des airs Le char de la nuit qui s’avance. Vénus se lève à l’horizon ; À mes pieds l’étoile amoureuse De sa lueur mystérieuse Blanchit les tapis de gazon. De ce hêtre au feuillage sombre J’entends frissonner les rameaux : On dirait autour des tombeaux Qu’on entend voltiger une ombre. Tout à coup, détaché des cieux, Un rayon de l’astre nocturne, Glissant sur mon front taciturne, Vient mollement toucher mes yeux. Doux reflet d’un globe de flamme, Charmant rayon, que me veux-tu ? Viens-tu dans mon sein abattu Porter la lumière à mon âme ? Descends-tu pour me révéler Des mondes le divin mystère, Ces secrets cachés dans la sphère Où le jour va te rappeler ? Une secrète intelligence T’adresse-t-elle aux malheureux ? Viens-tu, la nuit, briller sur eux Comme un rayon de l’espérance ? Viens-tu dévoiler l’avenir Au cœur fatigué qui l’implore ? Rayon divin, es-tu l’aurore Du jour qui ne doit pas finir ? Mon cœur à ta clarté s’enflamme, Je sens des transports inconnus, Je songe a ceux qui ne sont plus : Douce lumière, es-tu leur âme ? Peut-être ces mânes heureux Glissent ainsi sur le bocage. Enveloppé de leur image, Je crois me sentir plus près d’eux ? Ah ! si c’est vous, ombres chéries, Loin de la foule et loin du bruit, Revenez ainsi chaque nuit Vous mêler à mes rêveries. Ramenez la paix et l’amour Au sein de mon âme épuisée, Comme la nocturne rosée Qui tombe après les feux du jour. Venez !… Mais des vapeurs funèbres Montent des bords de l’horizon : Elles voilent le doux rayon, Et tout rentre dans les ténèbres.
    O toi qui m'apparus dans ce désert du monde,
    Habitante du ciel, passagère en ces lieux !
    O toi qui fis briller dans cette nuit profonde
    Un rayon d'amour à mes yeux ;
    A mes yeux étonnés montre-toi tout entière,
    Dis-moi quel est ton nom, ton pays, ton destin.
    Ton berceau fut-il sur la terre ?
    Ou n'es-tu qu'un souffle divin ?
    Vas-tu revoir demain l'éternelle lumière ?
    Ou dans ce lieu d'exil, de deuil, et de misère,
    Dois-tu poursuivre encor ton pénible chemin ?
    Ah ! quel que soit ton nom, ton destin, ta patrie,
    Ou fille de la terre, ou du divin séjour,
    Ah ! laisse-moi, toute ma vie,
    T'offrir mon culte ou mon amour.
    Si tu dois, comme nous, achever ta carrière,
    Sois mon appui, mon guide, et souffre qu'en tous lieux,
    De tes pas adorés je baise la poussière.
    Mais si tu prends ton vol, et si, loin de nos yeux,
    Sœur des anges, bientôt tu remontes près d'eux,
    Après m'avoir aimé quelques jours sur la terre,
    Souviens-toi de moi dans les cieux.
    Le soleil de nos jours pâlit dès son aurore ; Sur nos fronts languissants à peine il jette encore Quelques rayons tremblants qui combattent la nuit : L’ombre croît, le jour meurt, tout s’efface et tout fuit. Qu’un autre à cet aspect frissonna et s’attendrisse, Qu’il recule en tremblant des bords du précipice, Qu’il ne puisse de loin entendre sans frémir Le triste chant des morts tout prêt à retentir, Les soupirs étouffés d’une amante ou d’un frère Suspendus sur les bords de son lit funéraire, Ou l’airain gémissant, dont les sons éperdus Annoncent aux mortels qu’un malheureux n’est plus ! Je te salue, ô mort ! Libérateur céleste, Tu ne m’apparais point sous cet aspect funeste Que t’a prêté longtemps l’épouvante ou l’erreur ; Ton bras n’est point armé d’un glaive destructeur, Ton front n’est point cruel, ton œil n’est point perfide ; Au secours des douleurs un Dieu clément te guide ; Tu n’anéantis pas, tu délivres : ta main, Céleste messager, porte un flambeau divin : Quand mon œil fatigué se ferme à la lumière, Tu viens d’un jour plus pur inonder ma paupière ; Et l’espoir près de toi, rêvant sur un tombeau, Appuyé sur la foi, m’ouvre un monde plus beau. Viens donc, viens détacher mes chaînes corporelles ! Viens, ouvre ma prison ; viens, prête-moi tes ailes ! Que tarde-tu ? Parais ; que je m’élance enfin Vers cet être inconnu, mon principe et ma fin. Qui m’en a détaché ? Qui suis-je, et que dois-je être ? Je meurs, et ne sais pas ce que c’est que de naître. Toi qu’en vain j’interroge, esprit, hôte inconnu, Avant de m’animer, quel ciel habitais-tu : Quel pouvoir t’a jeté sur ce globe fragile ? Quelle main t’enferma dans ta prison d’argile ? Par quels nœuds étonnants, par quels secrets rapports Le corps tient-il à toi comme tu tiens au corps ? Quel jour séparera l’âme de la matière ? Pour quel nouveau palais quitteras-tu la terre ? As-tu tout oublié ? Par delà le tombeau, Vas-tu renaître encor dans un oubli nouveau ? Vas-tu recommencer une semblable vie ? Ou dans le sein de Dieu, ta source et ta patrie, Affranchi pour jamais de tes liens mortels, Vas-tu jouir enfin de tes droits éternels ? Oui, tel est mon espoir, ô moitié de ma vie ! C’est par lui que déjà mon âme raffermie A pu voir sans effroi sur tes traits enchanteurs Se faner du printemps les brillantes couleurs ; C’est par lui que, percé du trait qui me déchire, Jeune encore, en mourant vous me verrez sourire, Et que des pleurs de joie, à nos derniers adieux, À ton dernier regard, brilleront dans mes yeux. Vain espoir ! s’écrîra le troupeau d’Épicure, Et celui dont la main disséquant la nature, Dans un coin du cerveau nouvellement décrit, Voit penser la matière et végéter l’esprit. Insensé, diront-ils, que trop d’orgueil abuse, Regarde autour de toi : tout commence et tout s’use, Tout marche vers un terme et tout naît pour mourir : Dans ces prés jaunissants tu vois la fleur languir, Tu vois dans ces forêts le cèdre au front superbe Sous le poids de ses ans tomber, ramper sous l’herbe ; Dans leurs lits desséchés tu vois les mers tarir ; Les cieux même, les cieux commencent à pâlir ; Cet astre dont le temps a caché la naissance, Le soleil, comme nous, marche à sa décadence, Et dans les cieux déserts les mortels éperdus Le chercheront un jour, et ne le verront plus ! Tu vois autour de toi dans la nature entière Les siècles entasser poussière sur poussière, Et le temps, d’un seul pas confondant ton orgueil, De tout ce qu’il produit devenir le cercueil. Et l’homme, et l’homme seul, ô sublime folie ! Au fond de son tombeau croit retrouver la vie, Et dans le tourbillon au néant emporté, Abattu par le temps, rêve l’éternité ! Qu’un autre vous réponde, ô sages de la terre ! Laissez-moi mon erreur : j’aime, il faut que j’espère ; Notre faible raison se trouble et se confond. Oui, la raison se tait ; mais l’instinct vous répond. Pour moi, quand je verrais dans les célestes plaines Les astres, s’écartant de leurs routes certaines, Dans les champs de l’éther l’un par l’autre heurtés, Parcourir au hasard les cieux épouvantés ; Quand j’entendrais gémir et se briser la terre ; Quand je verrais son globe errant et solitaire, Flottant loin des soleils, pleurant l’homme détruit, Se perdre dans les champs de l’éternelle nuit ; Et quand, dernier témoin de ces scènes funèbres, Entouré du chaos, de la mort, des ténèbres, Seul je serais debout : seul, malgré mon effroi, Être infaillible et bon, j’espérerais en toi ; Et, certain du retour de l’éternelle aurore, Sur les mondes détruits je t’attendrais encore ! Souvent, tu t’en souviens, dans cet heureux séjour Où naquit d’un regard notre immortel amour, Tantôt sur les sommets de ces rochers antiques, Tantôt aux bords déserts des lacs mélancoliques, Sur l’aile du désir, loin du monde emportés, Je plongeais avec toi dans ces obscurités. Les ombres, à longs plis descendant des montagnes, Un moment à nos yeux dérobaient les campagnes ; Mais bientôt, s’avançant sans éclat et sans bruit, Le chœur mystérieux des astres de la nuit, Nous rendant les objets voilés a notre vue, De ses molles lueurs revêtait l’étendue. Telle, en nos temples saints par le jour éclairés, Quand les rayons du soir palissent par degrés, La lampe, répandant sa pieuse lumière, D’un jour plus recueilli remplit le sanctuaire. Dans ton ivresse alors tu ramenais mes yeux Et des cieux à la terre, et de la terre aux cieux : Dieu caché, disais-tu, la nature est ton temple ! L’esprit te voit partout quand notre œil la contemple ; De tes perfections, qu’il cherche a concevoir, Ce monde est le reflet, l’image, le miroir ; Le jour est ton regard, la beauté ton sourire ; Partout le cœur t’adore et l’âme te respire ; Éternel, infini, tout-puissant et tout bon, Ces vastes attributs n’achèvent pas ton nom ; Et l’esprit, accablé sous ta sublime essence, Célèbre ta grandeur jusque dans ton silence. Et cependant, ô Dieu ! par sa sublime loi, Cet esprit abattu s’élance encore à toi, Et, sentant que l’amour est la fin de son être, Impatient d’aimer, brûle de te connaître. Tu disais ; et nos cœurs unissaient leurs soupirs Vers cet être inconnu qu’attestaient nos désirs : À genoux devant lui, l’aimant dans ses ouvrages, Et l’aurore et le soir lui portaient nos hommages, Et nos yeux enivrés contemplaient tour à tour La terre notre exil, et le ciel son séjour. Ah ! si dans ces instants où l’âme fugitive S’élance et veut briser le sein qui la captive, Ce Dieu, du haut du ciel répondant a nos vœux, D’un trait libérateur nous eût frappés tous deux ; Nos âmes, d’un seul bond remontant vers leur source, Ensemble auraient franchi les mondes dans leur course ; À travers l’infini, sur l’aile de l’amour, Elles auraient monté comme un rayon du jour, Et, jusqu’à Dieu lui-même arrivant éperdues, Se seraient dans son sein pour jamais confondues ! Ces vœux nous trompaient-ils ? Au néant destinés, Est-ce pour le néant que les êtres sont nés ? Partageant le destin du corps qui la recèle, Dans la nuit du tombeau l’âme s’engloutit-elle ? Tombe-t-elle en poussière ? ou, prête à s’envoler, Comme un son qui n’est plus va-t-elle s’exhaler ? Après un vain soupir, après l’adieu suprême De tout ce qui t’aimait, n’est-il plus rien qui t’aime ?… Ah ! sur ce grand secret n’interroge que toi ! Vois mourir ce qui t’aime, Elvire, et réponds-moi !
    En vain le jour succède au jour, Ils glissent sans laisser de trace ; Dans mon âme rien ne t’efface, Ô dernier songe de l’amour ! Je vois mes rapides années S’accumuler derrière moi, Comme le chêne autour de soi Voit tomber ses feuilles fanées. Mon front est blanchi par le temps ; Mon sang refroidi coule à peine, Semblable à cette onde qu’enchaîne Le souffle glace des autans. Mais ta jeune et brillante image, Que le regret vient embellir, Dans mon sein ne saurait vieillir : Comme l’âme, elle n’a point d’âge. Non, tu n’as pas quitté mes yeux ; Et quand mon regard solitaire Cessa de te voir sur la terre, Soudain je te vis dans les cieux. La, tu m’apparais telle encore Que tu fus à ce dernier jour, Quand vers ton céleste séjour Tu t’envolas avec l’aurore. Ta pure et touchante beauté Dans les cieux même t’a suivie ; Tes yeux, où s’éteignait la vie, Rayonnent d’immortalité ! Du zéphyr l’amoureuse haleine Soulève encor tes longs cheveux ; Sur ton sein leurs flots onduleux Retombent en tresses d’ébène. L’ombre de ce voile incertain Adoucit encor ton image, Comme l’aube qui se dégage Des derniers voiles du matin. Du soleil la céleste flamme Avec les jours revient et fuit ; Mais mon amour n’a pas de nuit, Et tu luis toujours sur mon âme. C’est toi que j’entends, que je vois : Dans le désert, dans le nuage ; L’onde réfléchit ton image ; Le zéphyr m’apporte ta voix. Tandis que la terre sommeille, Si j’entends le vent soupirer, Je crois t’entendre murmurer Des mots sacrés à mon oreille. Si j’admire ces feux épars Qui des nuits parsèment le voile, Je crois te voir dans chaque étoile Qui plaît, le plus à mes regards. Et si le souffle du zéphyre M’enivre du parfum des fleurs, Dans ses plus suaves odeurs C’est ton souffle que je respire. C’est ta main qui sèche mes pleurs, Quand je vais, triste et solitaire, Répandre en secret ma prière Près des autels consolateurs. Quand je dors, tu veilles dans l’ombre ; Tes ailes reposent sur moi ; Tous mes songes viennent de toi, Doux comme le regard d’une ombre. Pendant mon sommeil, si ta main De mes jours déliait la trame, Céleste moitié de mon âme, J’irais m’éveiller dans ton sein ! Comme deux rayons de l’aurore, Comme deux soupirs confondus, Nos deux âmes ne forment plus Qu’une âme, et je soupire encore !
    Quoi ! le fils du néant a maudit l’existence ! Quoi ! tu peux m’accuser de mes propres bienfaits ! Tu peux fermer tes yeux à la magnificence Des dons que je t’ai faits ! Tu n’étais pas encor, créature insensée, Déjà de ton bonheur j’enfantais le dessein ; Déjà, comme son fruit, l’éternelle pensée Te portait dans son sein. Oui, ton être futur vivait dans ma mémoire ; Je préparais les temps selon ma volonté. Enfin ce jour parut ; je dis : Nais pour ma gloire Et ta félicité ! Tu naquis : ma tendresse, invisible et présente, Ne livra pas mon œuvre aux chances du hasard ; J’échauffai de tes sens la séve languissante Des feux de mon regard. D’un lait mystérieux je remplis la mamelle ; Tu t’enivras sans peine à ces sources d’amour. J’affermis les ressorts, j’arrondis la prunelle Où se peignit le jour. Ton âme, quelque temps par les sens éclipsée, Comme tes yeux au jour, s’ouvrit à la raison : Tu pensas ; la parole acheva ta pensée, Et j’y gravai mon nom. En quel éclatant caractère Ce grand nom s’offrit a tes yeux ! Tu vis ma bonté sur la terre, Tu lus ma grandeur dans les cieux ! L’ordre était mon intelligence ; La nature, ma providence ; L’espace, mon immensité ! Et, de mon être ombre altérée, Le temps te peignit ma durée, Et le destin, ma volonté ! Tu m’adoras dans ma puissance, Tu me bénis dans ton bonheur, Et tu marchas en ma présence Dans la simplicité du cœur ; Mais aujourd’hui que l’infortune A couvert d’une ombre importune Ces vives clartés du réveil, Ta voix m’interroge et me blâme, Le nuage couvre ton âme, Et tu ne crois plus au soleil. « Non, tu n’es plus qu’un grand problème » Que le sort offre à la raison ; » Si ce monde était son emblème, » Ce monde serait juste et bon. » Arrête, orgueilleuse pensée ! À la loi que je t’ai tracée Tu prétends comparer ma loi ? Connais leur différence auguste : Tu n’as qu’un jour pour être juste ; J’ai l’éternité devant moi ! Quand les voiles de ma sagesse À tes yeux seront abattus, Ces maux dont gémit ta faiblesse Seront transformés en vertus. De ces obscurités cessantes Tu verras sortir triomphantes Ma justice et ta liberté : C’est la flamme qui purifie Le creuset divin où la vie Se change en immortalité ! Mais ton cœur endurci doute et murmure encore : Ce jour ne suffit pas à tes yeux révoltés, Et dans la nuit des sens tu voudrais voir éclore De l’éternelle aurore Les célestes clartés ! Attends ; ce demi-jour, mêlé d’une ombre obscure, Suffit pour te guider en ce terrestre lieu : Regarde qui je suis, et marche sans murmure, Comme fait la nature Sur la foi de son Dieu. La terre ne sait pas la loi qui la féconde : L’Océan, refoulé sous mon bras tout-puissant, Sait-il comment, au gré du nocturne croissant, De sa prison profonde La mer vomit son onde, Et des bords qu’elle inonde Recule en mugissant ? Ce soleil éclatant, ombre de la lumière, Sait-il où le conduit le signe de ma main ? S’est-il tracé lui-même un glorieux chemin ? Au bout de sa carrière, Quand j’éteins sa lumière, Promet-il à la terre Le soleil de demain ? Cependant tout subsiste et marche en assurance. Ma voix chaque matin réveille l’univers ; J’appelle le soleil du fond de ses déserts : Franchissant la distance, Il monte en ma présence, Me répond, et s’élance Sur le trône des airs ! Et toi, dont mon souffle est la vie, Toi, sur qui mes yeux sont ouverts, Peux-tu craindre que je t’oublie, Homme, roi de cet univers ? Crois-tu que ma vertu sommeille ? Non, mon regard immense veille Sur tous les mondes à la fois ! La mer qui fuit a ma parole, Ou la poussière qui s’envole, Suivent et comprennent mes lois. Marche au flambeau de l’espérance Jusque dans l’ombre du trépas, Assuré que ma providence Ne tend point de piége à tes pas ! Chaque aurore la justifie, L’univers entier s’y confie, Et l’homme seul en a douté ! Mais ma vengeance paternelle Confondra ce doute infidèle Dans l’abîme de ma bonté.  
    Souvent sur la montagne, à l’ombre du vieux chêne, Au coucher du soleil, tristement je m’assieds ; Je promène au hasard mes regards sur la plaine, Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds. Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes ; Il serpente et s’enfonce en un lointain obscur ; Là, le lac immobile étend ses eaux dormantes Où l’étoile du soir se lève dans l’azur. Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres Le crépuscule encor jette un dernier rayon ; Et le char vaporeux de la reine des ombres Monte et blanchit déjà les bords de l’horizon. Cependant, s’élançant de la flèche gothique, Un son religieux se répand dans les airs : Le voyageur s’arrête, et la cloche rustique Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts. Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente N’éprouve devant eux ni charme ni transports ; Je contemple la terre ainsi qu’une âme errante : Le soleil des vivants n’échauffe plus les morts. De colline en colline en vain portant ma vue, Du sud à l’aquilon, de l’aurore au couchant, Je parcours tous les points de l’immense étendue, Et je dis : Nulle part le bonheur ne m’attend. Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières, Vains objets dont pour moi le charme est envolé ? Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères, Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé ! Quand le tour du soleil ou commence ou s’achève, D’un œil indifférant je le suis dans son cours ; En un ciel sombre ou pur qu’il se couche ou se lève, Qu’importe le soleil ? je n’attends rien des jours. Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière, Mes yeux verraient partout le vide et les déserts ; Je ne désire rien de tout ce qu’il éclaire ; Je ne demande rien à l’immense univers. Mais peut-être au delà des bornes de sa sphère, Lieux où le vrai soleil éclaire d’autres cieux, Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre, Ce que j’ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux ! Là, je m’enivrerais à la source où j’aspire ; Là, je retrouverais et l’espoir et l’amour, Et ce bien idéal que toute âme désire, Et qui n’a pas de nom au terrestre séjour ! Que ne puis-je, porté sur le char de l’aurore, Vague objet de mes vœux, m’élancer jusqu’à toi ! Sur la terre d’exil pourquoi resté-je encore ? Il n’est rien de commun entre la terre et moi. Quand la fouille des bois tombe dans la prairie, Le vent du soir s’élève et l’arrache aux vallons ; Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie : Emportez-moi comme elle, orageux aquilons !
    Oui, l’Anio murmure encore Le doux nom de Cinthie aux rochers de Tibur ; Vaucluse a retenu le nom chéri de Laure ; Et Ferrare au siècle futur Murmurera toujours celui d’Éléonore. Heureuse la beauté que le poëte adore ! Heureux le nom qu’il a chanté ! Toi qu’en secret son culte honore, Tu peux, tu peux mourir ! dans la postérité Il lègue à ce qu’il aime une éternelle vie ; Et l’amante et l’amant, sur l’aile du génie, Montent d’un vol égal à l’immortalité. Ah ! si mon frêle esquif, battu par la tempête, Grâce à des vents plus doux, pouvait surgir au port ; Si des soleils plus beaux se levaient sur ma tête ; Si les pleurs d’une amante, attendrissant le sort, Écartaient de mon front les ombres de la mort ; Peut-être… oui, pardonne, ô maître de la lyre ! Peut-être j’oserais (et que n’ose un amant ? ) Égaler mon audace à l’amour qui m’inspire, Et, dans des chants rivaux célébrant mon délire, De notre amour aussi laisser un monument ! Ainsi le voyageur qui, dans son court passage, Se repose un moment a l’abri du vallon, Sur l’arbre hospitalier dont il goûta l’ombrage, Avant que de partir, aime à graver son nom. Vois-tu comme tout change ou meurt dans la nature ? La terre perd ses fruits, les forêts leur parure ; Le fleuve perd son onde au vaste sein des mers ; Par un souffle des vents la prairie est fanée ; Et le char de l’automne, au penchant de l’année, Roule, déjà poussé par la main des hivers ! Comme un géant armé d’un glaive inévitable, Atteignant au hasard tous les êtres divers, Le Temps avec la Mort, d’un vol infatigable, Renouvelle en fuyant ce mobile univers ! Dans l’éternel oubli tombe ce qu’il moissonne : Tel un rapide été voit tomber sa couronne Dans la corbeille des glaneurs ; Tel un pampre jauni voit la féconde automne Livrer ses fruits dorés au char des vendangeurs. Vous tomberez ainsi, courtes fleurs de la vie, Jeunesse, amour, plaisir, fugitive beauté ; Beauté, présent d’un jour que le ciel nous envie, Ainsi vous tomberez, si la main du génie Ne vous rend l’immortalité ! Vois d’un œil de pitié la vulgaire jeunesse, Brillante de beauté, s’enivrant de plaisir : Quand elle aura tari sa coupe enchanteresse, Que restera-t-il d’elle ? à peine un souvenir : Le tombeau qui l’attend l’engloutit tout entière, Un silence éternel succède à ses amours ; Mais les siècles auront passé sur ta poussière, Elvire, et tu vivras toujours !
    Lorsque du Créateur la parole féconde Dans une heure fatale eut enfanté le monde Des germes du chaos, De son œuvre imparfaite il détourna sa face Et, d’un pied dédaigneux le lançant dans l’espace, Rentra dans son repos. Va, dit-il, je te livre a ta propre misère ; Trop indigne à mes yeux d’amour ou de colère, Tu n’es rien devant moi : Roule au gré du hasard dans les déserts du vide ; Qu’a jamais loin de moi le Destin soit ton guide, Et le Malheur ton roi ! Il dit. Comme un vautour qui plonge sur sa proie, Le Malheur, à ces mots, pousse, en signe de joie, Un long gémissement ; Et, pressant l’univers dans sa serre cruelle, Embrasse pour jamais de sa rage éternelle L’éternel aliment. Le mal dès lors régna dans son immense empire ; Dès lors tout ce qui pense et tout ce qui respire Commença de souffrir ; Et la terre, et le ciel, et l’âme, et la matière, Tout gémit ; et la voix de la nature entière Ne fut qu’un long soupir. Levez donc vos regards vers les célestes plaines ; Cherchez Dieu dans son œuvre, invoquez dans vos peines Ce grand consolateur : Malheureux ! sa bonté de son œuvre est absente : Vous cherchez votre appui ? l’univers vous présente Votre persécuteur. De quel nom te nommer, ô fatale puissance ? Qu’on t’appelle Destin, Nature, Providence, Inconcevable loi ; Qu’on tremble sous ta main, ou bien qu’on la blasphème, Soumis ou révolté, qu’on te craigne ou qu’on t’aime ; Toujours, c’est toujours toi ! Hélas ! ainsi que vous j’invoquai l’Espérance ; Mon esprit abusé but avec complaisance Son philtre empoisonneur : C’est elle qui, poussant nos pas dans les abîmes, De festons et de fleurs couronne les victimes Qu’elle livre au Malheur. Si du moins au hasard il décimait les hommes, Ou si sa main tombait sur tous tant que nous sommes Avec d’égales lois ! Mais les siècles ont vu les âmes magnanimes, La beauté, le génie, ou les vertus sublimes, Victimes de son choix. Tel, quand des dieux de sang voulaient en sacrifices Des troupeaux innocents les sanglantes prémices Dans leurs temples cruels, De cent taureaux choisis on formait l’hécatombe, Et l’agneau sans souillure, ou la blanche colombe, Engraissaient leurs autels. Créateur tout-puissant, principe de tout être ; Toi pour qui le possible existe avant de naître, Roi de l’immensité, Tu pouvais cependant, au gré de ton envie, Puiser pour tes enfants le bonheur et la vie Dans ton éternité ! Sans t’épuiser jamais, sur toute la nature Tu pouvais à longs flots répandre sans mesure Un bonheur absolu : L’espace, le pouvoir, le temps, rien ne te coûte. Ah ! ma raison frémit ! tu le pouvais sans doute, Tu ne l’as pas voulu. Quel crime avons-nous fait pour mériter de naître ? L’insensible néant t’a-t-il demandé l’être, Ou l’a-t-il accepté ? Sommes-nous, ô hasard, l’œuvre de tes caprices ? Ou plutôt, Dieu cruel, fallait-il nos supplices Pour ta félicité ? Montez donc vers le ciel, montez, encens qu’il aime, Soupirs, gémissements, larmes, sanglots, blasphème, Plaisirs, concerts divins ; Cris du sang, voix des morts, plaintes inextinguibles, Montez, allez frapper les voûtes insensibles Du palais des destins ! Terre, élève ta voix ; cieux, répondez ; abîmes, Noir séjour où la mort entasse ses victimes, Ne formez qu’un soupir ! Qu’une plainte éternelle accuse la nature Et que la douleur donne à toute créature Une voix pour gémir ! Du jour où la nature, au néant arrachée, S’échappa de tes mains comme une œuvre ébauchée, Qu’as-tu vu cependant ? Aux désordres du mal la matière asservie, Toute chair gémissante, hélas ! et toute vie Jalouse du néant ! Des éléments rivaux les luttes intestines ; Le Temps, qui flétrit tout, assis sur les ruines Qu’entassèrent ses mains, Attendant sur le seuil les œuvres éphémères ; Et la mort étouffant, dès le sein de leurs mères, Les germes des humains ! La vertu succombant sous l’audace impunie, L’imposture en honneur, la vérité bannie ; L’errante liberté Aux dieux vivants du monde offerte en sacrifice ; Et la force, partout, fondant de l’injustice Le règne illimité ! La valeur sans les dieux décidant les batailles ! Un Caton libre encor déchirant ses entrailles Sur la foi de Platon ; Un Brutus qui, mourant pour la vertu qu’il aime, Doute au dernier moment de cette vertu même, Et dit : Tu n’es qu’un nom !… La fortune toujours du parti des grands crimes ; Les forfaits couronnés devenus légitimes ; La gloire au prix du sang ; Les enfants héritant l’iniquité des pères ; Et le siècle qui meurt racontant ses misères Au siècle renaissant ! Hé quoi ! tant de tourments, de forfaits, de supplices, N’ont-ils pas fait fumer d’assez de sacrifices Tes lugubres autels ? Ce soleil, vieux témoin des malheurs de la terre, Ne fera-t-il pas naître un seul jour qui n’éclaire L’angoisse des mortels ? Héritiers des douleurs, victimes de la vie, Non, non, n’espérez pas que sa rage assouvie Endorme le Malheur, Jusqu’à ce que la Mort, ouvrant son aile immense, Engloutisse à jamais dans l’éternel silence L’éternelle douleur !
    Mon cœur, lassé de tout, même de l’espérance, N’ira plus de ses vœux importuner le sort ; Prêtez-moi seulement, vallon de mon enfance, Un asile d’un jour pour attendre la mort. Voici l’étroit sentier de l’obscure vallée : Du flanc de ces coteaux pendent des bois épais, Qui, courbant sur mon front leur ombre entremêlée, Me couvrent tout entier de silence et de paix. Là, deux ruisseaux cachés sous des ponts de verdure Tracent en serpentant les contours du vallon ; Ils mêlent un moment leur onde et leur murmure, Et non loin de leur source ils se perdent sans nom. La source de mes jours comme eux s’est écoulée ; Elle a passé sans bruit, sans nom et sans retour : Mais leur onde est limpide, et mon âme troublée N’aura pas réfléchi les clartés d’un beau jour. La fraîcheur de leurs lits, l’ombre qui les couronne, M’enchaînent tout le jour sur les bords des ruisseaux ; Comme un enfant bercé par un chant monotone, Mon âme s’assoupit au murmure des eaux. Ah ! c’est là qu’entouré d’un rempart de verdure, D’un horizon borné qui suffit à mes yeux, J’aime à fixer mes pas, et, seul dans la nature, À n’entendre que l’onde, a ne voir que les cieux. J’ai trop vu, trop senti, trop aimé dans ma vie ; Je viens chercher vivant le calme du Léthé. Beaux lieux, soyez pour moi les bords où l’on oublie : L’oubli seul désormais est ma félicité. Mon cœur est en repos, mon âme est en silence ; Le bruit lointain du monde expire en arrivant, Comme un son éloigné qu’affaiblit la distance, À l’oreille incertaine apporté par le vent. D’ici je vois la vie, à travers un nuage, S’évanouir pour moi dans l’ombre du passé ; L’amour seul est resté, comme une grande image Survit seule au réveil dans un songe effacé. Repose-toi, mon âme, en ce dernier asile, Ainsi qu’un voyageur qui, le cœur plein d’espoir, S’assied, avant d’entrer, aux portes de la ville, Et respire un moment l’air embaumé du soir. Comme lui, de nos pieds secouons la poussière ; L’homme par ce chemin ne repasse jamais : Comme lui, respirons au bout de la carrière Ce calme avant-coureur de l’éternelle paix. Tes jours, sombres et courts comme les jours d’automne, Déclinent comme l’ombre au penchant des coteaux ; L’amitié te trahit, la pitié t’abandonne, Et, seule, tu descends le sentier des tombeaux. Mais la nature est là qui t’invite et qui t’aime ; Plonge-toi dans son sein qu’elle t’ouvre toujours : Quand tout change pour toi, la nature est la même, Et le même soleil se lève sur tes jours. De lumière et d’ombrage elle t’entoure encore : Détache ton amour des faux biens que tu perds ; Adore ici l’écho qu’adorait Pythagore, Prête avec lui l’oreille aux célestes concerts. Suis le jour dans le ciel, suis l’ombre sur la terre ; Dans les plaines de l’air vole avec l’aquilon ; Avec le doux rayon de l’astre du mystère. Glisse à travers les bois dans l’ombre du vallon. Dieu, pour le concevoir, a fait l’intelligence : Sous la nature enfin découvre son auteur ! Une voix à l’esprit parle dans son silence : Qui n’a pas entendu cette voix dans son cœur ?
    Par les soirs où le ciel est pur et transparent,
    Que tes flots sont amers, noire mélancolie !
    Mon cœur est un lutteur fatigué qui se rend,
    L’image du bonheur flotte au loin avilie.
    Oh ! qu’il me fait de mal ton charme pénétrant !
    L’image du bonheur flotte au loin avilie,
    L’espoir qui me berçait râle ainsi qu’un mourant.
    Morne tristesse, effroi voisin de la folie !
    L’espoir qui me berçait râle ainsi qu’un mourant ;
    Tout en moi, hors la peine effroyable, s’oublie.
    Morne tristesse, effroi voisin de la folie,
    Fleuves sombres, mon œil plonge en votre courant ;
    Tout en moi, hors la peine effroyable, s’oublie,
    La peine, gouffre avide et toujours m’attirant !
    devoir
    Liberté, dévoûment, amour, paix et concorde
    5 septembre
    Maintenant
    Août 1888.
    Tu
    Cette
    1888
    Vos
    J
    Juin 1889.
    L’ennui
    Dans
    Juillet 1884.
    Nulle
    Je
    Québec, 12 janvier 1858.
    À Maurice Rollinat.
    À Guy.
    À Henry Cros.
    Il a tout fait, tous les métiers. Sa simple vie
    Se passe loin du bruit, loin des cris de l’envie
    Et des ambitions vaines du boulevard.
    Pour ce jour attendu, qui s’annonce blafard,
    Les savants ont prédit, avant l’heure où se couche
    Le soleil, une éclipse. Et sa maîtresse accouche,
    Apportant un enfant parmi tant de soucis !
    Il compte, pour dîner, sur ses verres noircis.
    Carrières de Montmartre, en vos antres de gypse,
    Abritez le marchand de verres pour éclipse !
    À Laure Bernard.
    À May.
    À Arsène Houssaye.
    Elle dort. L’obscur artiste
    Sans rien de triste.
    Sous le voile des paupières,
    Dans ses prières.
    La chair apparaît rebelle,
    Qu’elle était belle.
    Ces bras, en d’étroites manches,
    Leurs chaînes blanches.
    Attendant une caresse,
    De sa maîtresse.
    Les splendeurs seigneuriales,
    Des grandes salles,
    D’emblématiques sculptures,
    Sur les tentures.
    Des gens dont la chambre est pleine,
    La châtelaine ?
    Les fiertés intérieures,
    Un livre d’heures.
    Fière de sa beauté rare,
    Qui se prépare.
    Celle-ci fut mise en terre.
    Qu’elle ait pu faire.
    Au souffle de l’infidèle,
    Qu’il avait d’elle.
    La chair perverse est tuée ;
    Perpétuée.
    Déjà la vie ardente incline vers le soir,
    Respire ta jeunesse,
    Le temps est court qui va de la vigne au pressoir,
    De l'aube au jour qui baisse,
    Garde ton âme ouverte aux parfums d'alentour,
    Aux mouvements de l'onde,
    Aime l'effort, l'espoir, l'orgueil, aime l'amour,
    C'est la chose profonde;
    Combien s'en sont allés de tous les cœurs vivants
    Au séjour solitaire
    Sans avoir bu le miel ni respiré le vent
    Des matins de la terre,
    Combien s'en sont allés qui ce soir sont pareils
    Aux racines des ronces,
    Et qui n'ont pas goûté la vie où le soleil
    Se déploie et s'enfonce.
    Ils n'ont pas répandu les essences et l'or
    Dont leurs mains étaient pleines,
    Les voici maintenant dans cette ombre où l'on dort
    Sans rêve et sans haleine ;
    — Toi, vis, sois innombrable à force de désirs
    De frissons et d'extase,
    Penche sur les chemins où l'homme doit servir
    Ton âme comme un vase,
    Mêlé aux jeux des jours, presse contre ton sein
    La vie âpre et farouche ;
    Que la joie et l'amour chantent comme un essaim
    D'abeilles sur ta bouche.
    Et puis regarde fuir, sans regret ni tourment
    Les rives infidèles,
    Ayant donné ton cœur et ton consentement
    À la nuit éternelle.
    Ma France, quand on a nourri son cœur latin
    Du lait de votre Gaule,
    Quand on a pris sa vie en vous comme le thym
    La fougère et le saule,
    Quand on a bien aimé vos forêts et vos eaux,
    L’odeur de vos feuillages,
    La couleur de vos jours, le chant de vos oiseaux,
    Dès l’aube de son âge.
    Quand amoureux du goût de vos bonnes saisons
    Chaudes comme la laine,
    On a fixé son âme et bâti sa maison
    Au bord de votre Seine,
    Quand on n’a jamais vu se lever le soleil
    Ni la lune renaître
    Ailleurs que sur vos champs, que sur vos blés vermeils,
    Vos chênes et vos hêtres,
    Quand jaloux de goûter le vin de vos pressoirs,
    Vos fruits et vos châtaignes,
    On a bien médité dans la paix de vos soirs
    Les livres de Montaigne,
    Quand pendant vos étés luisants, où les lézards
    Sont verts comme des fèves.
    On a senti fleurir les chansons de Ronsard
    Au jardin de son rêve,
    Quand on a respiré les automnes sereins
    Où coulent vos résines,
    Quand on a senti vivre et pleurer dans son sein
    Le cœur de Jean Racine,
    Quand votre nom, miroir de toute vérité,
    Émeut comme un visage,
    Alors on a conclu avec votre beauté
    Un si fort mariage
    Que l’on ne sait plus bien, quand l’azur de votre œil
    Sur le monde flamboie,
    Si c’est dans sa tendresse ou bien dans son orgueil
    Qu’on a le plus de joie...
    Je demande en mariage La fille d’un roi, Avec ou sans alliage : Plutôt sans, ma foi. Mais je la voudrais très belle, Et voudrais encor Qu’elle eût une ribambelle De beaux écus d’or. Certes, un lyreur irritable N’est pas un miché, Mais c’est un parti sortable, Sinon recherché. Je ne suis pas sans fortune, D’ailleurs, savez-vous ? J’ai mes terrains de la lune Semés de cailloux ; J’ai de l’air sur la montagne… Je ne compte pas Mille châteaux en Espagne, Tout là-bas, là-bas… Ni mes palais sur le sable, Mes rêves en l’air, C’est quelque chose, que diable ! Ni ma part d’enfer. Ma reine ! je l’ai trouvée Plus splendide encor Que je ne l’avais rêvée : En chair et en or ! Eh bien ! nous ferons la noce Quand le mois de mai Roulera sur son carrosse De roses gemmé. Nous n’irons pas à l’église, Mince d’horizon ! — Quatre murs, quoi qu’on dise Sont toujours prison. Mais dans la forêt voisine, Sous le grand ciel bleu ; Les forêts sont, j’imagine, Plus pleines de Dieu. N’aurons non plus de prêtaille En habits de paon, Dont la voix nasille et braille : Balaban, ban ban. Je ne veux pour tous murmures Sous les verts arceaux, Que le chant dans les ramures Des petits oiseaux. Et les pins mélancoliques Pour mon cœur fervent Seront les orgues mystiques, Si souffle le vent. Les cieux, comme une féerie, Seront éclatants : Poète qui se marie A toujours beau temps. Si, comme témoins, ma mie, Et comme invités A toute une académie De rois hauts cotés De seigneurs sans importance… — Car je ne saurais L’en empêcher, comme on pense, Pour avoir la paix ; J’en aurai, moi, de plus chouettes Et sans nul arroi, Car ce sera des poètes, Des gueux comme moi. Après la cérémonie… Quoi, me dira-t-on, La noce est-elle finie Sans un gueuleton ? Ah ! loin de moi ces pensées C’est me faire affront. Des tables seront dressées Qui s’écrouleront Sous mille vins délectables, Mille vins rêvés. Je dirai aux pauvres diables : Mangez et buvez. N’épargnez pas la popotte, Puisque, aussi bien, c’est Elle qui paiera la note Dessus son budget. Et je dirai à ma reine : « M’amour, donne-leur À tous une bourse pleine Avec une fleur ; La fleur où le rire éclate, Pour leur rappeler De ta bouche délicate Le galant parler ; Et la bourse où l’or flamboie, Pour — uniquement — Leur donner un peu de joie Pendant un moment. Ils célébreront ta gloire Sur l’aile des vers, Et rediront ta mémoire Par tout l’univers. Nous, nous aurons, je l’espère, Des enfants, un jour, Qui feront, comme leur père, Des vers à leur tour.
    Dans ce val solitaire et sombre, Le cerf, qui brame au bruit de l’eau, Penchant ses yeux dans un ruisseau, S’amuse à regarder son ombre. De ceste source une Naïade Tous les soirs ouvre le portal De sa demeure de crystal, Et nous chante une serenade. Les nymphes que la chasse attire À l’ombrage de ces forests Cherchent des cabinets secrets, Loin de l’embusche du satyre. Jadis au pied de ce grand chesne, Presque aussi vieux que le soleil, Bacchus, l’Amour et le Sommeil, Firent la fosse de Silene. Un froid et tenebreux silence Dort à l’ombre de ces ormeaux, Et les vents battent les rameaux D’une amoureuse violence. L’esprit plus retenu s’engage Au plaisir de ce doux sejour, Où Philomele nuit et jour Renouvelle un piteux langage. L’orfraye et le hibou s’y perche ; Icy vivent les loup-garous ; Jamais la justice en courroux Icy de criminels ne cherche. Icy l’amour faict ses estudes ; Venus y dresse des autels ; Et les visites des mortels Ne troublent point ces solitudes.   Ceste forest n’est point profane, Ce ne fut point sans la fascher Qu’Amour y vint jadis cacher Le berger qu’enseignoit Diane.   Amour pouvoit par innocence, Comme enfant, tendre icy des rets ; Et comme reine des forests, Diane avait cette licence.   Cupidon, d’une douce flamme Ouvrant la nuict de ce valon, Mit devant les yeux d’Apollon Le garçon qu’il avoit dans l’ame.   À l’ombrage de ce bois sombre Hyacinthe se retira, Et depuis le Soleil jura Qu’il seroit ennemi de l’ombre.   Tout auprès le jaloux Borée, Pressé d’un amoureux tourment, Fut la mort de ce jeune amant, Encore par luy soupirée.   Saincte forest, ma confidente, Je jure par le Dieu du jour Que je n’auray jamais amour Qui ne te soit toute evidente.   Mon ange ira par cet ombrage ; Le Soleil, le voyant venir, Ressentira du souvenir L’accez de sa premiere rage.   Corine, je te prie, approche ; Couchons-nous sur ce tapis vert, Et pour estre mieux à couvert, Entrons au creux de cette roche.   Ouvre tes yeux, je te supplie : Mille Amours logent là-dedans, Et de leurs petits traicts ardans Ta prunelle est toute remplie. Amour de tes regards souspire, Et, ton esclave devenu, Se voit luy-mesme retenu, Dans les liens de son empire. Ô beauté sans doute immortelle, Où les Dieux trouvent des appas ! Par vos yeux je ne croyois pas Que vous fussiez du tout si belle. Qui voudroit faire une peinture Qui peust ses traicts representer, Il faudroit bien mieux inventer Que ne fera jamais nature. Tout un siecle les destinées Travaillerent après ses yeux, Et je croy que pour faire mieux Le temps n’a point assez d’années. D’une fierté pleine d’amorce, Ce beau visage a des regards, Qui jettent des feux et des dards Dont les Dieux aymeroient la force. Que ton teinct est de bonne grace ! Qu’il est blanc, et qu’il est vermeil ! Il est plus net que le Soleil, Et plus uni que de la glace. Mon Dieu ! que tes cheveux me plaisent ! Ils s’esbattent dessus ton front, Et les voyant beaux comme ils sont, Je suis jaloux quand ils te baisent. Belle bouche d’ambre et de roze, Ton entretien est desplaisant Si tu ne dis, en me baisant, Qu’aymer est une belle chose. D’un air plein d’amoureuse flame, Aux accens de ta douce voix, Je voy les fleuves et les bois S’embrazer comme a faict mon âme. Si tu mouilles tes doigts d’yvoire Dans le crystal de ce ruisseau, Le Dieu qui loge dans ceste eau Aymera s’il en oze boire. Présente-luy ta face nue, Tes yeux avecque l’eau riront, Et dans ce miroir escriront Que Venus est icy venue. Si bien elle y sera despeincte, Que les Faunes s’emflammeront, Et de tes yeux, qu’ils aymeront, Ne sçauront descouvrir la feinte. Entends ce Dieu qui te convie À passer dans son element ; Oy qu’il soupire bellement Sa liberté desjà ravie. Trouble-luy ceste fantaisie, Destourne-toi de ce miroir, Tu le mettras au desespoir, Et m’osteras la jalousie. Voy-tu ce tronc et ceste pierre ? Je crois qu’ils prennent garde à nous, Et mon amour devient jaloux De ce myrthe et de ce lierre. Sus, ma Corine ! que je cueille Tes baisers du matin au soir ! Voy comment, pour nous faire asseoir, Ce myrthe a laissé cheoir sa fueille. Oy le pinçon et la linotte, Sur la branche de ce rosier ; Voy branler leur petit gosier ! Oy comme ils ont changé de notte ! Approche, approche, ma Driade ! Icy murmureront les eaux, Icy les amoureux oyseaux Chanteront une serenade. Preste-moy ton sein pour y boire Des odeurs qui m’embasmeront ; Ainsi mes sens se pasmeront Dans les lacs de tes bras d’yvoire. Je baigneray mes mains folastres Dans les ondes de tes cheveux, Et ta beauté prendra les vœux De mes œillades idolatres. Ne crains rien, Cupidon nous garde. Mon petit ange, es-tu pas mien ? Ha ! Je voy que tu m’aymes bien : Tu rougis quand je te regarde. Dieux ! que ceste façon timide Est puissante sur mes esprits ! Regnauld ne fut pas mieux espris Par les charmes de son Armide. Ma Corine, que je t’embrasse ! Personne ne nous voit qu’Amour ; Voy que même les yeux du jour Ne trouvent point icy de place. Les vents, qui ne se peuvent taire, Ne peuvent escouter aussy, Et ce que nous ferons icy Leur est un inconnu mystere.
    VIII
    *
    *
    Ivre, il est triste.
    Et le sultan s’écrie : « Ô sphinx dont l’œil flamboie,
    LE PREMIER SPHINX
    LE DEUXIÈME SPHINX
    LE TROISIÈME SPHINX
    LE QUATRIÈME SPHINX
    LE CINQUIÈME SPHINX
    LE SIXIÈME SPHINX
    LE SEPTIÈME SPHINX
    LE HUITIÈME SPHINX
    LE NEUVIÈME SPHINX
    LE DIXIÈME SPHINX
    Il est mort. Le sultan écoutait, morne et pâle.
    Lui dit :
    Zim lui parla :
    La lampe s’éteignit.
    21 Mars 1915.
    Zénith.
    Je suis le haut.
    Nadir.
    Je suis le bas.
    J’ aime.
    Je ris.
    Le dessous est charmant.
    ô Paris !
    Je m’ amuse. Je vois le vrai côté des femmes.
    Petits pieds de Suzette !
    Je lis le livre écrit par Dieu.
    Pour tomber dans les trous.
    Et fort maigris.
    Vivants ! Enivrez-vous d’ extases !
    Soyez gris.
    Pensez !
    Buvez, mangez, faites-vous de gros ventres.
    Crois-tu ?
    Création, salut !
    Triste machine !
    Gloire à Dieu !
    Peuh !
    Salut, ô France !
    Bonjour, Chine.
    Tiens ! Il laisse tomber par terre la Pucelle !
    Et cache ton pied-bot.
    Christ naît. J’ entends un bruit de harpe.
    Et de rabot.
    Son père est roi.
    Son père est charpentier.
    ô Joseph ! ô scie !
    Allons-nous-en.
    Aime le villageois.
    Mais crains le paysan.
    Je vois l’ envers.
    Bonsoir à lord Elgin !
    Justes, buvez l’ absinthe.
    Je regarde voler les aigles.
    Moi, les juifs.
    Morus meurt pour la loi ; Caton, pour la patrie.
    Buvons !
    Gloire au soleil !
    Tais-toi, nègre !
    Et Camoëns fut borgne.
    ô Dieu. Je suis heureux ! Je contemple.
    Silence !
    Tout est bien, tout est beau.
    L’ idéal rayonne, astre immobile.
    Tout glorifie…
    à bas !
    Et tout affirme.
    Non !
    Socrate était ivrogne et Thalès libertin.
    Croyez.
    C’ est Jean qui pleure et Jean qui rit.
    Bah !
    Tais-toi, fange !
    Que Balaam vous monte !
    Si bien que, dans l’histoire,
    Sa gloire,
    Les tout premiers,
    Ses ouvriers
    Avec la trame aux mille jeux,
    Tissant les draps lourds et moelleux,
    Le travail clair, familial et unanime.
    Et l’accomplit,
    Il est têtu, parce qu’il croit
    Que sa cause est le droit,
    Il la veut ferme et forte autant
    Qu’est ferme et fort son cœur battant.
    Déjà les Halles
    Sortent de terre, lentement,
    Vers l’or épars du firmament.
    Et puis,
    Ne sait-il point aussi,
    Qu’aux jours de la prochaine année,
    Se carrera dans l’été d’or
    Unique, immense et droit,
    Le beffroi ?
    Alors,
    Ne pourront croire
    Que ce témoin de tant de gloire
    N’ait authentiquement été,
    Dans un morceau d’éternité,
    Sculpté.
    S’allumèrent tous à la fois :
    On eût dit que leurs flammes
    Faisaient un large brasier d’âmes.
    Au cours des temps,
    En sa croissance triomphale,
    Jusqu’au ras de la terre.
    Doit aujourd’hui
    Illuminer le cœur de ceux
    Qui ont cru voir avec leurs yeux,
    Et dans les feux
    Et dans les cendres,
    La Flandre !
    En
    Les Chroniques
    et Annales de Pologne, 1573.
    Avril 1834.
    5 octobre
    Mort pour la Patrie.
    Quand
    JEAN DE LA FONTAINE
    CATULLE.
    Envoi
    PAROLE DE SONGE
    PAROLE D’INTELLIGENCE
    PAROLE DE PUISSANCE
    PAROLE DE SAGESSE
    PAROLE DE GLOIRE
    Au rondeau du Mayaud, au rondeau du Mayaud,
    Ma grand’mère, ma grand’mère, ma grand’mère a fait un saut.
    daüne
    1897.
    À quoi bon ?
    Que le corps s’engourdit,
    L’idéal interdit.
    Toute chose est à vous ;
    Semblent soyeux & doux.
    Et tout arbre son fruit.
    De ce monde de bruit.
    On s’éveille au tombeau.
    Éteint votre flambeau.
    Que soulève le vent,
    Pour m’en aller rêvant.
    Fraîche & riante encor !
    Avec des rayons d’or !
    N’était pas la clarté.
    De la réalité.
    Avec son dur couteau,
    Vivere memento !
    Résiste, espère, crois !
    Vois-y luire la croix !
    À la misère, au deuil.
    Ne finit qu’au cercueil.
    Dieu hait la lâcheté !
    La bonne volonté.
    Le but & le moyen.
    Et te sert de soutien.
    Vis & sache pourquoi !
    Vis aussi par la foi !
    Par le divin espoir ;
    Et vis par le devoir !
    Dès notre premier jour,
    De son immense amour !
    Que mon âme comprend.
    Et le doute me prend.
    Mon jeune sang qui bout.
    Et je me sens à bout.
    Devant l’éternité ?
    Et dans l’immensité !
    Pour m’adresser à toi ?
    Éternel, réponds-moi !
    J’ai
    Envole-toi chanson, va dire au Roi de France
    Mon rêve lumineux, ma suprême espérance !
    Je chante, ô ma Patrie, en des vers doux et lents
    La ceinture d’azur attachée à tes flancs,
    Le liquide chemin de Bordeaux à Narbonne
    Qu’abreuvent tour à tour et l’Aude et la Garonne.

    L’aurore étend ses bras roses autour du ciel.
    On sent la rose, on sent le thym, on sent le miel.
    La brise chaude, humide avec des odeurs vagues,
    Souffle de la mer bleue où moutonnent les vagues.
    Et la mer bleue arrive au milieu des coteaux ;
    Son flot soumis amène ici mille bateaux :
    Vaisseaux de l’Orient, surchargés d’aromates,
    Chalands pleins de maïs, de citrons, de tomates,
    Felouques apportant les ballots de Cachmir,
    Tartanes où l’on voit des levantins dormir.
    Les trésors scintillants de l’Inde et de la Chine
    Passent, voilés par la vapeur de la machine :
    C’est le nacre, l’ivoire, et la soie et le thé,
    Le thé nectar suave et chaste volupté.
    Nacre, ivoire fouillés en forêts de la lune,
    Saules, pêchers en fleur sur faille bleue et brune.
    Le tabac, le hachisch, l’opium, poisons charmants,
    Trompent tous les douaniers et tous les règlements.
    Dans le canal profond, exempt des vents du large
    Ce bâtiment s’avance, allègre de sa charge.
    C’est un Russe, qui vient du grand pays des blés,
    C’est l’Ami ! Nous aurons du pain aux temps troublés.
    Sous ce beau ciel, sous des lueurs à l’or pareilles,
    Ces navires pressés vont, riche essaim d’abeilles.
    Je chante, ô ma Patrie, en des vers doux et lents,
    Le liquide chemin de Bordeaux à Narbonne,
    Voici, blanches, aux bords s’aligner les maisons,
    Heureuses, sans souci des mauvaises saisons.
    Car les apports du monde et la science insigne
    Ont fait revivre ici l’olivier et la vigne.
    L’olivier, c’est la paix ; le bonheur, c’est le vin.
    Tout est joie à présent, dans ce pays divin.
    Les filles ont dans leurs cheveux, aux promenades,
    Les bleuets, les jasmins et la fleur des grenades.
    Elles passent, tandis que là-bas, les garçons
    Rythment la langue d’oc en de claires chansons.
    Toulouse ! ville antique où fleurissent encore
    Pour les poètes, vos fleurs d’or, Clémence Isaure,
    Toulouse triomphale héberge l’univers
    Sous ses palais de brique et ses peupliers verts.
    Et la flûte soupire et la harpe résonne
    Sur les bords du canal de Bordeaux à Narbonne.
    La ceinture d’azur attachée à tes flancs.
    De l’Océan, voici venir en sens inverse
    Ces vaisseaux noirs, ces blés que sur les quais on verse,
    Et l’or, l’argent, le cuivre, objets d’un troc pervers
    Dont se repaît le crime, et dont pleurent mes vers,
    Les bœufs aux grands yeux doux que la mer effarouche
    Cotés en mots cruels, « provisions de bouche ».
    C’est l’Amérique, c’est de la viande et du pain.
    Laissons passer. A l’Est, tant de pauvres ont faim !
    La consigne est avec les gens de l’Angleterre :
    Du charbon, du coton, payer, passer, se taire.
    C’est fini de l’Anglais, ancien épouvantail,
    Mer bleue, où luit la nacre, où rougit le corail !
    Sous les yeux de la nuit, dors Méditerranée,
    Et souris au matin, mer où Vénus est née,
    Et souris à l’Afrique où l’orgueil indompté
    De nos rois fit fleurir la sainte liberté !
    Flot d’azur et d’hermine, aux rochers que tu laves
    La France a défendu d’enchaîner des esclaves !
    Normands, Bretons, Gascons, Languedoc et Provence
    Buvons ensemble à la santé du Roi de France.
    Passez ici, chantons et serrons-nous les mains,
    Loin des tempêtes, loin des désastreux chemins,
    Le golfe de Gascogne et la mer des Sargasses,
    Gibraltar sans profit pour les Anglais rapaces.
    Scandinave à ton gré, marin universel,
    Apporte-nous ta pêche, emporte notre sel.
    Et qu’avec notre vin ton audace s’abreuve
    En Islande et dans les brouillards de Terre-Neuve.
    La ceinture d’azur attachée à tes flancs.
    Le chemin qu’a rêvé la science idéale
    Le canal creusé par la Puissance royale.
    Ici, calmes, au cœur du pays, des bassins
    Bercent les nefs d’acier, ces guêpes en essaims.
    Elles dorment, pouvant prendre toutes les routes.
    Des Français sont à bord, la Mort est dans les soutes.
    Et l’Orient malsain, et l’Occident vénal
    Ne savent pas d’où nous sortirons du canal.
    Envole-toi, chanson, va dire au Roi de France
    Mon rêve lumineux, ma suprême espérance.
    Maintenant les canaux forment comme un lacis,
    Comme un tapis brodé recouvrant le pays.
    Et le Pays du vin vermeil, des moissons blondes,
    La France, a dans son cœur le chemin des deux mondes.
    Le liquide chemin, bleu, bordé d’arbres verts,
    Que Riquet dut rêver et que chantent mes vers.
    Les bons monstres de fer, excavateurs et dragues,
    Firent ce fleuve où les deux mers joignent leurs vagues.
    Et la terre livra du fond de ses replis
    Des sous gaulois frappés d’un coq, frappés d’un lys.
    Les sous gaulois qu’on trouve en Alsace, en Lorraine,
    Remparts que montre à l’Est la France souveraine,
    La France que le Rhin et ses grands peupliers
    Limitent, fiers témoins des temps inoubliés.
    Car le Rhin est gaulois, comme est gaulois le Rhône,
    Comme est la Seine qui baigne les pieds du Trône,
    Comme est la Loire où Jeanne et ses guerriers géants
    Chassèrent les Anglais au siège d’Orléans,
    Comme est le bleu chemin dont l’univers s’étonne
    Le grand canal royal de Bordeaux a Narbonne.
    Le Roi de France est à Paris dans son palais,
    Il reçoit tout le monde, et même les Anglais.
    Il n’est rien d’aussi beau que Paris sur la terre
    Et toute haine et toute envie ont dû se taire.
    Partout règne l’honneur, partout règne la loi,
    On voit combien sont forts, et la France et le Roi.
    Le Roi fier au dehors, le Roi pour nous si tendre !
    On sait tous les pardons que sa main dut répandre.
    Et les mauvais combats et les mauvais procès
    N’ont plus troublé les cœurs du grand peuple français.
    La nation, jadis saccagée et meurtrie,
    Offre à son Roi la paix, son sang à la Patrie.
    Mais la gloire du Roi de France va plus haut
    Que la terre. A présent c’est le ciel qu’il lui faut.
    Car le ciel est peuplé de sphères amoureuses,
    Comme nous, de lumière et de forêts ombreuses ;
    Car les savants ont vu depuis plus de cent ans
    Des signaux faits en vain. On n’avait pas le temps !
    Mars, la planète austère où règne la science,
    Nous salue. Ils ont vu le trait bleu sur la France.
    Un point brillant, rythmé, par un vouloir secret
    Dans ce monde lointain, apparaît, disparaît.
    Devine, géomètre et réponds, astronome !
    Qu’ils sachent que chez nous le Verbe s’est fait homme.
    Leur génie en canaux si nombreux est inscrit !
    Ils se sont dit : « Sur terre aussi règne l’esprit. »
    Ils en ont vu le signe au puissant télescope,
    Leurs éclairs sont l’appel à la terre, à l’Europe,
    Et la France, où le mal ancien dut s’apaiser,
    Reçoit le planétaire et fraternel baiser.
    Aussi la France fut, sur terre, la première
    Qui répondit par la lumière à la lumière.
    J’ai chanté, ma Patrie, en des vers doux et lents,
    Mon rêve lumineux, ma suprême espérance.
    Sur
    une
    Petite
    *
    Le
    Ô
    Tandis
    LA VILLE NOUVELLE
    Que les temps sont changés !
    Septembre 1845.
    Tous les chemins vont vers la ville.
    Du fond des brumes,
    Là-bas, avec tous ses étages
    Et ses grands escaliers et leurs voyages
    Jusques au ciel, vers de plus hauts étages,
    Comme d’un rêve, elle s’exhume.
    Là-bas,
    Ce sont des ponts tressés en fer
    Jetés, par bonds, à travers l’air ;
    Ce sont des blocs et des colonnes
    Que dominent des faces de gorgonnes ;
    Ce sont des tours sur des faubourgs,
    Ce sont des toits et des pignons,
    En vols pliés, sur les maisons ;
    C’est la ville tentaculaire,
    Debout,
    Au bout des plaines et des domaines.
    Des clartés rouges
    Qui bougent
    Sur des poteaux et des grands mâts,
    Même à midi, brûlent encor
    Comme des œufs monstrueux d’or,
    Le soleil clair ne se voit pas :
    Bouche qu’il est de lumière, fermée
    Par le charbon et la fumée,
    Un fleuve de naphte et de poix
    Bat les môles de pierre et les pontons de bois ;
    Les sifflets crus des navires qui passent
    Hurlent la peur dans le brouillard :
    Un fanal vert est leur regard
    Vers l’océan et les espaces.
    Des quais sonnent aux entrechocs de leurs fourgons,
    Des tombereaux grincent comme des gonds,
    Des balances de fer font choir des cubes d’ombre
    Et les glissent soudain en des sous-sols de feu ;
    Des ponts s’ouvrant par le milieu,
    Entre les mâts touffus dressent un gibet sombre
    Et des lettres de cuivre inscrivent l’univers,
    Immensément, par à travers
    Les toits, les corniches et les murailles,
    Face à face, comme en bataille.
    Par au-dessus, passent les cabs, filent les roues,
    Roulent les trains, vole l’effort,
    Jusqu’aux gares, dressant, telles des proues
    Immobiles, de mille en mille, un fronton d’or.
    Les rails raméfiés rampent sous terre
    En des tunnels et des cratères
    Pour reparaître en réseaux clairs d’éclairs
    Dans le vacarme et la poussière.
    C’est la ville tentaculaire.
    La rue — et ses remous comme des câbles
    Noués autour des monuments —
    Fuit et revient en longs enlacements ;
    Et ses foules inextricables
    Les mains folles, les pas fiévreux,
    La haine aux yeux,
    Happent des dents le temps qui les devance.
    À l’aube, au soir, la nuit,
    Dans le tumulte et la querelle, ou dans l’ennui,
    Elles jettent vers le hasard l’âpre semence
    De leur labeur que l’heure emporte.
    Et les comptoirs mornes et noirs
    Et les bureaux louches et faux
    Et les banques battent des portes
    Aux coups de vent de leur démence.
    Dehors, une lumière ouatée,
    Trouble et rouge, comme un haillon qui brûle,
    De réverbère en réverbère se recule.
    La vie, avec des flots d’alcool est fermentée.
    Les bars ouvrent sur les trottoirs
    Leurs tabernacles de miroirs
    Où se mirent l’ivresse et la bataille ;
    Une aveugle s’appuie à la muraille
    Et vend de la lumière, en des boîtes d’un sou ;
    La débauche et la faim s’accouplent en leur trou
    Et le choc noir des détresses charnelles
    Danse et bondit à mort dans les ruelles.
    Et coup sur coup, le rut grandit encore
    Et la rage devient tempête :
    On s’écrase sans plus se voir, en quête
    Du plaisir d’or et de phosphore ;
    Des femmes s’avancent, pâles idoles,
    Avec, en leurs cheveux, les sexuels symboles.
    L’atmosphère fuligineuse et rousse
    Parfois loin du soleil recule et se retrousse
    Et c’est alors comme un grand cri jeté
    Du tumulte total vers la clarté :
    Places, hôtels, maisons, marchés,
    Ronflent et s’emflamment si fort de violence
    Que les mourants cherchent en vain le moment de silence
    Qu’il faut aux yeux pour se fermer.
    Telle, le Jour — pourtant, lorsque les soirs
    Sculptent le firmament, de leurs marteaux d’ébène,
    La ville au loin s’étale et domine la plaine,
    Comme un nocturne et colossal espoir ;
    Elle surgit : désir, splendeur, hantise ;
    Sa clarté se projette en lueurs jusqu’aux cieux,
    Son gaz myriadaire en buissons d’or s’attise,
    Ses rails sont des chemins audacieux
    Vers le bonheur fallacieux
    Que la fortune et la force accompagnent ;
    Ses murs se dessinent pareils à une armée
    Et ce qui vient délie encore de brume et de fumée
    Arrive en appels clairs vers les campagnes.
    La pieuvre ardente et l’ossuaire
    Et la carcasse solennelle.
    Et les chemins d’ici s’en vont à l’infini
    Vers elle.
    Au
    À Jocelyn Bargoin.
    Chant du vieux soldat canadien
    Envoi aux marins de la Capricieuse
    Le plus grand priseur de la terre
    Était bien le père Chapu,
    Bonhomme rougeaud et trapu,
    Rond d’allure et de caractère.
    Certes ! la poudre tabagique
    Aucun ne la dégusta mieux,
    Avec plus d’amour que ce vieux
    Dont c’était le trésor magique.
    Oui ! c’était sa joie et sa force.
    On le voyait s’épanouir
    Quand le couvercle à bout de cuir
    Découvrait sa boîte en écorce.
    Se dira, non sans quelque émoi :
    Contre la peur du cimetière ! »
    J'étais enfant alors.
    vieux de la vieille
    Sut me distraire de la pêche :
    « Voyez ! j’vis seul dans c’grand moulin
    Dont plus jamais l’tic tac résonne ;
    J’m’en occup’ plus, n’ayant personne…
    Mais c’est l’sort : jamais je n’m’ai plaint.
    C’t’existenc’ déserte et si r’cluse
    Ent’ la montagne et la forêt
    Plaît à mon goût q’aim’ le secret,
    Puis, j’ai mon copain sur l’écluse !
    Le v’là ! c’est l’grand chaland d’famille.
    À présent, ses flancs et sa quille
    Sont usés ; l’malheureux bateau,
    POESIES
    VIES PASSÉES
    L’IDOLE
    D’après un conte de la vieille Egypte.
    LE BUCHER DE SARDANAPALE
    LES CONDAMNÉS
    MYSTÈRE
    NOTRE AME HUMAINE
    QUATRAINS D’AL-GHAZALI
    VIEILLE HISTOIRE
    LES ARBRES
    HYMNE AU SOLEIL
    LA COQUILLE DANS L’OCÉAN
    moi
    OMBRE D’UN RÊVE
    REQUIEM ÆTERNAM DONA EIS, DOMINA !
    (GREC)
    Champillet, 9 septembre 1882.
    LA VIE ARDENTE
    Mort à la tyrannie
    Les grands ne semblent grands qu’aux hommes à genoux
    Levons-nous !
    Viens
    Doucettement
    Vésale
    À Paul Heger.
    Au grand air rafraîchir mes tempes,
    Comme dans les vieilles estampes.
    Éphémère duvet des pêches,
    L’âme neuve et les lèvres fraîches.
    Qui n’est bien qu’à travers le voile,
    Couleur de bleuet et d’étoile.
    Et ce bonheur qui vous inonde,
    Elle a posé sa tête blonde.
    Dont l’âme si bien s’accommode :
    Auprès de leur mère qui brode.
    Le temps d’une aube boréale,
    Et trouver l’amour idéale.
    Les saintes blancheurs de mon âme.
    Ce que j’ai souffert par la femme,
    Comme de hideuses besognes,
    Reviennent les blanches cigognes.
    Ô race humaine aux astres d’or nouée,
    As-tu senti de quel travail formidable et battant,
    Soudainement, depuis cent ans,
    Ta force immense est secouée ?
    Du fond des mers, à travers terre et cieux,
    Jusques à l’or errant des étoiles perdues,
    De nuit en nuit et d’étendue en étendue,
    Se prolonge là-haut le voyage des yeux.
    Tandis qu’en bas les ans et les siècles funèbres,
    Couchés dans les tombeaux stratifiés des temps,
    Sont explorés, de continent en continent,
    Et surgissent poudreux et clairs de leurs ténèbres.
    L’acharnement à tout peser, à tout savoir,
    Fouille la forêt drue et mouvante des êtres
    Et malgré la broussaille où tel pas s’enchevêtre
    L’homme conquiert sa loi des droits et des devoirs.
    Dans le ferment, dans l’atôme, dans la poussière,
    La vie énorme est recherchée et apparaît.
    Tout est capté dans une infinité de rets
    Que serre ou que distend l’immortelle matière.
    Héros, savant, artiste, apôtre, aventurier,
    Chacun troue à son tour le mur noir des mystères
    Et grâce à ces labeurs groupés ou solitaires,
    L’être nouveau se sent l’univers tout entier.
    Et c’est vous, vous les villes,
    Debout
    De loin en loin, là-bas, de l’un à l’autre bout
    Des plaines et des domaines
    Qui concentrez en vous assez d’humanité,
    Assez de force rouge et de neuve clarté,
    Pour enflammer de fièvre et de rage fécondes
    Les cervelles patientes ou violentes
    De ceux
    Qui découvrent la règle et résument en eux,
    Le monde.
    L’esprit des campagnes était l’esprit de Dieu ;
    Il eut la peur de la recherche et des révoltes,
    Il chut ; et le voici qui meurt, sous tes essieux
    Et sous les chars en feu des nouvelles récoltes.
    La ruine s’installe et souffle aux quatre coins
    D’où s’acharnent les vents, sur la plaine finie,
    Tandis que la cité lui soutire de loin
    Ce qui lui reste encor d’ardeur dans l’agonie.
    L’usine rouge éclate où seuls brillaient les champs ;
    La fumée à flots noirs rase les toits d’église ;
    L’esprit de l’homme avance et le soleil couchant
    N’est plus l’hostie en or divin qui fertilise.
    Renaîtront-ils, les champs, un jour, exorcisés
    De leurs erreurs, de leurs affres, de leur folie ;
    Jardins pour les efforts et les labeurs lassés,
    Coupes de clarté vierge et de santé remplies ?
    Referont-ils, avec l’ancien et bon soleil,
    Avec le vent, la pluie et les bêtes serviles,
    En des heures de sursaut libre et de réveil,
    Un monde enfin sauvé de l’emprise des villes ?
    Ou bien deviendront-ils les derniers paradis
    Purgés des dieux et affranchis de leurs présages,
    Où s’en viendront rêver, à l’aube et aux midis,
    Avant de s’endormir dans les soirs clairs, les sages ?
    En attendant, la vie ample se satisfait
    D’être une joie humaine, effrénée et féconde ;
    Les droits et les devoirs ? Rêves divers que fait
    Devant chaque espoir neuf, la jeunesse du monde !
    * M. de Bellegarde.
    LE FAVNE
    Ces nymphes, je les veux perpétuer.
    Assoupi de sommeils touffus.
    Réfléchissons.. ou si les femmes dont tu gloses
    Tacite sous les fleurs d’étincelles, CONTEZ
    Que je coupais ici les creux roseaux domptés
    Par le talent : quand, sur l’or glauque de lointaines
    Verdures dédiant leur vigne à des fontaines,
    Ondoie une blancheur animale au repos :
    Et qu’au prélude lent où naissent les pipeaux,
    Ce vol de cygnes, non ! de naïades se sauve
    Ou plonge..
    « Ou plonge.. »
    la :
    SOUVENIRS
    Mon œil, trouant les joncs, dardait chaque encolure
    Immortelle, qui noie en l’onde sa brûlure
    Avec un cri de rage au ciel de la forêt ;
    Et le splendide bain de cheveux disparaît
    Dans les clartés et les frissons, ô pierreries !
    J’accours ; quand, à mes pieds, s’entrejoignent (meurtries
    De la langueur goûtée à ce mal d’être deux)
    Des dormeuses parmi leurs seuls bras hazardeux ;
    » Je les ravis, sans les désenlacer, et vole
    À ce massif haï par l’ombrage frivole,
    De roses tarissant tout parfum au soleil,
    Où notre ébat au jour consumé soit pareil.
    Mon crime, c’est d’avoir, gai de vaincre ces peurs
    Traîtresses, divisé la touffe échevelée
    De baisers que les dieux gardaient si bien mêlée ;
    Car, à peine j’allais cacher un rire ardent
    Sous les replis heureux d’une seule (gardant
    Par un doigt simple, afin que sa candeur de plume
    Se teignît à l’émoi de sa sœur qui s’allume,
    » La petite naïve et ne rougissant pas :)
    Que de mes bras, défaits par de vagues trépas,
    Cette proie, à jamais ingrate se délivre
    Sans pitié du sanglot dont j’étais encor ivre. »
    Je tiens la reine !
    Je tiens la reine ! Ô sur châtiment…
    Ô miroir !
    Eau froide par l’ennui dans ton cadre gelée,
    Que de fois et pendant des heures, désolée
    Des songes et cherchant mes souvenirs qui sont
    Comme des feuilles sous ta glace au trou profond,
    Je m’apparus en toi comme une ombre lointaine.
    Mais, horreur ! des soirs, dans ta sévère fontaine,
    J’ai de mon rêve épars connu la nudité !
    HÉRODIADE
    Je meurs !
    LA NOURRICE
    Madame, allez-vous donc mourir ?
    Et je déteste, moi, le bel azur ! Des ondes
    J’y partirais.
    Et..
    Et.. Maintenant ?
    Et.. Maintenant ? Adieu.
    De mes lèvres ! J’attends une chose inconnue
    Des vers retentissants valent-ils le silence D'une âme qui remplit son devoir simplement, Et, pour autrui toujours pleine de vigilance, Trouve sa récompense et sa joie en aimant ?
    La splendeur de la forme est une corruptrice ; Les ivresses du beau rarement nous font purs ; Recherche pour ton dîme une autre inspiratrice Que la Vénus aux yeux changeants, tendres ou durs.
    Accomplis ton devoir, car la beauté suprême, Tu le sais maintenant, n'est pas celle des corps : La statue idéale, elle dort en toi-même ; L'œuvre d'art la plus haute est la vertu des forts.
    Le saint est le très noble et le sublime artiste, Alors que de sa fange il tire un être pur Et tire un être aimant d'une bête égoïste, Comme un sculpteur un Dieu d'un lourd métal obscur.
    L'humble héros qui lutte et qui se sacrifie, S'offrant à la douleur, à la mort sans trembler, Seul t'apprendra les fins augustes de la vie ; Et c'est à celui-là qu'il te faut ressembler.
    Des tristes, des souffrants, de tant d'âmes qui pleurent, Approche avec amour, et les viens relever : C'est en luttant, souffrant, en mourant comme ils meurent, Qu'ils t'ont permis de vivre et permis de rêver !
    Regarde-les parfois entr'ouvrant leurs yeux mornes Sur cette vie étrange et terrible pour eux. Que ta religion soit la pitié sans bornes ! Allège le fardeau de tous ces malheureux !
    De ton âme l'ennui mortel faisait sa proie, Etant le châtiment de l'incessant désir ; Du fier renoncement de ton âme à la joie Goûte la joie austère et le sombre plaisir.
    Sache que les héros, les saints, tu les imites En détruisant en toi l'égoïsme d'abord ; Meurs à toi-même, afin de vivre sans limites : Toute âme pour grandir doit traverser la mort.
    Connais du vrai héros la volupté profonde ; Libre de sentiments égoïstes et bas, Sentant battre ton cœur avec le cœur du monde, Habite un lieu divin où la mort n'atteint pas.
    Quand à l'âme de tous ton âme est réunie, Si bien que leur douleur est ta propre douleur, Alors tu fais ta vie immortelle, infinie, Et fais large ta joie en y mêlant la leur.
    Oui, ta vie est sublime, est harmonique et pleine, De cette heure où ton être étroitement confond Sa destinée avec la destinée humaine, Et rentre, goutte d'eau, dans l'Océan profond.
    Au
    Mon ami Ponchon,
    Du rose cochon.
    Ô fleur des couyons,
    Dis ? que nous ayons ?
    Tel un fin jambon,
    Le moment est bon.
    En ce jour divin
    Et buvez du vin :
    Il dit, et soudain
    Et de noir boudin
    Fleurissent partout.
    Consolant surtout !
    En chaque maison
    Et du saucisson.
    Le galant métier !
    Dans le monde entier ?
    Ils font de leurs doigts
    Tant ils sont adroits ;
    Ces braves gens-là
    Et disent : « Voilà.
    Pâtés, jambonneaux,
    Mes petits agneaux. »
    Avec — (ça c’est beau !)
    Certains font du veau.
    Que nous célébrons,
    Chier des marrons.
    Ordinairement,
    — Fer de cet aimant ! —
    Montent l’escalier,
    Et notre gosier.
    Flambent ; le mois d’août
    C’est beau comme tout.
    Jusqu’à cette nuit
    Ont bâillé d’ennui.
    Que vous êtes, car
    Ce soir, sur le tard !
    Je vois tout en l’air,
    Tout d’abord, c’est clair.
    Et que bien manger
    Je vais y songer.
    Le moindre appétit,
    Petit à petit.
    Fatigue ma main.
    Que le lendemain.
    LE VENT
    La fin du monde.
    1897-1898
    Messe de Minuit.
    ENVOI À M. VICTOR HUGO.
    I. LA GUERRE.
    II. LE CHOLÉRA-MORBUS.
    III. LA MORT.
    LE POÈME DE LA FEMME
    (Marbre de Paros.)
    SYMPHONIE EN BLANC MAJEUR
    Voilà
    LE VALET DE CŒUR
    Uitzet clair qui mousse,
    Et gente amie au regard clair,
    La plus belle rose de Flandre.
    Ce joyeux rêve ornemental
    Qu’elle devint la fiancée
    Et l’épée âpre et nette atteint
    Du bon prince venu d’Afrique.
    On ne sait plus quel gars il fut,
    Brûlait et nourrissait son glaive.
    Pour Madame Delarue-Mardrus.

  • Toute âme a des sons pour la lyre
  • LES USINES DE GUERRE
    I
    II
    III
    IV
    SCÈNE I
    Mezzetin, chantant.
    Puisque tout n’est rien que fables,
    Hormis d’aimer ton désir,
    Jouis vite du loisir
    Que te font des dieux affables.
    Puisqu’à ce point se trouva
    Facile ta destinée,
    Puisque vers toi ramenée
    L’Arcadie est proche, — va !
    Va ! le vin dans les feuillages
    Fait éclater les beaux yeux
    Et battre les cœurs joyeux
    À l’étroit sous les corsages…
    Corydon
    Aminte
    Chanté…
    Tous, moins Myrtil, Rosalinde, Sylvandre et Chloris.
    Chanté… Si nous allions danser ?
    (Ils sortent à l’exception des mêmes.)
    SCÈNE II
    MYRTIL, ROSALINDE, SYLVANDRE, CHLORIS
    Rosalinde, à Myrtil.
    Restons.
    Chloris, à Sylvandre.
    Restons.
    (Sylvandre la presse.)
    C’est bien pour vous !
    (Sortent Sylvandre et Chloris.)
    SCÈNE III
    MYRTIL, ROSALINDE
    Rosalinde
    Myrtil
    Parlez-moi.
    Parlez-moi du passé.
    Parlez-moi du passé.
    Rosalinde
    Parlez-moi du passé. Pourquoi ?
    Myrtil, irrité.
    Plein d’indignation élégante ?
    Myrtil, attendri.
    Myrtil, sincère.
    Alors, mourons !
    Vous êtes mutinée…
    Vous êtes mutinée…
    Myrtil, cédant.
    Donc, il le faut !
    (Ils sortent. Rentrent Sylvandre et Chloris.)
    SCÈNE IV
    SYLVANDRE, CHLORIS
    Chloris, courant.
    Non !
    Sylvandre
    Non !
    Chloris
    Non  ! Si !
    Sylvandre, la baisant sur la nuque.
    Non ! Si ! Je ne veux pas…
    (La tenant embrassée.)
    (Pleurnichant pour rire.)
    Mais non ! Il rit, il rit !
    Sachez donc…
    Si j’exige…
    Sylvandre, souriant.
    Chloris, coquette, s’enfuyant.
    Dans le doute« Abstiens-toi », dit l’autre. Je m’abstiens.
    Sylvandre, presque naïf.
    Chloris, touchée, mais gaie.
    Ah ! c’en est trop, je souffre et je m’en vais pleurer.
    Là ! voilà le grand mot lâché ! Mais…
    Réticence !
    (Sur un geste de dénégation de Sylvandre.)
    Aux autels de Paphos —
    Cela vous plaît ? Cela me plairait si…
    SCÈNE V
    Les Précédents, MYRTIL
    Myrtil, survenant.
    Cela vous plaît ? Cela me plairait si
    Que j’eusse proféré si…
    Myrtil, à Chloris.
    C’est un de trop.
    Chloris, à Sylvandre.
    Que vous.
    Que vous. Et vous, Monsieur ?La vérité m’oblige…
    Chloris, au même.
    Et quoi, monsieur, déjà si tiède !
    SCÈNE VI
    Les Précédents, ROSALINDE
    Rosalinde, survenant.
    Qu’il vous faut, ô Chloris. c’est moi
    (À Myrtil.)
    Myrtil, au bras de Chloris et protestant comme par manière d’acquit.
    Chère !
    Chère !
    Sylvandre, ravi, surpris et léger.
    Rosalinde, au même.
    Fat !
    Myrtil, au même.
    Fat ! Ingrat !
    Sylvandre, à Myrtil.
    Fat ! Ingrat ! Insolent !
    (A Rosalinde et à Chloris.)
    (À Rosalinde.)
    (À Rosalinde)
    Que ce chat-là surtout, c’est moi.Je ne sais rien.
    (À Chloris)
    Madame, n’est-ce pas ?
    Adieu, Sylvandre !
    Myrtil, à Rosalinde.
    Adieu, Sylvandre !Adieu, Myrtil !
    Sylvandre, à Chloris.
    C’est pour toujours !
    C’est pour toujours !
    C’est pour toujours !Adieu, Myrtil !
    (Sortent Sylvandre et Rosalinde)
    SCÈNE VII
    MYRTIL, CHLORIS
    Qui ? ma beauté ? Non !… L’autre…
    Qui ? ma beauté ?Non !… L’autre…
    En êtes-vous bien sûre ?
    Et vous regrettez fort Sylvandre ?
    Et pourquoi ?
    Mais regrettez-vous fort Sylvandre ?
    Vous ?
    Vous ?Vos yeux sont si beaux, votre
    Myrtil, très vivement.
    De Sylvandre ?
    (Se reprenant.)
    De Sylvandre ?Ô oui !
    Myrtil, distrait, après un silence.
    Donc vous m’aimez ?
    Donc vous m’aimez ?Ô oui !
    Myrtil, même jeu que précédemment.
    Vous seriez si d’ailleurs vous l’étiez de moi !
    Ah ! que c’est froid ! « Douce amie ! » Il vous trousse
    Myrtil, indolemment.
    Permettez…
    Myrtil, comme réveillé en sursaut.
    Rosalinde !
    (Ils sortent.)
    SCÈNE VIII
    SYLVANDRE, ROSALINDE
    Et voilà mon histoire en deux mots.
    Et voilà mon histoire en deux mots.
    Et tous deux avez tort, allez Sylvandre.
    Qu’il a tort
    (Minaudant.)
    À moins que votre cœur…Vous avez tort de rire.
    Bien doux…
    Et si je le pensais ?
    En effet !
    Confus, et je vous aime uniquement.
    Évident, que Chloris vous adore…
    (Soucieux, tout à coup, à part.)
    Si c’est possible ! Elle ! Elle ! Allons donc !
    Si c’est possible ! Elle ! Elle ! Allons donc ! Hélas !
    Vous en doutez ?
    Rosalinde, passionnément.
    Elle leurre à présent Myrtil…
    Dites-vous ? Mais alors il l’aime !…
    Si je comprends ce cri jaloux !Ah ! taisez-vous !
    Un trompeur ! une folle !
    Sylvandre, comme frappé subitement d’une idée douloureuse.
    De Myrtil, toi, hein, dis ?
    Rosalinde, presque joyeuse.
    Sylvandre, à part.
    (À Rosalinde.)
    Feignons encor.
    Ai-je tort ?
    Je pleure après Myrtil infidèle…
    Regardez, les voilà !
    (Ils remontent le théâtre.)
    SCÈNE IX
    Les Précédents, CHLORIS, MYRTIL
    Et quoi, vous aussi, vous ?
    (Il sanglote.)
    Si j’en juge d’après mes remords…
    (Sylvandre et Rosine se pressent la main.)
    C’est affreux !
    C’est affreux !
    Rosalinde, sur la pointe du pied et très bas.
    C’est affreux ! Ô douleur !
    C’est affreux ! Ô douleur ! Chloris !
    Est-il trop tard ?
    (Il tombe à genoux.)
    Folle, mais mon cœur faible et lâche…
    (Les deux femmes s’embrassent.)
    Rosalinde, à Myrtil.
    Que diriez-vous, Myrtil, si je faisais comme elle ?
    (À Rosalinde.)
    (À Chloris et à Sylvandre.)
    Soyons heureux.
    (Se tournant vers Myrtil.)
    (Tous les personnages de la scène 1re reviennent se grouper comme au lever du rideau)
    SCÈNE X
    Tous, groupés comme ci-dessus.
    Mezzetin, chantant.
    Va ! sans nul autre souci
    Que de conserver ta joie !
    Fripe les jupes de soie
    Et goûte les vers aussi.
    La morale la meilleure,
    En ce monde où les plus fous
    Sont les plus sages de tous,
    C’est encor d’oublier l’heure.
    Il s’agit de n’être point
    Mélancolique et morose.
    La vie est-elle une chose
    Grave et réelle à ce point ?
    Ou souffrir ou mourir
    pionniers
    audace
    les sociétés du démon
    Bas-de-Cuir
    ON JUAN
    Pater noster et les Ave
    Oremus
    N
    À Laurent Pichat.
    Laetare
    Il n’importait que l’hyperbole
    Enflât parfois de son vain bruit
    Au bord des âtres.
    Mais aujourd’hui
    Tout se passe durant la nuit,
    Et blocs par blocs les hommes choient
    Il s’arrêtait.
    Sa moustache comme en bataille
    la Marseillaise
    Québec, février 1859.
    Argumente.
    Malheureux !
    Fi !
    C’est
    Panem nostrum
    Benedicite
    Et le pain de son sac…
    Pater
    Un Pauvre
    cornandons
    la part du bon-dieu
    trop fortuné s’il connût son bonheur
    ouvrez
    Prends, et lis
    louange et gloire
    5
    10
    15
    20
    25
    30
    35
    40
    45
    6 octobre
    Refrain :
    Premier couplet :
    Deuxième couplet :
    Refrain
    Troisième couplet :
    Quatrième couplet :
    Sauvage
    Ile d'Amour
    Le Grand Vainqueur
    Cinquième couplet :
    Sixième couplet :
    Septième couplet :
    queu' du chat
    Huitième couplet :
    Neuvième couplet :
    bonsoir !
    À Alexis Orsat.
    Cid
    1
    2
    3
    5
    6QUAUN COUP DE DÉS
    8
    9
    10
    11
    12
    14
    15
    16
    17
    19
    20
    21
    22
    23QUAUNJAMAIS
    25
    26
    27QUAND BIEN MÊME LANCÉ DANS DES
    28
    29QUANDCIRCONSTANCES ÉTERNELLES
    30
    31
    32
    33
    34
    35
    36
    37QUAND DU FOND D’UN NAUFRAGE
    38
    39 
    5SOIT
    6
    7
    8SOITblanchi étale
    10SOIT
    11SOITblanchi
    12SOITblanchi étale
    13par avance retombée d’un mal
    14par avance retombée d’un mal sous une
    16par avance retombée d’un mal sous une plane désespérém
    18par avan
    21par avance retombée d’un ma
    22par avance retombée d’un mal à dress
    23
    24
    25par avance retombée
    27
    29l’ombre enfouie dans la trans
    30l’ombre enfouie dans la transparence par
    32l’ombre e
    35l’ombre enfouie dans la
    37l’ombre esa béante
    1le nombre uniquLE MAÎTRE
    2le nombre unique de cette cooù la m
    3le nombre unique de cette co
    5sur
    6le nombre unique de cette confl
    8le nombre unique
    9le nombre unique de cette conflag
    10le nombre unique de cette conflagà ses
    12le nombre comme on menace un
    13le nombre comme on menace un que se
    14le nombre comme on menace un que
    15le nombre
    19le nom
    20le nombre unique
    21le nombre uniquepour leen reployer l’
    22le nombre uniquepour le
    25cadavre par le bras écarté du secre
    26cadavre par le bras écarté du secrehésite
    29cadavre p
    30cadavre par le bras écarté
    31cadavre par le bras éc
    32cadavre par le bras écarté du secret qu’il
    33cadavre par le bras écarté du secret qu’
    35cadavre par le bra
    37cadavre par le branaufrage cela
    38cadavre par le branaufrage cela sans nef
    39cadavre par le bras écartéque de jouer en maniaque où vaine
    2ancestralement à n’ouvrir pas la m
    3ancestralement à n’ouvrir pas
    4ancestr
    6ancestralement à n’ouvrir
    7ancestralement à n’ouvrir paspar delà l’inutile t
    9ancestralement à n’ouvrir à
    10ancestrleg
    11le vieillard vers ce
    12le vieillard vers cette conjonction suprême ave
    15le vicaressée et polie et rendue et l
    16le vicaressée et polie et rendue et lcelui
    17le vi
    18le vicaressée et polie et rendue e
    19le vicaressée et p
    21ancestrla mer tentant par l’aïeul ou lu
    22ancestrla mer tentant par l’aïeul ou luné
    23ancestr
    24ancestrla mer tentant p
    26ancestrla mer tentant par l’aïeul ou lui contre la
    27ancestrla mer ten
    28ancestrla mer tendont
    29ancestrla mer tendont
    31ancestrla mer tendontainsi
    32ancestrla mer tendontainsi
    33ancestrla mer tendontainsi que le fantôme d’
    37
    38N’ABOLIRA
    4COMME SI
    6dans quelquUne simple insinuation
    7dans quelque provoltige autour du gouffre sans le joncherd’ironie
    8dans queenroulée à tout le silence
    9dans quelque proche tourbillon d’hilaou
    10dans quelque proche tourbillon d’hilarité eprécipité
    11dans quelque proche tourbillon d’hilarité et d’horreur hurlé
    12dans quelque proche tourbillon d’hilarité et d’horreur
    14dans quelque provoltige
    15dans quelque provoltige autour du gouffre
    16dans quelque proche tourbillon d’hilarité etsans le joncher
    17dans quelque proche tourbillon d’hilarité etsans le jonchni fuir
    18dans quelque proche et en berce le vierge indice
    20dans quelque proche tourbillon d’hilarité etCOMME SI
    24dans quelque plume solitaire éperdue
    26que la rencontre ou l’effleure usauf
    28que la rencontre ou l’effleure une toque de minuit
    29que la rencontre ou l’effet immobilise
    30que la renau velours chiffonné par un esclaffement sombre
    32que la rencontre oucette rigide blancheur
    34que ldérisoire
    35que la rencontre ou l’effen opposition au ciel
    36que ldérisoire trop
    37que la rencontre ou l’pour ne pas marquer
    38que la rencontre ou l’effen opposition au cielexigüment
    39que la renau velours chiffonné par un esclaffement sombrquiconque
    1que ldérisoire (La s’en soucieux prince amer de l’écueil
    3que ldérisoire (La s’en coiffe comme de l’héroïque
    4que ldérisoire (La s’en irrésistible mais contenu
    5que ldérisoire (La s’epar sa petite raison virile
    6que ldérisoire (La s’epar sa petite raison virile en foudre
    7que ldérisoire (La s’en soucieux
    8que ldérisoire (La s’en soucieux expiatoire et pubère
    9que ldérisoire (La s’en soucieux expiatoire et pubèmuet
    12que ldérisoire (La s’en soucieux expiatoire etrire
    14que ldérisoire (La s’en soucieux expiatoire etrireque
    17que ldérisoire (La s’en soucieux expiatoire et pubère Si
    23que ldérisoire (La lucide seigneuriale aigrette de vertige
    24que ldérisoire (La lucide seigneuriale aigrette deau front invisible
    25que ldérisoire (La lucide sscintille
    26que ldérisoire (La lucide seigneuriapuis ombrage
    28que ldérisoire une stature mignonne ténébreuse debout
    29que ldérisoire uneen sa torsion de sirène
    30que ldérisoire uneen sa torsion de sirène le temps
    31que ldérisoire par d’impatientes squames ultde souffleter
    32que ldérisoire par d’impatientes squames ultimes bifurquées
    33que ldérisoire par d’impatientes squames un mystère
    35que ldérisoire (La lucide seigneuriale faux roc évaporé en brumes
    37que ldérisoire (La lucide seigneuriale fauxqui imposa
    39que ldérisoire par d’impatientes squames ultune borne à l’infini)
    1  c’était
    3   sourdant que nié et cloissu stellaire
     
    4   sourdant que nié et clos quand apparule nombre
    7   sourdant que nié et clos EXISTÂT-IL
       sourdant quautrement qu’hallucination éparse d’agonie
    10   sourdaCOMMENÇÂT-IL ET CESSÂT-IL
       sourdant que nié et clos quand apparu
       sourdant que nié enfin
       sourdant que nipar quelque profusion répandue en rareté
    13   sourdant que nipar quelque profusion réSE CHIFFRÂT-IL
       sourdantévidence de la somme pour peu qu’une
    16   sourdant que nié et clos quand appaILLUMINÂT-IL
    20   sourdant que nié et ce serait
       sourpire
       sourdant qnon
       sourdant que nié davantage ni moins
       sourdant que nié et clos quand apparu mais autant indifféremment
    29
    31   sourdant que LE HASARD
    38   sourdant que nié et clos quand apparu mais autant (Choit
    39   sourdant que nié et clos quand apparu mais autant (Choit la plume
    1inférieurnaguères d’rhythmique
    2inférieurnaguères d’rhythmiquesuspens du sinistre
    4inférieur clapotis quelcons’ensevelir
    6inférieurnaguères d’où sursaaux écumes orginelles
    7inférieurnaguères d’où sursauta leur délire jusqu’à une cime
    8inférieurnaguères d’où sursauta leurflétrie
    9inférieurnaguèreen la neutralité identique du gouffre
    17inférieur clapotis quelcRIEN
    19inférieur cl
    20inférieur clde la m
    21inférieur clde la mémora
    22inférieur clapotis quelconque comme pour disperser l’a
    25inférieur clapotis quelconN’AURA EU LIEU
    27inférieur cl
    29inférieur clune élévation ordinaire QUE LE LIEU
    32inférieur clapotis quelconque
    33inférieur clapotis quelcon
    34inférieur clapotis quelconque com
    35inférieur clapotis quelconque comme
    37inférieur
    38inférieurdans ces parag
    39inférieurdans ces paragdu vagoù toute réalité se dissout
    1vefroide d’ouEXCEPTÉ
    3vefroide d’oubli et selon tequant à lui aussi l
    5vefroide d’ouEXCEPTÉPEUT-ÊTRE
    7vefroide d’ouEXCEPTÉPEUT-ÊTRE
    8vefroide d’oubli et selon tequant à
    10vefroide d’ouEXCEPTÉPEUT-ÊTRE
    11vefroide d’oubli et selon te
    12vefroide d’oubli et selon telle obliquité par
    13vefroide d’oubli et
    14vefroide d’oubli et selon telle obliquité par telle déclivi
    16vefroide d’oubli et selon
    17vefroide d’oubli et selonvers
    18vefroide d’oubli et selonversce
    21vefroide d’oubli et selonversUNE CONSTELLATION
    23ve
    24vefroide d’oubli et de désuétude
    25vefroide d’oubli et de d’un compte total en
    26vefroide d’ou
    27vefroide d’oubli et de désuétude
    28vefroide d’oubli et de d’un compte total enqu’elle
    29vefroide d’oubli et de
    31veillant 
    32veillant  doutant 
    33veillant  doutant  roulant 
    35veillant  doutant  roulanà quelque poi
    36veillant  doutant  roulan
    38veillant  doutant  roulanà
    1
    11UN COUP DE DÉS
    37 
    24ÉTERNEJAMAIS
    31ÉTEQUAND BIEN MÊME LANCÉ DANS DES CIRCONSTANCES
    33ÉTERNELLES
    37ÉTERNELLESDU FOND D’UN NAUFRAGE
    SOITquehiétalefurieux    sous une inclinaisonpérémentaile    par
    hiétalefurieux    sous une inclinaisonpérémentaile    par
    sous une inclinaisonpérémentaile    par
    étalefurieux    sous une inclinaisonpérémentaile    par
    furieux    sous une inclinaisonpérémentaile    par
        sous une inclinaisonpérémentaile    par
    pérémentaile    par
    aile    par
        par
    18avance retombée d’un
    19avance retombée d’un mal à
    22l’ombre e
    26l’ombre enfouie dans la pr
    27l’ombre enfouie dans la profonde
    29l’ombre enfou
    31l’ombre enfousa béante profon
    33l’ombre enfousa béante p
    LE MAÎTREonflagration
    inférante Nombre qui ne peut pas
    ue Nombre qui ne peut pas
    que de joueraniaque chenuflotsaufrage cela
    aniaque chenuflotsaufrage cela
    flotsaufrage cela
    aufrage cela
    1à ses pieds
    2à ses pi
    5à ses piedde l’horiz
    8à ses pied
    11pré
    12prépar
    17être un autre  
    18être un autre  Esprit
    19être un autre  Espritpour le jeter
    20être un autre  Espritpour l
    34direct d
    35direct de l’h
    36direct de l’hn’importe  
    ancestralement à n’ouvrir pas la mainspéeile têtella probabiliténçailles
    ile têtella probabiliténçailles
    lla probabiliténçailles
    à quelqu’unambigualla probabiliténçailles
    ambigualla probabiliténçailles
    alla probabiliténçailles
    la probabiliténçailles
    illard vers cette conjonction suprême avec la probabiliténçailles
    njonction suprême avec la probabiliténçailles
    ion suprême avec la probabiliténçailles
    nçailles
    me avec la probabiliténçailles
    iliténçailles
    suprême avec la probabiliténçailles
    biliténçailles
    probabiliténçailles
    re les aisprobabiliténçailles
    raitebiliténçailles
    batraitebiliténçailles
    contre la merbatraitebiliténçailles
    er par l’aïeul tentant ou l’aïeul contre la merbatraitebiliténçailles
    la merbatraitebiliténçailles
    ntisela merbatraitebiliténçailles
    tisela merbatraitebiliténçailles
    eratisela merbatraitebiliténçailles
    a merbatraitebiliténçailles
    37N’ABOLIRA
    COMME SI                         dans quelque proche
    Une insinuation
    au silence
    dans quelque proche
    voltige
    10simple
    12enroulée avec ironie
    13enroulée avec iroou
    14enroulée avec ironile mystère
    15enroulée avec ironile mystèrprécipité
    16enroulée avec ironile mystèrprécipitéhurlé
    18tourbillon d’hilarité et d’horreur
    21autour du gouffre
    22tourbillon d’hilaritéetsans le joncher
    23tourbillon d’hilaritéetsans le joncherni fuir
    25tourbillon d’hilaritéet en berce le vierge indice
    28tourbillon d’hilaritéet en berce le vierge indice               COMME SI
    plume solitaire éperdue                          sauf
    sauf
    16que la rencontre ou l’effleure une toque de minuit
    17que la rencontre ou l’efet immobilise
    18que la rencau velours chiffonné par un esclaffement sombre
    22que la rencontrcette blancheur rigide
    24dérisoire
    25que la rencontre ouen opposition au ciel
    26que la rentrop
    27que la rencontrpour ne pas marquer
    28que la rencontrpour ne pas marexigüment
    29que la rencontrpour ne pas marexigüquiconque
    31que la rencontrpour prince amer de l’écueil
    33que la rencontrpous’en coiffe comme de l’héroïque
    34que la rencontrpous’en cirrésistible mais contenu
    35que la rencontrpous’epar sa petite raison virile
    36que la rencau velours chiffonné par un esclaffementen foudre
    soucieux     expiatoire et pubère     La lucide et seigneuriale aigrette
    expiatoire et pubère     La lucide et seigneuriale aigrette
    mueteuriale aigrette
    La lucide et seigneuriale aigrette
    au front invisiblette
    scintilleau front invisiblette
    puis ombragesiblette
    une stature mignonne ténébreuse
    en sa torsion de sirèneuse
    par d’impatientes squames ultimes
    3bifufaux matoutrire
    5bifufaux matout évapoque
    8bifufaux matout évaporé enSI
    15de vertige
    19debout
    21debole temps
    22debole tede souffleter
    23bifurquées
    25bifurquéeun roc
    27bifufaux manoir
    28bifufaux matout de suite
    29bifufaux matout évaporé en brumes
    31bifufaux matoutqui imposa
    32bifufaux matoutqui iune borne à l’infini
    C’ÉTAIT
    issu stellaire      
    CE SERAIT                                                                             
    pire          non           davantage ni moins                indifféremment mais autant    
    non          davantage ni moins                indifféremment mais autant     davantage ni moins               indifféremment mais autant   
    indifféremment mais autant   
    1Choitla plurythmCOMMENLE NOMBRE
    4Choitla plurythmCOMMEEXISTÂT-IL
                              sourdant autrement qu’hallucination éparse d’agonie
    7Choitla plurythmCOMMENÇÂT-IL ET CESSÂT-IL
                              sourdant que nié et clos quand apparu
                              sourdant que nienfin
                              sourdantpar quelque profusion répandue en rareté
    10Choitla plurythmCOMMENÇÂT-IL SE CHIFFRÂT-IL
                              sourdant quévidence de la somme pour peu qu’une
    13Choitla plurythmCOMMENÇÂT-ILILLUMINÂT-IL
    21Choitla LE HASARD
    28Choit
    29Choitla plume
    30Choitla plurythmique suspens du sinistre
    31Choinaguères d’où sursauta sonaux écumes os’ensevelir
    32Choinaguères d’où sursauta sonaux écumes orginelles
    33Choinaguères d’où sursauta son délire jusqu’à une cime
    34Choinaguères d’où sursauta son délire flétrie
    35Choinaguères d’par la neutralité identique du gouffre
    RIEN   de la mémorable crisent
    nt
    nement
    22accompli en vue de tout résultat nul   
    24accompli en vue deuneN’AURA EU LIEU
    25accompli en vue de
    27inférieur clapotis quelconque comme pour disperQUE LE LIEU
    29inférieur clapotis quelconqu
    30inférieur clapotis quelco
    31inférieur clapotis quelconque com
    32inférieur clapotis quelconque co
    35dans ces parages   
    36dans ces parages   du vague
    EXCEPTÉà l’altitudePEUT-ÊTRE aussi loin qu’un endroit
    PEUT-ÊTRE aussi loin qu’un endroit
    PEUT-ÊTRE aussi loin qu’un endroit
    7selon telle obliquité par
    8selon telle obliquité
    9selon telle obliquité par telle déclivité
    11selon telle obliquité par telle déclivité en
    13selon t
    14selon tvers
    15selon tversce do
    17selon tversce dole Septentrion aussi NUNE CONSTELLATION
    19selon tversce d
    20selon tversce dfroide d’oubli et de dé
    21selon tversce dfroide d’oubli et de
    22selon tversce dfroide
    23selon tversce dfroide d’oubli et de
    24selon tversce dfroide d’oubli et dele heurt succes
    25selon tversce dfroide
    28veillant   
    29veillant   doutant   
    30veillant   doutant   roulant
    32veillant   doutant   roulaà quelque po
    33veillant   doutant   roula
    36veillant   doutant   roula
    Je vous en félicite,
    Pour lui faire visite.
    Qu’il faut voir pour y croire,
    Besoin de mon histoire :
    Sans nulle forme humaine,
    Eh bien, ces phénomènes,
    Trouveriez horrifiques,
    Rares et magnifiques !
    Prépose à ce musée,
    Crut sa vue abusée,
    Indicibles merveilles,
    « Tu dors, ou si tu veilles ?… »
    Car je ne puis pas croire
    Quelqu’un doit me le boire… »
    De salle, un vrai colosse,
    De cet alcool atroce.
    Loin de tomber en cendre,
    C’était de quoi surprendre.
    Doit avoir les entrailles
    Après ses funérailles. »
    Va, je connais ton vice.
    Service pour service. »
    Accepta tout de suite.
    Un jus moins insolite.
    Mettez-vous à sa place…
    Dont le nom seul nous glace.
    Au fur et à mesure
    De sa manœuvre obscure :
    À coup sûr il me navre,
    En sera son cadavre ! »
    Pas songé que peut-être
    Avant lui disparaître.
    Il bénit sa mémoire,
    Et sans cesser de boire.
    Corps lui restait pour compte,
    Alla de sorte prompte,
    Afin de le revendre.
    C’est toujours bon à prendre.
    D’autant qu’ils étaient vuides,
    Ou du moins je le cuyde.
    Certes
    Autrefois
    LE TUNNEL
    Ceux qui percent le mont, au nord,
    Disciplinent leurs gestes
    Certe on s’ignore encor
    Des deux côtés de la montagne.
    Ceux du Trentin et des Romagnes
    Dans l’ombre.
    Prétend
    Que son oreille entend
    Là-bas.
    Émus, fiévreux, hâtant le pas,
    Tous le suivent vers l’endroit proche.
    Le bruit renaît, chacun l’entend
    Pareil aux chocs intermittents
    Que fait la poudre en éclatant
    Dans la mine, de roche en roche.
    Jusqu’au fond de la nuit.
    Causons
    Par la Femme
    LES TROIS PUCELLES DE BRUXELLES
    Légende de la bonne humeur brabançonne.            
    Les arcs-en-ciel sont les bandeaux
    Où leur bonté veut s’exalter.
    Menuisier,
    M’ennuyer !
    D’l’aut’ côté,
    D’vérité.
    Inqu’et d’tout,
    Et partout.
    L’établi,
    Boir’ l’oubli.
    Cont’ les r’mords,
    Et des morts !
    L’horizon !
    La raison !
    Qui nous ment,
    Tranquill’ment.
    Et qu’enfin,
    Ni la faim.
    Et j’suis sûr
    L’enfant pur.
    Rest’ discrets,
    De secrets.
    Cœur amer !
    Comm’ la mer !
    Du malheur,
    Ma douleur.
    Donc, adieu
    Je suis Dieu ! »
    I’caus’ savant comm’ les monsieurs,
    Ça dépend ! p’têt’ ben encor mieux ;
    Mais, tout ça c’est chimèr’, tournures,
    Qui n’ent’ pas dans nos comprenures.
    Qu’à jeun i’ r’gard’ la vie en d’sous,
    Mais qu’i’ sait les s’crets des mystères
    Et d’vient l’bon Dieu quand il est saoul…
    Q’pour lui changer l’tout s’rait qu’un jeu,
    Moi ! j’vois pas tout ça dans mon verre.
    Ma personn’ dans sa mêm’ façon,
    Sauf que les jamb’ sont pas si libres
    tertulia
    XXXIV
    Quare tristis est nima mea.
    And she has ruled the chords so long
    They warble only to her song.
    . . . . Thranen gab der kurze Lenz mir nur.
    Primavera per me pur non è mai.
    effulgence
    À Louis Boulanger.
    Debout, debout, compagnons de misère
    L’heure est venue, il faut nous révolter
    Que le sang coule, et rougisse la terre
    Mais que ce soit pour notre liberté
    C’est reculer que d’être stationnaire
    On le devient de trop philosopher
    Debout, debout, vieux révolutionnaire
    Et l’anarchie enfin va triompher
    Des montagnes du Forez.
    A fait le plus horrible songe ? »
    Dans la camisole de force :
    Les yeux fixes, la bouche torse,
    Me souriait avec langueur
    Je la regardais sans un cri, sans même
    Un mouvement ; mais autant qu’elle blême !
    Par des tunnels bas, des corridors froids,
    Par de longs souterrains étroits,
    J’arrivais dans un carrefour.
    J’entendais qu’on chauffait le four
    Qu’on me prît… et l’on m’enfournait
    S’y reprenait à plusieurs fois.
    Ce n’était qu’au septième coup
    Que ma tête quittait mon cou.
    Elle roulait, elle roulait…
    Fléchissant sous l’énorme poids
    De je ne sais quelle bête,
    J’allais seul, la nuit, par une tempête.
    Les objets dans un noir de poix
    Avaient fini par se dissoudre.
    Pas de pluie ! aucunes rafales !
    Mais un grand cri, par intervalles,
    Tel que je n’en ai jamais entendu !…
    Comme un chant d’horreur extraordinaire
    Accompagné par le tonnerre…
    J’étais très malade — en danger de mort.
    Quand même, j’espérais encor,
    Dans le rassurant de ses yeux.
    De la confiance et de la tendresse.
    Brusquement, elle se levait,
    Et m’étouffait avec ses ongles.
    En face d’un grand billot plat
    J’aiguisais vite une serpe tranchante
    Qui luisait d’un terrible éclat.
    De cire, et ma vue était médusée
    Par des mannequins froids et solennels
    Qui représentaient de grands criminels.
    Je frissonnais bien, mais je tenais ferme.
    À la voûte, plus de clarté,
    Toute la cave était tissue
    D’une compacte obscurité.
    J’appelais avec violence,
    Rien ne répondait qu’un morne silence ;
    Et je sentais la solitude en haut,
    Alors, se rallumaient les lampes,
    Tous ces mannequins s’animer hideux
    En chair, en os, j’étais reptile infâme,
    Tout ramassé dans ma laideur,
    Immobilisé de lourdeur.
    Je ne pouvais bouger de cette place
    Où je mettais mon froid de glace.
    J’étais si conscient de mon corps odieux
    M’en aller de la malheureuse !…
    Sa respiration courte, inégalement,
    Soulevait mon poids opprimant…
    À la fin, elle dit d’une voix chagrine :
    Après un hurlement de peur.
    Et le réveil — horreur qui navre !
    Ainsi qu’un fil qui se dévide
    Je descendais lent dans le vide ;
    S’élargissait toujours plus creux ;
    Dans l’indéfiniment profond
    Je tombais sans toucher le fond.
    Pendait juste une immense glace,
    Comme d’une herbe ou d’une vague,
    Et voici qu’en un jour blafard
    Sortir un énorme serpent
    Dont j’allais être la pâture.
    Moitié dressé, moitié rampant,
    Il arrivait jusqu’à ma couche.
    Le magnétiseur me considérait.
    Et j’entendais bientôt craquer mes os
    treizième
    D’où je sortais comme un damné,
    « Non ! tu ne seras plus des nôtres !
    « Tu n’auras pas cette ressource.
    « Tu dois exister désormais
    « Pour jamais ! pour jamais !
    « Pour toujours ! pour toujours !
    « Va-t-en lutter, souffrir, penser,
    « Sans plus repouvoir trépasser ! »
    Leurs frémissements et leurs voix,
    Fidèle
    (bis)
    (bis)
    vous.
    Ainsi je m’écriais, quand, le long du rivage,
    Tandis que j’avançais vers cette solitude,
    Où dort le chantre heureux des bois et des bergers.
    Vous, qui vous souvenez du laurier qu’en ces lieux
    Avec des flûtes dans leurs mains,
    Se sont perdus par mes chemins
    Tityre et Mœlibée ;
    Ils n’ont rien vu de mon pays
    Que des voiles de brouillard gris
    Et des feuilles tombées.
    Son pâle été leur parut froid
    Avec son brusque et lourd convoi
    Et de vents et d’orages.
    Ils se disaient : « Comment chanter
    « Les fruits, le miel, la volupté,
    « Sous ces mornes ombrages ?
    « Quand tombe, aux horizons, la nuit,
    « Où rencontrer celle qui fuit
    « En riant, vers les saules,
    « Et nous permet d’apercevoir
    « Dans la douce clarté du soir
    « Un peu de son épaule ?
    « Sur un pignon humide et bas
    « Le raisin clair ne mûrit pas,
    « Et quel écho docile
    « Répéterait parmi ces prés
    « Les chants divins qu’ont inspirés
    « Les muses de Sicile ?
    « Les gens d’ici se parlent peu,
    « Ils ignorent le vin de feu
    « Qui empourpre les outres,
    « Ils se terrent en des maisons
    « Dont le foyer et ses tisons
    « Noircit toujours les poutres.
    « Ni le cyprès, ni l’olivier
    « Ne font un abri familier
    « Au milieu de leurs plaines.
    « L’ombre descend avant le soir,
    « Et le tumulte immense et noir
    « Y gronde dans les chênes.
    « Ils allument au jour tombant
    « Une humble pipe, en se courbant
    « Vers la flamme de l’âtre ;
    « Leur amour n’aime que pain bis.
    « Ils ne connaissent Alexis,
    « Ni Gallus, le beau pâtre.
    « Rome n’éblouit point leurs yeux
    « De ses héros ni de ses dieux
    « Pareils à une armée
    « Et leur ville n’est qu’un hangar
    « Que trouent les trains, de part en part,
    « À travers les fumées. »
    Ainsi marchant par nos chemins,
    Avec leurs flûtes dans leurs mains,
    S’entretenaient, non sans sourire,
    Mœlibée et Tityre ;
    Et lentement se prit à dire :
    « Les gens qui sont d’ici
    « Aiment la peine et le souci,
    « Et conquièrent dans le danger
    « Leur bonheur difficile.
    « Les muscles de leur corps
    « Ne sont joyeux que par l’effort
    « Qu’ils ont coulé dans un bon creux
    « Sans paille ni soudure.
    « Si leur amour jaloux
    « Guette dans l’ombre où tout à coup
    « L’inévitable et vieux combat
    « Pour l’or ou pour la femme.
    « Jamais vous ne saurez
    « Là-bas, sous vos cieux azurés,
    « Et qu’il secoue et bat l’auvent
    « Et la fenêtre close.
    « Au sein de nos guérets
    « Le cœur des gens est plus secret
    « Où Lycoris au bord des eaux
    « Se couche et vous accueille.
    « La ville et tous ses bruits
    « Et ses trains d’or trouant la nuit
    « Voient de beaux gars endimanchés
    « Mener vers eux mille attelages.
    « Ainsi
    « Vivent les gens d’ici,
    « Dans la bonne ou la mauvaise fortune ;
    « Et le chantant
    « Aux jours d’été et de printemps
    « Quand même.
    *
    Du cothurne chasseur j’ai resserré les nœuds ;
    Aux
    23-24 octobre 1872.
    oratoire
    Conseils
    eau-de-feu
    Pionniers
    soco
    Légende Dorée
    Par dedans, par dehors !
    Les
    PIERRE RONSARD
    JOACHIM DU BELLAY.
    1
    2
    3
    4
    5
    6
    7
    Petit Journal
    À Agénor Brady.
    Pour Pierre de Bouchaud.
    LE TÉMÉRAIRE
    Sans le crier au monde, en ces buccins vermeils
    La renommée en or et sang du Téméraire.
    Il lui créait de l’Est à l’Ouest, du Sud au Nord,
    Toujours sa guerre à lui fut la guerre des autres.
    l’Antre des Nymphes
    Mais, passons…
    Ma tante Jézabel devant moi s’est montrée
    Comme au jour de sa mort pompeusement parée
    ***
    Publié dans L'Impartial de Nice.
    TALMA ! Pleurez TALMA
    TALMA
    PLUS TALMA
    dit-on
    Ai-je
    À Georges Guéroult.
    d’action, ce Siècle de lumières
    Siècle
    saint
    clique
    dieu de coterie
    dieu
    dévot
    journaux
    bettes
    l’intuition opposant l’argument
    Sur, pour et contre
    fou
    grand nombre lui plait, l’exception
    prose et les hommes pratiques
    rêveur comme nuisible ou nul
    s’enrichir
    réussir
    nouveaux droits
    quelque
    Croissez ! multipliez
    l’eau-de-flamme
    carnassiers
    l’eau-de-feu
    Paris
    gratis
    Luquet
    gare
    qui vive
    essaim qui grouille :
    Mon coeur a perdu son repos...
    Surgite
    Mortui
    Clochers
    La Bataille perdue.
    Québec, 31 décembre 1855.
    SUR LES QUAIS
    Ils racontaient encor
    Et leurs phares fixes et clairs
    Ou bien encor
    Où tout ce qui soufflait de vent
    Mouvant
    Qui descendaient dans les lueurs
    Aux profondeurs
    Et puis, rapidement, pour en finir,
    Pour les laisser voguer à la dérive
    Mais terminaient toujours
    Un jour,
    De tous côtés vers eux
    Pour regarder avec fièvre leurs yeux
    Qui avaient vu toute la terre.
    Au poète Auguste Dorchain.
    Fille
    Novembre 1870.
    AI
    22 juillet 1888.
    Du château de R…
    De Profundis
    *
    TH. MOORE.
    Crux de Cruce
    siècle-à-vapeur
    d’ascèse
    II
    III
    IV
    Il expira.
    C’était là.
    Dieu méditait.
    Criaient, montrant leurs fers, leur sang, leurs maux, leurs plaies :
    V
    Gémis
    Apocalypsis, caput XVII.
    À M. G. Morel.
    LA STATUETTE
    Quelques joueurs la sauvèrent, à marée haute.
    Dans le milieu du jeu, un jour de Pentecôte,
    champs qui tintent
    Croix-Blanche.
    Croix-Blanche
    XXXVI
    Trois
    D’ombres
    L’astre fatal de la Beauté.
    Je ne fus pas heureuse.
    Je ne fus pas heureuse.
    L’astre fatal de la Beauté,
    Inconnu
    À M. G. P.
    A la princesse D....
    Veillons au salut de l’empire !
    (Paris, octobre 1838.)
    sièges
    protège
    Et Mammon se fraie sa route
    là où'un chérubin désespère. Lord Byron (Childe-Harold).
    À mes chers Confrères de l’Académie Lamartine,
    Publiés dans le Bulletin de l'Académie Lamartine, n°3 (10 Septembre 1888).
    Le palais de l’empereur. — Au fond, un jardin derrière une colonnade.
    SCÈNE PREMIÈRE ― CHŒUR DE GUERRIERS, CHŒUR DE JEUNES FILLES.
    se retirant.
    SCÈNE II ― AUGUSTE, LIVIE, OCTAVIE.
    répondant au chœur qui sort
    A Livie.
    se levant.
    A Octavie.
    Livie et Octavie sortent.
    SCÈNE III ― AUGUSTE, seul ; puis MÉCÈNE.
    s’asseyant.
    SCÈNE IV'
    seul.
    Il s’assied sur son lit.
    Il s’endort.
    SCÈNE V ― AUGUSTE, LES MUSES.
    chantant.
    endormi.
    Montrant Calliope.
    de même
    Les Muses s’arrêtent.
    À Clio.
    À Polymnie.
    Aux autres Muses.
    1853
    Winter’s tale. Act.II, scène I.

    Eh bien, soit ! À la rouge Veuve
    L
    Ils ont entendu rire ainsi.
    Se sont peu à peu dispersés.
    Pour le sommeil sans souvenir.
    Par les enfants de leurs enfants.
    Les baigne d’immortalité.
    Dans la paix des enfants de Dieu !
    eut
    chenet
    Mais les anges des toits des maisons de l’Aimée,
    les anges en allés tout un grand jour loin d’Elle,
    reviennent par le ciel aux maisons de l’Aimée ;
    les anges-voyageurs, buissonniers d’un dimanche,
    les anges-voyageurs se sont fait mal aux ailes,
    les anges-voyageurs, buissonniers d’un dimanche ;
    les anges-voyageurs savent le colombier,
    et se pressent, au soir, vers le cœur de l’Aimée,
    les anges-voyageurs savent le colombier ;
    mais les plus petits anges se donnant la main,
    les plus petits anges se trompent de chemin,
    mais les plus petits anges sont encor très-loin ;
    et les anges plus las, sur leurs bateaux à voiles,
    ont le mal de la mer, et du ciel, et des îles
    d’or et qui, des villes, ont un faux air d’étoiles ;
    et les anges ont froid parmi les hirondelles,
    et leurs pieds, et leurs mains, et leurs coudes sont rouges,
    et les anges mettent leurs bras nus sous leurs ailes ;
    et la bien-aimée s’inquiète d’eux, au soir
    de dimanche, où les enfants de la ville chantent
    plus fort depuis que les rues et les toits sont noirs.
    Anges, des mauvaises maisons
    dans le noir et mes yeux voyagent ;
    anges de velours, anges bons,
    mes yeux en sont à des images
    où mes lèvres cherchent la place
    au baiser la plus harmonique,
    et ma bouche berce, en musique,
    entre les seins nus des Trois-Grâces.
    Anges, la chair du soir m’envoûte,
    et j’ai plus mal à ma migraine
    où la femme, en feu, de mes veines
    siffle dans les eaux de mes doutes ;
    et des cheveux tombés me peinent,
    et mes mains pour errer n’ont place ;
    et frais, le boire-aux -yeux me glace
    comme d’un bain à des fontaines.
    Anges, des ventres me saluent,
    au chapitre vague des moelles,
    sous des yeux, comme des étoiles,
    derrière une montagne nue
    où, des robes, le rein dégorge,
    ceint ainsi que de zodiaques,
    par les ceintures d’or qui parquent
    haut, les cimes dures des gorges ;
    anges du ciel qui n’est plus mien,
    la reine de Saba me baise
    sur les yeux ; anges très-chrétiens,
    dans le noir des maisons mauvaises.
    Mais les anges sont morts de peine,
    et la chair aussi s’est éteinte,
    et les lampes, comme en la crainte
    d’éclairer, fument et se traînent ;
    et des roues dorées s’embarrassent
    à la voie blanche des plafonds,
    avec des yeux gros dans des ronds
    d’indéterminables surfaces.
    Mais les yeux, faites les joyeux
    et faites des baisers les bouches,
    car viennent les enfants qu’on couche,
    mais les yeux, faites les joyeux ;
    allez, les doigts, aux vieux ouvrages,
    qui n’avancent depuis longtemps,
    allez, pour le tuer le temps,
    allez, les doigts à des ouvrages,
    dans le rituel doux des lampes
    où les grands parents protestants,
    au dimanche long se mourant,
    ont mal de sang trop lourd aux tempes.
    Mais voici venir une maladie,
    le dimanche a pris un mal de langueur,
    le dimanche est bas d’une maladie,
    et les médecins venus l’abandonnent
    le vieux dimanche, puisqu’il doit mourir ;
    et les médecins venus l’abandonnent.
    Mais, auprès de lui, restez sans rien dire
    les enfants auprès des grandes personnes.
    Mais, auprès de lui, restez sans rien dire,
    avec les douces sœurs noires qui pleurent
    de cloches, et toutes les demi-heures,
    avec les sœurs noires douces qui pleurent.
    Et tout au fond du domaine loin,
    où sont celles que l’on aime bien,
    la plus aimée me pleure, perdue
    de ma mort aux semaines venue ;
    la plus aimée de mon cœur s’attriste,
    et plonge ainsi que des fleurs ses mains,
    aux sources de ses yeux de chagrin,
    la bien-aimée de mon cœur s’attriste.
    Et tout au fond du domaine loin,
    la bien-aimée a mis ses patins,
    se sentant dans le cœur de la glace,
    et loin vers moi s’efforce et se lasse ;
    la bien-aimée accroche aux vitraux
    de la chapelle d’où l’on voit loin,
    avec le pain, le sel et les anneaux,
    ma pauvre âme, elle, qui ne meurt point.
    la bien-aimée ne pleurera plus
    les beaux jours de fêtes révolus,
    aux bagues de famille à ses mains ;
    la bien-aimée m’a vu comme un saint
    promettant un éternel dimanche,
    aux âmes enfantines et blanches,
    et tout au fond d’un domaine loin.
    Or, les juifs aussi sont venus,
    mauvaisement nus et goulus,
    et la fièvre blanche aux gencives,
    et la sueur du cœur et juive.
    Et des villes où sont les ports,
    sur les vaisseaux noirs de la mort,
    et pour vendre, et pour acheter,
    le peu du dimanche resté
    de dépouille et de friperie,
    ils sont venus dès l’agonie,
    ils sont venus les levantins,
    aux fièvres du soir de mes fins,
    s’enivrer des froides éponges
    sur mon front pour calmer des songes.
    Or, ils sont venus les laids juifs,
    les très-laids petits enfants juifs,
    de teigne et d’induration,
    voir mourir de consomption
    mes enfants qui vont vers les anges,
    et la vie félice des langes,
    au minuit d’une lune blanche ;
    mes très-chrétiens et bons dimanches.
    et bien heureux sont ceux d’âme assez forte
    que le travail attend, bon, à leur porte ;
    les semaines sont et les mains sont reines,
    et s’en vont du port blanches les carènes
    des beaux vaisseaux de dimanche attardés.
    Or, c’est fini de très-loin regarder,
    en des nonchaloirs heureux de rien faire,
    et déjà les juifs reparlent d’affaires.
    Et lors, c’est la fin venue de mes fêtes,
    et puis la vieillesse aussi de ma tête,
    tout est fini, les dimanches sont morts.
    Mes pauvres petits†
    Mes pauvres petits dimanches sont morts.
    .... Nature might stand up
    And say lo all the world : This was a man !
    entre.
    Il chante
    entre,
    au roi.
    Oh
    rari-nantaise
    camoufles
    Songeant
    IEN
    UEL
    UAND
    HRÉTIEN
    ’AI
    RISTES
    E
    II
    Une calamité
    La ponctualité.
    On vous dit : tel train part
    Qu’à huit heures un quart.
    Annoncé pour midi,
    Que l’on lui fait crédit.
    Vous avez remarqué
    Dans l’instant indiqué.
    Chez nous ? Vous savez bien
    Et qui ne rime à rien.
    Que si, par un hasard,
    Qui serait en retard !
    *
    *     *
    Dîner chez l’habitant.
    On voit, à chaque instant,
    Qu’à neuf heures un quart,
    Peste de ces écarts !
    Folle de vous enfuir.
    Loin de vous réjouir,
    Autre horrible détail :
    N’est même pas à l’ail !
    Je serais étonné,
    Du rendez-vous donné.
    Tu peux m’attendre un peu.
    Au tonnerre de Dieu…
    Jamais il n’avouera
    Le triple scélérat !
    Il peut épiloguer
    De me faire droguer.
    M’accorde, tout aussi
    Et moi je dis que si.
    Un seul, de qui j’admets
    Mais il ne l’eut jamais.
    Le public est prié de ne pas se méprendre...
    Ah! povero, ohimè!
    naïf dans l'art
    Globe ou les Débats
    Mémoires sur*** - Essai de poésie...
    somnium
    CHANT DES VAGUES.
    ****
    SCHUMANN
    au
    C’était
    Je vous hais
    Nous
    Fiat lux
    1842-1898.
    Pax et Robur.
    LE SOIR DE LA BATAILLE,
    SUR LES GRÈVES DE L’ÎLE.
    (Malherbe).
    Le trident redouté des mers,
    Pallas, ô Déesse aux yeux pers.
    Hellas a reconnu ses dieux ;
    Comme le seul victorieux.
    Planait sur la cime des flots ;
    Avec le vol des javelots.
    Tombèrent ses fiers défenseurs,
    La majesté des vierges Sœurs,
    Guidait l’inévitable essor,
    Chanter avec sept cordes d’or.
    Emplissant les vents inspirés,
    L’Harmonie aux nombres sacrés.
    Et, sous l’aube éclairant ton front,
    Quand tes Poëtes parleront.
    Le cri farouche des clairons.
    Que par ce que nous en dirons.
    Viendront prier à ta clarté,
    À ta seule immortalité.
    Et, lorsque le Temps odieux
    Thérèse
    LA SAINT-PIERRE
    De Saint-Pierre, apôtre et saint.
    Estampille, après boire
    Les jours après les jours passèrent,
    Plutôt qu’en ce mois de tempête.
    Mais tu n’y peux rien, non plus moi.
    Alla fleurir dans l’Empyrée,
    À la droite du Roi des Rois ;
    T’ont voué cette révérence,
    Et vont se réclamant de toi ?
    Mais, vois quel dépit est le nôtre,
    Que l’Histoire n’en dise rien !
    La foule est assez coutumière
    De jouer sur les mots ainsi.
    À défaut d’un chant plus sonore,
    L’humble fredon de mes pipeaux.
    Ainsi que de mettre en bouteilles
    Le vin des Vignes du Seigneur !
    Un vin en or, ou bien encore
    Couleur de la pourpre des soirs !
    C’est plutôt sur les gueuses tables
    Que sont tes autels familiers !
    Je te rendrai plus bel hommage.
    En buvant du vin, ô Vincent !
    Ou sur une sombre tourbière,
    Danser de légers feux-follets.
    Lorsque Joseph d’Arimathie
    Du sommet de la croix,
    Et que les monts et que les cieux,
    Et que les eaux et que la terre,
    Étaient redevenus silencieux
    Et solitaires,
    Il était mort, ce cœur,
    Ni de mourir de sécheresse,
    Pendant les trois longs jours
    Que passerait au fond du tombeau lourd,
    Avant que d’en renaître,
    Le maître.
    Dans le silence
    À l’endroit même
    Où s’enfonça le coup de lance !
    Là-haut, dans le ciel de Judée,
    D’être son âme élucidée.
    Le vieil orgueil et ses alarmes.
    Très doucement, avec des larmes.
    De ceux qui dominent la vie
    Et la douceur inassouvie.
    Jérusalem dormait là-bas
    Songeant à Pierre
    Cette faute plénière
    D’avoir eu honte de son Dieu.
    Et sanglota sans lui rien dire.
    Et supplia d’une voix haute
    Songeant à Barrabas.
    Soudain,
    Des pas multipliés
    Seigneur,
    Le vôtre, sur la terre.
    SAINT AMAND
    Vous n’interrompiez pas
    Saint Amand
    Ô Papillon
    L’ILLUSION
    CEUX QUI S’ENDORMENT
    XLIV
    à Mademoiselle Louise B.
    SAGESSE
    D’après une fantaisie en prose de Léon Chavignaud.
    Janvier 1871.
    III
    Vite
    Votre mari le sabotier
    RUSSIE
    Je sais, là-bas,
    Qu’en une île de la Néva,
    Pour y souffrir, pour y mourir
    Je sais
    Que c’est la rouge et séculaire tyrannie
    Qui seule en a creusé l’accès ;
    Pourtant,
    J’ai moins peur d’elle, en notre temps,
    Russie ardente et glaciale,
    Pieusement, comme en secret,
    Russie étrange et souterraine,
    Et qu’il n’aura pendant des ans
    Puisé sa lumière et sa force
    Mais aujourd’hui
    Il est patent cet avenir ; il brûle, il luit
    À travers la ténèbre et l’effroi de la nuit ;
    On l’acclame et en Pologne et en Finlande ;
    Les cœurs fous, les cœurs sages
    Rangent également leurs feux
    Mystérieux
    Sur son passage ;
    Et puis dites aussi le cri
    Qui déjà passe et qui bondit
    À travers monts et plaines
    Si tu luttes sous les obus et les fumées
    Avec des mains comme enflammées,
    Pour conquérir cet avenir
    Unir
    Dans les combats de volonté à volonté
    Le monde
    — Quoique affaibli et divisé,
    Sera quand même et par vous et par nous
    Recomposé.
    RUPERT BROOKE
    POÈTE ET SOLDAT
    D’après une lettre d’un de ses
    amis et compagnons d’armes
    qui l’enterra à Scyros.
    Devenaient peu à peu
    L’enjeu
    Pas un instant, il n’hésita
    Qu’il fit accueil, portes ouvertes,
    Il s’embarqua tel jour d’été,
    De l’écumante et fougueuse avalanche
    Des, vagues blanches ;
    Il s’embarqua vers l’Orient,
    Jeune, ferme, rapide et souriant,
    Les golfes d’or des Dardanelles.
    N’arborerait dans un combat sanglant
    Le glaive ?
    Serait tué par le soleil ?
    Son corps ne souffrit guère ;
    Jadis, il eût voulu mourir ainsi,
    Son dernier souffle.
    Dans un site merveilleux.
    Au long de roches éternelles.
    Très doucement, contre nos corps.
    Et recouvert par de blancs marbres.
    Prenant pour encre un peu de poix.
    Puis l’avons laissé là
    Dans sa tombe de soldat,
    Avec la mer pour amie.
    Depuis
    La France et l’Angleterre.
    Dès qu’on se battait bien.
    Plus tard, lorsque la paix docile
    Sa tombe, au cœur de l’île.
    Hélas ! le temps qui tout efface
    Et peut-être nos pas
    N’importe, il nous sera plus cher encore
    Si nous ne la retrouvons pas.
    LES RUN0ÏAS.
    LES CHASSEURS.
    LES RUNOÏAS.
    LE RUNOÏA.
    L’ENFANT.
    Chassée
    LES RUNOÏAS
    LES CHASSEURS.
    LES RUNOÏAS.
    LES CHASSEURS.
    LE RUNOÏA.
    L’ENFANT.
    L’entendez-vous
    Le menu flot sur les cailloux ?
    Il passe et court et glisse,
    Qui sur son cours se penchent,
    Sa chanson lisse.
    Là-bas,
    Le petit bois de cornouillers
    Où l’on disait que Mélusine
    Jadis, sur un tapis de perles fines
    Au clair de lune, en blancs souliers,
    Dansa ;
    Le petit bois de cornouillers
    Et tous ses hôtes familiers,
    Et les putois et les fouines,
    Et les souris et les mulots,
    Écoutent
    Loin des sentes et loin des routes
    S’en aller l’eau.
    Et la chanson est preste ou lente,
    Suivant les creux, suivant les pentes
    Où l’eau s’engouffre ou bien s’enfuit
    Elle ne tait ni jour ni nuit
    Son bruit ;
    Aux coins où les saules s’arc-boutent,
    Qui s’égrène, joyeux et clair,
    D’un roseau vert.
    Aubes voilées,
    Vous étendez en vain,
    Dans les vallées,
    Vos tissus blêmes.
    La rivière,
    Coule de pierre en pierre
    Et rechante quand même.
    Si quelquefois, pendant l’été,
    Elle tarit sa volupté
    C’est que le dur juillet
    La hait,
    Et l’accable et l’assèche.
    Mais néanmoins, oui, même alors
    En ses anses, sous les broussailles
    Elle tressaille
    Et se ranime encor,
    Quand la belle gardeuse d’oies
    Lui livre ingénûment la joie
    Brusque et rouge de tout son corps.
    Et la douce chanson mouillée
    Autour des mains, émerveillées
    De frapper l’eau dans le soleil,
    Et se disperse et s’insinue
    Et fait courir son frisson long,
    Depuis le col jusqu’aux talons.
    Ô les belles épousailles
    De l’eau lucide et de la chair,
    Dans le vent et dans l’air,
    Et les baisers multipliés du flot
    Sur la nuque et le dos,
    Et les courbes et les anneaux
    De l’onduleuse chevelure
    Ornant les deux seins triomphaux
    D’une ample et flexible parure ;
    Et les vaguettes violettes ou roses
    Autour des flancs, autour des reins ;
    Et tout là-haut le ciel divin
    La belle fille aux cheveux roux
    Pose un pied clair sur les cailloux.
    Pour recueillir au bord,
    Parmi les lotiers d’or,
    La menthe fine ;
    Ou bien encor
    S’amuse à soulever les pierres
    Et provoque la fuite
    Droite et subite
    Des truites
    Au fil luisant de la rivière.
    Elle s’étend ensuite et rit et se recouche,
    Les pieds dans l’eau, mais le torse au soleil ;
    Et les oiseaux vifs et vermeils
    Volent et volent,
    Et l’ombre de leurs ailes
    Passe sur elle.
    Ainsi fait-elle encor
    À l’entour de son corps
    Même aux mois chauds
    Chanter les flots.
    Et ce n’est qu’en septembre
    Que sur les branches d’or et d’ambre,
    Sa nudité
    Ne mire plus dans l’eau sa mobile clarté.
    Mais c’est qu’alors sont revenues
    Vers notre ciel les lourdes nues
    Avec l’averse entre leurs plis
    Et que déjà la brume
    Du fond des prés et des taillis
    S’exhume.
    Pluie aux gouttes rondes et claires,
    Bulles de joie et de lumière,
    Car tout l’automne en deuil
    Parmi les prés, parmi les bois ;
    Chaque caillou que le courant remue
    Fait entendre sa voix menue
    Comme autrefois ;
    Et peut-être aussi que Mélusine,
    Sur les gazons
    Ses perles fines,
    Danse encor
    Et danse.
    INCONNU
    Juin 1879
    Dies iræ
    Rubens
    Américane
    pieux
    force !
    Comme des clous, les gros pavés
    Fixent au sol les routes claires :
    Lignes et courbes de lumière
    Qui décorent et divisent les terres
    En ce pays de bois et de champs emblavés.
    Quand s’en venaient les Dieux
    Rôder dans les vergers des hommes ;
    Qui se glissait entre les saules
    Et sa bondissante colère
    Passer.
    Pendant l’hiver morne et tassé
    Autour des âtres,
    Les grand’routes grisâtres
    Leurs grands gestes à travers champs convient
    Au travail vaste et clair,
    Hommes, chevaux, herses, charrettes
    Et les gamins et les fillettes
    Alors
    Sous les rameaux et les ombrages
    Et sans fatigue et sans repos
    Elles se haussent ou s’inclinent
    Parfois l’ombre grande des nues
    Les plus hautes et les plus larges
    Sont en marche vers le soleil.
    Ainsi les routes grandes ou petites
    Visitent
    De l’aube au soir, durant l’été,
    Et la ferme bruyante et le clos écarté.
    Elles savent quel est le pas
    Qui tous les jours, à telle heure, s’en va
    Du bourg d’en haut au bourg d’en bas ;
    Elles mènent au cimetière ou à l’église
    Elles mènent encor jusques au bois
    Où quelque gars violent et sournois
    Guette la fille qu’il courtise ;
    Si bien que c’est et la joie et la peine
    Qu’elles charrient de plaine en plaine
    D’un
    Vide ta pinte,
    Roulier.
    Et l’orge blond
    Et le houblon de Flandre ;
    Vide ta pinte
    Joyeux et recueilli
    Et laisse un peu de ton pays
    Dans toi-même descendre.
    Le houblon vert et l’orge blond
    Pour s’exalter vers la lumière
    Ont pris d’abord au sol profond
    La bonne sève de la terre.
    Comme toi, roulier,
    Ils ne savent du monde
    Que les champs clairs et familiers
    Qui vont d’Alost jusqu’à Termonde ;
    Ils ont aimé aux temps d’éveil
    La même pluie et le même soleil,
    Qui lentement sont devenues,
    La bière.
    D’un geste large et régulier
    Vide ta pinte,
    Roulier,
    Et commande avec entrain
    Un second verre
    Pour le vider
    Avec la saine et luisante commère
    Qui te l’apporte
    Au seuil des portes
    Sur un plateau d’étain.
    Car elle aussi, a puisé dans la terre,
    Dans l’air, le vent et le soleil,
    Ont exalté ses yeux profonds,
    Et, comme l’orge et le houblon,
    D’un geste large et régulier
    Roulier.
    Qu’il mourut
    Rosette
    Comme, autour des treilles,
    Un essaim d’abeilles.
    Sainte Perpétue
    Tout de blanc vêtue.
    Saint Vincent, insigne
    Patron de la vigne ;
    Le bon saint Grégoire
    Qui préférait boire ;
    Qui comble de graisse
    Les chapons de Bresse ;
    Qui tint la campagne
    Avec Charlemagne ;
    Onze mille vierges
    Qui portent des cierges.
    amour et force
    *
    Or
    Enchemisé
    Déjà la berline jalouse
    Où s’endort la brune Toulouse.
    Villes et vieilles citadelles,
    Pleins de cloches et d’hirondelles,
    Qui nageait aux sources d’Homère : —
    La blanche cité, votre mère ;
    Le Tescoud aux grèves pensives,
    Nager dans ses eaux convulsives ;
    On dirait l’épineuse arête
    Dont la foudre ronge la crête.
    Qui lui fit ces grandes entailles ;
    Contre les Mores, aux batailles,
    Comme des gerbes égrenées ;
    Jusques aux blanches Pyrénées.
    Grimpant de pelouse en pelouse,
    Où, comme une perle, est Toulouse.
    Au delà de ces rocs moroses !
    Dans la belle saison des roses. »
    Et l’été moins d’épis de seigle.
    Des poils comme des plumes d’aigle,
    Et nos figues et nos grenades,
    Et leur faisaient des sérénades.
    Pour eux leur belle joue ovale ;
    Ils faisaient sauter leur cavale.
    Blancs et jetant des étincelles.
    A votre barbe vos pucelles. »
    Sur sa selle, les accompagne :
    Les Mores ont fui vers l’Espagne.
    De leur bannière blanche et bleue ;
    Du lion n’épluchez la queue ! »
    Faisant claquer leurs becs sonores ;
    Et belles carcasses de Mores ! »
    Qui miaule et glapit par saccades ;
    S’allait laver dans les cascades.
    Et, sur leurs cimes toujours neuves,
    De l’écharpe d’azur des fleuves.
    Sur tous ces rochers de l’Espagne,
    Comme ton oncle Charlemagne ?
    Et nos chants tonnant dans l’espace,
    Viens voir la Liberté qui passe.
    À Alfred Guérard.
    Et se lamentait d'être roi;
    Mon peuple est accablé de maux,
    Je suis consumé de tristesse;
    Partout je cherche des avis,
    Plus j'en fais, moins je réussis,
    Dispersés, bêlants, éperdus,
    Puis à sa brebis la plus chère;
    Et tandis qu'il est d'un côté,
    Le berger court, l'agneau qu'il quitte
    Par une louve est emporté.
    Guillot tout haletant s'arrête,
    Et de son poing frappant sa tête,
    Il demande au ciel de mourir.
    Voilà ma bien fidèle image !
    N'ont pas un plus doux esclavage :
    Tant leur riche toison les gêne,
    Et de qui la mamelle pleine
    Faisait des vers pour son Iris,
    Comme pour lui faire plaisir;
    Un chien s'élance et le terrasse.
    Au bruit qu'ils font en combattant,
    Un autre chien part, les ramène,
    Et ne quittait pas sa musette.
    Alors le roi presque en courroux
    Et, sans en être moins tranquille,
    Sicut Dii
    La rue, en un remous de pas,
    De corps et d’épaules d’où sont tendus des bras
    Sauvagement ramifiés vers la folie,
    Semble passer volante — et s’affilie
    À des haines, à des sanglots, à des espoirs :
    La rue en or,
    La rue en rouge, au fond des soirs.
    Toute la mort,
    En des beffrois tonnants se lève ;
    Toute la mort, surgie en rêves,
    Avec des feux et des épées
    Et des têtes, à la tige des glaives,
    Comme des fleurs atrocement coupées.
    La toux des canons lourds,
    Les lourds hoquets des carions sourds
    Mesurent seuls les pleurs et les abois de l’heure.
    Les cadrans blancs des carrefours obliques,
    Comme des yeux en des paupières,
    Sont défoncés à coups de pierre :
    Le temps normal n’existant plus
    Pour les cœurs fous et résolus
    De ces foules hyperboliques.
    La rage, elle a bondi de terre
    Sur un monceau de pavés gris,
    La rage au clair, avec des cris
    Et du sang neuf en chaque artère,
    Et pâle et haletante
    Et si terriblement
    Que son moment d’élan vaut, à lui seul, le temps
    Que met un siècle en gravitant
    Autour de ses cent ans d’attente.
    Tout ce qui fut rêvé jadis,
    Ce que les fronts les plus hardis
    Vers l’avenir ont instauré ;
    Ce que les âmes ont brandi,
    Ce que les yeux ont imploré,
    Ce que toute la sève humaine
    Silencieuse a renfermé,
    S’épanouit, aux mille bras armés
    De ces foules, brassant leur houle avec leur haine.
    C’est la fête du sang qui se déploie,
    À travers la terreur, en étendards de joie :
    Des gens passent rouges et ivres,
    Des gens passent sur des gens morts ;
    Les soldats clairs, casqués de cuivre,
    Ne sachant plus où sont les droits, où sont les torts,
    Las d’obéir, chargent, molassement,
    Le peuple énorme et véhément
    Qui veut enfin que sur sa tête
    Luisent les ors sanglants et violents de la conquête.
    — Tuer, pour rajeunir et pour créer !
    Ainsi que la nature inassouvie
    Mordre le but, éperduement,
    À travers la folie horrible d’un moment :
    Tuer ou s’immoler pour tordre de la vie !
    Voici des ponts et des maisons qui brûlent,
    En façades de sang, sur le fond noir du crépuscule ;
    L’eau des canaux en réfléchit les fumantes splendeurs,
    De haut en bas, jusqu’en ses profondeurs ;
    D’énormes tours obliquement dorées
    Barrent la ville au loin d’ombres démesurées ;
    Les bras des feux, ouvrant leurs mains funèbres,
    Éparpillent des tisons d’or par les ténèbres ;
    Et les brasiers des toits sautent en bonds sauvages,
    Hors d’eux-mêmes, jusqu’aux nuages.
    On fusille par tas, là-bas.
    La mort avec des doigts précis et mécaniques,
    Au tir rapide et sec des fusils lourds,
    Abat, le long des murs du carrefour,
    Des corps debout jetant des gestes tétaniques ;
    Des rangs entiers tombent comme des barres.
    Des silences de plomb pèsent sur les bagarres.
    Des cadavres dont les balles ont fait des loques,
    Le torse à nu, montrent leurs chairs baroques ;
    Et le reflet dansant des lanternes fantasques
    Crispe en rire le cri dernier sur tous ces masques.
    Et lourds, les bourdons noirs tanguent dans l’air ;
    Une bataille rauque et féroce de sons
    S’en va pleurant l’angoisse aux horizons
    Hagards comme la mer.
    Tapant et haletant, le tocsin bat,
    Comme un cœur dans un combat,
    Quand, tout à coup, pareille aux voix asphyxiées,
    Telle cloche qui âprement tintait,
    Dans sa tourelle incendiée,
    Se tait.
    Aux vieux palais publics, d’où les échevins d’or
    Jadis domptaient la ville et refoulaient l’effort
    Et la marée en rut des multitudes tortes,
    On pénètre, cognant et martelant les portes ;
    Les clefs sautent et les verrous ;
    Des armoires de fer ouvrent leurs trous,
    Où s’alignent les lois et les harangues ;
    Une torche les lèche avec sa langue,
    Et tout leur passé noir s’envole et s’éparpille,
    Tandis que dans la cave et les greniers l’on pille
    Et que l’on jette au loin, par les balcons hagards,
    Des corps humains fauchant le vide avec leurs bras épars.
    Mêmes fureurs dans les églises :
    Les verrières, où des vierges se sont assises,
    Jonchent le sol et s’émiettent comme du chaume ;
    Le Christ, rivant aux murs sa mort et son fantôme,
    Est lacérée et pend, comme un haillon de bois,
    Au dernier clou qui perce encor sa croix,
    Le tabernacle, où sont les chrêmes,
    Est enfoncé, à coups de poings et de blasphèmes ;
    On soufflette les Saints près des autels debout
    Et dans la grande nef, de l’un à l’autre bout,
    — Telle une neige — on dissémine les hosties
    Pour qu’elles soient, sous des talons rageurs, anéanties.
    Tous les joyaux du meurtre et des désastres,
    Étincellent ainsi sous l’œil des astres ;
    La ville entière éclate
    En pays d’or coiffé de flammes écarlates ;
    La ville, au fond des soirs, vers les lointains houleux.
    Tend sa propre couronne énormément en feu ;
    Toute la nuit et toute la folie
    Brassent la vie, avec leur lie,
    Si fort, que par instants le sol semble trembler
    Et l’espace brûler
    Et les râles et les effrois s’écheveler et s’envoler
    Et balayer les grands cieux froids.
    — Tuer, pour rajeunir et pour créer
    Ou pour tomber et pour mourir, qu’importe !
    Dompter, ou se casser le front contre la porte !
    Et puis — que son printemps soit vert ou qu’il soit rouge —
    N’est-elle point dans le monde toujours.
    Haletante, par à travers les jours,
    La puissance profonde et fatale qui bouge ! —
    (LES VILLES TENTACULAIRES).
    Les larmes sont un don.
    23 avril 1835.
    Vous qui dormez, laissez à l’Occident son Rêve !
    À Henri d’Arles.
    Pour aller éparer
    Imitation de J.-C.
    Hic nostri reditus...!
    le Vengeur
    ÉTAIT Dieu. »
    À Jules Castagnary.
    Toujours
    Villiers, juin 1866.
    Paix , lumière et richesse.
    Vaillant.
    D’angoisse & de souci ?
    M’accable nuit & jour.
    Mais mon cœur le pressent.
    J’ai peur du moindre bruit.
    Dont il veut me punir ?
    Sur ce temps enchanté.
    Jusques au lendemain.
    Fût toujours de le voir ?
    Et ne négligeait rien.
    Il disait : Pauvre enfant !
    J’immolais mon plaisir !
    Cède à la passion !
    Cacha la vérité ?
    Et demeurer sans voix ?
    Qui montait sur nos pas ?
    Par lui, pour mon départ.
    Disaient : Amour, amour !
    Dans son trouble charmant ?
    Mes bras autour du cou.
    Ce baiser confiant !
    Avec sévérité.
    « Jamais il n’aimera. »
    Ô vous, grands cœurs meurtris !
    Vous offre de plus doux,
    Coulent comme les miens ?…
    Qu’il me fût refusé.
    Comme une fleur au vent.
    Dans l’arrière-saison.
    Me pressa dans ses bras.
    Embaumaient ce chemin !
    De son feuillage vert.
    D’un réseau de vapeur.
    Frangeaient le ciel de noir.
    C’était lui qui venait !
    Il semblait rajeuni.
    Il n’avait que vingt ans !
    Par le soleil couchant.
    Entendre un cri joyeux.
    Il parle si bien, lui !
    Et le cueillit soudain :
    « S’abrite au pied du mur. »
    À périr par sa main.
    Aux frais boutons pourprés.
    En tremblant bien des fois.
    Et le bonheur craintif.
    « C’est un signe d’espoir ! »
    À l’herbe du gazon.
    Il me dit : « À ce soir ! »
    Un parfum persistant.
    Ruisselle entre mes doigts.
    Là, j’ai tout rassemblé.
    L’amour seul m’est resté.
    Deux mois après ceci.
    N’était pas fait pour moi.
    Même devant la mort.
    Mon Dieu ! non, c’est l’amour !
    Celle qu’elle avait le doux soir
    Frémissante elle vint s’asseoir.
    Ses chers adieux si redoutés,
    De nos défuntes voluptés.
    Je la portais, t’en souviens-tu ?
    Faisait courir dans ma vertu.
    Échangeaient tout bas en tremblant ;
    Qui tressaille dans son bas blanc.
    Cette chemise en tulle fin ;
    Ont dit qu’il se donnait enfin.
    Qui te voue un culte éternel ;
    Qui furent ton festin charnel !
    Candides et luxurieux !
    « Entre ses plis mystérieux. »
    Te fuyait comme un assassin,
    En collant ta bouche à mon sein :
    À ton hallucination ;
    Sa chère fascination.
    Et je la baise avec ferveur ;
    Car il m’en reste la saveur.
    Mon ancienne adoration,
    Des fournaises de passion.
    Toujours affamé de plaisir,
    Pour éterniser mon désir ;
    Sa chevelure aux flots houleux,
    Ses yeux immenses, noirs et bleus ;
    Depuis que l’amour m’a quitté ;
    Comme dans la réalité !
    Pomaré, Maria
    Mogador et Clara,
    À mes yeux enchantés
    Le Cerbère crépu
    M’a déjà reconnu,
    Et l’orchestre… bravo !
    Dans un quadrille à part,
    Voici le grand Chicard,
    Avec grâce étalant
    Dans ton rapide essor,
    Je te suis Mogador,
    Partage mon destin,
    Maria, passe l’eau,
    Laisse-là ton Prado ;
    Prodiges superflus !
    Ô grande Pomaré,
    À ton nom révéré,
    Ton peuple transporté
    De ton humble sujet,
    Accepte ce bouquet,
    Plus frais que tes appas,
    Ô charmante Clara,
    Professeur de polka,
    J’aime mieux les ébats
    Coule, coule toujours,
    Fontaine des amours :
    Qui sait si quelque jour
    En voyant ces beaux yeux,
    Ce sourire amoureux,
    Et cette taille-là,
    Pomaré, Maria,
    Mogador et Clara,
    Quel superbe festin
    Pince avec agrément
    Ce sublime cancan,
    Dont l’élan infernal
    Sans reproche et sans peur,
    Viens embrasser l’auteur,
    Et puissent mes couplets
    La vie s’écoule entre deux rires : l’Espérance et le Regret.
    Voilà le régiment
    IV
    REGARD JETÉ DANS UNE MANSARDE
    LE POÈTE À LUI-MÊME
    Damon
    Enfant des mers, ne vois-tu rien là-bas ?
    (Il se penche, et écoute un moment à terre.)
    avec acclamations.
    (Après un moment de silence. )
    (Ils tombent à ses pieds.)
    MICOL, JONATHAS.
    dans l’obscurité, sans voir Jonathan.
    (Elle tombe à genoux près de l’arche.)
    (Elle se relève.)
    (Avec plus d’abattement.)
    s’avançant vers Micol.
    s’élançant du bosquet ou il était caché.
    après un moment d’égarement.
    à David.
    (David se retire.)
    MICOL, JONATHAS, SAUL.
    sortant de ses tentes.
    (Un moment de silence.)
    (Micol et Jonathas se retirent.)
    La
    Bénite
    Pardon
    Sainte Anne, Onguent des belles-mères !
    Consolation des époux !
    CANTIQUE SPIRITUEL
    Mère taillée à coups de hache,
    Tout cœur de chêne dur et bon ;
    Sous l’or de ta robe se cache
    L’âme en pièce d’un franc-Breton !
    — Vieille verte à face usée
    Comme la pierre du torrent,
    Enfant
    * * *
    — Sainte Anne, ayez pitié de nous ! —
    — Allez : la Foi vous a sauvé ! —
    Vide latus !
    visité par Gabriel
    choisis ont hérité.
    Ankokrignets et Kakous !
    kyriè-éleison !
    ex-voto
    calvaire se tient ;
    Istoyre de la Magdalayne
    Jvif-Errant ou d’Abaylar
    Chants du Crépuscule.
    Brionne, mars 1870.
    50
    55
    60
    65
    70
    sonnet CXXIII
    sonnet CXXI
    sonnet CIV
    Pendant qu’Elle chantait en s’accompagnant
    sonnet CXXVIII
    sonnet CXI
    Et étrangement enchantée.
    Et moi, j’étais ému.
    VII
    VIII
    IX
    X
    XI
    XII
    XIII
    XIV
    XXXV
    QUE LA MUSIQUE DATE DU SEIZIÈME SIÈCLE
    Qui nous dira le grand secret ?
    Tout, dans l’oubli, s’abîmerait ?
    Comme une perte de son temps,
    Compter au chagrin ses instants ;
    À votre oreille vient crier ;
    Si le cœur doit se renier ;
    Selon le sort inattendu
    Qu’un intérêt bien entendu ;
    Sur toute autre chose ici-bas.
    Pour ces calculs lâches & plats !
    De ma couronne de douleurs ;
    Embellie encor par ses pleurs !
    XIII
    Air : Tous les bourgeois de Chartres.
    À MES LECTRICES.
    Frappe
    S’éteindra dans mon sang,
    Les lambeaux de mon cœur.
    Niera son oppresseur !
    La Force et le Hasard.
    Sera ton châtiment.
    Un Dieu dans mon bourreau.
    À Paul Dalloz
    PROMENADES
    Abritaient des cigales,
    Sous la chaleur ardente,
    Nous vînmes au village,
    Car elle était couchée,
    Oh ! le spectacle horrible
    Toutes deux oppressées,
    Où tout, à ma venue,
    Dont les fleurs demi-closes
    Et revoir toutes choses
    M’attend, menteuse ou vraie,
    De partout repoussée,
    Telles que deux voleuses,
    J’en étais presque heureuse,
    Seul, perdu dans l’espace,
    La vapeur, blanche haleine
    À la porte connue
    Dans leurs charmes rustiques,
    Pourquoi donc vos ombelles
    Quelques gerbes nacrées
    La porte verrouillée
    Hélas ! mon humble envie
    Tandis que nous deux mères
    Je venais après elle,
    Sans que rien les entame,
    Et dans tant de journées,
    *
    DÉNOUEMENT
    Satan sous sa voûte
    À écrire au verso de la dernière page
    Ô
    La Pêche Miraculeuse
    Cœur
    Vers l’avenir,
    Et tout à coup je sens encor,
    L’aile qui dort
    Des anciennes prières.
    Après combien de jours, le même ;
    Et que je sens combien je m’aime.
    Que m’importe, si chaque fois
    Que mon ardeur vous entrevoit
    Elle s’attise et se relève.
    Dès aujourd’hui mon cœur se sent d’accord
    Avec vos cris et vos transports,
    Hommes d’alors
    Et c’est du fond du présent dur
    Que je dédie à votre orgueil futur
    Je ne suis point de ceux
    Dont le passé doux et pieux
    Tranquillise l’âme modeste ;
    D’autant plus téméraires,
    Qu’ils n’ont pour feux qui les éclairent
    Que des lueurs.
    Qui relient l’avenir, avec témérité,
    Au présent déjà surmonté.
    Une confiance acharnée.
    Et guetter l’heure où les soirs d’or,
    Des prières profondes
    Un prêtre de Jupiter,
    Père de deux grandes filles,
    Toutes deux assez gentilles,
    Et n’avaient point de bénéfices :
    Bientôt après cet hyménée
    Chez son époux, le père va les voir.
    — Bonjour, dit-il, je viens savoir
    — Jamais, répond la jardinière,
    Vous ne fîtes meilleure affaire :
    Il sait m’aimer sans jalousie,
    Je l’aime sans coquetterie :
    Fasse pousser nos artichauts.
    De Jupiter; je lui dirai deux mots.
    Adieu, ma fille. — Adieu, mon père.
    L’interroger, comme sa sœur,
    Sur son mari, sur son bonheur.
    Le travail, l’amour, la santé,
    Tout va fort bien, en vérité;
    Pour sécher notre poterie.
    Vous, pontife du dieu de l’air,
    Parlez pour nous à Jupiter,
    — Très volontiers, ma chère amie :
    Tu me demandes du beau temps,
    Et ta sœur a besoin de pluie.
    Se soumettre, c’est les prier.
    Et nunc et in hora
    Dei
    Quelqu’un lui dit : « Lazare est mort
    Un sépulcre.
    Un sépulcre.Et Jésus pleura. Sur quoi, la foule
    lui seul
    FIN DES PRÉLUDES.
    Parmi les marguerites,
    Se sont assises dans un pré
    Trois jeunes filles.
    Elles s’exaltent et babillent
    À leur gré ;
    Savent-elles ce qui incite
    Leur langue à tant parler ?
    La première fait mille contes,
    Se trompe et se reprend, et puis raconte
    D’oreille à oreille
    Comment elle a capté la veille,
    Sans bruit, en tapinois,
    Un essaim migrateur qui s’égarait au bois.
    La deuxième n’est point en reste,
    — Brusques regards, paroles prestes
    Et menus gestes —
    Mieux que personne, elle connaît les soins
    Dont a besoin,
    La première couvée.
    Enfin
    La troisième caquette en vain.
    Des pas se font entendre sur la route
    Et s’approchent du pré
    Où sont assises à leur gré
    Les jeunes filles.
    Ce sont trois gars du bourg voisin
    Sans regarder qui les regarde.
    Et maintenant,
    « Vers l’infini qu’il veut savoir ;
    « Je traduis l’âme et je sais comme
    « Crie et se tord son désespoir ;
    « Mais ma fougue intense se brise
    « Où sa course folle s’enlise
    « Au même bord silencieux ;
    « Je ne saurais jamais mieux qu’elle
    « Forcer cette porte éternelle
    « De ses destins mystérieux !… »
    Donne-nous la force qui tient.
    Jetait son or plus lumineux.
    Laurence Nouveau-Manuel.
    n
    AIS-TU
    Il paraît. On le dit.
    Tombée en discrédit.
    Il est bien entendu.
    Sinon du temps perdu.
    Et pour se consoler,
    Ont le droit de parler ?…
    J’étais dans un tramway
    Plus un vieil homme, moué.
    Le chauffeur s’arrêta.
    Une dame monta,
    En attendant que l’un
    Sa place assise… Aucun
    Par un temps hivernal,
    Plongés dans leur journal.
    Je n’en sais, ma foi, rien,
    Eh ! parbleu ! J’entends bien…
    Grippé jusqu’à la mort,
    Que l’âpre vent du Nord.
    Je ne vois pas pourquoi,
    Je me tenais donc coi,
    Comme bien vous pensez,
    Des regards courroucés.
    Un homme assez galant,
    C’est un peu violent.
    Tant d’inhumanité,
    Le soin de ma santé,
    Et je la lui cédai.
    De mon bon procédé…
    Tout en me bousculant,
    Comme « deux ronds de flan. »
    De n’être plus si sot,
    Eh bien, il fera chaud !
    La coupe de mes jours s’est brisée encor pleine ;
    Ma vie hors de mon sein s’enfuit à chaque haleine ;
    Ni baisers ni soupirs ne peuvent l’arrêter ;
    Et l’aile de la mort, sur l’airain qui me pleure,
    En sons entrecoupés frappe ma dernière heure ;
    Faut-il gémir ? faut-il chanter ?...
    Chantons, puisque mes doigts sont encor sur la lyre ;
    Chantons, puisque la mort, comme au cygne, m’inspire
    Aux bords d’un autre monde un cri mélodieux.
    C’est un présage heureux donné par mon génie,
    Si notre âme n’est rien qu’amour et qu’harmonie,
    Qu’un chant divin soit ses adieux !
    La lyre en se brisant jette un son plus sublime ;
    La lampe qui s’éteint tout à coup se ranime,
    Et d’un éclat plus pur brille avant d’expirer ;
    Le cygne voit le ciel à son heure dernière,
    L’homme seul, reportant ses regards en arrière,
    Compte ses jours pour les pleurer.
    Qu’est-ce donc que des jours pour valoir qu’on les pleure ?
    Un soleil, un soleil ; une heure, et puis une heure ;
    Celle qui vient ressemble à celle qui s’enfuit ;
    Ce qu’une nous apporte, une autre nous l’enlève :
    Travail, repos, douleur, et quelquefois un rêve,
    Voilà le jour, puis vient la nuit.
    Ah ! qu’il pleure, celui dont les mains acharnées
    S’attachant comme un lierre aux débris des années,
    Voit avec l’avenir s’écrouler son espoir !
    Pour moi, qui n’ai point pris racine sur la terre,
    Je m’en vais sans effort, comme l’herbe légère
    Qu’enlève le souffle du soir.
    Le poète est semblable aux oiseaux de passage
    Qui ne bâtissent point leurs nids sur le rivage,
    Qui ne se posent point sur les rameaux des bois ;
    Nonchalamment bercés sur le courant de l’onde,
    Ils passent en chantant loin des bords ; et le monde
    Ne connaît rien d’eux, que leur voix.
    Jamais aucune main sur la corde sonore
    Ne guida dans ses jeux ma main novice encore.
    L’homme n’enseigne pas ce qu’inspire le ciel ;
    Le ruisseau n’apprend pas à couler dans sa pente,
    L’aigle à fendre les airs d’une aile indépendante,
    L’abeille à composer son miel.
    L’airain retentissant dans sa haute demeure,
    Sous le marteau sacré tour à tour chante et pleure,
    Pour célébrer l’hymen, la naissance ou la mort ;
    J’étais comme ce bronze épuré par la flamme,
    Et chaque passion, en frappant sur mon âme,
    En tirait un sublime accord.
    Telle durant la nuit la harpe éolienne,
    Mêlant aux bruits des eaux sa plainte aérienne,
    Résonne d’elle-même au souffle des zéphyrs.
    Le voyageur s’arrête, étonné de l’entendre,
    Il écoute, il admire et ne saurait comprendre
    D’où partent ces divins soupirs.
    Ma harpe fut souvent de larmes arrosée,
    Mais les pleurs sont pour nous la céleste rosée ;
    Sous un ciel toujours pur le cœur ne mûrit pas :
    Dans la coupe écrasé le jus du pampre coule,
    Et le baume flétri sous le pied qui le foule
    Répand ses parfums sur nos pas.
    Dieu d’un souffle brûlant avait formé mon âme ;
    Tout ce qu’elle approchait s’embrasait de sa flamme :
    Don fatal ! et je meurs pour avoir trop aimé !
    Tout ce que j’ai touché s’est réduit en poussière :
    Ainsi le feu du ciel tombé sur la bruyère
    S’éteint quand tout est consumé.
    Mais le temps ? - Il n’est plus. - Mais la gloire ? - Eh ! qu’importe
    Cet écho d’un vain son, qu’un siècle à l’autre apporte ?
    Ce nom, brillant jouet de la postérité ?
    Vous qui de l’avenir lui promettez l’empire,
    Écoutez cet accord que va rendre ma lyre !...
    ...............................................
    Les vents déjà l’ont emporté !
    Ah ! donnez à la mort un espoir moins frivole.
    Eh quoi ! le souvenir de ce son qui s’envole
    Autour d’un vain tombeau retentirait toujours ?
    Ce souffle d’un mourant, quoi! c’est là de la gloire ?
    Mais vous qui promettez les temps à sa mémoire,
    Mortels, possédez-vous deux jours ?
    J’en atteste les dieux ! depuis que je respire,
    Mes lèvres n’ont jamais prononcé sans sourire
    Ce grand nom inventé par le délire humain ;
    Plus j’ai pressé ce mot, plus je l’ai trouvé vide,
    Et je l’ai rejeté, comme une écorce aride
    Que nos lèvres pressent en vain.
    Dans le stérile espoir d’une gloire incertaine,
    L’homme livre, en passant, au courant qui l’entraîne
    Un nom de jour en jour dans sa course affaibli ;
    De ce brillant débris le flot du temps se joue ;
    De siècle en siècle, il flotte, il avance, il échoue
    Dans les abîmes de l’oubli.
    Je jette un nom de plus à ces flots sans rivage ;
    Au gré des vents, du ciel, qu’il s’abîme ou surnage,
    En serai-je plus grand ? Pourquoi ? ce n’est qu’un nom.
    Le cygne qui s’envole aux voûtes éternelles,
    Amis ! s’informe-t-il si l’ombre de ses ailes
    Flotte encor sur un vil gazon ?
    Mais pourquoi chantais-tu ? - Demande à Philomèle
    Pourquoi, durant les nuits, sa douce voix se mêle
    Au doux bruit des ruisseaux sous l’ombrage roulant !
    Je chantais, mes amis, comme l’homme respire,
    Comme l’oiseau gémit, comme le vent soupire,
    Comme l’eau murmure en coulant.
    Aimer, prier, chanter, voilà toute ma vie.
    Mortels ! de tous ces biens qu’ici-bas l’homme envie,
    À l’heure des adieux je ne regrette rien ;
    Rien que l’ardent soupir qui vers le ciel s’élance,
    L’extase de la lyre, ou l’amoureux silence
    D’un cœur pressé contre le mien.
    Aux pieds de la beauté sentir frémir sa lyre,
    Voir d’accord en accord l’harmonieux délire
    Couler avec le son et passer dans son sein,
    Faire pleuvoir les pleurs de ces yeux qu’on adore,
    Comme au souffle des vents les larmes de l’aurore
    Tombent d’un calice trop plein ;
    Voir le regard plaintif de la vierge modeste
    Se tourner tristement vers la voûte céleste,
    Comme pour s’envoler avec le son qui fuit,
    Puis retombant sur vous plein d’une chaste flamme,
    Sous ses cils abaissés laisser briller son âme,
    Comme un feu tremblant dans la nuit ;
    Voir passer sur son front l’ombre de sa pensée,
    La parole manquer à sa bouche oppressée,
    Et de ce long silence entendre enfin sortir
    Ce mot qui retentit jusque dans le ciel même,
    Ce mot, le mot des dieux, et des hommes : ... Je t’aime !
    Voilà ce qui vaut un soupir.
    Un soupir ! un regret ! inutile parole !
    Sur l’aile de la mort, mon âme au ciel s’envole ;
    Je vais où leur instinct emporte nos désirs ;
    Je vais où le regard voit briller l’espérance ;
    Je vais où va le son qui de mon luth s’élance ;
    Où sont allés tous mes soupirs !
    Comme l’oiseau qui voit dans les ombres funèbres,
    La foi, cet oeil de l’âme, a percé mes ténèbres ;
    Son prophétique instinct m’a révélé mon sort.
    Aux champs de l’avenir combien de fois mon âme,
    S’élançant jusqu’au ciel sur des ailes de flamme,
    A-t-elle devancé la mort ?
    N’inscrivez point de nom sur ma demeure sombre.
    Du poids d’un monument ne chargez pas mon ombre :
    D’un peu de sable, hélas ! je ne suis point jaloux.
    Laissez-moi seulement à peine assez d’espace
    Pour que le malheureux qui sur ma tombe passe
    Puisse y poser ses deux genoux.
    Souvent dans le secret de l’ombre et du silence,
    Du gazon d’un cercueil la prière s’élance
    Et trouve l’espérance à côté de la mort.
    Le pied sur une tombe on tient moins à la terre ;
    L’horizon est plus vaste, et l’âme, plus légère,
    Monte au ciel avec moins d’effort.
    Brisez, livrez aux vents, aux ondes, à la flamme,
    Ce luth qui n’a qu’un son pour répondre à mon âme !
    Le luth des Séraphins va frémir sous mes doigts.
    Bientôt, vivant comme eux d’un immortel délire,
    Je vais guider, peut-être, aux accords de ma lyre,
    Des cieux suspendus à ma voix.
    Bientôt ! ... Mais de la mort la main lourde et muette
    Vient de toucher la corde : elle se brise, et jette
    Un son plaintif et sourd dans le vague des airs.
    Mon luth glacé se tait ... Amis, prenez le vôtre ;
    Et que mon âme encor passe d’un monde à l’autre
    Au bruit de vos sacrés concerts !
    Donnez-moi des pinceaux
    Donnez-moi des pinceaux,
    Des pinceaux !
    Le moi
    qui m’a troublé lorsque je sommeillais
    fiat lux
    Sur
    Et les ânes de la contrée,
    On n’aurait pu trouver l’entrée.
    bail
    Pour vingt-cinq écus l’an, dont : remettre une porte
    Se montrant du nez sa fenêtre ;
    C’est plutôt un Anglais… un Être.
    vivait en concubinage avec des Muses !
    Parisien
    ses Donzelles
    Ne s’affichaient pas trop
    Faisant, d’un à-peu-près d’artiste,
    Un philosophe d’à peu près,
    Râleur de soleil ou de frais,
    En dehors de l’humaine piste.
    Le flot qui descendait ;
    Ou l’Absente… Qui sait ?
    à blanc
    le Bibelot
    ’Autre
    fièvre de Toi ?
    Que tu voulais voir à mon front ;
    Une araignée a fait sa toile,
    Au même endroit — dans le plafond. »
    faire
    Berceuse pour naufrages
    Paul et Virginie
    Robinson avec Vendredi
    Belles nuits pour l’orgie à la tour !
    Les Folles-du-logis…
    Iñès de La Sierra
    — On frappe… oh ! c’est quelqu’un…
    Toi
    Toi !
    Toi ! — Ma girouette folle : Oh Toi !
    Comme mes volets en pantenne,
    Bat, tout affolé sous l’haleine
    Des plus bizarres courants d’air. »
    Ma sœur Anne, à la tour, voyez-vous pas venir ?
    Mon lit capitonné de satin de brouette ;
    Viens rire, s’ils t’ont fait pleurer… »
    Un cœur avec une chaumière
    Mais toi, tu t’écrias : « Assez
    De cette dogmatique abstraite !
    Oh ! de toujours lire, tu sais,
    J’en ai vraiment mal à la tête.
    Pourquoi donc attendre une aurore
    Voilà assez longtemps que nous sommes enfermés.
    Dehors, la nuit sanglote...
    Nous n’allons pas nous mettre à lire encore ! »
    Tu m’as dit :
    À l’Ictinus
    JÉSUS.
    Avril 1871.
    31 mars 1882.
    Certes
    À A. Préaul.
    La plaine est morne et ses chaumes et granges
    Et ses fermes dont les pignons sont vermoulus,
    La plaine est morne et lasse et ne se défend plus,
    La plaine est morne et morte — et la ville la mange.
    Formidables et criminels,
    Les bras des machines hyperboliques.
    Fauchant les blés évangéliques,
    Ont effrayé le vieux semeur mélancolique
    Dont le geste semblait d’accord avec le ciel.
    L’orde fumée et ses haillons de suie
    Ont traversé le vent et l’ont sali :
    Un soleil pauvre et avili
    S’est comme usé en de la pluie.
    Et maintenant, où s’étageaient les maisons claires
    Et les vergers et les arbres allumés d’or,
    On aperçoit, à l’infini, du sud au nord,
    La noire immensité des usines rectangulaires.
    Telle une bête énorme et taciturne
    Qui bourdonne derrière un mur,
    Le ronflement s’entend, rythmique et dur,
    Des chaudières et des meules nocturnes ;
    Le sol vibre, comme s’il fermentait
    Le travail bout comme un forfait,
    L’égout charrie une fange velue
    Vers la rivière qu’il pollue ;
    Un supplice d’arbres écorchés vifs
    Se tord, bras convulsifs,
    En façade, sur le bois proche ;
    L’ortie épuise aux cœurs sablons et oche
    Et les fumiers, toujours plus hauts, de résidus :
    Ciments huileux, platras pourris, moellons fendus,
    Au long de vieux fossés et de berges obscures
    Lèvent, le soir, leurs monuments de pourritures.
    Sous des hangars tonnants et lourds,
    Les nuits, les Jours,
    Sans air et sans sommeil,
    Des gens peinent loin du soleil :
    Morceaux de vie en l’énorme engrenage,
    Morceaux de chair fixée, ingénieusement,
    Pièce par pièce, étage par étage,
    De l’un à l’autre bout du vaste tournoiement.
    Leurs yeux, ils sont les yeux de la machine,
    Leurs dos se ploient sous elle et leurs échines,
    Leurs doigts volontaires, qui se compliquent
    De mille doigts précis et métalliques,
    S’usent si fort en leur effort,
    Sur la matière carnassière,
    Qu’ils y laissent, à tout moment,
    Des empreintes de rage et des gouttes de sang.
    Dites ! l’ancien labeur pacifique, dans l’Août
    Des seigles mûrs et des avoines rousses,
    Avec les bras au clair, le front debout
    Dans l’or des blés qui se retrousse
    Vers l’horizon torride où le silence bout.
    Dites ! le repos tiède et les midis élus,
    Tressant de l’ombre pour les siestes.
    Sous les branches, dont les vents prestes
    Rythment, avec lenteur, les grands gestes feuillus,
    Dites, la plaine entière ainsi qu’un jardin gras,
    Toute folle d’oiseaux éparpillés dans la lumière,
    Qui la chantent, avec leurs voix plénières,
    Si près du ciel qu’on ne les entend pas.
    Mais aujourd’hui, la plaine, elle est finie ;
    La plaine, est morne et ne se défend plus :
    Le flux des ruines et leurs reflux
    L’ont submergée, avec monotonie.
    On ne rencontre, au loin, qu’enclos rapiécés
    Et chemins noirs de houille et de scories
    Et squelettes de métairies
    Et trains coupant soudain des villages en deux.
    Les Madones ont tu leurs voix d’oracle
    Au coin du bois, parmi les arbres ;
    Et les vieux saints et leur socle de marbre
    Ont chu dans les fontaines à miracles.
    Et tout est là, comme des cercueils vides
    Et détraqués et dispersés par l’étendue,
    Et tout se plaint ainsi que les défunts perdus
    Qui sanglotent le soir dans la bruyère humide.
    Hélas ! la plaine, hélas ! elle est finie !
    Et ses clochers sont morts et ses moulins perclus.
    La plaine, hélas ! elle a toussé son agonie
    Dans les derniers hoquets d’un angelus.
    steam-boat, nul rail-way
    Tal-oché
    bois-forts
    notre grand mélèse
    taloa nakfé
    Et s’entêtent et s’effilent les voix,
    Horace et de Cinna
    La musique est une chose étrange !
    L’art ?… c’est l’art – et puis, voilà tout.
    Phidias ? David ? ou en Chopin
    Eschyle
    cent ― par cent
    piano
    pas moi
    Pas moi
    Églogue III
    Personnages
    À Louis Ménard.
    Tonnante,
    Comme en un brusque branle-bas,
    Mille mains rapides et frissonnantes
    Ornaient encor
    D’argent et d’or
    Près des remparts
    Où se massaient dans les allées
    Sous un hangar de verre et fer,
    Et le soleil, entrant par les vitraux,
    Faisait comme des bonds de lumière,
    Sur les drapeaux.
    Tous les navires
    Et, doucement,
    Leurs cordages vibraient au vent
    Comme des lyres.
    Et puis là-bas, plus loin encor,
    Avec la bière ardente et claire
    Comme auxiliaire,
    Or, à cette heure, en sa maison,
    Celui pour qui battaient à l’unisson
    Tant de cœurs doux, naïfs et rudes,
    Étudiait comme un secret,
    Quelle parole, il jetterait
    Comme à l’éparpillée,
    Dans l’air de flamme ;
    Quand tout à coup, de large en long,
    Balla le lourd et violent bourdon,
    De Notre-Dame.
    Dès ce moment,
    Vers leur tribun déconcerté,
    Se mirent à s’orienter
    Les foules éternelles.
    Du centre d’un marché,
    Où de grands arcs empanachés
    Partit un chœur de femmes,
    Au col puissant, aux larges seins,
    Et dont les mains
    Afin d’unir
    Les gestes clairs de l’avenir
    À la fête torrentielle.
    Envahissaient les longs trottoirs,
    Cédaient gaiement sous la poussée
    Jeune et franche des écoliers.
    De rue en rue.
    Et tout cela montait, montait,
    Sous cette marche énorme et continue ;
    Celui qui triomphait
    Attendait là, sur les terrasses,
    Mais aujourd’hui,
    Qu’ils chaviraient son âme.
    Tout le peuple debout,
    LES PETITS VIEUX
    En mon pays, au bord d’une route, deux saules tordus et rabougris se penchent l’un vers l’autre, comme s’ils se parlaient. On les appelle : « Les petits vieux. »
    Foulaient les cœurs, quand il rentrait de guerre,
    — Branches tortes, branches mortes —
    XI
    Et prédisant aux crimes d’à présent
    Petit-Jean
    Jean, cinquant ans de bon et fidèle service
    Company Balthasar
    À Jules Bailly.
    À M.-E. Morrier
    Ô plainte de la terre
    Frappant la nuit, frappant le jour,
    Frappant toujours
    Debout,
    Voici Persée.
    Pourtant,
    Pas un instant,
    Le lendemain au jour levant
    Il vit un aigle aborder l’île :
    Quand soudain tournoya
    Du fond de sa mémoire
    La chute et le trépas
    D’Icare.
    Alors,
    Son corps
    Lui parut lourd comme une charge :
    Sauts violents, essors légers,
    Des aquilons :
    Il avait honte, hélas ! d’être celui
    Qui ne réussit point à susciter en lui
    L’exploit rapide et nécessaire ;
    Pégase !
    Les ailes.
    Saisit Pégase.
    La terre.
    « Après que j’suis sorti d’l’auberge
    En sonnant l’Angelus, à c’soir,
    J’m’ai dit comme’ ça : Faut q’jaill’ la voir
    Au lieu d’y fair’ brûler un cierge !
    J’te dérang’ ! Sous l’herbe et la ronce
    T’es là ben tranquille à r’poser ;
    Bah ! tout seul, un brin, j’vas t’causer :
    T’as pu d’langu’, j’attends pas d’réponse.
    T’causer ? T’as des oreill’ de cend’e…
    Et t’étais sourde avant l’trépas.
    Mais, quéq’ ça fait q’tu m’entend’ pas…
    Si mon idée est q’tu m’entendes.
    J’pense à toi souvent, va, pauv’ grosse,
    Beaucoup le jour, surtout la nuit,
    Dans la noc’ comme dans l’ennui,
    Que j’boiv’ chopine ou creuse un’ fosse.
    J’me saoul’ pas pu depuis q’t’es morte
    Que quand t’étais du monde. Enfin,
    C’est pas tout ça ! moi, j’aim’ le vin,
    J’peux l’entonner puisque j’le porte.
    Fidèl’ ? là-d’sus faut laisser faire
    Le naturel ! on n’est pas d’bois...
    C’que c’est ! j’y pens’ pas quant e’ j’bois,
    Quant’ j’ai bu, c’est une aut’ affaire !…
    Si j’en trouve un’ qu’est pas trop vieille,
    Ma foi ! j’vas pas chercher d’témoins !
    Pourtant, l’âg’ yétant, j’pratiqu’ moins
    La créatur’ que la bouteille.
    Bah ! je l’sais, t’es pas pu jalouse
    Que cell’ qu’a pris ta succession.
    Es’ pas q’j’ai ton absolution ?
    Dis ? ma premièr’ défunte épouse ?
    Des services ? t’as ma promesse
    Que j’ten f’rai dir’ par mon bourgeois.
    Quoiq’ça, c’est inutil’ : chaqu’ fois,
    J’te r’command’ en servant sa messe.
    J’voudrais t’donner queq’chos’ qui t’aille :
    Qui qui t’plairait ? qu’est-c’que tu veux ?
    Un’ coiff’ ? mais, tu n’as pu d’cheveux.
    Un corset ? mais, tu n’as pu d’taille.
    Un’ rob’ ? t’es qu’un bout de squelette.
    Des mitain’ ? T’as des mains d’poussier.
    Des sabots garnis ? t’as pu d’pieds.
    Faut pas songer à la toilette !
    T’donner à manger ? bon ! ça rentre…
    Mais, pour tomber où ? dans quel sac ?
    Puisque tu n’as pu d’estomac,
    Pu d’gosier, pu d’boyaux, pu d’ventre !
    D’l’argent ? mais, dans ton coin d’cimetière
    Qué q’t’ach’t’rais donc ? Seigneur de Dieu !
    Allons ! tiens ! pour te dire adieu
    J’vas t’fair’ cadeau d’un’ bonn’ prière.
    Si ça t’fait pas d’bien, comm’ dit l’autre,
    Au moins, ben sûr, ça t’fra pas d’mal.
    Mais, tu m’coût’ pas cher… c’est égal !
    Tu la mérit’ long’ la pat’nôtre ! »
    4 février 1881.
    LE PÈLERIN.
    Le pèlerin surprit,
    Lapin vert
    La kermesse sautait, chantait, ruait de joie,
    29 mai 1882.
    Sont, ou plutôt étaient.
    Il
    farniente
    blot
    Jeannie au
    Ô pauvres femmes
    Pauvres âmes !
    PAUVRES AMES !
    DOUCEUR
    De la musique avant toute chose !
    (PAUL VERLAINE.)
    Angélus
    Qui nous avait levés dans le Mois-noir
    Et parqués comme des troupeaux
    Mois-plus-noir
    Des peaux de mouton et nos peaux !
    Sans un levain de désespoir !
    Comiques, fesant peur à voir !
    Fait pour perdre le goût du pain ?…
    Et… nous paissions à la fin !
    — Héros et bêtes à moitié ! —
    — On nous a laissé la pitié !
    À ces bienheureux uhlans soûls !
    Et pour rire !… comme des sous.
    Nous crevions devant l’horizon.
    Un cri nous montait : Trahison !
    — Nous : pas besoin… — Pourquoi trahis ?…
    Se mourir du mal-du-pays.
    Soupir qui sentait le remord
    Entre ses dents la mâle-mort !…
    — Celui-là ne comprenait pas —
    Avec un biniou sous son bras.
    De jouer mes airs ; laissez-moi. —
    Nous l’avons enterré — Pourquoi !…
    À ces vingt mille croupissants !…
    Tyrans forains impuissants !
    La Honte est fille… elle passa —
    Se taisent… — Trop vert pour vous, ça !
    Encore en France, n’est-ce pas ?…
    Sous les balcons marquant le pas ?
    Est loin pour vous faire songer ;
    — La honte ne sait plus ronger. —
    Armés en faux-turcs-espagnols
    Avec la troupe des Guignols.
    Le moral : excellent
    Parmi leurs sacs-de-nuit de cour…
    La vaillance est sœur de l’amour.
    À nous, brutes garde-moutons,
    Soldats, catholiques, Bretons…
    Ramas de vermine sans nom,
    Au canon, la chair à canon !…
    On nous fournit aux Prussiens ;
    Des Français aboyaient — Bons chiens !
    Abreuvés de banals dédains ;
    Cracher sur nos foyers éteints !
    . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
    De nos jeunes sangs appauvris,
    Nos os qui végétaient pourris,
    — Fumier tout seul rassemblé…
    L’ergot de mort est dans le blé.
    Mon
    XVI
    er avril 1835
    Lorsque
    « Il est vaincu, j’ai deviné ! »
    Mais c’était pour le dévorer.
    Nice, 1871.
    D’abord un dos voûté, c’est Menez Sant Mikaël
    Breiz-Izel
    Kador
    Roc’h an Haden
    Rôs-dû
    Vich-Hourel
    Ti-Bout
    Roc’h Véchek
    Roc’h ar Feunten
    Roc’h Trévézel
    chupen
    Roc’h Trédudon
    Le
    Puis il fut un grand roi.
    Une autre, une autre, une autre, une autre, ô cieux funèbres !
    Quelle
    Hélas
    Le soir descend. Une place de Jérusalem, sous la colline du Temple. Plusieurs jeunes hommes sont arrêtés devant une maison neuve, dont la façade est sculptée et peinte selon la mode récente. Sur une des parois, des groupes de danseuses s’enlacent au milieu d’un encadrement de lotus et de grenades ; sur l’autre, des poissons, des oiseaux, des gerbes de blé ; et au centre, une scène de banquet.
    La porte s’ouvre. Dorothéos, jeune Juif hellénisant, apparaît sur le seuil. Il est vêtu d’une tunique de soie teinte : sa tête est couronnée de lierre. Derrière lui, par l’entre-bâillement de la porte, ses amis aperçoivent dans l’ombre une courtisane étrangère.
    Schemouël-bèn-Mikah sort de l’ombre. Il est vieux ; ses regards luisent d’un éclat fiévreux. Il porte le costume des Hassidim, semblable à celui des anciens Nazirs : tunique de couleur foncée, ceinture de cuir fauve et manteau de poils noirs. Ses cheveux incultes pendent sur ses épaules.
    Schemouël, dédaignant le groupe des jeunes hommes, marche droit vers Dorothéos et le regarde fixement.
    Ils s’éloignent. Schemouël-bèn-Mikak tend les bras vers eux et crie d’une voix furieuse :
    S’adressant à Dorothéos.
    Pendant que Dorothéos parlait, Schemouël-bèn-Mikah a disparu. Tout à coup Dorothéos l’aperçoit à la clarté de la lune, sur la colline du Temple, et debout sur la porte principale. Le front couvert de son manteau, les bras tendus en avant, le Prophète jette à Jérusalem et à ses habitants une imprécation suprême.
    Au
    Un être idolâtré.
    Sera cendre demain ;
    Et tout est bien éteint.
    Parler d’éternité !
    Un cœur déjà brisé ?
    Se dressant entre nous.
    Le ciel te le rendra. »
    Qui vivait sur mon cœur !
    Que votre affreux espoir.
    Nous soulève enlacés,
    Il sait où s’assouvir.
    Je m’y lance, âme et corps.
    S’il se sent infini ?
    On se voit suspendu.
    M’échapper mon trésor,
    Pour ne rien espérer.
    Caveau, on connait la Lice chansonnière
    Fauvette du Temple, le Pinson du treizième arrondissement, le Rossignol de l'avenue de Choisy, la Pinsonnette du faubourg Saint-Martin, l'Alouette de Ménilmontant, le Merle du faubourg du Temple, le Bengali du boulevard Magenta, les Fauvettes du quatorzième. Le Palais-Royal, Plaisance, Reuilly, Neuilly, Gentilly, le plateau de Vanves, ont aussi leurs Fauvettes. Créteil a ses Gais pinsons
    Émeraude du boulevard de Strasbourg, le Saphir du boulevard de Sébastopol, la Topaze du boulevard Barbès, la Turquoise
    Pervenche du cinquième, Rose et bluet de la Villette, l'Iris de la rue Saint-Charles, la Violette de l'avenue de Clichy, le Chrysanthème de l'avenue de Montsouris, le Dahlia de la place du Danube, la Pâquerette de la rue Rochechouart, le Bluet de l'avenue du Maine, la Parisette de la galerie Montpensier, le Mimosa de la rue de la Tournelle, le Jasmin de Nogent, le Camélia blanc d'Alfortville, le Bluet d'Asnières, le Myosotis et la Marguerite du Perreux, le Muguet
    Cigale de la Bastille, certainement la bien nommée, et celle de Saint-Denis, et celle encore d'Alfort, la Libellule du boulevard de Sébastopol, la Mouche de Charonne, les Grillons parisiens qui gitent au quartier Vivienne et les Papillons bleus
    Lisette de Béranger qui rivalise sans doute avec la Lisette des Grésillons. Le Point d'orgue se fait entendre rue de Rome. L' Accord parfait règne rue Saint-Denis. La Clef d'Ut retentit à Saint-Maur et les Do-mi-sol-do résident, si je ne me trompe, à Vanves. Le Mirliton susurre ses chansons dans le quartier de l'Étoile, qui possède encore le Clair de lune. La Chaîne d'acier est une société lyrique qui n'a pu naître qu'au Marais. La rue Rochechouart a le Sourire et le quinzième arrondissement l'Éclat de rire. La Charmeuse a élu domicile boulevard Voltaire et la Risette est née à la fin de 1897 boulevard de Magenta. La Gavotte a été fondée assez récemment passage de l'Opéra et la Pomponnette rue du 4-Septembre. La Czarine
    Froufrou du boulevard de Sébastopol, la Lyre ou l' Étoile du Pont-Neuf, l'Idéal des Familles de Ménilmontant, le Pi-ouit de l'avenue de Villiers, la Muse du Bois de la rue des Francs-Bourgeois, les Gais Troubadours du boulevard de Clichy, la Rieuse d'Auteuil, la Vanille de la rue des Entrepreneurs sont des noms suggestifs qui mériteraient chacun d'être commentés. La rue des Trois-Bornes, la rue aux souvenirs druidiques, a vu se fonder une Société lyrique dont les membres s'appellent les Chevaliers du Gui. N'est-ce pas spirituel et charmant ? La Farandole a son siège place des Pyrénées. Les Tout Petits
    Gais Lurons, qui se réunissaient rue Jean-Jacques Rousseau, fut chantée pour la première fois la fameuse chanson de la colonne. A Montrouge s'assemblaient les Lapins. La Mère Goguette
    Joyeux Lapins existent... à la Garenne. Les Gais Lurons ont leur siège rue Ramey, et le Luron-Club se réunit rue Vieille-du-Temple. Et il n'est pas de quartier, pas de faubourg qui n'ait sa société similaire. Ce sont, à Belleville, les Sans-Souci parisiens ; rue du Four, les Amateurs de la gaieté ; rue d'Hauteville, les Amis de Rabelais ; rue de Palestro, les Rabelaisiens ; boulevard Beaumarchais, les Boute-en-train ; boulevard Barbès, les Amis du plaisir ; faubourg Saint-Martin, les Amis de la joie ; rue Truffault, les Chevaliers de la gaieté ; à Asnières, les Camaros ; à Ivry, les Enfants de Bacchus ; à Saint-Denis, les Gais enfants de La Plaine
    Rapport sur la Poésie française depuis 1830
    Becs-Salés. Ils donnèrent ainsi dans Paris le signal du réveil de la gaieté bruyante. Après les Becs-Salés, surgirent les Amis de la Gibelotte, puis les Beni-Bouffe dont les excursions aux environs firent époque. Bientôt apparurent les Mirlitons, les Gosiers-Secs
    Bigotphones date de 1885. Un an plus tard, quelques typographes de la rue Vieille-du-Temple fondaient la Société des Typo-Cartophones. Le boulevard de Strasbourg, qui avait déjà une Fanfare Volapück, eut bientôt ses bigotphonistes. Montmartre créa sa Fanfare excentrique. Belleville adjoignit à ses Sociétés amicales les Bigotphonistes Rigolos. Le onzième arrondissement eut ses Zingophonistes ; le faubourg Saint-Denis, la rue Boulle, les rues Julien-Lacroix et Michel-Lecomte l'imitèrent, et d'autres encore, si bien que l'on ne compte actuellement pas moins de trente Sociétés bigotphoniques dans Paris et sa banlieue. Alfort a la Bamboche, Stains les Altérés, Pantin la Gaudriole, Saint-Ouen les Rigolos de Cayenne
    GOETHE
    EUGÈNE DE ***
    ESTIENNE DE KNOBELSDORFF
    Don Juan, ch. x, st. 81.
    Bâtard
    demoiselle
    Poète. — Après ?… Il faut la chose
    voudrait que la rose,
    Dondé ! fût encore au rosier !
    La rose au rosier, Dondaine !
    La rose au rosier
    J’aimais
    bamboulas
    Évohé
    Voir les planches, et puis mourir
    Donc, la tramontane
    Monsieur Vautour
    Assez, n’est-ce pas ? va-t’en !
    La ligue des enfants de Dieu.
    fidèle et chaque Saint
    pieuse
    Catholique
    dévote, avec son Code athée
    vierge
    papesse
    Dieu le veut ! en avant
    C’est le fléau de Dieu
    très-chrétiens, Protecteurs catholiques
    Concordats
    Simoun
    . »
    Væ soli !
    [sic]
    L’éclair
    à la chienlit
    ça
    ça.
    Ça
    pantalon
    Oh ! ne le croyez pas !
    Le rocher tout en pleurs ;
    Allez, voyez, chantez !
    Tout est flamme ou parfum !
    Les arbres effarés !
    Sur son coude appuyé !
    Cet immense clavier !
    8 novembre 1831.
    Folle
    Ont déployé les voiles….
    Et ta grande infortune
    Ils
    Ils connurent Alcide,
    Le Héros
    Tes flammes, tes orages,
    Tu
    Sur des trésors assise,
    Parmi
    À notre France heureuse,
    La
    Comme une tache sombre,
    Français
    Et le vieux Capitole
    Mais
    Devant le roi du glaive,
    Quelle rive inconnue
    Elle
    Elle y gémit captive,
    Mais soudain le Héros
    Le démon des ravages
    Sous
    Devant l’aigle terrible
    Aux
    Et son chaste sourire,
    Le chaume héréditaire
    Et la beauté folâtre
    Incantation)
    Lamentable !
    Au poète Virgile Rossel.
    Par les orfraies.
    Le long des haies !
    Veuves d’étoiles !
    Comme des voiles.
    Qui se lamentent,
    Qui me tourmentent !
    Des maniaques !
    Démoniaques.
    Sur sa femelle !
    Sous ma semelle.
    Au cœur qui souffre !
    L’ignoble gouffre !
    Que je m’enroue.
    D’herbe et de boue
    Des maisons proches !
    Parmi des roches.
    Mes deux paupières !
    De grandes pierres !
    Par une ronce.
    Où je m’enfonce !
    Que j’ai pour canne
    Tant je ricane !
    Me le croasse !
    L’oiseau vorace ?
    La vase infecte !
    Je me délecte !
    Sois plus épaisse !
    Je me repaisse !…
    Charles Nodier
    Quand
    Sur son auto-lit-piano,
    Et lui dit : « Mon vieux Soprano,
    De chez les Angles et les Francs,
    Un œuf me coûtait mille francs.
    Sans entrer dans plus de détails,
    Et ce sera sur mon sérail.
    — Sire, dix-sept cents. — Es-tu sûr ?
    Dans le salon or et azur. »
    Comme un pauvre bétail tremblant,
    D’un œil stupide et somnolent.
    L’une ayant un brin de jasmin
    L’autre une rose dans la main.
    Pour dire toutes ces Vénus.
    Traduits par le docteur Mardrus.
    Mais, me direz-vous en passant :
    Car par malheur j’étais absent.
    Et par nationalité ;
    Les plus purs de l’humanité.
    D’autres Vénus aux reins étroits,
    Des pays chauds, des pays froids ;
    Et, sans faire un plus long discours,
    De quoi rendre aveugles des sourds.
    Devant ces minois éplorés,
    Par un froid de trente degrés.
    Qu’il arrêta, comme surpris,
    Parisiennes de Paris.
    Puis il dit aux autres houris
    « Je vous trouverai des maris.
    N’étant pas de ces surhumains…
    Je n’ai qu’une… tête et deux… mains. »
    Il prit un jour envie à Charlemagne
    le Magne
    Dix ans entiers, sur les rives du Xante,
    Le blond Sornit, Sire de Picardie,
    Adelinde
    Sornit le preux s’ennuyait cependant ;
    Sornit
    Adelinde,
    Vain Chevalier, les perdrai s’il le faut,
    Alinde en pleurs, un bras au ciel tendait,
    A la faveur de son coursier agile,
    Linde
    J’aurai ma Dame, ou j’y perdrai la vie.
    Le cœur humain est né pour la faiblesse,
    Dans le château quand Linde fut entrée,
    Oh ! qu’il est doux, dans le feu du bel âge,
    Linde pleuroit dans les bras du vilain.
    Tel autrefois Saint-Jean le songe-creux,
    « Adieu la belle ; adieu, dit l’homme à froc,
    Après avoir, dans sa course rapide,
    « Quelle est, hélas ! quelle est ma destinée !
    Alinde alors poussa de longs sanglots,
    Dans une tour, notre amant enfermé,
    Alinde
    Comme il parlait, le tendre Chevalier
    The sky is changed !
    BYRON
    Oh ! quelle accablante chaleur !
    Les cris aigus de l’hirondelle
    Le ciel va s’entr’ouvrir.
    C’est on priant pour ce que j’aime
    Que j’attendrai le jour.
    N’entends-tu pas la voix de mon vieux père ?
    Ne vois-tu pas une faible lumière?
    De ce côté, Dieu ! s’il allait venir !
    Pour une faute, Olivier, que d’alarmes !
    Puis tu viendras embrasser ses genoux
    Quand je l’aurai désarmé par mes larmes.
    Laisse-moi retrouver mon cœur !
    Séparons-nous, je suis trop attendrie.
    Il sera plus calme demain.
    Cachez-le bien,
    On nous guette peut-être ;
    Cachez-le bien :
    J’ai peur que le soleil,
    Quand midi luit à ma fenêtre,
    Ne me le prenne.
    Cachez-le bien,
    Non pas ici, mais dans la huche,
    Non pas ici, mais bien là-bas,
    Sous les plâtras
    Et sous les bûches,
    On ne sait pas, — on ne sait pas,
    Par quel chemin quelqu’un viendra.
    Qu’importe !
    N’ouvrez jamais à deux battants
    La porte.
    Ne bougez pas, ne bougez pas,
    J’entends un bruit intermittent,
    J’entends un pas,
    Un pas, là-bas.
    L’entendez-vous, l’entendez-vous,
    On fait glisser, comme une quille
    Dans ses crampons, le vieux verrou.
    Jamais je ne serai tranquille.
    Mais qui donc entendrait mieux
    Ah ! si mon or était mes os !
    Au long des plaines de la terre,
    Ses tumultes et ses remous
    Avec les mailles de leurs bruits
    Avec leur hâte et leur ruée
    Vers les conquêtes graduées.
    Dans l’or.
    Diverses Relations des cérémonies du sacre de Charles X.
    Drapeau blanc du 31 mai 1825.
    VI
    autre
    C’était
    Esprit
    Langage des Dieux
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    « Ils menacent la France.
    Emportent leurs bannières,
    Voir l’aigle tricolore,
    Détourne le tonnerre
    Dès que brillaient des armes,
    Vous venez, dans sa trace,
    Si, vendant les victimes,
    Craignait la foi punique,
    Sous son ombre mortelle
    Demandez quel génie
    Couvrit de son égide
    Aiguisa pour ton père,
    « Sur leur chute commune,
    Qu’elle perde ses crimes,
    Et de vos champs fertiles
    Qu’un bulletin fidèle
    Ont fait pâlir nos mères !
    Nos aigles triomphantes,
    Annoncer notre armée ;
    Il s’avance et protège
    Rencontra la Russie
    Et, l’attitude altière,
    Et le jour sur leurs têtes
    Il rend peuple et couronne,
    D’Austerlitz tout entière
    Gloire, gloire à la France
    Condé, Villars, Turenne,
    Il s’empare du monde,
    mordicus
    Ceux qui ne sont pas revenus !
    De leur foyer et de leur cœur !
    Derrière
    Jardin
    Hibernas juvat exercere palestras
    À
    Bibis
    Il est, dans les instans que Dieu lui fit, un âge
    Et comme au cœur blessé le baume est l’espérance,
    Elle lui vient enfin. Alors il est une heure
    Et soit pendant un jour vierge de tous nuages ;
    ***
    Et moi, j’ai de ce genre une scène à vous dire.
    Jule atteint l’âge fort ; notre dernier printemps
    Et souvent dans son cœur roulait pareil souci.
    De son siège, à ces mots, lentement il se lève.
    Va rêver, pauvre enfant ; les rêves, c’est la gloire.
    Mais tu montes ; j’accours et te suis où tu vas.
    Voyez le lieu modeste où l’artiste repose :
    Que prompt autour de vous votre regard se jette.
    Mais du repos des nuits cette longue douleur
    Il repose.
    Mais ? le Ciel aurait-il, sensible à sa prière,
    Qui le mène et comment ? Pourquoi ? Que va-t-il faire ?
    Éternel aliment des nobles rêveries,
    Regardez-le plutôt nu, debout, immobile,
    Les heures se pressaient dans leur marche rapide ;
    Il ne se passa rien qui puisse vous surprendre.
    Heureux, heureux jeune homme ! oh ! les voilà finies
    Oh ! quand viendra pour moi cette nuit désirée ?…
    Midsummer-night’s dream, acte V, scène II.
    Cœur Révélateur, et la Maison Usher
    Ligeia, Bérénice
    Hélène, Morella
    Le Corbeau, le Portrait ovale, Bérénice,
    Démon de la Perversité
    Des
    Levez
    Je plonge et nage en plein azur.
    Les sourires changeants du jour.
    Lance en fuyant ses flèches d’or.
    Ou je les soulève à demi.
    S’assied comme un pilote ailé.
    La foudre et ses hydres de feu.
    L’épi qui nourrit les humains.
    Caché dans la source ou la fleur.
    Ou s’engouffre à travers les monts.
    Qu’un bras invisible a lancé.
    Devant leur accueil éperdu.
    Nos fureurs et nos jeux sans fin.
    J’ai repris le chemin des airs !
    Que dissoudre et recomposer.
    Agitant l’immense univers.
    À mon cher cousin et ami Auguste Baudrit.
    NOTRE-DAME AU MANTEAU FROID
    De son côté.
    Elle poivra si bien les choses,
    Trois Pucelles
    Château d’Or
    Jusqu’à l’Hôtel de la Guirlande
    Pré de l’Arbalète
    gwin-ardent
    Nulla autem effigies
    Mentes habitare et pectora gaudet
    Jehova
    ma iné
    alourdis
    do sont des la
    Air : Mire dans mes yeux tes yeux.
    divans
    Ville
    Quel nuage a couvert de son ombre fatale
    ____
    S. CH. L.
    LES VAINCUS
    LES VILLES
    LES NATIONS
    Felix est qui fugit urbes
    Fuge, et beaberis
    Fuge, tace, et quiesce
    Carnis remoram compesce
    In monte salvaberis
    O beata solitudo
    O sola beatitudo
    Piis secessicolis
    Quàm beati candidati
    Qui ad te volant alati
    Porro a mundicolis
    librement
    agit
    agir
    Nid-d’Aigle
    bas-fonds
    Elevons nos regards
    Dogme Catholique
    Vœ mundo
    Khons
    Quand
    Belle-Honorine
    Méduse
    Dans
    Ton œuvre est close : je suis né ! »
    Dans l’ivresse de son labeur ?
    Qu’aurait tendu mon long effort ?
    Pour n’aboutir qu’à ton néant.
    M’élancer par mille chemins,
    La matière éparse en mon sein ?
    L’astre se mit à graviter.
    Je le poursuis sans le saisir ;
    Je le prendrai des mains du Temps.
    Pour ce suprême enfantement ?
    Pour le plaisir d’anéantir.
    D’un seul enfant qui n’est pas né.
    Ouvrir éperdument les bras ?
    N’attend que Lui pour éclater.
    Me découvrir c’est me livrer.
    Vont épancher leur flot sacré.
    Un être libre et souverain.
    Sortiez en foule de mon sein ?
    De vos limons accumulés.
    Du chef-d’œuvre que j’ai rêvé,
    Que de l’argile à repétrir.
    Les défricheurs.
    Le poète.
    La nature.
    Fluctuat nec mergitur
    Talma ! Pleurez Talma
    Talma
    dit-on,
    Au
    Veillons au salut de l’Empire
    le Tigre et le Thésée
    Vive la République
    qui vive
    CHAPITRE IV
    EXPLICATIONS : LE CŒUR, LE MONDE ET L’ARGENT
    HERBAUT
    CHAPITRE II
    FORTUNE SUBITE — UN BAL — JOIE ET DOULEUR
    ABLACHE
    AGLIONI
    MARQUIS
    LLE PENSAIT
    LLE DISAIT
    LA PASTOURELLE
    CHAPITRE PREMIER
    PORTRAITS
    UNE AMIE — UN AMANT — UN ONCLE — ET DEUX RIVALES
    MILLE ET UNE NUIT
    RENÉ
    ÉTRANGER
    PAPA
    CARLISTE
    JUSTE-MILIEU
    DEUX ANGES
    DIEU
    l’illogisme aussi, et le blé, et les roses.
    TOUT LE CIEL
    UN ESPRIT
    poète
    Le Monde est comme un arbre, et dont les
    chose
    LES PROCESSIONS DES CAMPAGNES
    âmes
    CHŒUR DE VIERGES
    UN ANGE
    UN AUTRE ANGE
    dans ma plaie qui en a bougé.
    Et la lampe baissait... baissait...
    et de quoi manger.
    douces.
    DES ANGES
    Chantons ! L’âme du poète descend sur la Terre.
    LA PIERRE
    LE RUISSEAU
    LA FOUGÈRE
    LES JONCS
    LES RONCES
    LA MAISON ABANDONNÉE
    UN BATEAU
    UNE MAIS0N DE PÊCHEUR
    LES NOYÉS
    LA TERRE
    harmonieux.
    et bénie...
    LA MER À LA TERRE
    ENSEMBLE
    M’emplit et Je
    À Leconte de Lisle.
    La malédiction jalouse d’Iahvé.
    Leur front est sans pensée. Et ce sont les bourreaux.
    Sous la voûte, sur les paliers,
    Un courant d’air vaste circule,
    Et douce est la fraîcheur où vous marchez,
    Comme vous reposez les yeux,
    Ô blancheur sombre des musées !
    Ô génie, ô lent créateur,
    Et sur la pierre, à la hauteur
    L’œil croit voir voltiger encore
    Les mains illustres du sculpteur
    Alors notre cœur se rappelle
    Et vous qui soupez chez les dieux,
    Le long des lignes, sous la voûte
    De vos temples mélodieux.
    Et font, sur les lèvres hautaines
    Berce-nous de tes bons murmures,
    Comme une abeille d’or,
    Pour la jeter en Prairial,
    Grisée
    Où, visiteur royal,
    À Madame William Pitt-Byrne.
    Monceau, Ier juin 1845.
    Par
    Aux atroces baisers du ver,
    C’était par une nuit d’hiver :
    Ses pauvres organes défunts,
    On versa d’onctueux parfums,
    Et quand il en fut tout rempli,
    Sans que la peau fit un seul pli.
    Avait mis l’azur de ses ciels
    Par des yeux bleus artificiels.
    Parvint à la pétrifier ;
    « Ça ne peut se putréfier !
    « Par les reptiles du tombeau,
    « Ait perdu le moindre lambeau ! »
    Avec l'essence du carmin,
    Son cou svelte et sa frêle main.
    Pleine de stupeur et d’effroi ;
    À son pauvre petit pied froid.
    Je dénouai ses longs cheveux,
    Au délire atroce et nerveux.
    Pesantes comme un plomb fatal,
    Dans une bière de cristal.
    Et sur les ors et les velours
    Planaient chauds, énervants et lourds.
    Et ressuscitant sa beauté,
    Dans les bras de la volupté.
    De marbre noir et d’or massif,
    Au-dessous d’un crâne pensif,
    Narguant la putréfaction,
    Devant ma stupéfaction.
    Jules-L. SUPERVIELLE.
    Valmiki
              Ce n’est plus Talma
    Divine hirondelle ?
    O pâle Procné.
    Et jamais le même !
    Les lèvres d’Atthis ?
    Sous l’ombre des roses… »
    Éranna.
    L’Étrangère.
    Vierge, que cherches-tu parmi nous ?
    Damophyla.
    Atthis.
    Gorgô.
    Dika.
    Des gestes et des pas.
    Gurinnô.
    L’étrangère.
    Quelle angoisse l’étreint ? Un songe de Poète ?
    Psappha.
    De mon vain appel.
    Parmi les tourments.
    Chœur.
    Psappha, sans entendre, noyée dans son rêve.
    À travers un songe.
    Tu m’as répondu, toi, dont la cruauté
    « Pourquoi sangloter mon nom ? Quelle Beauté,
    Psappha, te résiste ?
    « Moi, fille de Zeus, je frapperai l’orgueil
    De celle qui fuit ton baiser, ô Poète !
    Tu verras errer vainement sur ton seuil
    Son ombre inquiète. »
    Ma prompte Alliée.
    L’essor des phalènes.
    De mes bras vaincus.
    Elle sort lentement.
    Atthis, écoutant.
    Et je vois son cadavre emporté par la mer…
    conscience
    réflexion
    À la foire voisine.
    Acheter le griffon.
    poulain
    Essayons. —
    souffrir ou mourir
    Paris, 26 mars 1849.
    Or
    de Thièvre
    tantes
    bon sens ?
    in petto
    Disséminant la guerre
    Claquent
    Partout les plaques
    Des ponts d’airain
    Et de pierres dans le soleil,
    Passent par des chemins vermeils,
    En fols galops de poussière et d’acier,
    Des lignes
    Régulières de cavaliers ;
    Son cœur fougueux, son cœur profond,
    Se précipite et s’accumule ;
    Les mêmes pas autoritaires
    Tandis qu’au Nord on les écoute
    L’immensité des routes.
    Les obliques et rayonnants buissons
    De leurs canons,
    Immensément,
    De l’un à l’autre bout de l’Océan.
    À l’Est, à l’Ouest, au Sud, au Nord,
    Á chaque instant,
    L’angoisse emplit les cœurs battants,
    Du creux des mers jusqu’aux étoiles.
    Psaphon. (à part.)
    C’est
    Gilbert. (à part.)
    C’est ce monstre !
    C’est ce monstre ! Qu’entens-je !
    Psaphon.
    Gilbert.
    Vous êtes philosophe.
    Cessez de critiquer…
    in-octavo
    Mais par-tout affligée & par-tout méconnue,
    Mais de quels attentats, nés d’infâmes amours,
    Tels furent mes discours ; mais lorsque mon courage
    Suis-je donc si méchant, si coupable ?
    Politiques
    De votre honte enfin, vos cris viennent m’instruire.
    Ne me prêchez donc plus.
    Vous n’aurez point d’amis.
    Point de prôneurs.
    Quels seront vos appuis ?
    Fin
    Shakspeare !
    Shakspeare !
    êtes
    Shakspeare
    Molière !
    Molière !
    Molière
    S’adressant à Shakspeare :
    Au public :
    Idéal, c’est l’Art
    Art
    Molière sourit, dans la gloire, à Shakspeare !
    Shakspeare ! His noble name hovers above the two Worlds
    In every man’s mind it lives, it speaks, — it exists
    Better than in the days when, — with his head full of profound things,
    The tragic comedian called Hamlet info life.
    He typifies a country, the North, the strong race,
    He brings his heart, the universal heart ;
    And, as a divine creator, this Master, — force and grace itself, —
    Makes England illustrious and glorious under the heavens.
    He lived. — He knew all the cares of a man’s life ;
    “Of woman born”, he suffered from hatred and from love ;
    He knew poverty, and, like Plautus at Rome,
    From an artisan he made himself a sovereign of souls.
    He thought. — His head, like a stupendous camera obscura
    Reflected the whole Universe in full, — body, soul and mind !
    Thus gifted by nature, he added History unto himself :
    In Plutarch’s page the ancient World conversed with him.
    He sang. — The inmost recesses of the soul he brings to light,
    The dream of life, all earthly goods, all earthly evils,
    Love, affection, horror, joy, madness, crime,
    All, — all !… — a storm, — an ocean of words !
    It is the Ocean ! You see in him those terrible tides
    Which seem the onset of a nightly deluge ;
    Screams, sobs, the hurried flights of despairing souls…
    It overflows !… Behold, its wave flows back and retires.
    so many tempests !…
    О dreams, more real still than beings of flesh,
    You also, Desdemona, Ophelia, — you are
    You, pale sisters of the « airy »
    And you, Romeo, Falstaff, you all are Shakspeare
    And, with words only, — those words which he called vain,
    He has created this people, — a people that breathes,
    A strange and powerful choir of divine dreams.
    Three centuries ago he lived : to England,
    Since then, this gentle conqueror has given a world,
    And never shall the praise of Nations
    Proclaim a nobler and more glorious Poet !…
    Molière !
    Molière ! From the old World to the new his great name flies ;
    While thoroughly french, he is a greek, both by his race and destiny.
    Whoever can read has read thee, о Master !... But, being ours,
    Thou knowest what thy sons can say of thee.
    To laugh and moralise was to thee the same thing ;
    In Lucretius’page the ancient World conversed with thee ; Alceste was thyself, о morose satirist, О jester, who, under thy mask, didst weep like
    With eye fixed on truth, thou didst go through life, Surrounded with lies and vulgarity, —
    Poor plaintive fool, by Envy harassed,
    О King ! in spite of Kings insulted in thy grave !
    Thou didst meet death with face erect, like a Roman soldier,
    Mocking thy sufferings by a superhuman effort. —
    … They are vanquished, all those at whom thou didst laugh, о genius !
    And thy laughter, after thee, triumphs over Death !
    What thou wast ever thy end reveals :
    Thy heart bled under thy merry garment,
    But, о indomitable heart, each new grief
    Increased thy spirited mirth and the fire of thy eyes.
    And both thy real griefs and undefined cares,
    Thy despair in love, thy screams, thou didst repress them !…
    Thus does the Latin Sea impose on its beautiful waves
    Tideless rhythms between its Latin shores.
    It teaches Love, Grace, Light
    Homer and Phidias received its lessons…
    Order, Calm, Clearness, — such is thy work, о Molière
    The image of a whole Race and a whole Art !
    In their melodious bark
    and all, — thy glorious fools, —
    Pass, playing again before us the comedy of life
    On waves — like thee, smiling and deep.
    О thou, our immortal honour, all the Earth,
    О peerless Poet, hails thee in this day !
    To Shakspeare :
    Thou, Shakspeare, England’s immortal pride,
    Molière hails thee ! And France with him !
    To the audience :
    Under the protection of these names, our highest glories,
    We hail you, our Spectators, our Hosts,
    Englishmen ! Once before, — ten years ago, — when a dark wind
    Was blowing, covering despairing France with grief, —
    Wandering, desolate children of wounded France,
    We went spreading abroad our Country’s soul,
    And you applauded, with your voices and your hearts,
    Unconquerable genius, and victorious Molière
    О land of Shakspeare ! о hospitable land !
    We, the comedians and the sons of Molière
    We had promised thee to come back once more.
    Well ! we are here all together again,
    But prouder, happier, on this English shore
    Which wellcomed us in bad times.
    And we say : Hail to thee, free country, old soil,
    To exiles kind, — thou, nest, whence, every day,
    An idea takes its flight, moving its genial wings
    To follow thy ships over the waters of two Worlds !
    Hail to thee, isolated world, that fillest the Universe
    With a noise of labour, like the noise of the Sea !
    — In Art and in joy, to England hail !…
    Above all the kingdoms of the Earth,
    Above our Flags, extends one only Azure,
    One only Ether, one only ever pure Space,
    And this blue sky, which expands without frontiers,
    Is Ideal Art, — light, azure and gay, —
    Art, the common land of freed minds,
    Where Love speaks best in sacred rhythms,
    Where the greatest are those whom Justice inspires,
    Where Molière smiles — in glory — to Shakspeare !
    On
    On
    D'autres
    Le
    Je
    Le vieux moulin qui tombe et meurt.
    Émile VERHAEREN, né à St-Amand (Belgique),le 21 mai 1855.
    1883. Les Flamandes
    Les Contes de Minuit.
    Les Moines.
    Les Soirs. — Bruxelles, chez Ed. Deman.
    Éternité
    Au Révérend Père L.-M. Lejeune
    « De ce lointain Paris,
    Quelque bijou de prix ».
    Bien loin des Esquimaux,
    Lui disent d’exquis mots.
    Mais sachez, mes amis,
    Du bijou tant promis.
    Il trouva tout trop cher ;
    Qui reflétait sa chair.
    Nanouk en suffoqua ;
    Dit, un jour : « Eurêka ! »
    L’Esquimaude rêvait
    Non loin de son chevet.
    Car il a rapporté
    C’est même une beauté !
    Qui se mire à son tour,
    Aussi vaste qu’un four.
    Puis, cachant le miroir :
    Elle est trop laide à voir ! ».
    Huit
    Québec, mai 1860.

    Mort en héros
    Vox clamantis in deserto
    Mécanique
    céleste de Laplace.
    Il demeura
    Comme aux écoutes,
    Le lendemain avant le soir,
    De raisins noirs,
    « Pourquoi l’avoir choisi,
    Lui, Michel-Ange, un statuaire ;
    Et le forcer à peindre en du plâtre durci
    Une sainte légende au haut d’un sanctuaire ?
    Mais plus son cœur souffrait,
    L’œuvre sombre et flamboyante
    Avec la force en son cerveau.
    Et verrouilla, d’une main forte,
    La porte.
    Déjà,
    Sept prophètes et cinq sibylles
    Cherchaient à pénétrer de vieux livres obscurs
    Dont le texte immobile
    Arrêtait devant eux, le mobile futur.
    Et sans erreurs, et sans ratures,
    Et jour à jour, et sans repos,
    Bientôt
    Ce fut par un jour frais d’automne,
    Que l’on apprit enfin
    Et que l’œuvre était bonne.
    Et le soupçon mal refréné
    Se remirent à déchaîner
    Si
    Sans-Souci
    Sans-Souci !
    Il vous faut
    Alors,
    Comme des tentes pour les blés
    Les grandes meules fraternelles
    Se rassemblent l’hiver sur les champs isolés
    Et l’autan noir rôde autour d’elles.
    Les habiles piqueurs du bourg
    Les ont, sous la rude pesée
    Dûment, sur le sol dur, tassées.
    Les grains sont tournés au dedans,
    Mais au dehors pointent les pailles
    Comme des lances en bataille.
    Chaque meule est dard et couteau
    Contre ce qui tord, use ou casse,
    Et les grands vents trouant l’espace.
    Mais dès que cessent les temps froids
    Et qu’une écume de verdure
    Mousse à la cime innombrable des bois,
    Toutes les meules à la fois
    S’illuminent sur la plaine moins dure.
    L’aile du vent bat du Midi,
    Tout chant d’oiseau semble un présage.
    L’alouette bondit et rebondit
    En un vol saccadé vers les plus hauts nuages.
    Les vieilles gens quittent leur seuil.
    Oh ! cette heure où les meules
    Lasses enfin d’être seules
    Font bel accueil
    À ceux que l’hiver grisâtre
    A fiancés au coin de l’âtre
    Longeant les clos jusqu’à la plaine,
    Et courte et brusque est leur haleine.
    Soient encore loin des grandes meules
    S’ils étaient seuls sur les éteules.
    Qu’on dirait deux gerbes de paille
    Autour des cornes des aumailles.
    Leurs corps l’un de l’autre s’enivrent,
    Mord, s’affole, et se délivre.
    De leurs deux spasmes réunis
    De meule en meule au crépuscule.
    Vers les granges où l’on travaille :
    Anas
    le Mondain.
    Climène
    Corilas entretenant Ismène,
    Aminta
    la Chartreuse
    Édouard
    indignité
    Le même.
    Soir
    Serrant le bois sonore au creux de son épaule,
    Un joueur de rebec
    S’est lentement assis et joue au pied d’un saule.
    Il chante pour lui seul, et ne voit pas
    Sous les arbres, au long des routes ;
    Et qu’on se glisse derrière les troncs
    De jeunes filles qui l’écoutent.
    Il sait rythmer en ses chansons
    Toute la ronde des saisons,
    Mais aujourd’hui, seul lui importe
    De célébrer les humbles clos
    Avec leur vie et leurs travaux
    Et leur repos
    Il a chanté d’abord
    L’aube aux mains d’or
    Et qui s’en vient, pour réveiller
    Les fronts pesants sur l’oreiller,
    Il a chanté encor
    Le bûcheron alerte et fort
    En plein soleil,
    La hache.
    Il a chanté d’un gosier ferme et plein
    Il a chanté, et maintenant il chante
    Sortent de l’ombre et se hasardent
    Et se glissent et s’approchent, et tout à coup,
    Avec des yeux fixes et doux,
    L’environnent et le regardent.
    LE MÉNÉTRIER
    châtiments
    Celui-ci
    La gloire du matin monte dans les cieux calmes
    Et ferme, en souriant, les ailes du sommeil
    Et le jour triomphant pose son pied vermeil
    Sur les nuages blancs couchés comme des palmes.
    La fierté du marin.
    En maître souverain !
    Obstruez le tillac,
    Vous étendre au hamac.
    Tant d’espace en un jour ;
    Qui frissonne d’amour.
    Voyageons bravement,
    Jamais ne se dément.
    Nous hantons les réseaux ;
    Balancent les oiseaux.
    A peine son sillon,
    Son joyeux pavillon.
    Qu’il reverra souvent,
    Comme l’onde et le vent !
    Des mères et des sœurs,
    Ont aussi leurs douceurs !
    L’immobile maison,
    De face et d’horizon !
    Sur un mince vaisseau !
    Comme on passe un ruisseau !
    Des continents entiers ;
    Penche ses cocotiers ;
    A cent peuples divers,
    Feuilleter l’univers !
    Nous échangeons le vœu.
    « Et n’adorez qu’un Dieu ! »
    Qu’allume un ciel serein.
    En maître souverain !
    Or
    Uheldéda

    Amphitryon
    Alceste là-dessus :
    Étourdi
    Mais moi, l’interrompant :
    Du bon Ronsard !
    Libres de nœuds !
    D’un feu rosé.
    Voler en l’air !
    Du blanc peplum,
    À Saint-Ybars !
    D’alexandrins !
    De ton beau corps,
    Mieux que Duprez !
    De Gavarni !
    Jonchés de fleurs !
    Le pantalon !
    Des débardeurs !
    De Brididi,
    La redowa,
    À Pilodo !
    Chanter les flots !
    Jusqu’en enfer !
    De Mogador !
    De marabouts !
    Rose Pompon !
    Par Delacroix !
    D’argent et d’or,
    Une forêt.
    Oriental !
    Pays du vin !
    Boire le spleen !
    Les fleurs des eaux !
    Sa triste erreur !
    « Des mots ! des mots ! »
    Des gais rimeurs !
    De Crébillon !
    Mousse ébloui !
    Nos vins sanglants !
    Le sang d’un Dieu !
    Pères des chants !
    Par les baisers !
    Tous les esprits !
    Moule un beau sein ;
    Extravagants ;
    De Pétersbourg ;
    D’Amaryllis ;
    Sur leurs bas blancs !
    Dans ses flots bleus,
    De cent palais,
    Le narghilé,
    Son front serein,
    Ces bras d’acier,
    De rose en fleur,
    Eussent chantés !
    Janvier 1846.
    Les Monastères,
    Du fond des bois, du bout des monts
    Illuminer la terre,
    Ils dardaient de très haut
    Rome pensait pour tous ;
    Mais eux songeaient pour Rome.
    Pendant mille ans,
    L’ardeur humaine ;
    La raison rude ;
    Par habitude ;
    Comme une bête,
    Humain, sa tête.
    Bien qu’il ne vît autour de lui
    Et des gestes armés de crosses
    Jusqu’au delà de son tombeau,
    Rien n’empêcha Martin Luther
    Devant l’aube du matin clair
    De penser par lui-même.
    Près de son cœur, sa conscience.
    De textuelle obédience,
    Où chaque homme, selon son âme,
    Et sous le ciel ardent de flammes
    Neige ou grêle.
    Des tempêtes :
    Bien fantasque,
    Dans l’entr’acte.
    De Cassandre.
    De leurs baies.
    Des narcisses.
    Sont tout roses.
    L’ouverture.
    De l’orchestre.
    Bicolores.
    Bande éparse.
    Sur la rampe.
    Son entrée.
    Dans sa cave.
    Qu’on enterre.
    Requiescat in pace
    Turlurette !
    De la pièce.
    Et l’adore.
    RENCONTRE
    LA VACHE
    CHANSONS DU SOIR
    LE FEU D’EPAVES
    A LONGFELLOW
    LE TRAVAIL
    Et lui ?
    tien, ni le mien, mais le nôtre
    Cousin, cousine
    un brin
    un peu, j’allais répondre : Oui

    — Sans doute.   En attendant, les bans sont publiés.
    Que leur souffle âpre et chaud s’empreint sur leurs armures ;
    Car j’ai soif.
    Car j’ai soif.— Fils, merci, dit Olivier.
    Dit Roland, hâte-toi. »
    Baisse vers l’horizon. La nuit vient.
    De repos.
    Couchez-vous, et dor
    Puis ont recommencé.
    Acceptez-le.
    S’arrête, et dit
    Épouse-
    Velut prati
    Ultimi flos prœtereunte postquam
    Tactus aratro est
    À P. M.
    À Mounet-Sully
    la Liberté
    La France
    le Temps... le Moniteur
    Pays et que deux Estafette
    la Presse ou la Patrie
    illustrés
    Débats
    Juillet 1869.
    honnesteté
    La
    Ne les arracheront.
    Ont souri sans pitié !
    Tiens-nous bien embrassés.
    Se sont ouverts pour nous.
    Nous avait délaissés.
    Nous errions en pleurant.
    Nous obscurcit vos cieux. »
    Ne sont plus un bienfait.
    À Paris, 11 novembre 1854.
    XII
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    XXVI
    XXVII
    XXVIII
    XXIX
    On lui reprochait tout
    Depuis longtemps, mais à l’écart, dans l’ombre
    De susciter d’illusoires complots,
    Et d’autres fois
    C’était sa voix,
    Très haut.
    Jusqu’aux tonnerres du danger.
    Un jour pourtant
    Les colères enfin démuselées
    De l’Assemblée.
    Cet inconnu longtemps muet
    Dont la parole étrangement nouvelle
    Il répondit par le rire qui raille,
    Pour ajourner le sort de la bataille
    Au lendemain.
    L’empire !
    Depuis bientôt vingt ans,
    Il le menait comme un navire
    Et les voiles, d’espace inassouvies,
    Étaient sa vie,
    Quelque pâle rêveur,
    Soudainement attaquait son ouvrage
    Déjà
    L’or, répandu aux quatre coins du monde,
    D’après le pouls d’une assemblée.
    Le lendemain,
    Prendre sa place en la g-rand’salle.
    Le silence s’imposa tel
    Au va-et-vient du vent accidentel,
    Alors,
    Sa parole monta vers l’assemblée.
    D’accord,
    Et que toute sa taille
    Soudainement, sans nul effort,
    Jaillit.
    Les bras croisés.
    En brusque orage,
    Qui craint le fouet et les lanières ;
    Lentement, pesamment,
    Et bloc à bloc, et pierre à pierre,
    Sans qu’un seul cri de violence
    Dans le silence.
    Qu’il était bien, en ce moment,
    Logiquement,
    Lui seul, l’empire.
    Se levât sur mes voies !
    Où son
    sa
    ses
    pensées
    . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
    Avril 1888.
    Une douleur renaît pour une évanouie ;
    Quand un chagrin s’éteint, c’est qu’un autre est éclos ;
    La vie est une ronce aux pleurs épanouie.
    Dans ma poitrine sombre, ainsi qu’en un champ clos,
    Trois braves cavaliers se heurtent sans relâche,
    Et ces trois cavaliers à mon être incarnés,
    Se disputent mon être, et sous leurs coups de hache
    Ma nature gémit ; mais, sur ces acharnés,
    Mes plaintes ont l’effet des trompes, des timbales,
    Qui soulent de leurs sons le plus morne soldat,
    Et le jettent joyeux sous la grêle des balles,
    Lui versant dans le cœur la rage du combat.
    Le premier cavalier est jeune, frais, alerte ;
    Il porte élégamment un corselet d’acier,
    Scintillant à travers une résille verte
    Comme à travers les pins les cristaux d’un glacier,
    Son œil est amoureux ; sa belle tête blonde
    A pour coiffure un casque, orné de lambrequins,
    Dont le cimier touffu l’enveloppe et l’inonde
    Comme fait le lampas autour des palanquins.
    Son cheval andalou agite un long panache
    Et va caracolant sur ses étriers d’or,
    Quand il fait rayonner sa dague et sa rondache
    Avec l’agilité d’un vain toréador.
    Le second cavalier, ainsi qu’un reliquaire,
    Est juché gravement sur le dos d’un mulet
    Qui ferait le bonheur d’un gothique antiquaire ;
    Car sur son râble osseux, anguleux chapelet,
    Avec soin est jetée une housse fanée,
    Housse ayant affublé quelque vieil escabeau,
    Ou caparaçonné la blanche haquenée
    Sur laquelle arriva de Bavière Isabeau.
    Il est gros, gras, poussif ; son aride monture
    Sous lui semble craquer et pencher en aval
    Une vraie antithèse, — une caricature
    De carême-prenant promenant carnaval !
    Or, c’est un pénitent, un moine, dans sa robe
    Traînante enseveli, voilé d’un capuchon,
    Qui pour se vendre au Ciel ici-bas se dérobe,
    Béat sur la vertu très à califourchon.
    Mais Sabaoth l’inspire, il peste, il jure, il sue ;
    Il lance à ses rivaux de superbes défis
    Qu’il appuie à propos d’une lourde massue :
    Il est taché de sang et baise un crucifix.
    Pour le tiers cavalier, c’est un homme de pierre
    Semblant le Commandeur, horrible et ténébreux ;
    Un hyperboréen ; un gnôme sans paupière,
    Sans prunelle et sans front, qui résonne le creux
    Comme un tombeau vidé lorsqu’une arme le frappe.
    Il porte à sa main gauche une faulx dont l’acier
    Pleure à grands flots le sang, puis une chausse-trappe
    En croupe, où se faisande un pendu grimacier,
    Laid gibier de gibet ! Enfin pour cimeterre
    Se balance à son flanc un énorme hameçon
    Embrochant des filets pleins de larves de terre
    Et de vers de charogne à piper le poisson.
    Le premier combattant, le plus beau, — c’est le monde !
    Qui pour m’attraire à lui me couronne de fleurs,
    Et sous mes pas douteux, quand la route est im­monde,
    Étale son manteau, puis étanche mes pleurs.
    Il veut que je le suive — il veut que je me donne
    Tout à lui sans remords, sans arrière-penser ;
    Que je plonge en son sein et que je m’abandonne
    A sa vague vermeille — et m’y laisse bercer.
    C’est le monde joyeux, souriante effigie !
    Qui devant ma jeunesse entr’ouvre à deux battans
    Le clos de l’avenir, clos tout plein de magie,
    Où mes jours glorieux surgissent éclatans.
    Ineffable lointain ! beau ciel peuplé d’étoiles
    C’est le monde bruyant avec ses passions,
    Ses beaux amours voilés, ses laids amours sans voiles,
    Ses mille voluptés, ses prostitutions !
    C’est le monde et ses bals, ses nuits, ses jeux, ses femmes,
    Ses fêtes, ses chevaux, ses banquets somptueux,
    Où le simple est abject, les malheureux infâmes
    Où qui jouit le plus — est le plus vertueux !
    Le monde et ses cités vastes, resplendissantes,
    Des pays d’Orient, ses bricks aventuriers,
    Ses réputations partout retentissantes,
    Ses héros immortels, ses triomphants guerriers,
    Ses poètes, vrais dieux, dont, toutes enivrées,
    Les tribus baisent l’œuvre épars sur leurs chemins,
    Ses temples, ses palais, ses royautés dorées,
    Ses grincemens, ses bruits de pas, de voix, de mains !
    C’est le monde ! Il me dit : Viens avec moi, jeune homme,
    Prends confiance en moi, j’emplirai tes désirs ;
    Oui quels que grands qu’ils soient je t’en paierai la somme !
    De la gloire en veux-tu ?… J’en donne !… Des plaisirs ?…
    J’en tue — et t’en tuerai !… Ces femmes admirables
    Dont l’aspect seul rend fou, tu les posséderas,
    Et sur leurs corps lascifs, les passions durables
    Comme sur un caillou tu les aiguiseras !
    Le second combattant, celui dont l’attitude
    Est grave, et l’air bénin, dont la componction
    A rembruni la face : or c’est la Solitude,
    Le désert. — C’est le cloître où la dilection
    Du Seigneur tombe à flots, où la douce rosée
    Du calme, du silence, édulcore le fiel,
    Où l’âme de lumière est sans cesse arrosée ;
    Montagne où le Chrétien s’abouche avec le Ciel !
    C’est le cloître ! Il me dit : - Monte chez moi, jeune homme ;
    Prends confiance en moi, quitte un monde menteur
    Où tout s’évanouit, ainsi qu’après un somme
    Des songes enivrans ; va, le seul rédempteur
    Des misères d’en bas, va, c’est le monastère,
    Sa contemplation et son austérité !
    Tout n’est qu’infection et vice sur la terre
    La gloire est chose vaine, et la postérité…
    Une orgueilleuse erreur, une absurde folie !
    Voudrais-tu sur la route élever de ta main
    Un monument vivace ?… Hélas ! le monde oublie,
    Et la vie ici-bas n’a pas de lendemain.
    Viens goûter avec moi la paix de la retraite ;
    Laisse l’amour charnel et ses impuretés ;
    Romps, il est temps encor ; ton âme n’est pas faite
    Pour un monde ainsi fait ; de ses virginités
    Sors fidèle gardien ; viens ! et si la prière,
    La méditation ne pouvaient l’étancher,
    Alors tu descendras dans la sombre carrière
    De la sage science et tu pourras pencher
    Sur ses sacrés creusets ton front pâle de veilles,
    Magnifier le Christ — et verser le dédain
    Sur la Philosophie outrageant ses merveilles
    Du haut de ses trétaux croulans de baladins ;
    Tu pourras, préférant l’étude bien-aimée
    De l’art, lui rendre un culte à l’ombre de ce lieu ;
    Sur ce dôme et ces murs, fervent Bartholomée,
    Malheureux Lesueur, peindre la Bible et Dieu !…
    Le dernier combattant, le cavalier sonore,
    Le spectre froid, le gnôme aux filets de pêcheur,
    Celui que je caresse et qu’en secret j’honore,
    Niveleur éternel, implacable faucheur,
    C’est la Mort ! le Néant !… D’une voix souterraine
    Il m’appelle sans cesse : Enfant, descends chez moi,
    Enfant, plonge en mon sein, car la douleur est reine
    De la terre maudite, et l’opprobre en est roi !
    Viens, redescends chez moi, viens, replonge en la fange,
    Chrysalide éphémère, ombre, velléité !
    Viens plus tôt que plus tard, sans oubli je vendange
    Un à un les raisins du cep Humanité.
    Avant que le pilon pesant de la souffrance
    T’ait trituré le cœur, souffle sur ton flambeau,
    Notre-Dame de Liesse et de la Délivrance,
    C’est la mort ! Chanaan promis, c’est le tombeau !
    Qu’attends-tu ? — Que veux-tu ?… Ne crois pas au langage
    Du cloître suborneur, non, plutôt, crois au mien ;
    Tu ne sais pas, enfant, combien le cloître engage !
    Il promet le repos : ce n’est qu’un bohémien
    Qui ment, qui vous engeôle, et vous met dans sa nasse !
    L’homme y demeure en proie à ses obsessions.
    Sous le vent du désert il n’est pas de bonace ;
    Il attise à loisir le feu des passions.
    Au cloître, écoute-moi, tu n’es pas plus idoine
    Qu’au monde ; crains ses airs de repos mensongers,
    Crains les satyriasis affreux de Saint-Antoine ;
    Crains les tentations, les remords, les dangers,
    Les assauts de la chair et les chutes de l’âme.
    Sous le vent du désert tes désirs flamberont ;
    La solitude étreint, torture, brise, enflamme ;
    Dans des maux inouïs tes sens retomberont ! —
    Il n’est de bonheur vrai, de repos qu’en la fosse :
    Sur la terre on est mal, sous la terre on est bien ;
    Là, nul plaisir rongeur, là, nulle amitié fausse. —
    Là, point d’ambition, point d’espoir déçu… — Rien !…
    Là, rien, rien, le néant !… une absence, une foudre
    Morte, une mer sans fond, un vide sans écho !… —
    Viens te dis-je !… A ma voix tu crouleras en poudre
    Comme au son des buccins les murs de Jéricho !
    Ainsi, depuis longtemps, s’entre-choque et se taille
    Cet infernal trio, — ces trois fiers spadassins :
    Ils ont pris, — les méchans, — pour leur champ de bataille
    Mon pauvre cœur, meutri sous leurs coups assassins,
    Mon pauvre cœur navré, qui s’affaisse et se broie,
    Douteur, religieux, fou, mondain, mécréant !
    Quand finira la lutte, et qui m’aura pour proie —
    Dieu le sait ! — du Désert, du Monde, ou du Néant ?
    LES MACHINES
    Sinon vous, les machines ?
    MA VILLE
    L’épouse,

    Littérature et Philosophie mêlées.
    L’ouvrier.
    Les enfants.
    La femme.
    Le maître.
    Traduction de Camille Jordan.
    — C’est pas à vous autr’, c’est certain !
    Fit-il, parlant d’une manière
    À la fois nette et singulière —
    Qu’apparaîtra jamais l’Lutin !
    Pour ça, chez eux, par monts, par vaux,
    Partageant leur travail, leur trêve,
    Témoin d’leur sommeil et d’leur rêve,
    Faut tout l’temps vivre avec les ch’vaux !
    C’malin cavalier des Enfers
    R’cherche l’ravineux d’un’ prairie,
    L’retiré d’un’ vieille écurie,
    Un’ nuit lourde avec des éclairs.
    Moi, si j’ai pu l’voir de mon coin
    Comme j’vous vois d’vant c’te ch’minée,
    C’est qu’ tout’ les nuits, plus d’une année,
    Près d’mes bêt’ j’ai couché dans l’foin.
    Voici, soupira l’étranger,
    Articulant presque à voix basse,
    C’que dans une écurie y s’passe
    Quand c’démon-là vient s’y loger.
    C’est la plein’ nuit ! L’ciel orageux,
    Qui brouille encor sa mauvais’ lune,
    N’jette aux carreaux qu’un’ lumièr’ brune
    Comm’ cell’ des fonds marécageux.
    Vous êt’s là tout seul contr’ vos ch’vaux
    Qui dress’ en fac’ de la mangeoire
    Leur grand’ form’ rougeâtr’, blanche et noire,
    L’jarret coudé sur leurs sabots.
    Des fois, des tap’ments d’pieds mordant
    L’pavé sec du bout d’leur ferraille,
    L’broiement du foin, d’l’herbe ou d’la paille
    Sous la meule égale des dents.
    Mais, c’est si pareill’ment pareil,
    Si toujours tout l’temps la mêm’ chose
    Qu’au lieu d’vous fatiguer ça r’pose,
    Ça berc’ l’ennui, l’songe et l’sommeil.
    À part ça, tout s’tait dans la nuit…
    L’vrai silence des araignées
    Qui, bien qu’toujours embesognées,
    Trouv’ moyen d’travailler sans bruit.
    Là donc, au-d’sus — autour de vous,
    Vous r’gardez leurs longu’ toil’ qui pendent…
    À pein’ si vos oreill’ entendent
    L’tonnerre au loin, grondant très doux.
    Subit’ment, sans qu’ça s’soit trahi
    Par quéqu’ chos’ qui craque ou qui sonne
    Entr’ le Lutin !… un’ p’tit’ personne,
    Qui pousse un rir’ bref… Hi-hi-hi !
    Rien n’s’ouvre au moment qu’i’ paraît :
    F’nêtr’, port’, plafond, rien n’se déferme,
    Comm’ si l’vent qu’en apport’rait l’germe
    L’engendrait là d’un coup d’secret.
    Mais, sitôt entré, qu’ça descend
    Dans l’écurie une vapeur rouge,
    Où peureus’ment les chos’ qui bougent
    Ont l’air de trembler dans du sang.
    C’est tout nabot — v’lu comme un chien
    Et d’une paraissanc’ pas obscure,
    Puisqu’on n’perd rien d’sa p’tit’ figure
    Qu’est censément fac’ de chrétien.
    Toujours, avec son rir’ de vieux,
    Il rôde avant de s’mettre à l’œuvre,
    Dressant deux cornes en couleuvre
    Qui r’luis’ aux flamm’ de ses p’tits yeux.
    Brusque, en l’air vous l’voyez marcher…
    Sans aile il y vol’ comme un’ chouette…
    S’tient sus l’vide après chaqu’ pirouette
    Comm’ s’i’ r’tombait sur un plancher.
    Et le Lutin fait ses sabbats,
    Faut qu’i’ r’gard’ tout, qu’i’ sent’, qu’i’ touche,
    Court les murs avec ses pieds d’mouche,
    Glisse au plafond la tête en bas.
    Maint’nant, au travail ! Comme un fou
    Vers les ch’vaux le voilà qui file,
    À tous leur nouant à la file
    Les poils de la tête et du cou.
    Dans ces crins tordus et vrillés
    Va comme un éclair sa main grêle,
    Dans chaqu’ crinière qu’il emmêle
    Il se façonn’ des étriers.
    Puis, tel que ceux du genre humain,
    L’une après l’autre, i’ mont’ chaqu’ bête,
    À ch’val sur l’cou — tout près d’la tête,
    En t’nant un’ oreill’ de chaqu’ main.
    Alors, i’s’fait un’ grand’ clarté
    Au milieu de c’te lumièr’ trouble…
    L’mauvais rir’ du Lutin redouble,
    Et ça rit de tous les côtés.
    Son rir’ parle — on l’entend glapir :
    « Hop ! hop ! » Les ch’vaux galop’ sur place,
    Mais roid’ comm’ s’ils étaient en glace
    Et sans autr’ bruit qu’un grand soupir.
    Et tandis qu’une à une, alors,
    Leurs gross’ larm’ lourdement s’égrènent…
    On voit — les sueurs vous en prennent —
    Danser ces ch’vaux qui paraiss’nt morts.
    Puis, comm’ c’était v’nu ça s’en va.
    L’écurie en mêm’ temps s’rassure :
    Tout’ la ch’valin’ remâche en m’sure
    Et r’cogn’ du pied sur l’caillou plat.
    La s’cond’ fois vous n’êt’s que tremblant…
    Mais la premier’, quell’ rude épreuve !…
    Moi, ça m’en a vieilli… La preuve ?…
    Ma voix basse et mes ch’veux tout blancs !
    22 février 1882.
    .... Quos hora novissima junxit
    Componi tumulo non invideatis eodem
    matière
    Louise
    Je ne croirai jamais qu’il danse ni qu’il rie.
    J’ai vécu trop longtemps
    barrès.
    sarceyen
    1897
    Benedicat
    Pie Jesu
    Et c’était un lion des sables
    trois bouts du triangle
    Quatre-Bis
    Souple
    souis
    Et
    Juan de Baldès
    Tres-reverente Mere en Dieu, Qui reverente n’estes guere, Et qui moins encore estes mere, On vous adore en certain lieu, D’où l’on n’ose vous l’aller dire, Si l’on n’a patente du Sire, Qui fit attraper Girardin, Lequel alloit voir son jardin, Puis le mit à grosse finance : Les Rocroix gens sans conscience Me prendroient aussi bien que luy, Vous allant conter mon ennuy. J’aurois beau dire à voix soûmise : Messieurs, cherchez meilleure prise ; Phœbus n’a point de nourriçon Qui soit homme à haute rançon ; Je suis un homme de Champagne, Qui n’en veux point au Roy d’Espagne ; Cupidon seul me fait marcher. Enfin, j’aurois beau les prêcher ; Montal ne se souciroit guere De Cupidon ny de sa mere Pour cet homme en fer tout confit Passe-port d’Amour ne suffit. En attendant que Mars m’en donne un, et le sine ; Mars ou Condé, car c’est tout un, Comme tout un vous et Cyprine, Je ne bouge, et j’ay bien la mine De ne vous pas estre importun. Vôtre séjour sent un peu trop la poudre ; Non la poudre à testes friser, Mais la poudre à testes briser ; Ce que je crains comme la foudre ; C’est à dire un peu moins que vous ; Car tous vos coups Ne sont pas doux Comme ils le semblent ; Le coeur dés l’abord ils nous emblent, Puis le repos, puis le repas, Puis ils font tant qu’ils causent le trépas.   Je vis pourtant, à ne vous point mentir ; Que serviroit de déguiser les choses ? Mais comment vis-je ! et qu’il nous faut pâtir Dans vos prisons où l’on fait longues poses ! Noires ne sont, et pourtant sont mieux closes Qu’aucun Châtel : Quand leans on se voit, Pleurs, et soûpirs, ce sont boutons de roses, On n’en sort pas ainsi que l’on voudroit. Aussi quand on vous fit Abbesse, Et qu’on renferma vos appas, Qui fut camus ? c’est le trépas ; Que les champs libres on leur laisse Un peu, Je gage, Qu’on verra s’ils sortent de cage Beau jeu : Dessous la clef on les a mis, Comme une chose, et rare et dangereuse ; Et pour épargner ses amis, Le Ciel vous fit jurer d’estre Religieuse. Comme vos yeux alloient tout embraser, Il fut conclu par vôtre parentage, Qu’on vous feroit un Couvent épouser ; Deux ans aprés se fit le mariage ; De s’y trouver vôtre bonté fut sage ; Sans point de faute Hymen en fit autant ; Mot ne sonnoit, et quant à moy je gage Que de l’affaire il n’estoit pas content. Ce mesme jour pour le certain Amour se fit Benedictin ; Et sans trop faire la mutine Venus se fit Benedictine ; Les Ris ne bougeans d’avec vous Benedictins se firent tous, Et les Graces qui vous suivirent Benedictines se rendirent : Tous les Dieux qu’en Cypre on connoît, Prirent l’habit de saint Benoît. Vous vêtir d’or, ce seroit grand dommage ; Puisqu’en habits sans coûts, et sans façon De triompher vôtre beauté fait rage, Si qu’à la Cour elle en feroit leçon : Pardonnez-moy si j’ay quelque soupçon, Que cet habit dont vous estes vêtuë, En vous voilant soit receleur d’appas ; N’en est-il point dont il puisse à ma veuë Se confier ? je ne le dirois pas.
    Paris, octobre 1870.
    Puisqu’il faut s’attaquer aux légions de Rome,
    Aux monstres d’Italie, il faudra faire comme
    Hannibal, qui, par feux d’aigre humeur arrosez,
    Se fendit un passage aux Alpes embrazez.
    Mon courage de feu, mon humeur aigre et forte,
    Au travers des sept monts fait breche au lieu de porte.
    Je brise les rochers et le respect d’erreur
    Qui fit douter Cæsar d’une vaine terreur.
    Il vit Rome tremblante, affreuse, eschevelée,
    Qui, en pleurs, en sanglots, mi-morte, désolée,
    Tordant ses doigts, fermoit, deffendoit de ses mains
    A Cæsar le chemin au lieu de ses germains.
    Mais dessous les autels des idoles j’advise
    Le visage meurtry de la captive Eglise,
    Qui à sa delivrance (aux despens des hazards)
    M’appelle, m’animant de ses trenchants regards.
    Mes desirs sont des-ja volez outre la rive
    Du Rubicon troublé ; que mon reste les suive
    Par un chemin tout neuf, car je ne trouve pas
    Qu’autre homme l’ait jamais escorché de ses pas.
    Pour Mercures croisez, au lieu de Pyramides,
    J’ay de jour le pilier, de nuict les feux pour guides.
    Astres, secourez-moy ; ces chemins enlacez
    Sont par l’antiquité des siecles effacez,
    Si bien que l’herbe verde en ses sentiers accrüe
    Est faicte une prairie espaisse, haute et drüe.
    Là où estoient les feux des Prophetes plus vieux,
    Je tends comme je puis le cordeau de mes yeux,
    Puis je cours au matin, de ma jambe arrossée
    J’esparpille à costé la premiere rosée,
    Ne laissant après moy trace à mes successeurs
    Que les reins tous ployez des inutiles fleurs,
    Fleurs qui tombent si tost qu’un vray soleil les touche,
    Ou que Dieu fenera par le vent de sa bouche.
    Tout-puissant, tout-voyant, qui du haut des hauts cieux
    Fends les cœurs plus serrez par l’esclair de tes yeux,
    Qui fis tout, et conneus tout ce que tu fis estre :
    Tout parfaict en ouvrant, tout parfait en connoisire,
    De qui l’œil tout courant, et tout voyant aussy,
    De qui le soing sans soing prend de tout le soucy,
    De qui la main forma exemplaires et causes,
    Qui preveus les effects dès le naistre des choses ;
    Dieu, qui d’un style vif, comme il te plaist, escris
    Le secret plus obscur en l’obscur des esprits,
    Puis que de ton amour mon ame est eschauffée,
    Jalouze de ton nom, ma poictrine, embrazée
    De ton feu pur, repurge aussy de mêmes feux
    Le vice naturel de mon cœur vitieux ;
    De ce zele tres-sainct rebrusle-moy encore,
    Si que (tout consommé au feu qui me devore,
    N’estant serf de ton ire, en ire transporté
    Sans passion) je sois propre à ta vérité.
    Ailleurs qu’à te loüer ne soit abandonnée
    La plume que je tiens, puis que tu l’as donnée.
    Je n’escry plus les feux d’un amour inconneu ;
    Mais, par l’affliction plus sage devenu,
    J’entreprens bien plus haut, car j’apprens à ma plume
    Un autre feu, auquel la France se consume.
    Ces ruisselets d’argent que les Grecs nous feignoient,
    Où leurs poëtes vains beuvoient et se baignoient,
    Ne courent plus icy ; mais les ondes si claires,
    Qui eurent les saphyrs et les perles contraires,
    Sont rouges de nos morts ; le doux bruit de leurs flots,
    Leur murmure plaisant, hurte contre des os.
    Telle est, en escrivant, non ma commune image ;
    Autre fureur qu’amour reluit en mon visage.
    Sous un inique Mars, parmy les durs labeurs
    Qui gastent le papier, et l’ancre de sueurs,
    Au lieu de Thessalie aux mignardes vallées,
    Nous avortons ces chants au millieu des armées,
    En delassant nos bras de crasse tous roüillez,
    Qui n’osent s’esloigner des brassards despoüillez.
    Le luth que j’accordois avec mes chansonnettes
    Est ores estouffé de l’esclat des trompettes :
    Icy le sang n’est feint, le meurtre n’y deffaut,
    La Mort jouë elle-mesme en ce triste eschaffaut :
    Le juge criminel tourne et emplit son urne ;
    D’icy, la botte enjambe, et non pas le cothurne,
    J’appelle Melpomene, en sa vive fureur,
    Au lieu de l’Hypocrene, esveillant cette sœir
    Des tombeaux rafraischis, dont il faut qu’elle sorte,
    Eschevellée, affreuse, et bramant en la sorte
    Que faict la biche après le faon quelle a perdu.
    Que la bouche lur saigne, et son front esperdu
    Face noircir du ciel les voûtes esloignées ;
    Qu’elle esparpille en l’air de son sang deux poignées,
    Quand, espuisant ses flancs de redoublez sanglots,
    De sa voix enroüée elle bruira ces mots :
    « O France désolée ! ô terre sanguinaire !
    Non pas terre, mais cendre : ô mère ! si c’est mere
    Que trahir ses enfants aux douceurs de son sein,
    Et, quand on les meurtrit, les serrer de sa main.
    Tu leur donnes la vie, et dessous ta mammelle
    S’esmeut des obstinez la sanglante querelle ;
    Sur ton pis blanchissant ta race se debat,
    Et le fruict de ton flanc faict le champ du combat. »
    Je veux peindre la France une mere affligée,
    Qui est entre ses bras de deux enfants chargée.
    Le plus fort, orgueilleux, empoigne les deux bouts
    Des tetins nourriciers ; puis, à force de coups
    D’ongles, de poings, de pieds, il brise le partage
    Dont nature donnoit à son besson l’usage :
    Ce voleur acharné, cet Esau malheureux,
    Faict degast du doux laict qui doibt nourrir les deux,
    Si que, pour arracher à son frere la vie,
    Il mesprise la sienne et n’en a plus d’envie ;
    Lors son Jacob, pressé d’avoir jeusné meshuy,
    Ayant dompté longtemps en son cœur son ennuy,
    A la fin se defend, et sa juste colere
    Rend à l’autre un combat dont le champ est la mere.
    Ni les souspirs ardens, les pitoyables cris,
    Ni les pleurs rechauffez, ne calment leurs esprits ;
    Mais leur rage les guide et leur poison les trouble,
    Si bien que leur courroux par leurs coups se redouble.
    Leur conflict se rallume et faict si furieux
    Que d’un gauche malheur ils se crevent les yeux.
    Cette femme esplorée, en sa douleur plus forte,
    Succombe à la douleur, mi-vivante, mi-morte ;
    Elle voit les mutins tous deschirez, sanglants,
    Qui, ainsy que du cœur, des mains se vont cerchants.
    Quand, pressant à son sein d’une amour maternelle
    Celuy qui a le droict et la juste querelle,
    Elle veut le sauver, l’autre, qui n’est pas las,
    Viole en poursuivant l’asyle de ses bras.
    Adonc se perd le laict, le suc de sa poictrine ;
    Puis, aux derniers aboys de sa proche ruine,
    Elle dit : « Vous avez, felons, ensanglanté
    Le sein qui vous nourrit et qui vous a porté ;
    Or, vivez de venin, sanglante geniture.
    Je n’ay plus que du sang pour vostre nourriture ! »
    Quand esperduje voy les honteuses pitiez,
    Et du corps divisé les funebres moitiz ;
    Quand je voy s’apprester la tragedie horrible
    Du meurtrier de soy-mesme, aux autres invincible,
    Je pense encore voir ung monstrueux geant
    Qui va de braves mots les hauts cieux outrageant,
    Superbe, florissant, si brave qu’il se treuve
    Nul qui de sa valeur entreprenne la preuve ;
    Mais, lorsqu’il ne peut rien rencontrer au dehors
    Qui de ses bras nerveux endure les efforts,
    Son corps est combattu, à soy-mesme contraire ;
    Le sang pur ha le moins : le flegme et la colere
    Rend le sang non plus sang ; le peuple abat ses loix :
    Tous nobles et tous roys, sans nobles et sans roys ;
    La masse degenere en la melancholie ;
    Ce vieil corps tout infect, plein de sa discrasie,
    Hydropique, faict l’eau, si bien que ce geant,
    Qui alloit de ses nerfs ses voisins outrageant,
    Aussy foible que grand, n’enfle plus que son ventres ;
    Ce ventre dans lequel tout se tire, tout entre,
    Ce faux dispensateur des commungs excrements
    N’envoye plus aux bords les justes aliments ;
    Des jambes et des bras les os sont sans moelle ;
    Il ne va plus en haut, pour nourrir la cervelle,
    Qu’un chime venimeux, dont le cerveau nourry
    Prend matiere et liqueur d’un champignon pourry.
    Ce grand geant, changé en une horrible beste,
    A, sur ce vaste corps, une petite teste,
    Deux bras foibles, pendants, des-ja secs, des-ja morts,
    Impuissants de nourrir et deffendre le corps ;
    Les jambes, sans pouvoir porter leur masse lourde,
    Et à gauche et à droict font porter une bourde.
    Financiers, justiciers, qui opprimez de faim
    Celuy qui vous faict naistre ou qui deffend le pain,
    Soubs qui le laboureur s’abbreuve de ses larmes,
    Qui souffrez mandier la main qui tient les armes,
    Vous, ventre de la France, enflé de ses langueurs,
    Faisant orgueil de vent, vous monstrez vos vigueurs.
    Voyez la tragedie, abbaissez vos courages.
    Vous n’estes spectateurs, vous estes personages :
    Car encor vous pourriez contempler de bien loing
    Une nef sans pouvoir luy aider au besoing,
    Quand la mer l’engloutit, et pourriez de la rive,
    En tournant vers le ciel la face demi-vive,
    Plaindre sans secourir ce mal oisivement.
    Mais quand, dedans la mer, la mer pareillement
    Vous menace de mort, courez à la tempeste :
    Car avec le vaisseau vostre ruine est preste.
    La France donc encor est pareille au vaisseau
    Qui, outragé des vents, des rochers et de l’eau.
    Loge deux ennemis : l’un tient avec sa troupe
    La proue, et l’autre a pris sa retraitte à la pouppe.
    De canons et de feux chacun met en esclats
    La moitié qui s’oppose, et font verser en bas,
    L’un et l’autre enyvré des eaux et de l’envie,
    Ensemble le navire et la charge et la vie.
    En cela le vainqueur ne demeurant plus fort
    Que de voir son haineux le premier à la mort,
    Qu’il seconde, authochyre, aussy tost de la sienne,
    Vainqueur, comme l’on peut vaincre à la cadmeene.
    Barbares en effect, François de nom, François,
    Vos fausses loix ont eu des faux et jeunes roys,
    Impuissants sur leurs cœurs, cruels en leur puissance;
    Rebelles, ils ont veu la désobéissance.
    Dieu sur eux et par eux desploia son courroux.
    N’ayant autres bourreaux de nous-mesmes que nous.
    Les roys, qui sont du peuple et les roys et les pères,
    Du troupeau domesticq sont les loups sanguinaires ;
    Ils sont l’ire allumée et les verges de Dieu,
    La crainte des vivants; ils succèdent au lieu
    Des héritiers des morts; ravisseurs de pucelles,
    Adultères, souillants les couches des plus belles
    Des maris assommez, ou bannis pour leur bien.
    Août 1869.
    Les jeunes filles
    Amis,
    Les jeunes gens
    À Sa Grandeur Monseigneur Bruchési
    croyance à qui parle beauté.
    ars et bruslé vif.
    Ne vous êtes-vous point blessé ? 
    La voici : l’amour est mortel.
    N’a point d’ennemi plus cruel.
    Doute et désespoir, tour à tour !
    Et le plus fatal, c’est l’amour !
    Qui rive au vaincu le vainqueur.
    L’un l’autre, on s’y mange le cœur.
    Le ciel reste sourd à nos cris ;
    Ses griffes dans nos flancs meurtris.
    De l’homme ardente à se jouer,
    L’amour pour se perpétuer.
    Indifférente à nos tourments,
    Nous, ses aveugles instruments.
    Du Maître imposé par le sort.
    Qui n’a de terme que la mort.
    Courez vers elle, elle vous fuit ;
    Derrière vous qui vous poursuit.
    On se rira de ta candeur.
    Que ferait-elle de ton cœur !
    Torture qui sait torturer !
    Fais pleurer pour ne pas pleurer !
    De mensonge et de trahison !
    Au lieu de miel, l’âcre poison !
    Bonheur, ivresse, volupté !
    Inénarrable vanité !
    O Mort, contre un joug détesté,
    O Mort auguste, ô liberté !
    Mais j’ai tort, ô ma sœur ! Mon âme peu chrétienne
    Angelus Domini
    crau
    Nous entrâmes au bois de Valène.
    Grand vaincu, tout poissé de sang, défiguré
    Puis, étendant la main, il cria :
    Alors, s’agenouillant :
    Puis, d’un coup, se dressant : — « Le tocsin ! Le tocsin !
    . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
    Du vieil Hermas. Vit-il ?
    Elle est heureuse.
    Sa mère ?
    Je venais, j’espérais, de ce sentier obscur,
    J’invoquerai Jésus qui marchait sur la mer.
    Ma Daphné, gardons-nous des paroles légères ;
    Tu le prendras un jour ce baiser que tu veux.
    Cueillons l’instant fleuri.
    Cueillons l’instant fleuri. Sachons attendre l’heure.
    Un souvenir est bon.
    Un souvenir est bon. L’espérance est meilleure.
    L’air, les myrtes, tes yeux, tout m’enchaîne, et je pars !
    Sois heureux !
    Ah ! je songe à la mer et je songe à nous deux !
    Vis heureuse, ô Daphné.
    Vis heureuse, ô Daphné.
    Il s’en va.
    Vois, mère : je cueillais des plantes salutaires.
    Ouvrez la porte auguste aux deux battants d’airain,
    A ta face, ô Seigneur, et dans tes sanctuaires
    O ma mère !
    O ma mère !
    Nous devons tout à Dieu, rien à la créature.
    Si tu m’aimes…
    Si tu m’aimes… Je t’aime en Dieu.
    Si tu m’aimes… Je t’aime en Dieu.
    Mère, c’en est donc fait, tu m’as prise en ton piége !
    Hymen, Hymen aux beaux flancs,
    Hespéros se lève.
    Viens à nous ; la nuit est brève :
    Hâte tes pieds blancs !
    Ah ! s’il m’était permis… Mais il me semble entendre
    Accours, la nuit brève est bonne
    Et douce aux aveux.
    Viens, portant dans tes cheveux
    La verte couronne !
    O prince aux sandales d’or,
    Hymen, Hyménée !
    Reçois la vierge amenée
    Qui te craint encor.
    La beauté qui brille en elle
    Sied à ton dessein :
    Hymen, tire de son sein
    La vie éternelle.
    Où s’en vont loin de moi les chansons et les pas ?
    Réjouis-toi, Dieu triste à qui plaît la souffrance !
    sursum
    J’ai dressé, pour ce jour, le faucon de la mort.
    La femme rêve au mal pendant que l’homme dort.
    Cesse de me tenter, femme aux sombres amorces.
    Grâce ! Il est mon ami.
    Grâce ! Il est mon ami. Frappe ! il est mon époux.
    Quoi ! tu n’as point pitié ?
    Quoi ! tu n’as point pitié ?
    Je vis dans sa maison.
    Je vis dans sa maison. J’y dors entre ses bras !
    Le meurtre laisse au fer une durable rouille.
    Homme, saisis la hache, ou, femme, la quenouille !
    La tête roulerait, sinistre, aux cheveux blancs.
    Je me suis éveillée un lâche sur les flancs !
    Paix ! Le baiser sied mieux que l’injure à tes lèvres.
    Grâce !
    Grâce ! J’entends son cri !
    Grâce ! J’entends son cri ! Fils ! me frapperas-tu ?
    Quoi donc ! Il parle encore ?
    Quoi donc ! Il parle encore ? Oh ! je meurs !
    Quoi donc ! Il parle encore ? Oh ! je meurs ! Il s’est tu.
    Femme ! Ce jour fut bon pour le pêcheur des côtes.
    Qui donc jeta son râle aux solitudes hautes ?
    Tu t’abuses, vieillard glacé, dans la boisson.
    Le violent geyser couve sous un glaçon !
    L’âge a pétrifié l’eau vive et le bitume.
    La louve concevra, mais d’un loup plein de force.
    Parfois un rameau vert sort d’une vieille écorce !
    Dors plus loin ton sommeil par l’ivresse épaissi.
    Alors il geint d’angoisse.
    Emporte-moi, tourmente ! Ouvre-toi, fondrière !
    Écoute, homme qui fuis.
    Écoute, homme qui fuis. Femme hideuse, arrière !
    Le lièvre même attend quand nul ne le poursuit.
    Le cou sans tête règne au milieu de la nuit !
    La peur de l’action a causé ta démence.
    Le vieil homme en son lit s’éveillera demain.
    Sa vie à mes doigts gèle, et, par caillots, s’arrête !
    Tu les trempas au ventre ouvert de quelque bête.
    Ce fut dans le silence un long gémissement !
    Le pétrel a râlé dans l’espace dormant.
    Elle a roulé, la tête à chevelure blanche !
    Parfois tombe, ressaute et croule l’avalanche.
    La pâle pente est rose au loin sous le ciel noir !
    Le soleil s’est levé sur les neiges, ce soir.
    Tu peux voir l’homme mort si tu tournes la roche !
    J’ai vu l’homme vivant, tout à l’heure, et trop proche.
    Tu mens : je l’ai tué !
    Tu mens : je l’ai tué ! Ris, quand je te croirai.
    Tué ! tué ! — tiens, vois !
    Tué ! tué ! — tiens, vois ! Épouvante ! il dit vrai.
    C’est une étrange foi qui succède à ton doute.
    de corail
    Je dis pour les cœurs ingénus
    La chanson de Marthe aux pieds nus.
    Les ailes vont le dire aux fleurs,
    Le matin bleu rit sous les pleurs.
    Ailes et fleurs sont en émoi :
    Marthe est devant le fils du roi.
    « La fauvette, l’œil en éveil,
    Écoute et se lisse au soleil.
    Marthe, aimez-moi, je sens que je vous aime.
    — Oh ! monseigneur, vous en ririez vous-même. »
    La tête d’un lézard surgit,
    La fraise dans l’herbe rougit.
    La petite bête à bon Dieu
    Vole et miroite, rouge et feu.
    « Qu’un seul baiser, Marthe, ici nous engage !
    — Mon cher seigneur, un seul, pas davantage ! »
    Sur la source, au bord du sentier,
    S’effeuille une fleur d’églantier.
    « Marthe, à demain, au seuil de votre porte !
    — Mon doux seigneur, le ciel vous fasse escorte ! »
    Est-ce un rêve ? O les tendres voix,
    Qui bercent l’âme au fond des bois !
    Pourquoi les angélus du soir
    Sont-ils si clairs, quand fuit l’espoir ?
    Qu’annoncent donc tous les matins
    Les gais angélus argentins ?
    L’automne endort les horizons ;
    Adieu les fleurs et les chansons !
    L’hiver vient, l’hiver part ; soudain
    Le lilas fleurit au jardin.
    L’odeur des foins en fenaison
    Embaume de loin la maison.
    Dans les rameaux du grand pommier,
    Vole et se pose un blanc ramier.
    Le crépuscule se fait gris ;
    Tourne, tourne, chauve-souris !
    Voici briller le soleil d’or ;
    Alouette, prends ton essor !
    Dans les rouges coquelicots,
    Chante un coq, droit sur ses ergots.
    Sur le lis, que pendant la nuit
    Le vent brisa, tout le ciel luit.
    Une cloche tinte là-bas ;
    Est-ce la noce, est-ce le glas ?
    Azurs, rayons, brises, parfums,
    Ranimez les beaux jours défunts !
    Brises, rayons, parfums, azur,
    Rendez l’âme pure au ciel pur !
    Des rameaux du pommier tremblant
    S’est envolé le ramier blanc.
    Ne s’impose à l’œil attristé.
    O saine et sainte liberté !
    Qui s’écroulent au premier choc,
    Le peuple bâtit sur le roc.
    Accumulent leur long travail ;
    Tout un continent de Corail.
    N’eut pour but que le bien commun.
    Au cri d’un pour tous, tous pour un.
    Du Grutli le pacte immortel
    La flèche de Guillaume Tell.
    Sampach préludait à Granson.
    Gloire sans tache et sans rançon !
    Apprit au monde féodal
    Et le trop de puissance un mal.
    Tu vas en paix vers l’avenir.
    Et cet hymne devrait finir…
    A l’heure de ses grands revers.
    Tes bras lui restèrent ouverts.
    Arrachant sa proie au vainqueur,
    Tu les emportas sur ton cœur.
    Et, les réchauffant dans ton sein,
    Place au foyer et part au pain.
    Où cet exode s’assura,
    Oasis du sombre Jura,
    (Notre dernière armée, hélas !)
    S’entrechoquant sur le verglas,
    Car l’hiver cruel jusqu’au bout
    Et tout fut notre ennemi, tout !
    Du passé trop sanglant retour,
    Le rayon divin de l’Amour ;
    Notre regard épouvanté
    Refuge de l’humanité,
    Vînt recueillir ces délaissés,
    Pansât tous ces pauvres blessés.
    En soignant leurs membres meurtris,
    Et nous les renvoyait guéris ;
    Accrus dans leur saine raison,
    Et la douceur de leur prison.
    Menaçait la Franche-Comté,
    Toujours simple dans sa bonté,
    Nourrir tout ce peuple accablé,
    Lui donner son orge et son blé !
    Les dons du sol qui l’a porté,
    La liberté, l’humanité !
    à la duchesse,
    Paisible elle s’est endormie
    Une voile en pleine accalmie.
    Sous une pierre glaciale !
    Parmi l’alcôve nuptiale ;
    Dans sa demeure solitaire,
    A ce grand bonheur sous la terre.
    Qui veillent sur les mers profondes,
    Avec les chères moribondes.
    Il garde ses lueurs croissantes,
    Des ténèbres envahissantes.
    Qui fut la moitié d’un génie
    La blessure d’une agonie.
    Où toute une nature altière
    Elle appartient au cimetière.
    Qu’un rival dans sa haine forte,
    Ce triste gardien de la morte.
    A bas de ce lit où se roule
    A travers les flots de la foule.
    Avec des phrases saccadées,
    Comme à la rumeur des idées ;
    Oublieux des luttes mourantes,
    Et mort pour les choses vivantes ;
    Lorsque de son geste sincère,
    O fossoyeurs, qu’on la déterre !
    L’enferma dans la bière infâme,
    Car ce cadavre c’est ma femme ! »
    Tandis que, la gorge oppressée,
    Le délire de sa pensée.
    Maître de son espoir suprême,
    Il la voit, il la touche, il l’aime !
    Il cherche ce corps qui fut Elle,
    Que l’est une chose jumelle.
    Sur sa poitrine bondissante
    Car il faut bien qu’elle le sente !
    — Comme une plante que ranime
    Tu renaîtrais, douce victime.
    Tendres et vigoureux pressée
    L’existence recommencée.
    A genoux devant elle nue,
    Et s’enivra de cette vue ;
    A rendre au sépulcre sa proie,
    Oui ! mais il emporte une joie.
    Sans qui le cœur s’affaisse et tombe,
    De ce rendez-vous sur la tombe !
    Ce fut un jour de juin, devant la Polymnie,
    pays,
    De ton cerveau fêlé.
    Cid & des Burgraves.
    Laisse nos deux noms sommeiller !
    Je ne veux point me réveiller !
    Je veux t’oublier, si je puis !
    Oh ! fuis-moi comme je te fuis !
    Le passé peut se ranimer !
    Je t’aime, & ne veux plus t’aimer !
    Notre chaîne aux anneaux d’amour !
    Je souffrirais de ton retour !
    Contre le souvenir vainqueur !
    Ne t’amuse plus de mon cœur !
    Pour te venir quand tu dis : Viens !
    Que je te fuis & t’appartiens !
    Tu ne peux m’aimer, laisse-moi !
    Je veux me souvenir de toi !
    LA NOURRICE.
    HÉRODIADE.
    De marcher dans un âge ignoré !
    Si la beauté n’était la mort.
    Funèbre ?
    Assez ! Tiens devant moi ce miroir.
    Nourrice, suis-je belle ?
    Mais cette tresse tombe… Arrête dans ton crime,
    Que…
    Que… Mais n’allais-tu pas me toucher ?
    Oh ! tais-toi !
    Oh ! tais-toi ! Viendra-t-il parfois ?
    N’entendez pas !
    Et le mystère vain de votre être ?
    Victime lamentable à son destin offerte !
    Et je déteste, moi, le bel azur !
    J’y voudrais fuir.
    Et…
    Et… Maintenant ! Adieu.
    Et… Maintenant ! Adieu.
    De mes lèvres !
    Un point presque effacé ?
    Luisent, l’un rouge, l’autre vert.
    Un flot après un flot s’enfuit.
    Où leurs pas glissaient sans témoin.
    Fendaient les crânes au dedans.
    Un flacon plein de vitriol.
    N’ayant pu jeter même un cri !
    Si nous les voulions beaux & grands !
    Ses forçats seront vos maris.
    Les crimes prendront leurs ébats.
    Au moment qu’il ouvrait les yeux.
    En poussant des ricanements.
    Pour des gens de boue & de fiel.
    Le flanc du navire est battu.
    Chaque idée apporte un remords.
    Vos jours d’honneur sont revenus.
    Savoir & vaincre, c’est plus beau.
    Assez de profondeur au ciel.
    Pour son impur & fol orgueil ;
    Le plus pur des rayons sacrés.
    Et vous n’espérez plus qu’en Dieu.
    Alleluia
    Allleluia.
    Je te suis. Où veux-tu que nous allions ?
    . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
    . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
    . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
    « Buveur de sang ! »
    La superbe de ma douleur,
    Ton sourire, éternelle enfance !
    Pareils à des lampes nacrées
    Palpiter les ombres sacrées ;
    De ta face où dort la lumière ;
    De ta sombre & lourde crinière ;
    Des Cieux, du Rêve & de la Vie,
    Trouve sa gloire & ton pardon !
    Fais-la venir.
    Fais-la venir. — Jamais !
    Ta fille.
    Ta fille. — Elle est si jeune !
    Ta fille. — Elle est si jeune ! — Obéis.
    « Toi ! » dit le Khan.
    La visière.
    Avec le droit — de s’enrhumer,
    Sente à la chèvre,
    Un perdreau — moins surpris que moi.
    M’annonçait de loin la maison.
    L’appelait-on Dame la Paix.
    Devinait qui donnait le ton.
    Elle vous criait : « Entrez donc ! »
    De son zèle à vous recevoir.
    C’était le Janus du devoir.
    Ni les frelons de son rucher.
    Les bourrades à son époux.
    Parce qu’il jappe, il croit qu’il mord. »
    Rit, fut vaincue, et s’en alla.
    Dame la Paix
    A l’étable, au fenil, au four.
    Se cachaient, honteux, dans un coin.
    Se traînait mourante au soleil.
    Étranglant jasmins & rosiers.
    Dès que la reine-abeille part.
    Vient d’accoucher sans sacrement.
    De peur qu’Adam ne s’endormît. »
    Victrix
    Le sentier
    Et si court
    Cet été,
    Les buissons
    Attentif
    Curieux
    D’un larron
    A l’endroit
    Le souci
    Mais, ma foi,
    Quand les nids
    Du midi
    De buis verts,
    Pâle encor,
    Surtout un,
    Du vallon ;
    Et plus loin
    Puis un brin
    aimez-moi,
    Mon bouquet,
    Mais tout beau !
    A l’écart,
    Voulez-vous
    Le carmin
    Dit : « Merci ! »
    C’est assez
    Nous unit
    Vrai ! j’ai peur
    En rêvant
    N’est-ce pas
    A son bras,
    J’aurais dû
    Il fallait
    Et l’amour
    Que le ciel
    Vicaria,
    Dans ce lieu sépulcral,
    Cet air vous fera mal.
    Pourquoi tous ces efforts ?
    Dans la fosse des morts ?
    A vos pleurs condamnés,
    Que vous n’étiez pas nés !
    O magnifique deuil !
    Couvre bien le cercueil !
    Veille comme un flambeau,
    Entourent le tombeau.
    Se taisent tous les vents ;
    Envié des vivants !
    Requiem,
    Qui conservent les corps,
    De l’office des morts !
    était de pierre !
    Et muet souvenir ?…
    D’avoir les bras cassés ?…
    le Lac,
    La peur d’aimer fait que je n’aime pas.
    Et non de chapelet. —
    Sois éternel, amour !…
    Depuis douze ou quinze ans !…
    Et le sol pour m’asseoir…
    En un coin isolé.
    A des femmes sans cœur ?
    Et ce bonheur qui vous inonde
    Le temps d’une aube boréale,
    Ce que j’ai souffert par la femme,
    Reviennent les blanches cigognes.
    Je veux, libertin repentant,
    Sans m’avoir jamais vu, m’attend.
    Tous les soirs et tous les matins,
    Ses modestes cheveux châtains.
    Elle sort au bras d’un vieillard,
    Innocente de son regard ;
    Devant ces yeux calmes et doux,
    Elle arrive à ses rendez-vous.
    Préférant, pour passer le soir,
    Aux sourires de son miroir.
    Elle est blanche, elle a dix-sept ans,
    Comme elle a l’âge du printemps.
    Et, s’exhalant comme un parfum,
    Et toute sa vie en est un.
    Lys candide, cygne ingénu.
    Quand elle m’aura reconnu,
    Ma gloire et mon orgueil, et veux
    Une nuit propice aux aveux.
    Au fond du parc inexploré,
    Et moi, je m’agenouillerai.
    Comme on tient des oiseaux captifs,
    Les choses des cœurs primitifs.
    Mais fixant sur moi ses grands yeux
    D’amour pur et religieux.
    Ce que disent à demi-voix
    Blanchir l’obscurité des bois.
    L’ineffable vibration,
    Comme une bénédiction.
    Donné le baiser baptismal,
    Et t’expulser, regret du mal !
    L’épouvante de mon passé,
    O désir vainement chassé,
    Secouer enfin la langueur
    Dont tu m’as saturé le cœur,
    L’histrion, chanteur d’opéras,
    L’épée atroce sous son bras !
    Cet arbre.
    Mon cher seigneur !
    Et rit. La femme alors, en colère, s’approche.
    Lui dit-elle.
    Moi, le fond de ses yeux.
    Et les branches lointaines ! »
    Des yeux diamantés ! »
    Plane comme un mystère. »
    Qui filtrent dans mes chairs. »
    Vit dans sa transparence. »
    Ils vivent, je le crois. »
    De l’eau qui les caresse ? »
    Dans tes yeux enfermé. »
    Cette source est mortelle. »
    De funèbres rideaux. »
    Là, sais-tu qui repose ? »
    Des rêves dorment-ils ? »
    Par un charme attirées. »
    Roulent ensevelis. »
    Ont contemplé leur rêve. »
    Nyssia, de tes yeux. »
    Ton âme, que j’emporte ! »
    Sous l’eau me survivra.
    Science
    Dieu
    Tout
    Te Deum !
    secret
    Vérité — la Poésie
    C’est dans sa maison qu’il faut vivre,
    La fenêtre sur l’horizon.
    maison
    fenêtre
    Morte en sa puberté.
    Pour la Postérité.
    Faite pour un oiseau.
    Elle, mince roseau.
    Les élans des grands jours.
    Le beau, l’art, ses amours.
    Ses lourds et tristes fruits.
    Remue, étonne, instruis.
    Mais quand Rachel parut,
    Et le peuple accourut.
    Souffre et meurs ; en avant !
    Marche ! dit la Muse irritée,
    Sur ton char, saignante et debout,
    Du siècle sois le Prométhée ;
    Les mers, les steppes, franchis tout.
    Et le czar, dont l’orgueil te brise,
    New-York qui ne t’a point comprise
    Te porteront le dernier coup.
    Marche, et sur ton masque burine
    La lèpre, le fléau du jour ;
    Pour de l’or gonfle ta narine,
    L’or va te ronger la poitrine ;
    L’or a les ongles du vautour.
    Sur ce roc nud ils t’ont jetée ;
    Du siècle sois le Prométhée,
    Montre à la foule épouvantée
    Pour quel dieu vibre son amour.
    Pour la Postérité.
    Brillant Kâma !
    Aux madhavîs.
    Porte un poisson.
    Le son du tal.
    Mères des pleurs.
    N’évitera,
    Un arc strident !
    Frères divins.
    Plus vagabonds.
    Dans la forêt.
    En parasol,
    Du malicâs,
    L’époux lointain,
    D’énervement.
    Les rotangs verts.
    De flots glacés !
    Du noir troupeau.
    L’auguste amant.
    Ce chant divin :
    Déchire-nous !
    L’astre Tchandra !
    Sont affranchis !
    Des vils Çûdras ;
    De perles ceints ;
    Vont, deux à deux,
    Mordent les fleurs,
    Se parlent bas ! »
    Les pics neigeux.
    Et dit : « Vainqueur
    » Des noirs Bhûtas ! »
    Du pénitent,
    D’une Apçara
    Fallacieux,
    L’anneau d’or fin,
    De toutes parts !
    L’arc à la main !
    Du diamant,
    Et des coucous,
    D’un prompt éclair,
    Qui la roulait,
    Du noir Wiçhnû,
    Ceint de bétel !
    YAMÎ.
    YAMA.
    VII

    :
    geôliers
    Cloche des âges morts sonnant à timbres noirs,
    Voici l’heure où les ménagères
    Guettent le retour des bergères.
    Dans le jour qui va s’achevant.
    Là-bas sur un grand monticule
    Un moulin à vent gesticule.
    Est entonné par les crapauds.
    Des silhouettes désolées
    Se convulsent dans les vallées,
    Qui dorment parmi les gazons.
    Déjà plus d’un hibou miaule,
    Et le pâtre, armé d’une gaule,
    Avec ses taureaux bruns et roux.
    Dans la solitude profonde
    Les vieux chênes à tête ronde,
    Et qui paraît se reculer.
    Mais les choses dans la pénombre
    Se distinguent : figure, nombre
    Sous les nuages voyageurs.
    Or, à cette heure un peu hagarde,
    Je longe une brande blafarde,
    Pâle, et voici ce que je vois :
    Au bord d’un étang qui clapote,
    Une vieille femme en capote,
    Et retapote à tour de bras.
    — « Par où donc est-elle venue,
    « Cette sépulcrale inconnue ? »
    Ce soliloque inquiétant.
    Œil creux, nez crochu, bouche plate,
    Sec et mince comme une latte,
    Est là, presque sur mon chemin.
    Et la centenaire aux yeux jaunes,
    Accroupie au pied des grands aunes,
    Qui pourrait bien être un linceul.
    Alors, tout à l’horreur des choses
    Si fatidiques dans leurs poses,
    Et me regarde sans parler.
    Et le battoir tombe et retombe
    Sur cette nappe de la tombe,
    Et tout s’efface dans la nuit.
    — « Si loin ! pourvu que je me rende ! »
    Et je me sauve par la brande
    Que je ne me retourne pas.
    Ici, là, fondrière ou flaque,
    Complices de la nuit opaque !
    De l’abominable battoir.
    Enfin, ayant fui de la sorte
    À travers la campagne morte,
    Mon apparition fait peur !
    Dieu le veut
    LArmes qui teſmoignez de ſi griefues douleurs,
    De ſi iuſtes regrets & des complaintes telles
    Qu’il faut en vous voyant, larmes ſainctes & belles,
    Remplir ſon cœur d’eſpoir, de merueille & de pleurs.
    Vous produiſez en l’ame vn beau printemps de fleurs,
    Et tirant de noz yeux des ſources eternelles,
    Vous ferez vne mer, ou noz flammes cruelles
    Se verront ſubmerger auecque noz malheurs.
    Permets le moy Seigneur, & iuſqu’à l’heure extreme,
    Que la mort me viendra ſeparer de moy-meſme,
    Que ie viue en ces pleurs, & que ie meure en toy.
    M
    CE n’eſt pas en mes vers qu’vne amante abuſee
    Des appas enchanteurs d’vn pariure Theſee
    Apres l’honneur rauy de ſa pudicité,
    Laiſſee ingratement en vn bord ſolitaire,
    Fait de tous les aſſaults que la rage peut faire
    Vne fidelle preuue à l’infidélité.
    Les ondes que i’eſpans d’vne eternelle vaine,
    Dans vn courage ſaint ont leur ſainte fontaine :
    Ou l’amour de la terre, & le ſoin de la chair
    Aux fragiles penſers ayant ouuert la porte,
    Vne plus belle amour ſe rendit la plus forte,
    Et le fit repentir außi toſt que pecher.
    Henry, de qui les yeux & l’image ſacree
    Font vn viſage d’or à ceſt age ferree,
    Ne refuſe à mes veux vn fauorable appuy :
    Et ſi pour ton autel ce c’eſt choſe aſſez grande,
    Penſe qu’il eſt ſi grand, qu’il n’auroit point d’offrãde,
    S’il n’en receuoit point que d’egales à luy.
    La foy qui fut au cœur d’où ſortirent ces larmes,
    Eſt le premier eſſay de tes premieres armes :
    Pour qui tant d’ennemis à tes pieds abattus,
    Palles ombres d’Enfer, poußieres de la terre,
    Ont connu ta fortune, & que l’art de la guerre
    A moins d’enſeignemens que tu n’as de vertus.
    De ſon nom de rocher, comme d’vn bon augure,
    Vn eternel eſtat l’Egliſe ſe figure :
    Et croit par le deſtin de tes iuſtes combas,
    Que ta main releuant ſon eſpaule courbee,
    Vn iour, qui n’eſt pas loin, elle verra tombee
    La troupe qui l’aſſaut & la veut mettre bas.
    Mais le coq a chanté, pendant que ie m’arreſte
    A l’ombre des lauriers qui t’embraſſent la teſte,
    Et la ſource déſia commençant à s’ouurir
    A laſché les ruiſſeaux, qui font bruire leur trace,
    Entre tant de malheurs eſtimant vne grace,
    Qu’vn Monarque ſi grand les regarde courir.
    Ce miracle d’amour, ce courage inuincible,
    Qui n’eſperoit iamais vne choſe poßible
    Que rien finiſt ſa foy que le meſme treſpas :
    De vaillant fait couard, de fidelle fait traiſtre,
    Aux portes de la peur abandonne ſon Maiſtre,
    Et iure impudemment qu’il ne le cognoiſt pas.
    A peine la parolle auoit quitté ſa bouche,
    Qu’vn regret außi prompt en ſon ame le touche,
    Et meſurant ſa faute à la peine d’autruy,
    Voulant faire beaucoup, il ne peut dauantage
    Que ſoupirer tout bas, & ſe mettre au viſage
    Sur le feu de ſa honte vne cendre d’ennuy.
    Les arcs qui de plus pres ſa poitrine ioignirent,
    Les traits qui plus auant dans le ſein l’atteignirent,
    Ce fut quand du Sauueur il ſe vit regardé.
    Les yeux furent les arcs, les œillades les fleſches
    Qui percerent ſon ame, & remplirent de breſches
    Le rempart qu’il auoit ſi laſchement gardé.
    Ceſt aſſaut comparable à l’eclat d’vne foudre,
    Pouſſe & iette d’vn coup ſes deffenſes en poudre,
    Ne laiſſant rien chez luy, que le meſme penſer
    D’vn homme qui tout nu de glaiue & de courage,
    Voit de ſes ennemis la menace & la rage,
    Qui le fer en la main le viennent offenſer.
    Ces beaux yeux ſouverains qui trauerſẽt la terre,
    Mieux que les yeux mortels ne trauerſent le verre,
    Et qui n’ont rien de clos à leur iuſte courroux :
    Entrent victorieux en ſon ame eſtonnee,
    Comme dans vne place au pillage donnee.
    Et luy font receuoir plus de morts que de coups.
    La mer a dans le ſein moins de vagues courantes,
    Qu’il n’a dans le cerueau de formes differantes,
    Et n’a rien toutesfois qui le mette en repos :
    Car aux flots de la peur ſa nauire qui tremble
    Ne trouue point de port, & touſiours il luy ſemble
    Que des yeux de ſon Maiſtre il entend ce propos.
    Et bien, ou maintenant eſt ce braue langage ?
    Cette roche de foy ? ceſt acier de courage ?
    Qu’eſt le feu de ton zele au beſoin deuenu ?
    Où ſont tant de ſerments qui iuroient vne fable ?
    Comme tu fus menteur, ſuis ie pas veritable ?
    Et que t’ay ie promis qui ne ſoit auenu ?
    Toutes les cruautez de ces mains qui m’attachent,
    Le meſpris effronté que ces bouches me crachent,
    Les preuues que ie fay de leur impieté,
    Pleines egallement de fureur & d’ordure,
    Ne me ſont vne pointe aux entrailles ſi dure,
    Comme le ſouuenir de ta deſloyauté.
    Ie ſcay bien qu’au danger les autres de ma ſuitte
    Ont eu peur de la mort, & ſe ſont mis en fuitte :
    Mais toy, que plus que tous i’aimay parfaitement,
    Pour rendre en me niant ton offence plus grande,
    Tu ſuis mes ennemis, t’aſſembles à leur bande,
    Et des maux qu’ils me font prens ton esbattement.
    Le nombre eſt infiny des parolles empraintes,
    Que regarde l’Apoſtre en ces lumieres ſaintes :
    Et celuy ſeullement, que ſous vne beaute
    Les feux d’vn œil humain ont rendu tributaire,
    Iugera ſans mentir quel effet a peu faire
    Des rayons immortels l’immortelle clairté.
    Il eſt bien aſſeuré que l’angoiſſe qu’il porte,
    Ne s’empriſonne pas ſous les clefs d’vne porte,
    Et que de tous coſtez elle ſuyura ſes pas :
    Mais pource qu’il la voit dans les yeux de ſon maiſtre
    Il ſe veut abſenter, eſperant que peut eſtre
    Il la ſentira moins en ne la voyant pas.
    La place luy deplaiſt, ou la trouppe mauditte
    Son Seigneur attaché par outrages depite :
    Et craint tant de tomber en vn autre forfait,
    Qu’il eſtime deſia ſes oreilles coupables,
    D’entendre ce qui ſort de leurs bouches damnables,
    Et ſes yeux d’aßiſter aux tourmens qu’on luy fait.
    Il part, & la douleur qui d’vn morne ſilence
    Entre les ennemis couuroit ſa violence,
    Comm’il ſe voit dehors à ſi peu de compas,
    Qu’il demande tout haut, que le ſort fauorable
    Lui face rencontrer vn amy ſecourable,
    Qui touché de pitié luy donne le trépas.
    En ce piteux eſtat il n’a rien de fidelle,
    Que ſa main qui le guide ou l’orage l’appelle,
    Ses pieds comme ſes yeux ont perdu la vigueur :
    Il a de tout conſeil ſon ame depourueue,
    Et dit en ſoupirant que la nuit de ſa veue
    Ne l’empeſche pas tant que la nuit de ſon cueur.
    Sa vie auparauant ſi cherement gardee,
    Luy ſemble trop long temps icy bas retardee,
    C’eſt elle qui le faſche, & le fait conſumer :
    Il la nomme pariure, il la nomme cruelle,
    Et, touſiours ſe plaignant que ſa faute vient d’elle,
    Il n’en veut faire compte, & ne la peut aymer.
    Va, laiße moy, dit il, va deſloyale vie,
    Si de te retenir autresfoys i’euz enuie,
    Et ſi i’ay deſiré que tu fuſſes chez moy :
    Puis que tu m’as eſté ſi mauuaiſe compaigne,
    Ton infidelle foy maintenant ie deſdagne,
    Quitte moy, ie te quitte, & ne veux plus de toy.
    Sont ce tes beaux deſſeins, mẽſongere & mechãte,
    Qu’vne ſeconde fois ta malice m’enchante ?
    Et que pour retarder d’vne heure ſeulement.
    La nuit deſia prochaine à ta courte iournee,
    Ie demeure en danger que l’ame, qui eſt nee
    Pour ne mourir iamais, meure eternellement ?
    Non, ne m’abuſe plus d’vne laſche penſee,
    Le coup encores frais de ma cheute paſſee
    Me doit avoir apprins à me tenir debout,
    Et ſçauoir diſcerner de la treue la guerre,
    Des richeſſes du ciel les fanges de la terre,
    Et d’vn bien qui s’en vole vn qui n’a point de bout.
    Si quelqu’vn d’auanture en delices abonde,
    Il te perd außi toſt & deſloge du monde.
    Qui te porte amitié, c’eſt à luy que tu nuys :
    Ceux qui te veulẽt mal, ſont ceux que tu conſerues,
    Tu vas à qui te fuit, & touſiours le reſerues
    A ſouffrir, en vivant dauantage d’ennuis.
    On voit par ta rigueur tant de blondes ieuneſſes,
    Tant de riches grãdeurs, tant d’heureuſes vieilleſſes,
    En fuyant le trepas au trepas arriuer :
    Et celuy qui chetif aux miſeres ſuccombe,
    Sans vouloir autre bien, que le bien de la tombe,
    N’ayant qu’vn iour à vivre, il ne peut l’acheuer.
    Que d’hommes fortunez en leur age premiere,
    Trompez de l’inconſtance à nos ans coutumiere,
    Du depuis ſe ſont veuz en eſtrange langueur ?
    Qui fuſſent morts contents, ſi le ciel amiable
    Ne les abuſant pas en ton ſein variable,
    Au temps de leur repos euſt couppé ta longueur.
    Quiconque de plaiſir a ſon ame aßouuie,
    Plein d’honneur & de bien, non ſuiet à l’enuie,
    Sans iamais en ſon aiſe vn malaiſe eſprouuer,
    S’il demande à ſes iours dauantage de terme,
    Que fait il ignorant, qu’attendre de pié ferme
    De voir à ſon beau temps vn orage arriver ?
    Et moy, ſi de mes iours l’importune duree
    Ne m’euſt en vieillißant la ceruelle empiree,
    Ne deuois-ie eſtre ſage, & me reſſouuenir
    D’auoir veu la lumiere aux aueugles rendue,
    Rebailler aux muets la parole perdue,
    Et faire dans les corps les ames reuenir ?
    De ces faits non communs la merveille profonde,
    Qui par la main d’vn ſeul eſtonnoit tout le monde,
    Et tant d’autres encor me deuoient aduertir,
    Que ſi pour leur autheur i’endurois de l’outrage,
    Le meſme qui les fit, en faiſant dauantage,
    Quand on m’offenceroit me pouuoit garantir,
    Mais troublé par les ans, i’ay ſouffert que la crainte
    Loin encore du mal, ait deſcouuert ma feinte :
    Et ſortant promptement de mon ſens & de moy,
    Ne me ſuis apperceu qu’vn deſtin fauorable
    M’offroit en ce danger vn ſuget honorable
    D’acquerir par ma perte vn triomphe à ma foy.
    Que ie porte d’enuie à la trouppe innocente
    De ceux qui maßacrez d’vne main violente
    Virent des le matin leur beau iour accourcy !
    Le fer qui les tua leur donna ceſte grace,
    Que ſi de faire bien ils n’eurent pas l’eſpace,
    Ils n’eurent pas le temps de faire mal außi.
    De ces ieunes guerriers la flotte vagabonde,
    Alloit courre fortune aux orages du monde,
    Et deſia pour voguer abandonnoit le bort,
    Quand l’aguet d’vn pirate arreſta leur voyage :
    Mais leur ſort fut ſi bon, que d’vn meſme naufrage
    Ils ſe virent ſous l’onde, & ſe virent au port.
    Ce furent de beaux lis, qui mieux que la nature,
    Meslans à leur blancheur l’incarnate peinture
    Que tira de leur ſein le couteau criminel,
    Devant que d’vn hyuer la tempeſte & l’orage,
    A leur teint delicat peußent faire dommage,
    S’en allerent fleurir au printemps eternel.
    Ces enfans bien-heureux (creatures parfettes,
    Sans l’imperfection de leurs bouches muettes)
    Ayans Dieu dans le cueur ne le peurent louer :
    Mais leur ſang leur en fut vn teſmoin veritable,
    Et moy pouuant parler, i’ay parlé miſerable
    Pour luy faire vergongne, & le deſauouer.
    Le peu qu’ils ont veſcu leur fut grand auantage,
    Et le trop que ie vy ne me fait que dommage,
    Cruelle occaſion du ſoucy qui me nuit :
    Quand i’auois de ma foy l’innocence premiere,
    Si la nuit de la mort m’euſt priué de lumiere,
    Ie n’aurois pas la peur d’vne immortelle nuit.
    Ce fut en ce troupeau, que venant à la guerre
    Pour combattre l’Enfer & deffendre la terre,
    Le Sauueur inconnu ſa grandeur abbaiſſa :
    Par eux il commença la premiere meſlee,
    Et furent eux außi, que la rage aueuglee
    Du contraire party les premiers offença.
    Qui voudra ſe vanter, auec eux ſe compare,
    D’auoir receu la mort par vn glaive barbare,
    Et d’eſtre allé ſoymeſme au martyre s’offrir.
    L’honneur leur appartient d’auoir ouuert la porte
    A quiconque oſera d’vne ame belle & forte,
    Pour viure dans le Ciel en la terre mourir.
    O deſirable fin de leurs peines paſſees !
    Leurs pieds qui n’ont iamais les ordures preſſees,
    Vn ſuperbe planché des étoilles ſe font :
    Leur ſalaire payé les ſeruices precede,
    Premier que d’auoir mal ils trouuent le remede,
    Et deuant le combat ont les palmes au front.
    Que d’applaudißemens, de rumeur & de preße,
    Que de feux, que de ieux, que de traits de careße,
    Quand là haut en ce point on les veit arriuer ?
    Et quel plaiſir encor’ à leur courage tendre
    Voyant Dieu deuant eux en ſes bras les attendre,
    Et pour leur faire honneur les Anges ſe leuer !
    Et vous femmes trois fois quatre fois biẽ heureuſes,
    De ces ieunes Amours les meres amoureuſes,
    Que faites vous pour eux, ſi vous les regrettez ?
    Vous fachez leur repos, & vous rendez coupables,
    Ou de n’eſtimer pas leurs trepas honorables,
    Ou de porter enuie à leurs felicitez.
    Le ſoir fut auancé de leurs belles iournees :
    Mais qu’euſſent ils gaigné par vn ſiecle d’annees ?
    Ou que leur aduint -il en ce viſte depart,
    Que laiſſer promptement vne baſſe demeure,
    Qui n’a rien que du mal, pour auoir de bonne heure
    Aux plaiſirs eternels vne eternelle part ?
    Si vos yeux penetrans iuſqu’aux choſes futures
    Vous pouuoyent enſeigner leurs belles auentures,
    Vous auriez tant de bien en ſi peu de mal’heurs :
    Que vous ne voudriez pas pour l’empire du monde,
    N’auoir eu dans le ſein la racine feconde
    D’ou naſquit entre nous ce miracle de fleurs.
    Mais moi, puis que les loix me deffendent l’outrage,
    Qu’entre tant de langueurs me commande la rage,
    Et qu’il ne faut ſoymeſme eſteindre ſon flambeau :
    Que m’eſt il demeuré pour conſeil & pour armes,
    Que d’eſcouler ma vie en vn fleuue de larmes,
    Et la chaßant de moy l’enuoyer au tombeau ?
    Je ſçay bien que ma langue aiant commis l’offence,
    Mon cueur incontinent en à fait penitence,
    Mais quoy ! ſi peu de cas ne me rend ſatisfait :
    Mon regret eſt ſi grand, & ma faute ſi grande,
    Qu’vne mer eternelle à mes yeux ie demande,
    Pour pleurer à iamais le peché que i’ay fait.
    Pendant que le chetif en ce point ſe lamente,
    S’arrache les cheueux, ſe bat & ſe tourmente,
    En tant d’extremitez cruellement reduit,
    Il chemine touſiours, mais reſuant à ſa peine,
    Sans donner à ſes pas vne reigle certaine,
    Il erre vagabond où le pié le conduit.
    A la fin eſgaré (car la nuit qui le trouble
    Par les eaux de ſes pleurs ſon ombrage redouble)
    Soit vn cas d’auenture, ou que Dieu l’ait permis :
    Il arriue au iardin, ou la bouche du traiſtre
    Profanant d’vn baiſer la bouche de ſon maiſtre
    Pour en priuer les bons, aux meſchans la remis.
    Comm’vn homme dolent, que le glaiue contraire
    A priué de ſon fils & du tiltre de pere,
    Plaignant deça dela ſon malheur auenu :
    S’il arrive en la place ou s’eſt fait le dommage,,
    L’ennuy renouuelé plus rudement l’outrage,
    En voyant le ſuget à ſes yeux reuenu.
    Le vieillart, qui n’attend vne telle rencontre,
    Si toſt qu’au deſpourueu ſa fortune luy montre
    Le lieu qui fut teſmoin d’vn ſi laſche meffait.
    De nouuelles fureurs ſe deſchire & s’entame
    Et de tous les penſers qui trauaillent ſon ame
    L’extreme cruauté plus cruelle ſe fait.
    Toutefois il n’a rien qu’vne triſteſſe peinte,
    Ses ennuys ſont des ieux, ſon angoiſſe vne feinte,
    Son malheur vn bonheur, & ſes larmes vn ris :
    Au prix de ce qu’il ſent, quand ſa veue abaiſſee,
    Remarque les endroits, ou la terre preſſee,
    A des pieds du Sauueur les veſtiges eſcris.
    C’eſt alors que ſes cris en tonnerres s’eſclattent,
    Ses ſouſpirs ſe font vens, qui les cheſnes combattent,
    Et ſes pleurs qui tantoſt deſcendoient mollement,
    Reſſemble vn torrent, qui des hautes montagnes,
    Ravageant, & noyant les voyſines campagnes,
    Veut que tout l’vniuers ne ſoit qu’vn element.
    Il y fiche ſes yeux, il les baigne, il les baiſe,
    Il ſe couche deſſus, & ſeroit à ſon aiſe,
    S’il pouuoit auec eux à iamais s’attacher :
    Il demeure muet du reſpect qu’il leur porte :
    Mais enfin la douleur ſe rendant la plus forte
    Luy fait encor vn coup vne plainte arracher.
    Pas adorez de moy, quand par accoutumance
    Ie n’aurois comme i’ay de vous la cognoißance,
    Tant de perfections vous deſcouurent aßez :
    Vous auez vne odeur de parfums d’Aßyrie,
    Les autres ne l’ont pas, & la terre fleſtrie
    Eſt belle ſeulement ou vous eſtes paßez.
    Beaux pas de ces beaux piez que les aſtres cõnoißẽt,
    Comme ores à mes yeux vos marques apparoißent,
    Telle autrefois de vous la merueille me prit,
    Quand, deſia demy-clos ſouz la vague profonde,
    Vous ayant appelez, vous affermites l’onde,
    Et m’aßeurant les pieds m’eſtonnaſtes l’eſprit.
    Mais, ô de tant de biens indigne recompenſe !
    O deßus les ſablons inutile ſemence !
    Vne peur ô Seigneur m’a ſeparé de toy :
    Et d’vne ame ſemblable à la mienne pariure
    Tous ceux qui furent tiens, s’ils ne t’ont fait iniure,
    Ont laiſſé ta preſence, & t’ont manqué de foy.
    De douze, deux fois cinq eſtonnez de courage
    Par vne laſche fuitte euiterent l’orage,
    Et tournerent le dos quand tu fus aſſailly :
    L’autre qui fut gaigné d’vne ſalle auarice,
    Fit vn prix de ta vie à l’iniuſte ſupplice
    Et l’autre en te niant plus que tous a failly.
    C’eſt choſe à mon eſprit impoßible à comprendre,
    Et nul autre que toy ne me la peut apprendre,
    Comme à peu ta bonté nos outrages ſouffrir,
    Et qu’attend plus de nous ta longue patience,
    Sinon qu’a l’homme ingrat, la ſeule conſcience
    Doiue eſtre le couteau qui le face mourir ?
    Toutesfois tu ſcais tout, tu connois qui nous ſõmes
    Tu vois quelle inconſtance accompagne les hommes,
    Faciles à flechir quand il faut endurer :
    Si i’ay fait comme vn homme en faiſant vne offẽce,
    Tu feras comme Dieu d’en laißer la vengeance,
    Et m’oſter vn ſuget de me deſeſperer.
    Au moins ſi les regrets de ma faute auenue
    M’ont de ton amitié quelque part retenue,
    Pendant que ie me trouue au millieu de tes pas,
    Deſireux de l’honneur d’vne ſi belle tombe,
    Afin qu’en autre part ma deſpouille ne tombe,
    Puis que ma fin eſt pres, ne la recule pas.
    En ces propos mourans ſes complaintes ſe meurent,
    Mais viuantes ſans fain ſes angoißes demeurent,
    Pour le faire en langueur à iamais conſumer :
    Tandis la nuit s’en va, ſes chandelles s’eſteignent,
    Et deſ-ia deuant luy les campagnes ſe peignent,
    Du ſaffran que le iour apporte de la mer.
    L’Aurore d’vne main, en ſortant de ſes portes,
    Tient vn vaze de fleurs, languiſſantes & mortes,
    Elle verſe de l’autre vne cruche de pleurs,
    Et d’vn voile tiſſu de vapeur & d’orage,
    Couvrant ſes cheueux d’or deſcouvre en ſon viſage,
    Tout ce qu’vn ame ſent de cruelles douleurs.
    Le ſoleil, qui deſdaigne vne telle carriere,
    Puis qu’il faut qu’il deſloge, eſloigne ſa barriere,
    Mais comme vn criminel qui chemine au treſpas,
    Monſtrant que dans le cueur ce voyage le faſche
    Il marche lentement, & deſire qu’on ſache,
    Que ſi ce n’eſtoit force, il ne le feroit pas.
    Ses yeux par vn deſpit en ce monde regardent
    Ses cheuaux tantoſt vont, & tantoſt ſe retardent,
    Eux meſmes ignorans de la courſe qu’ils font,
    Sa lumiere pallit, ſa couronne ſe cache :
    Außi n’en veut il pas, cependant qu’on attache
    A celuy qui l’a fait, des eſpines au front.
    Au point accouſtumé les oyſeaux qui ſommeillẽt,
    Appreſtez à chanter dans les bois ſe reueillent :
    Mais voyant ce matin des autres different,
    Remplis d’eſtonnement ils ne daignent paroiſtre,
    Et font à qui les voit ouvertement connoiſtre,
    De leur peine ſecrete vn regret apparent.
    Le iour eſt deſia grand, & la honte plus claire,
    De l’Apoſtre ennuyé l’aduertit de ſe taire,
    Sa parole ſe laſſe, & le quitte au beſoin :
    Il voit de tous coſtez qu’il n’eſt veu de perſonne
    Toutesfois le remors que ſon ame luy donne,
    Teſmoigne aſſez le mal qui n’a point de teſmoin.
    Außi l’homme qui porte vne ame belle & haute,
    Quand ſeul en vne part il à fait vne faute,
    S’il n’a de iugement ſon eſprit depourveu,
    Il rougit de luy meſme, & combien qu’il ne ſente
    Rien que le ciel preſent & la terre preſente,
    Penſe qu’en ſe voyant tout le monde l’a veu.
    résistance
    15 septembre
    ma vie
    14 septembre

    … Mais, dira-t-on, il fait des vers ?
    — C’est donc une denrée bien rare que les vers ?
    J. J.

    l’Ave Maria
    Toi qui verses les parfums des coupes d’or
    La clameur des satyres vagabonds ?
    Jean Moréas
    Au clair de l’eau.
    Quand
    Peser le voile de la mort.
    C’est notre esprit qui ne voit pas.
    Il peut à peine l’écarter.
    Sur le premier flambeau venu.
    A déjà répondu : « Tu mens !
    Que tu feras de la clarté ? »
    N’ont arraché que des lueurs.
    Les fantômes qui les hantaient.
    L’Invisible à se laisser voir.
    À jamais cet aveugle-né.
    Qu’elle renonce à son tourment.
    Devient de plus en plus navrant.
    Des lèvres de l’Humanité.
    Courage
    Sur
    Là-haut
    Les
    Dans
    Il
    Justice
    Étoiles
    La
    SÉMIDA.
    MADELEINE.
    Alors pourquoi pleurer,.
    Pourquoi fuir ainsi le jour, ô jeune sainte ?
    Oh ! douloureux présent !
    O douce image, ô rêve !
    Mes souvenirs à moi,
    Mais toi, toi qu’un rêve obscur tourmente ;
    Non, nous ne prions pas
    Oui, puisque tu prieras ;
    Au grand jour des alarmes,
    Elle vit dans tes larmes !!!
    LE CHRIST.
    Ce nom, dans l’ombre enseveli,
    Idaméel !!!
    Celui
    Halte ! »
    Avance ! »
    Veux-tu l’abattre ?
    Veux-tu l’abattre ? — Abattre une croix ?… Moi !
    — « Après ? dit-il.
    «
    Ô Crux ave !… dit-il. Quant à vous, scélérats
    !
    Ô Crux ave !
    Les braves !…
    Et la brisaient.
    Ô Crux, Ave !
    Sentiers
    KLEUDDE.
    L’avait reçue en patrimoine,
    Quand chaque évêque était un saint.
    Sixte comprit l’ardent outrage…
    Sorti de son orgueil, s’en vint
    En des fourrés, en des venelles,
    Et de grands gestes fanfarons,
    Avec l’aide savant des mousses,
    Entre les joints, comme en du brou,
    À Théodore de Banville.
    Note 15 du poème de Childe-Harold
    J’ai
    Par ces blasphèmes téméraires,
    » Où règne ta loi frivole,
    Se fût éveillé de soi-même,
    » Durant deux saisons de clémence,
    Elle vit même dans vos âmes,
    Où l’impiété souveraine
    Conduits en ordre par nos prêtres,
    Pourquoi ces prières, ces larmes,
    Et leurs lauriers et les souffrances
    Taisez-vous, foudres et tempêtes !
    Et l’impiété détrônée
    Me voici... je respire à peine !
    Une feuille m’intimidait ;
    Le bruit du ruisseau m’alarmait ;
    Je te vois !... je n’ai plus d’haleine !
    Attends... je croyais aujourd’hui
    De ta peine et de mon ennui.
    Qui battait sous ma collerette,
    Quand on l’appelle ou qu’elle a peur.
    Qui m’attirait, souriait comme toi ;
    Mais aux travaux de la prairie
    Mais je ne dors jamais le jour ;
    Je le sentais à peine respirer.
    Ma mère n’est pas amoureuse !
    Et, quand tu gémissais à l’ombre,
    Le soleil me brûlait le cœur.
    Tout ce qu’il me reste à t’apprendre?
    Et la couronne à l’amour destinée
    N’a servi qu’à voiler mes pleurs.
    Dormait comme ma mère.
    Demande-lui si je t’adore ;
    Dans
    S’est dressé, rouge spectre, ayant aux poings deux torches ;
    Déroute ; enfants, vieillards, bœufs, moutons ; clameur vaine,
    Resta désert.Alors, tragique et se dressant,
    LA JOIE
    Ils sont venus, ils sont venus,
    naïvement nus et goulus
    de raisins de verre et de cierges,
    sur les bras longs des saintes-vierges,
    les dimanches ; sonnez matines,
    Frère Jacques en mes doctrines.
    Or c’en est fini des semaines
    où, dans l’eau, mains rouges, l’on peine ;
    il fait chaude joie dans le cœur
    et les arbres chantent en chœur,
    puis se taisent et font silence
    avec un faux air d’innocence.
    Car ils sont venus les dimanches
    rêvés tout au long des nuits blanches,
    et par la ville, les enfants
    chanteurs de paysages blancs,
    font les oiseaux et s’inquiètent
    que si matin il fasse fête,
    tandis que de messes en quête,
    les vieilles gens perdent la tête.
    Or, dans les rues et les ruelles
    où sonnent fraîches les chapelles,
    les femmes en robes nouvelles
    s’éplorent de se trouver belles ;
    Frère Jacques, sonnez matines
    à leurs douces villes félines.
    Et la ville de mes mille âmes
    dormez-vous, dormez-vous ;
    il fait dimanche, mes femmes
    et ma ville dormez-vous ?
    Et les juifs, honte à mes ruelles,
    — Antiquités et Dentelles —
    même les juifs dormez-vous ?
    Et, vous, mes doux marchands de cierges,
    aux litanies de la Vierge
    immaculée, dormez-vous ?
    Clochers, l’on a volé vos heures,
    Frères Jacques aux demeures
    de quel sommeil dormez-vous ?
    Bonnes gens, il fait grand dimanche,
    et de gel, et de verglas,
    à la ville qu’endimanchent
    les drapeaux des consulats.
    Et s’ébrouant
    rouets rouant,
    les rouets au matin des vieilles,
    leur font s’éjouir les oreilles
    d’un bruit rouant
    et s’ébrouant.
    Brouet brouant
    aux vieux Rouen,
    arde pour les enfants aux langes,
    en feu, la cuisine des anges,
    d’aux vieux Rouen,
    brouet brouant.
    Fleuries, fleurant,
    si bon fleurant,
    aux autels, les femmes ont crainte,
    pour leur robes jaune-hyacinthe,
    fleuries, fleurant,
    si bon fleurant.
    Donné — donnant,
    les bons manants
    comptent l’argent sur leurs doigts pauvres,
    pour quelques roses de Hanovre
    données — donnant,
    mortes — mourant.
    Mais, dans un château
    du paradis est mon âme,
    et, sourde, lui dit Sainte Anne,
    une histoire longue, et trop haut,
    dans un beau château.
    Dans un beau château,
    la Vierge, Jésus et l’âne
    font des parties de campagne
    à l’entour des pièces d’eau,
    dans un beau château.
    Jésus se fatigue aux rames,
    et prend plaisir à mon âme
    qui se rafraîchit dans l’eau,
    des cormorans d’azur clament
    et courent après mon âme
    dans l’herbe du bord de l’eau,
    seigneur auprès de sa dame,
    mon cœur cause avec mon âme
    en échangeant des anneaux,
    dans un beau château.
    Or, les autres des bras en gestes,
    et des baisers, et des yeux ronds,
    les gens du dimanche qui vont
    en voyage avec tant de gestes,
    bon voyage, les trains vont vite,
    aux carrousels des horizons
    sautent les arbres, les maisons,
    bon voyage, les trains vont vite.
    Bon voyage, les jours sont longs
    aux pays neufs et qui s’indurent
    de mirages et d’aventures,
    bon voyage, les jours sont longs.
    Bon voyage, et races latines,
    au bout des très-chrétiennes mers
    des planisphères outre-mer,
    bon voyage, et races latines.
    Bon voyage, faites naufrage ;
    bon voyage, pour avoir faim,
    au soir, en voyant les moulins
    à tour de bras faire du pain.
    Et je m’en reviens de mer
    pauvre pécheur,
    maintenant et à l’heure
    de ce dimanche,
    ainsi soit-il.
    Et je m’en reviens de l’eau,
    les rames haut,
    sonnant comme des heures,
    au beau dimanche,
    ainsi soit-il.
    La voile a coulé dans l’eau
    mon beau bateau,
    maintenant sonne l’heure
    d’un beau dimanche,
    Or la voile, l’aient les tailleurs,
    aussi la mer,
    alors que sonne l’heure
    Un dimanche est dans mon cœur,
    de ce dimanche
    ainsi soit-il.
    Et voile à nul souffle bercée,
    s’enguidonne d’un beau ciel d’or,
    le dimanche très en décor
    pour les femmes de mes pensées ;
    et les femmes ont dépensé
    leur cœur tout devant les fenêtres,
    et creusent d’amour enlisées,
    jusqu’au pleur ce ciel des fenêtres.
    Vierges d’attente et de martyre,
    au gril vert des persiennes lasses,
    dans les jardins des croisées basses,
    les femmes, jusqu’à se mourir,
    cristallisent rouge aux fenêtres
    — appeaux naïvement enfants —
    leur cœur sous les tabliers blancs,
    et tels des rideaux aux fenêtres.
    Or, en vain, les femmes, amantes
    d’aimer, se sentent infinies,
    leurs besognes sont définies,
    et pauvre leur cœur de servantes
    froidit, pour que se fassent blanches
    leurs mains, en très naïves grèves,
    dans la comédie bleu du rêve.
    Or, passent ainsi les dimanches.
    Du village de sa naissance, 3 juillet 1800.
    Même lieu, 18 juillet 1800.
    Même lieu, 20 juillet.
    Même jour, le soir.
    21 juillet 1800.
    1er août 1800, la nuit, au cimetière, près du tombeau de sa mère.
    (En lui montrant le manuscrit.)
    Paris, 16 septembre 1800.
    Paris, 20 septembre 1800.
    Paris, 21 septembre 1800.
    Paris, 21 septembre 1800, le soir.
    22 septembre 1800.
    À Paris, 26 septembre 1800.
    En route, 28 septembre.
    À Madame X
    L’antico valore
    PÉTRARQUE.
    Oui, tu les briseras un jour, tes vieilles chaînes,
    Italie et Pologne, et toi ma pauvre Irlande,
    Italie, Italie, ô mon premier amour !
    Frères, soyez unis, et qu’un seul soleil brille
    Ah ! qu’il fut beau le jour, Naple, où le parlement
    Toi qui chantas ses pleurs, poëte citoyen,
    Mais le ciel est si pur, et le jour si vermeil !
    nakfè taloa
    nakfé taloa ; chantre au pâle visage
    Bas-de- Cuir
    Tueur-de-daim
    longue carabine
    Blanche-peau
    trappeurs, les libres pionniers
    couverte
    sagamité
    Bas-de-Quir
    1889.
    Prière
    (Paris, août 1838.)
    JAN SNUL.
    À volets clos. C’étaient des fêtes solennelles
    Par les sentiers des prés, par le chemin des bouges,
    Trois Rois
    Jammes
    Tes préjugés vaincus ? que non pas !
    Sous
    Jacques d’Artevelde
    JACQUES D’ARTEVELDE
    Des plaintes de ta faim.
    Et ta cause fut sienne et ton travail reprit.
    Sautaient vers l’avenir, dans les bonds de leurs cloches.
    Heures sombres ! mais qui furent encor plus sombres,
    Jaillis des cours, des ruelles, des quais, des bouges,
    . . . . . . . . .
    L’IVRESSE

    À Madame Douday-Dupré

    AMOUR
    LE FILS DE L’HOMME
    *
    *     *
    N’ont pas un plus étrange son.
    Dans l’avenir qui vous attend.
    Que j’abandonne à ta merci !
    L’amour qui te dit : Crois en moi ?
    Aurait jonché notre chemin !
    Pour toi j’aurais tout dévoilé.
    Que nous pouvons nous délier
    Guirlande attachée au cercueil !
    À tes yeux n’était-ce donc rien ?
    Et j’aurais peine à pardonner.
    Qui flétrit ce qu’elle a blessé.
    « Des arbres morts de la forêt.
    « La mousse est fraîche au fond des bois… »
    Aux accents plaintifs de ses vers.
    Hélas ! que vas-tu devenir ?
    Don
    Voici le mois des eaux mornes et croupissantes
    Autour des bourgs, parmi les routes et les sentes,
    Au long des clos, sur les labours et sur les prés,
    Voici le mois humide et flasque et macéré
    Dans la pluie et la brume et les neiges fondues.
    Les rivières qui font le tour des étendues :
    Le Rupel et la Lys, la Durme et le Démer,
    Gorgent trop lourdement le grand Escaut nocturne
    Pour que là-bas, au loin, en Hollande, ses urnes
    Puissent, avant le flux, se déverser en mer.
    Une digue se rompt, on ne sait où, la nuit.
    Amas de boue, amas de bruit,
    Troncs emportés, souches énormes,
    Le flot,
    Tel un mont d’eau,
    Un cri ! et puis soudain des tumultes d’abois,
    Et de longues clameurs et des plaintes sauvages.
    Puis un arrêt — et la crainte que tout soit mort.
    Pourtant ceux qui, là-haut, habitent les bruyères,
    Et dont le flot bourbeux vient d’épargner le sort,
    Sont descendus, le cœur battant, vers la rivière.
    Bornes, portes, pavés, poteaux, murs et cloisons,
    Gît renversé, tandis que l’eau toujours plus haute
    Monte sinistrement assiéger les maisons.
    On voit à peine. Un ciel d’hiver, gris et funèbre,
    Un ciel de morne hiver à l’infini s’étend ;
    Les pieds butent, les mains tâtent et l’on entend
    Ici, là-bas, partout, des chocs en des ténèbres.
    Pour sauver Dieu, le vieux curé
    Court vers l’église :
    Dans la fange du cimetière
    Ses pas s’enlisent.
    Les trois meules du bord du pré
    Croulent — et les épis sacrés
    Et les avoines d’or de la moisson dernière
    Sont balayés à plein torrent dans la rivière.
    Et le flot monte et se gonfle toujours !
    Des malades crient au secours
    Avec des voix si lasses
    Qu’elles s’épuisent ou se cassent
    Avant d’être entendues ;
    Des aïeules, portant l’enfant entre leurs bras,
    S’enfuient vers l’étendue.
    Les bœufs, au fond des prés, là-bas,
    Meuglent et meuglent.
    Au coin d’un mur s’est appuyé l’aveugle,
    Et son bâton noueux
    Frappe, d’un geste vain, le vide à l’aventure.
    Une flamme, soudaine, envahit les pâtures :
    Le sot du bourg, sans qu’on le voie, a mis le feu
    À la grange du coin, où s’étendent les mares ;
    Et le flot monte encore, et monte
    D’une poussée infatigable et prompte.
    On les surprend, à la lueur de l’incendie,
    Le chaume entier s’enfonce et cède sous leur poids.
    La poutre craque et puis se fend par le milieu;
    Alors un cri si noir troue au cœur tout l’espace,
    Et tant de peur humaine en ce seul cri s’amasse,
    Qu’à l’entendre monter le silence se fait.
    Enfin, l’aube paraît :
    Au bas d’un ciel d’encre et de cendre,
    Le flot, sombre et sournois,
    Qui s’acharna contre ce coin de Flandre,
    À bout de rage et de haine sauvage,
    Décroît.
    Sur la plaine de deuil, de vase et de ruine,
    La mort putride a défoncé toutes les portes
    Et charrié, vers la rivière et ses remous,
    On a peur de rentrer dans les étables noires,
    De constater que tant d’efforts ont été vains.
    Mais déjà, sur la berge, en aval du village
    À Madame Louise Ackermann.
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    À François Coppée.
    divisa
    Blanches-Peaux
    buffalo
    péni-huàk
    Pâles-visages
    Blanches-peaux
    barbarie
    civilisés
    péni-louak
    Rouges-peaux
    in vino veritas
    Bruxelles, août - Londres, septembre 1871
    I - Portrait
    II – La Chanson
    III – Sous les Châtaigniers
    IV – La Métairie du Moulin
    V – L’Adieu
    VI – La Grand’route
    VII – La Plainte d’Aimée
    VIII – Le Retour
    IX – La Mort d’Aimée
    X – Deux Novembre 185…
    XI - Epilogue
    Jéhova de la terre a consacré les cimes ;
    Elles sont de ses pas le divin marchepied,
    C’est là qu’environné de ses foudres sublimes
    Il vole, il descend, il s’assied.
    Sina, l’Olympe même, en conservent la trace ;
    L’Oreb, en tressaillant, s’inclina sous ses pas ;
    Thor entendit sa voix, Gelboé vit sa face;
    Golgotha pleura son trépas.
    Dieu que l’Hébron connait, Dieu que Cédar adore,
    Ta gloire à ces rochers jadis se dévoila;
    Sur le sommet des monts nous te cherchons encore;
    Seigneur, réponds-nous ! es-tu là ?
    Paisibles habitants de ces saintes retraites,
    Comme l’ont entendu les guides d’Israël,
    Dans le calme des nuits, des hauteurs où vous êtes
    N’entendez-vous donc rien du ciel ?
    Ne voyez-vous jamais les divines phalanges
    Sur vos dômes sacrés descendre et se pencher ?
    N’entendez-vous jamais des doux concerts des anges
    Retentir l’écho du rocher ?
    Quoi ! l’âme en vain regarde, aspire, implore, écoute ;
    Entre le ciel et nous, est-il un mur d’airain ?
    Vos yeux, toujours levés vers la céleste voûte,
    Vos yeux sont-ils levés en vain ?
    Pour s’élancer, Seigneur, où ta voix les appelle,
    Les astres de la nuit ont des chars de saphirs,
    Pour s’élever à toi, l’aigle au moins a son aile;
    Nous n’avons rien que nos soupirs !
    Que la voix de tes saints s’élève et te désarme,
    La prière du juste est l’encens des mortels ;
    Et nous, pêcheurs, passons: nous n’avons qu’une larme
    A répandre sur tes autels.
    Ce me semble, de vieilles planches ? »
    Recuit à la flamme éternelle !
    Ce Redresseur que tu célèbres ? »
    Être vertueux, dans une heure ! »
    Qu’habite et que ronge un insecte ! »
    À la joyeuse Messe noire ?
    Énorme et laid comme le monde !
    D’aller au Ciel et d’être riche ?
    Compagnons de ma triste joie,
    Et qui n’est pas de pierre tendre ;
    Un Ange sonne la victoire
    Et ta prudence est infinie. »
    Dont elle chante les louanges.
    PRIÈRE.
    À Alphonse Daudet.
    À Charles Desfossez.
    À Henry Forneron.
    À Aymar de Saint-Amant.
    À Feyen Perrin.
    Et rex David senuerat.
    À Léon Valade.
    À Eugène Fromentin.
    À Léon Philippe.
    À Gustave Barré.
    À Armand Renaud.
    Mais tout passe !
    La vision cessa.
    Elle se recueillait.
    A-t-elle un peu dormi ? »
    De sa sonnette. »
    Entre.
    I suoi pensieri in lui dormir non ponno
    Lib., c. 10.
    Le Théâtre représente une chaumière des Alpes.
    MANFRED. — LE CHASSEUR DE CHAMOIS.
    Traduit par ADOLPHE RÉGNIER.

    le grand
    qui passaient
    il paraît absorbé, et réfléchit profondément
    Avril, 1835.
    C’est
    merlan
    payer le mannezingue
    Polyte
    brandezingue,
    Dos-bleu
    BON RETOUR DU CHAMP DU NORD
    Persil
    Galimard cherchant la ligne
    Ducornet-né-sans-bras
    sursoit
    Idéal
    Ô
    Je te supplie, enfant, par ta vie et la mienne !
    Femme, Cyrille, évêque, est sur ton seuil.
                                                                        Qu’il vienne !
    Au lieu de blasphémer, apprenons à bénir !
    C’était
    À René Vallery-Radot.
    O salutaris hostia
    O salutaris hostia
    Il vivait.
    Une voix
    Pensif, je regardais l’incorruptible airain.
    Riez
    L’HORLOGER
    Je ne lui pus rien dire.
    Il me la raconta ; et nous fûmes amis.
    Mais ne me fit aucun reproche.
    Ô femmes dont les mains sont belles,
    Vous dédiez, par charité,
    Leur sûre et tranquille bonté
    Au soin quotidien des blessures mortelles.
    Ceux dont les traits se sont pâlis
    Sous la souffrance coutumière
    Les voient agir dans la lumière,
    Leur âme en devient résignée,
    Si douce en est la vision,
    Lorsque vous frôle un lent rayon
    Le médicament fade et froid
    Et même la tasse où se fanent
    Les quatre fleurs d’une tisane
    Tout s’embellit et se rehausse ;
    Et néanmoins la mort est là
    Qui rôde et regarde déjà
    Confient aux vents qui passent
    Oh ! la canaille !... et passer son chemin.
    logique
    positifs
    pratiques
    mystiques
    bonnes vieilles femmes
    Bienheureux
    Martial de Paris
    Heureuse ainsi que moi dans un tout petit coin.
    Bouilly. —
    Comme un phare au-dessus des flots.
    Marquerait tout un peuple au front ! »
    Pour voir les plus grands de l’État.
    L’homme de bronze surgira.
    Il se brûle en s’illuminant.
    Eh
    Brise à jamais le moule humain.
    Plus dociles à tes desseins,
    À l’œuvre ! il s’agit d’enfanter.
    Entre ta pensée et tes flancs.
    Que tu devras ensevelir.
    À l’infini pour reculer.
    N’est qu’un fantôme éblouissant.
    Je meurs, et Lui ne naîtra pas.
    Le signe empreint des hauts destins.
    Je suis là, prêt à m’élancer.
    Tout s’enflamme ou tout va germer.
    T’a tendu ton premier miroir.
    Je m’exaspère et me débats.
    Il m’aurait livré son secret.
    Ce cri terrible est répété.
    Plonge sans fond dans la douleur.
    Ou m’engloutir, ou me briser !
    De cet atome audacieux.
    Aussi pour tes avortements !
    À te suivre dans ton essor !
    Tu n’as su faire qu’un tombeau !
    Toi, dont le monde encore ignore le vrai nom, Esprit mystérieux, mortel, ange ou démon, Qui que tu sois, Byron, bon ou fatal génie, J’aime de tes concerts la sauvage harmonie, Comme j’aime le bruit de la foudre et des vents Se mêlant dans l’orage à la voix des torrents ! La nuit est ton séjour, l’horreur est ton domaine : L’aigle, loin des déserts, dédaigne ainsi la plaine ; Il ne veut, comme toi, que des rocs escarpés Que l’hiver a blanchis, que la foudre a frappés, Des rivages couverts des débris du naufrage, Ou des champs tout noircis des restes de carnage : Et tandis que l’oiseau qui chante ses douleurs Bâtit au bord des eaux son nid parmi les fleurs, Lui des sommets d’Athos franchit l’horrible cime, Suspend aux flancs des monts son aire sur l’abîme, Et là, seul, entouré de membres palpitants, De rochers d’un sang noir sans cesse dégouttants, Trouvant sa volupté dans les cris de sa proie, Bercé par la tempête, il s’endort dans sa joie. Et toi, Byron, semblable ai ce brigand des airs, Les cris du désespoir sont tes plus doux concerts. Le mal est ton spectacle, et l’homme est ta victime. Ton œil, comme Satan, a mesuré l’abîme, Et ton âme, y plongeant loin du jour et de Dieu, A dit à l’espérance un éternel adieu ! Comme lui, maintenant, régnant dans les ténèbres, Ton génie invincible éclate en chants funèbres ; Il triomphe, et ta voix, sur un mode infernal, Chante l'hymne de gloire au sombre dieu du mal. Mais que sert de lutter contre sa destinée ? Que peut contre le sort la raison mutinée ? Elle n'a, comme l’œil, qu'un étroit horizon. Ne porte pas plus loin tes yeux ni ta raison : Hors de là tout nous fuit, tout s’éteint, tout s’efface ; Dans ce cercle borné Dieu t’a marqué ta place : Comment ? pourquoi ? qui sait ? De ses puissantes mains Il a laissé tomber le monde et les humains, Comme il a dans nos champs répandu la poussière, Ou semé dans les airs la nuit et la lumière ; Il le sait, il suffit : l’univers est à lui, Et nous n’avons à nous que le jour d’aujourd’hui ! Notre crime est d’être homme et de vouloir connaître : Ignorer et servir, c’est la loi de notre être. Byron, ce mot est dur : longtemps j’en ai douté ; Mais pourquoi reculer devant la vérité ? Ton titre devant Dieu, c’est d'être son ouvrage, De sentir, d’adorer ton divin esclavage ; Dans l’ordre universel faible atome emporté, D’unir à ses desseins ta libre volonté, D’avoir été conçu par son intelligence, De le glorifier par ta seule existence : Voilà, voilà ton sort. Ah ! loin de l’accuser, Baise plutôt le joug que tu voudrais briser ; Descends du rang des dieux qu’usurpait ton audace ; Tout est bien, tout est bon, tout est grand à sa place ; Aux regards de celui qui fit l’immensité L’insecte vaut un monde : ils ont autant coûté ! Mais cette loi, dis-tu, révolte ta justice ; Elle n’est a tes yeux qu’un bizarre caprice, Un piége où la raison trébuche a chaque pas. Confessons-la, Byron, et ne la jugeons pas. Comme toi, ma raison en ténèbres abonde, Et ce n’est pas à moi de t’expliquer le monde. Que celui qui l’a fait t’explique l’univers : Plus je sonde l’abîme, hélas ! plus je m’y perds. Ici-bas, la douleur à la douleur s'enchaîne, Le jour succède au jour, et la peine à la peine. Borné dans sa nature, infini dans ses vœux, L'homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux : Soit que, déshérité de son antique gloire, De ses destins perdus il garde la mémoire ; Soit que de ses désirs l’immense profondeur Lui présage de loin sa future grandeur, Imparfait ou déchu, l’homme est le grand mystère. Dans la prison des sens enchaîné sur la terre, Esclave, il sent un cœur né pour la liberté ; Malheureux, il aspire à la félicité ; Il veut sonder le monde, et son œil est débile ; Il veut aimer toujours : ce qu’il aime est fragile ! Tout mortel est semblable et l’exilé d’Éden : Lorsque Dieu l'eut banni du céleste jardin, Mesurant d’un regard les fatales limites, Il s’assit en pleurant aux portes interdites. Il entendit de loin dans le divin séjour L’harmonieux soupir de l’éternel amour, Les accents du bonheur, les saints concerts des anges Qui, dans le sein de Dieu, célébraient ses louanges ; Et, s’arrachant du ciel dans un pénible effort, Son œil avec effroi retomba sur son sort. Malheur à qui du fond de l’exil de la vie Entendit ces concerts d’un monde qu’il envie ! Du nectar idéal sitôt qu'elle a goûté, La nature répugne à la réalité ; Dans le sein du possible en songe elle s'élance ; Le réel est étroit, le possible est immense ; L’âme avec ses désirs s'y bâtit un séjour Où l’on puise à jamais la science et l’amour ; Où, dans des océans de beauté, de lumière, L’homme, altéré toujours, toujours se désaltère, Et, de songes si beaux enivrant son sommeil, Ne se reconnaît plus au moment du réveil. Hélas ! tel fut ton sort, telle est ma destinée. J’ai vidé comme toi la coupe empoisonnée ; Mes yeux, comme les tiens, sans voir se sont ouverts ; J’ai cherché vainement le mot de l’univers, J’ai demandé sa cause à toute la nature, J’ai demandé sa fin à toute créature ; Dans l’abîme sans fond mon regard a plongé ; De l’atome au soleil j’ai tout interrogé, J’ai devancé les temps, j’ai remonté les âges : Tantôt passant les mers pour écouter les sages ; Mais le monde à l’orgueil est un livre fermé ! Tantôt, pour deviner le monde inanimé, Fuyant avec mon âme au sein de la nature, J’ai cru trouver un sens à cette langue obscure. J’étudiai la loi par qui roulent les cieux ; Dans leurs brillants déserts Newton guida mes yeux ; Des empires détruits je méditai la cendre ; Dans ses sacrés tombeaux Rome m’a vu descendre ; Des mânes les plus saints troublant le froid repos, J’ai pesé dans mes mains la cendre des héros : J’allais redemander à leur vaine poussière Cette immortalité que tout mortel espère. Que dis-je ? suspendu sur le lit des mourants, Mes regards la cherchaient dans des yeux expirants ; Sur ces sommets noircis par d’éternels nuages, Sur ces flots sillonnés par d’éternels orages, J’appelais, je bravais le choc des éléments. Semblable à la sibylle en ses emportements, J’ai cru que la nature, en ces rares spectacles, Laissait tomber pour nous quelqu’un de ses oracles : J’aimais à m’enfoncer dans ces sombres horreurs. Mais en vain dans son calme, en vain dans ses fureurs, Cherchant ce grand secret sans pouvoir le surprendre, J’ai vu partout un Dieu sans jamais le comprendre ! J’ai vu le bien, le mal, sans choix et sans dessein, Tomber comme au hasard, échappés de son sein ; J’ai vu partout le mal ou le mieux pouvait être, Et je l’ai blasphémé, ne pouvant le connaître ; Et ma voix, se brisant contre ce ciel d’airain, N’a pas même eu l’honneur d’irriter le destin. Mais un jour que, plongé dans ma propre infortune, J’avais lassé le ciel d’une plainte importune, Une clarté d’en haut dans mon sein descendit, Me tenta de bénir ce que j’avais maudit ; Et, cédant sans combattre au souffle qui m’inspire, L’hymne de la raison s’élança de ma lyre.  « Gloire à toi dans les temps et dans l’éternité, » Éternelle raison, suprême volonté ! » Toi, dont l’immensité reconnaît la présence ; » Toi, dont chaque matin annonce l’existence ! » Ton souffle créateur s’est abaissé sur moi ; » Celui qui n’était pas a paru devant toi ! » J’ai reconnu ta voix avant de me connaître, » Je me suis élancé jusqu’aux portes de l’Être : » Me voici ! le néant te salue en naissant ; » Me voici ! mais que suis-je ? un atome pensant. » Qui peut entre nous deux mesurer la distance ? » Moi, qui respire en toi ma rapide existence, » À l’insu de moi-même, à ton gré façonné, » Que me dois-tu, Seigneur, quand je ne suis pas né ? » Rien avant, rien après : gloire à la fin suprême ! » Qui tira tout de soi se doit tout à soi-même. » Jouis, grand artisan, de l’œuvre de tes mains : » Je suis pour accomplir tes ordres souverains ; » Dispose, ordonne, agis ; dans les temps, dans l’espace, » Marque-moi pour ta gloire et mon jour et ma place : » Mon être, sans se plaindre et sans t’interroger, » De soi-même, en silence, accourra s’y ranger. » Comme ces globes d’or qui dans les champs du vide » Suivent avec amour ton ombre qui les guide, » Noyé dans la lumière ou perdu dans la nuit, » Je marcherai comme eux où ton doigt me conduit : » Soit que, choisi par toi pour éclairer les mondes, » Réfléchissant sur eux les feux dont tu m’inondes, » Je m’élance entouré d’esclaves radieux, » Et franchisse d’un pas tout l’abîme des cieux ; » Soit que, me reléguant loin, bien loin de ta vue, » Tu ne fasses de moi, créature inconnue, » Qu’un atome oublié sur les bords du néant, » Ou qu’un grain de poussière emporté par le vent, » Glorieux de mon sort, puisqu’il est ton ouvrage, » J’irai, j’irai partout te rendre un même hommage, » Et, d’un égal amour accomplissant ta loi, » Jusqu’aux bords du néant murmurer : Gloire à toi ! » Ni si haut, ni si bas ! simple enfant de la terre, » Mon sort est un problème, et ma fin un mystère ; » Je ressemble, Seigneur, au globe de la nuit, » Qui, dans la route obscure où ton doigt le conduit, » Réfléchit d’un côté les clartés éternelles, » Et de l’autre est plongé dans les ombres mortelles. » L’homme est le point fatal où les deux infinis » Par la toute-puissance ont été réunis. » À tout autre degré, moins malheureux peut-être, » J’eusse été... Mais je suis ce que je devais être ; » J’adore sans la voir ta suprême raison : » Gloire à toi qui m’as fait ! ce que tu fais est bon. » Cependant, accablé sous le poids de ma chaîne, » Du néant au tombeau l’adversité m’entraîne ; » Je marche dans la nuit par un chemin mauvais, » Ignorant d’où je viens, incertain où je vais, » Et je rappelle en vain ma jeunesse écoulée, » Comme l’eau du torrent dans sa source troublée. » Gloire à toi ! Le malheur en naissant m’a choisi ; » Comme un jouet vivant ta droite m’a saisi ; » J’ai mangé dans les pleurs le pain de ma misère, » Et tu m’as abreuvé des eaux de ta colère. » Gloire à toi ! J’ai crié, tu n’as pas répondu ; » J’ai jeté sur la terre un regard confondu ; » J’ai cherché dans le ciel le jour de ta justice ; » Il s’est levé, Seigneur, et c’est pour mon supplice. » Gloire a toi ! L’innocence est coupable à tes yeux : » Un seul être, du moins, me restait sous les cieux ; » Toi-même de nos jours avais mêlé la trame, » Sa vie était ma vie, et son âme mon âme ; » Comme un fruit encor vert du rameau détaché, » Je l’ai vu de mon sein avant l’âge arraché ! » Ce coup, que tu voulais me rendre plus terrible, » La frappa lentement pour m’être plus sensible : » Dans ses traits expirants, où je lisais mon sort, » J’ai vu lutter ensemble et l’amour et la mort ; » J’ai vu dans ses regards la flamme de la vie, » Sous la main du trépas par degrés assoupie, » Se ranimer encore au souffle de l’amour. » Je disais chaque jour : Soleil, encore un jour ! » Semblable au criminel qui, plongé dans les ombres, » Et descendu vivant dans les demeures sombres, » Près du dernier flambeau qui doive l’éclairer, » Se penche sur sa lampe et la voit expirer, » Je voulais retenir l’âme qui s’évapore ; » Dans son dernier regard je la cherchais encore ! » Ce soupir, ô mon Dieu, dans ton sein s’exhala : » Hors du monde avec lui mon espoir s’envola ! » Pardonne au désespoir un moment de blasphème, » J’osai… Je me repens ; Gloire au maître suprême ! » Il fit l’eau pour couler, l’aquilon pour courir, » Les soleils pour brûler, et l’homme pour souffrir ! » Que j’ai bien accompli cette loi de mon être ! » La nature insensible obéit sans connaître, » Moi seul, te découvrant sous la nécessité, » J’immole avec amour ma propre volonté ; » Moi seul je t’obéis avec intelligence ; » Moi seul je me complais dans cette obéissance ; » Je jouis de remplir en tout temps, en tout lieu, » La loi de ma nature et l’ordre de mon Dieu ; » J’adore en mes destins ta sagesse suprême, » J’aime ta volonté dans mes supplices même : » Gloire à toi ! gloire à toi ! Frappe, anéantis-moi ! » Tu n’entendras qu’un cri : Gloire à jamais à toi ! » Ainsi ma voix monta vers la voûte céleste : Je rendis gloire au ciel, et le ciel fit le reste. Mais silence, ô ma lyre ! Et toi, qui dans tes mains Tiens le cœur palpitant des sensibles humains, Byron, viens en tirer des torrents d’harmonie : C’est pour la vérité que Dieu fit le génie. Jette un cri vers le ciel, ô chantre des enfers ! Le ciel même aux damnés enviera tes concerts. Peut-être qu’à ta voix, de la vivante flamme Un rayon descendra dans l’ombre de ton âme ; Peut-être que ton cœur, ému de saints transports, S’apaisera soi-même a tes propres accords, Et qu’un éclair d’en haut perçant ta nuit profonde, Tu verseras sur nous la clarté qui t’inonde. Ah ! si jamais ton luth, amolli par tes pleurs, Soupirait sous tes doigts l’hymne de tes douleurs, Ou si, du sein profond des ombres éternelles, Comme un ange tombé tu secouais tes ailes, Et, prenant vers le jour un lumineux essor, Parmi les chœurs sacrés tu t’essayais encor ; Jamais, jamais l’écho de la céleste voûte, Jamais ces harpes d’or que Dieu lui-même écoute, Jamais des séraphins les chœurs mélodieux De plus divins accords n’auraient ravi les cieux ! Courage, enfant déchu d’une race divine ! Tu portes sur ton front ta superbe origine ; Tout homme, en te voyant, reconnaît dans tes yeux Un rayon éclipsé de la splendeur des cieux ! Roi des chants immortels, reconnais-toi toi-même ! Laisse aux fils de la nuit le doute et le blasphème ; Dédaigne un faux encens qu’on t’offre de si bas : La gloire ne peut être où la vertu n’est pas. Viens reprendre ton rang dans ta splendeur première Parmi ces purs enfants de gloire et de lumière Que d’un souffle choisi Dieu voulut animer, Et qu’il fit pour chanter, pour croire, et pour aimer !
    À Edmond de Guerle.
    Vêtus
    Angelus domini
    In-pace
    Ô la splendeur de notre joie,
    Tissée en or dans l’air de soie !
    Voici la maison douce et son pignon léger,
    Et le jardin et le verger.
    Voici le banc, sous les pommiers
    D’où s’effeuille le printemps blanc,
    À pétales frôlants et lents.
    Voici des vols de lumineux ramiers
    Plânant, ainsi que des présages,
    Dans le ciel clair du paysage.
    Voici — pareils à des baisers tombés sur terre
    De la bouche du frêle azur —
    Deux bleus étangs simples et purs,
    Bordés naïvement de fleurs involontaires.
    Ô la splendeur de notre joie et de nous-mêmes,
    En ce jardin où nous vivons de nos emblèmes !
    Là-bas, de lentes formes passent,
    Sont-ce nos deux âmes qui se délassent,
    Au long des bois et des terrasses ?
    Sont-ce tes seins, sont-ce tes yeux
    Ces deux fleurs d’or harmonieux ?
    Et ces herbes — on dirait des plumages
    Mouillés dans la source qu’ils plissent —
    Sont-ce tes cheveux frais et lisses ?
    Certes, aucun abri ne vaut le clair verger,
    Ni la maison au toit léger,
    Ni ce jardin, où le ciel trame
    Ce climat cher à nos deux âmes.
    Quoique nous le voyions fleurir devant nos yeux,
    Ce jardin clair où nous passons silencieux,
    C’est plus encore en nous que se féconde
    Le plus joyeux et le plus doux jardin du monde.
    Car nous vivons toutes les fleurs,
    Toutes les herbes, toutes les palmes
    En nos rires et en nos pleurs
    De bonheur pur et calme.
    Car nous vivons toutes les transparences
    De l’étang bleu qui reflète l’exubérance
    Des roses d’or et des grands lys vermeils :
    Bouches et lèvres de soleil.
    Car nous vivons toute la joie
    Dardée en cris de fête et de printemps,
    En nos aveux, où se côtoient
    Les mots fervents et exaltants.
    Oh ! dis, c’est bien en nous que se féconde
    Le plus joyeux et clair jardin du monde.
    Ce chapiteau barbare, où des monstres se tordent,
    Soudés entre eux, à coups de griffes et de dents,
    En un tumulte fou de sang, de cris ardents,
    De blessures et de gueules qui s’entre-mordent,
    C’était moi-même, avant que tu fusses la mienne,
    Ô toi la neuve, ô toi l’ancienne !
    Qui vins à moi des loins d’éternité,
    Avec, entre tes mains, l’ardeur et la bonté.
    Je sens en toi les mêmes choses très profondes
    Qu’en moi-même dormir
    Et notre soif de souvenir
    Boire l’écho, où nos passés se correspondent.
    Nos yeux ont dû pleurer aux mêmes heures,
    Sans le savoir, pendant l’enfance :
    Avoir mêmes effrois, mêmes bonheurs,
    Mêmes éclairs de confiance :
    Car je te suis lié par l’inconnu
    Qui me fixait, jadis au fond des avenues
    Par où passait ma vie aventurière,
    Et, certes, si j’avais regardé mieux,
    J’aurais pu voir s’ouvrir tes yeux
    Depuis longtemps en ses paupières.
    Le ciel en nuit s’est déplié
    Et la lune semble veiller
    Sur le silence endormi.
    Tout est si pur et clair,
    Tout est si pur et si pâle dans l’air
    Et sur les lacs du paysage ami,
    Qu’elle angoisse, la goutte d’eau
    Qui tombe d’un roseau
    Et tinte et puis se tait dans l’eau.
    Mais j’ai tes mains entre les miennes
    Et tes yeux sûrs, qui me retiennent,
    De leurs ferveurs, si doucement ;
    Et je te sens si bien en paix de toute chose,
    Que rien, pas même un fugitif soupçon de crainte,
    Ne troublera, fût-ce un moment,
    La confiance sainte
    Qui dort en nous comme un enfant repose.
    Chaque heure, où je pense à ta bonté
    Si simplement profonde,
    Je me confonds en prières vers toi.
    Je suis venu si tard
    Vers la douceur de ton regard
    Et de si loin, vers tes deux mains tendues,
    Tranquillement, par à travers les étendues !
    J’avais en moi tant de rouille tenace
    Qui me rongeait, à dents rapaces,
    La confiance ;
    J’étais si lourd, j’étais si las,
    J’étais si vieux de méfiance,
    J’étais si lourd, j’étais si las
    Du vain chemin de tous mes pas.
    Je méritais si peu la merveilleuse joie
    De voir tes pieds illuminer ma voie,
    Que j’en reste tremblant encore et presqu’en pleurs,
    Et humble, à tout jamais, en face du bonheur.
    Tu arbores parfois cette grâce bénigne
    Du matinal jardin tranquille et sinueux
    Qui déroule, là-bas, parmi les lointains bleus,
    Ses doux chemins courbés en cols de cygne.
    Et, d’autres fois, tu m’es le frisson clair
    Du vent rapide et miroitant
    Qui passe, avec ses doigts d’éclair,
    Dans les crins d’eau de l’étang blanc.
    Au bon toucher de tes deux mains,
    Je sens comme des feuilles
    Me doucement frôler ;
    Que midi brûle le jardin,
    Les ombres, aussitôt, recueillent
    Les paroles chères dont ton être a tremblé.
    Chaque moment me semble, grâce à toi,
    Passer ainsi divinement en moi.
    Aussi, quand l’heure vient de la nuit blême,
    Où tu te cèles en toi-même,
    En refermant les yeux,
    Sens-tu mon doux regard dévotieux,
    Plus humble et long qu’une prière,
    Remercier le tien sous tes closes paupières ?
    Oh ! laisse frapper à la porte
    La main qui passe avec ses doigts futiles ;
    Notre heure est si unique, et le reste qu’importe,
    Le reste, avec ses doigts futiles.
    Laisse passer, par le chemin,
    La triste et fatigante joie,
    Avec ses crécelles en mains.
    Laisse monter, laisse bruire
    Et s’en aller le rire ;
    Laisse passer la foule et ses milliers de voix.
    L’instant est si beau de lumière,
    Dans le jardin, autour de nous,
    L’instant est si rare de lumière trémière,
    Dans notre cœur, au fond de nous.
    De ce qui vient ou passe,
    Et de rester les doux qui bénissons le jour.
    Même devant la nuit d’ombre barricadée,
    Aimant en nous, par dessus tout, l’idée
    Que bellement nous nous faisons de notre amour.
    Comme aux âges naïfs, je t’ai donné mon cœur,
    Ainsi qu’une ample fleur
    Qui s’ouvre, au clair de la rosée ;
    Entre ses plis frêles, ma bouche s’est posée.
    La fleur, je la cueillis au pré des fleurs en flamme ;
    Ne lui dis rien : car la parole entre nous deux
    Serait banale, et tous les mots sont hasardeux.
    C’est à travers les yeux que l’âme écoute une âme.
    La fleur qui est mon cœur et mon aveu,
    Tout simplement, à tes lèvres confie
    Qu’elle est loyale et claire et bonne, et qu’on se fie
    Au vierge amour, comme un enfant se fie à Dieu.
    Laissons l’esprit fleurir sur les collines,
    En de capricieux chemins de vanité ;
    Et faisons simple accueil à la sincérité
    Qui tient nos deux cœurs clairs, en ses mains cristallines ;
    Et rien n’est beau comme une confession d’âmes,
    L’une à l’autre, le soir, lorsque la flamme
    Des incomptables diamants
    Brûle, comme autant d’yeux
    Silencieux,
    Le silence des firmaments.
    Le printemps jeune et bénévole
    Qui vêt le jardin de beauté
    Élucide nos voix et nos paroles
    Et les trempe dans sa limpidité.
    La brise et les lèvres des feuilles
    Babillent — et effeuillent
    En nous les syllabes de leur clarté.
    Mais le meilleur de nous se gare
    Et fuit les mots matériels ;
    Un simple et doux élan muet
    Mieux que tout verbe amarre
    Notre bonheur à son vrai ciel :
    Celui de ton âme, à deux genoux,
    Tout simplement, devant la mienne,
    Et de mon âme, à deux genoux,
    Très doucement, devant la tienne.
    Viens lentement t’asseoir
    Près du parterre, dont le soir
    Ferme les fleurs de tranquille lumière,
    Laisse filtrer la grande nuit en toi :
    Nous sommes trop heureux pour que sa mer d’effroi
    Trouble notre prière.
    Là-haut, le pur cristal des étoiles s’éclaire.
    Voici le firmament plus net et translucide
    Qu’un étang bleu ou qu’un vitrail d’abside ;
    Et puis voici le ciel qui regarde à travers.
    Les mille voix de l’énorme mystère
    Parlent autour de toi.
    Les mille lois de la nature entière
    Bougent autour de toi,
    Les arcs d’argent de l’invisible
    Prennent ton âme et son élan pour cible,
    Mais tu n’as peur, oh ! simple cœur,
    Mais tu n’as peur, puisque ta foi
    Est que toute la terre collabore
    À cet amour que fit éclore
    La vie et son mystère en toi.
    Joins donc les mains tranquillement
    Et doucement adore ;
    Un grand conseil de pureté
    Et de divine intimité
    Flotte, comme une étrange aurore,
    Sous les minuits du firmament.
    Combien elle est facilement ravie,
    Avec ses yeux d’extase ignée,
    Elle, la douce et résignée
    Si simplement devant la vie.
    Ce soir, comme un regard la surprenait fervente,
    Et comme un mot la transportait
    Au pur jardin de joie, où elle était
    Tout à la fois reine et servante.
    Humble d’elle, mais ardente de nous,
    C’était à qui ploierait les deux genoux,
    Pour recueillir le merveilleux bonheur
    Qui, mutuel, nous débordait du cœur.
    Nous écoutions se taire, en nous, la violence
    De l’exaltant amour qu’emprisonnaient nos bras
    Et le vivant silence
    Dire des mots que nous ne savions pas.
    Au temps où longuement j’avais souffert
    Où les heures m’étaient des pièges,
    Tu m’apparus l’accueillante lumière
    Qui luit, aux fenêtres, l’hiver,
    Au fonds des soirs, sur de la neige.
    Ta clarté d’âme hospitalière
    Frôla, sans le blesser, mon cœur,
    Comme une main de tranquille chaleur ;
    Un espoir tiède, un mot clément,
    Pénétrèrent en moi très lentement ;
    Puis vint la bonne confiance
    Et la franchise et la tendresse et l’alliance,
    Enfin, de nos deux mains amies,
    Un soir de claire entente et de douce accalmie.
    Depuis, bien que l’été ait succédé au gel,
    En nous-mêmes et sous le ciel,
    Dont les flammes éternisées
    Pavoisent d’or tous les chemins de nos pensées,
    Et que l’amour soit devenu la fleur immense,
    Naissant du fier désir,
    Qui, sans cesse, pour mieux encor grandir,
    En notre cœur, se recommence,
    Je regarde toujours la petite lumière
    Qui me fut douce, la première.
    Je ne détaille pas, ni quels nous sommes
    L’un pour l’autre, ni les pourquois, ni les raisons :
    Tout doute est mort, en ce jardin de floraisons
    Qui s’ouvre en nous et hors de nous, si loin des hommes.
    Je ne raisonne pas, et ne veux pas savoir,
    Et rien ne troublera ce qui n’est que mystère
    Et qu’élans doux et que ferveur involontaire
    Et que tranquille essor vers nos parvis d’espoir.
    Je te sens claire avant de te comprendre telle ;
    Et c’est ma joie, infiniment,
    De m’éprouver si doucement aimant,
    Sans demander pourquoi ta voix m’appelle.
    Soyons simples et bons — et que le jour
    Nous soit tendresse et lumière servies,
    Et laissons dire que la vie
    N’est point faite pour un pareil amour.
    À ces reines qui lentement descendent
    Les escaliers en ors et fleurs de la légende,
    Dans mon rêve, parfois, je t’apparie ;
    Je te donne des noms qui se marient
    À la clarté, à la splendeur et à la joie,
    Et bruissent en syllabes de soie,
    Au long des vers bâtis comme une estrade
    Pour la danse des mots et leurs belles parades.
    Mais combien vite on se lasse du jeu,
    À te voir douce et profonde et si peu
    Celle dont on enjolive les attitudes ;
    Ton front si clair et pur et blanc de certitude,
    Tes douces mains d’enfant en paix sur tes genoux,
    Tes seins se soulevant au rythme de ton pouls
    Qui bat comme ton cœur immense et ingénu,
    Oh ! comme tout, hormis cela et ta prière,
    Oh ! comme tout est pauvre et vain, hors la lumière
    Qui me regarde et qui m’accueille en tes yeux nus.
    Je dédie à tes pleurs, à ton sourire,
    Mes plus douces pensées,
    Celles que je te dis, celles aussi
    Qui demeurent imprécisées
    Et trop profondes pour les dire.
    Je dédie à tes pleurs, à ton sourire
    À toute ton âme, mon âme,
    Avec ses pleurs et ses sourires
    Et son baiser.
    Vois-tu, l’aurore naît sur la terre effacée,
    Des liens d’ombre semblent glisser
    Et s’en aller, avec mélancolie ;
    L’eau des étangs s’écoule et tamise son bruit,
    L’herbe s’éclaire et les corolles se déplient,
    Et les bois d’or se désenlacent de la nuit.
    Oh ! dis, pouvoir un jour,
    Entrer ainsi dans la pleine lumière ;
    Oh ! dis, pouvoir un jour
    Avec toutes les fleurs de nos âmes trémières,
    Sans plus aucun voile sur nous,
    Sans plus aucun mystère en nous,
    Oh dis, pouvoir, un jour,
    Entrer à deux dans le lucide amour !
    Je noie en tes deux yeux mon âme toute entière
    Et l’élan fou de cette âme éperdue,
    Pour que, plongée en leur douceur et leur prière,
    Plus claire et mieux trempée, elle me soit rendue.
    S’unir pour épurer son être,
    Comme deux vitraux d’or en une même abside
    Croisent leurs feux différemment lucides
    Et se pénètrent !
    Je suis parfois si lourd, si las,
    D’être celui qui ne sait pas
    Être parfait, comme il se veut !
    Mon cœur se bat contre ses vœux,
    Mon cœur dont les plantes mauvaises,
    Entre des rocs d’entêtement,
    Dressent, sournoisement,
    Leurs fleurs d’encre ou de braise ;
    Mon cœur si faux, si vrai, selon les jours,
    Mon cœur contradictoire,
    Mon cœur exagéré toujours
    De joie immense ou de crainte attentatoire.
    Pour nous aimer des yeux,
    Lavons nos deux regards, de ceux
    Que nous avons croisés, par milliers, dans la vie
    Mauvaise et asservie.
    L’aube est en fleur et en rosée
    Et en lumière tamisée
    Très douce :
    On croirait voir de molles plumes
    D’argent et de soleil, à travers brumes,
    Frôler et caresser, dans le jardin, les mousses.
    Nos bleus et merveilleux étangs
    Tremblent et s’animent d’or miroitant,
    Des vols émeraudés, sous les arbres, circulent ;
    Et la clarté, hors des chemins, des clos, des haies,
    Balaie
    La cendre humide, où traîne encor le crépuscule.
    Au clos de notre amour, l’été se continue :
    Un paon d’or, là-bas traverse une avenue ;
    Des pétales pavoisent,
    — Perles, émeraudes, turquoises –
    L’uniforme sommeil des gazons verts ;
    Nos étangs bleus luisent, couverts
    Du baiser blanc des nénuphars de neige ;
    Aux quinconces, nos groseillers font des cortèges ;
    Un insecte de prisme irrite un cœur de fleur ;
    De merveilleux sous-bois se jaspent de lueurs ;
    Et, comme des bulles légères, mille abeilles
    Sur des grappes d’argent, vibrent, au long des treilles.
    L’air est si beau qu’il paraît chatoyant ;
    Sous les midis profonds et radiants,
    On dirait qu’il remue en roses de lumière ;
    Tandis qu’au loin, les routes coutumières,
    Telles de lents gestes qui s’allongent vermeils,
    À l’horizon nacré, montent vers le soleil.
    Certes, la robe en diamants du bel été
    Ne vêt aucun jardin d’aussi pure clarté ;
    Et c’est la joie unique éclose en nos deux âmes
    Qui reconnaît sa vie en ces bouquets de flammes.
    Que tes yeux clairs, tes yeux d’été,
    Me soient, sur terre,
    Les images de la bonté.
    Laissons nos âmes embrasées
    Exalter d’or chaque flamme de nos pensées.
    Que mes deux mains contre ton cœur
    Te soient, sur terre,
    Les emblèmes de la douceur.
    Vivons pareils à deux prières éperdues
    L’une vers l’autre, à toute heure, tendues.
    Que nos baisers sur nos bouches ravies
    Nous soient sur terre,
    Les symboles de notre vie.
    Dis-moi, ma simple et ma tranquille amie,
    Dis, combien l’absence, même d’un jour,
    Attriste et attise l’amour
    Et le réveille, en ses brûlures endormies.
    Je m’en vais au devant de ceux
    Qui reviennent des lointains merveilleux,
    Où, dès l’aube, tu es allée ;
    Je m’assieds sous un arbre, au détour de l’allée,
    Et, sur la route, épiant leur venue,
    Je regarde et regarde, avec ferveur, leurs yeux
    Encore clairs de t’avoir vue.
    Et je voudrais baiser leurs doigts qui t’ont touchée,
    Et leur crier des mots qu’ils ne comprendraient pas,
    Et j’écoute longtemps se cadencer leurs pas
    Vers l’ombre, où les vieux soirs tiennent la nuit penchée.
    En ces heures où nous sommes perdus
    Si loin de tout ce qui n’est pas nous-mêmes.
    Quel sang lustral ou quel baptême
    Baigne nos cœurs vers tout l’amour tendus ?
    Joignant les mains, sans que l’on prie,
    Tendant les bras, sans que l’on crie,
    Mais adorant on ne sait quoi
    De plus lointain et de plus pur que soi,
    L’esprit fervent et ingénu,
    Dites, comme on se fond, comme on se vit dans l’inconnu.
    Comme on s’abîme en la présence
    De ces heures de suprême existence,
    Comme l’âme voudrait des cieux
    Pour y chercher de nouveaux dieux,
    Oh ! l’angoissante et merveilleuse joie
    Et l’espérance audacieuse
    D’être, un jour, à travers la mort même, la proie
    De ces affres silencieuses.
    Oh ! ce bonheur
    Si rare et si frêle parfois
    Qu’il nous fait peur !
    Nous avons beau taire nos voix,
    Et nous faire comme une tente,
    Avec toute ta chevelure,
    Pour nous créer un abri sûr,
    Souvent l’angoisse en nos âmes fermente.
    Mais notre amour étant comme un ange à genoux,
    Prie et supplie,
    Que l’avenir donne à d’autres que nous
    Même tendresse et même vie,
    Pour que leur sort de notre sort ne soit jaloux.
    Et puis, aux jours mauvais, quand les grands soirs
    Illimitent, jusques au ciel, le désespoir,
    Nous demandons pardon à la nuit qui s’enflamme
    De la douceur de notre âme.
    Vivons, dans notre amour et notre ardeur,
    Vivons si hardiment nos plus belles pensées
    Qu’elles s’entrelacent, harmonisées
    À l’extase suprême et l’entière ferveur.
    Parce qu’en nos âmes pareilles,
    Quelque chose de plus sacré que nous
    Et de plus pur et de plus grand s’éveille,
    Joignons les mains pour l’adorer à travers nous.
    Il n’importe que nous n’ayons que cris ou larmes
    Pour humblement le définir,
    Et que si rare et si puissant en soit le charme,
    Qu’à le goûter, nos cœurs soient prêts à défaillir.
    Restons quand même et pour toujours, les fous
    De cet amour presqu’implacable,
    Et les fervents, à deux genoux,
    Du Dieu soudain qui règne en nous,
    Si violent et si ardemment doux
    Qu’il nous fait mal et nous accable.
    Sitôt que nos bouches se touchent,
    Nous nous sentons tant plus clairs de nous-mêmes
    Que l’on dirait des Dieux qui s’aiment
    Et qui s’unissent en nous-mêmes ;
    Nous nous sentons le cœur si divinement frais
    Et si renouvelé par leur lumière
    Première
    Que l’univers, sous leur clarté, nous apparaît.
    La joie est à nos yeux l’unique fleur du monde
    Qui se prodigue et se féconde,
    Innombrable, sur nos routes d’en bas ;
    Comme là haut, par tas,
    En des pays de soie où voyagent des voiles
    Brille la fleur myriadaire des étoiles.
    L’ordre nous éblouit, comme les feux, la cendre,
    Tout nous éclaire et nous paraît : flambeau ;
    Nos plus simples mots ont un sens si beau
    Que nous les répétons pour les sans cesse entendre.
    Nous sommes les victorieux sublimes
    Qui conquérons l’éternité,
    Sans nul orgueil et sans songer au temps minime :
    Et notre amour nous semble avoir toujours été.
    Pour que rien de nous deux n’échappe à notre étreinte,
    Si profonde qu’elle en est sainte
    Et qu’à travers le corps même, l’amour soit clair,
    Nous descendons ensemble au jardin de ta chair.
    Tes seins sont là, ainsi que des offrandes,
    Et tes deux mains me sont tendues ;
    Et rien ne vaut la naïve provende
    Des paroles dites et entendues.
    L’ombre des rameaux blancs voyage
    Parmi ta gorge et ton visage
    Et tes cheveux dénouent leur floraison,
    En guirlandes, sur les gazons.
    La nuit est toute d’argent bleu,
    La nuit est un beau lit silencieux,
    La nuit douce, dont les brises vont, une à une,
    Effeuiller les grands lys dardés au clair de lune.
    Bien que déjà, ce soir,
    L’automne
    Laisse aux sentes et aux orées,
    Comme des mains dorées,
    Lentes, les feuilles choir ;
    Bien que déjà l’automne,
    Ce soir, avec ses bras de vent,
    Moissonne
    Sur les rosiers fervents,
    Les pétales et leur pâleur,
    Ne laissons rien de nos deux âmes
    Tomber soudain avec ces fleurs.
    Mais tous les deux autour des flammes
    De l’âtre en or du souvenir,
    Mais tous les deux blottissons-nous,
    Les mains au feu et les genoux.
    Contre les deuils à craindre ou à venir,
    Contre le temps qui fixe à toute ardeur sa fin,
    Contre notre terreur, contre nous-mêmes, enfin,
    Blottissons-nous, près du foyer,
    Que la mémoire en nous fait flamboyer.
    Et si l’automne obère
    À grands pans d’ombre et d’orages plânants,
    Les bois, les pelouses et les étangs,
    Que sa douleur du moins n’altère
    L’intérieur jardin tranquillisé,
    Où s’unissent, dans la lumière,
    Les pas égaux de nos pensées.
    Le don du corps, lorsque l’âme est donnée
    N’est rien que l’aboutissement
    De deux tendresses entraînées
    L’une vers l’autre, éperdûment.
    Tu n’es heureuse de ta chair
    Si simple, en sa beauté natale,
    Que pour, avec ferveur, m’en faire
    L’offre complète et l’aumône totale.
    Et je me donne à toi, ne sachant rien
    Sinon que je m’exalte à te connaître,
    Toujours meilleure et plus pure peut-être
    Depuis que ton doux corps offrit sa fête au mien.
    L’amour, oh ! qu’il nous soit la clairvoyance
    Unique, et l’unique raison du cœur,
    À nous, dont le plus fol bonheur
    Est d’être fous de confiance.
    Fût-il en nous une seule tendresse,
    Une pensée, une joie, une promesse,
    Qui n’allât, d’elle-même, au devant de nos pas ?
    Fût-il une prière en secret entendue,
    Dont nous n’ayons serré les mains tendues
    Avec douceur, sur notre sein ?
    Fût-il un seul appel, un seul dessein,
    Un vœu tranquille ou violent
    Dont nous n’ayons épanoui l’élan ?
    Et, nous aimant ainsi,
    Nos cœurs s’en sont allés, tels des apôtres,
    Vers les doux cœurs timides et transis
    Des autres :
    Ils les ont conviés, par la pensée,
    À se sentir aux nôtres fiancés,
    À proclamer l’amour avec des ardeurs franches,
    Comme un peuple de fleurs aime la même branche
    Qui le suspend et le baigne dans le soleil ;
    Et notre âme, comme agrandie, en cet éveil,
    S’est mise à célébrer tout ce qui aime,
    Magnifiant l’amour pour l’amour même,
    Et à chérir, divinement, d’un désir fou,
    Le monde entier qui se résume en nous.
    Le beau jardin fleuri de flammes
    Qui nous semblait le double ou le miroir,
    Du jardin clair que nous portions dans l’âme,
    Se cristallise en gel et or, ce soir.
    Un grand silence blanc est descendu s’asseoir
    Là-bas, aux horizons de marbre,
    Vers où s’en vont, par défilés, les arbres
    Avec leur ombre immense et bleue
    Et régulière, à côté d’eux.
    Aucun souffle de vent, aucune haleine.
    Les grands voiles du froid,
    Se déplient seuls, de plaine en plaine,
    Sur des marais d’argent ou des routes en croix.
    Les étoiles paraissent vivre.
    Comme l’acier, brille le givre,
    À travers l’air translucide et glacé.
    De clairs métaux pulvérisés
    À l’infini, semblent neiger
    De la pâleur d’une lune de cuivre.
    Tout est scintillement dans l’immobilité.
    Et c’est l’heure divine, où l’esprit est hanté
    Par ces mille regards que projette sur terre,
    Vers les hasards de l’humaine misère,
    La bonne et pure et inchangeable éternité
    S’il arrive jamais
    Que nous soyons, sans le savoir,
    Souffrance ou peine ou désespoir,
    L’un pour l’autre ; s’il se faisait
    Que la fatigue ou le banal plaisir
    Détendissent en nous l’arc d’or du haut désir ;
    Si le cristal de la pure pensée
    De notre amour doit se briser,
    Si malgré tout, je me sentais
    Vaincu pour n’avoir pas été
    Assez en proie à la divine immensité
    De la bonté ;
    Alors, oh ! serrons-nous comme deux fous sublimes
    Qui sous les cieux cassés, se cramponnent aux cimes
    Quand même. — Et d’un unique essor
    L’âme en soleil, s’exaltent dans la mort.
    L’âme, comme le ciel, a ses jours de ténèbres.
    5 novembre
    N.
    H.
    De marcher dans un âge ignoré…
    Si la beauté n’était la mort…
    Assez ! tiens devant moi ce miroir.
    Mais cette tresse tombe…
    Que… Mais n’allais-tu pas me toucher ?
    N
    H
    Madame, allez-vous donc mourir?
    J’y partirais !
    Et… Maintenant ?
    Et… Maintenant ? Adieu.
    N.
    H.
    De marcher dans un âge ignoré..
    Si la beauté n’était la mort..
    Mais cette tresse tombe..
    Que..
    Que.. Mais n’allais-tu pas me toucher ?
    augustes
    Qui toujours ont besoin de guerre;
    Quant à moi, je les fuis sans cesse,
    C’est la panure des vertus.
    Dans un grand terrier de lapins
    Vint porter sa misanthropie.
    Il leur conta ses longs chagrins,
    De vouloir lui donner asile.
    Volontiers, lui dit le doyen :
    Sont d’aller, dès l’aube du jour,
    Avec nos femmes, nos petits;
    Dans la gaîté, dans la concorde,
    Souvent ils sont prompts à finir;
    Raison de plus pour en jouir.
    Telle est notre philosophie.
    Et soyez de la colonie;
    À ce discours plein de sagesse,
    De passer ses jours avec eux.
    Alors chaque lapin s’empresse
    D’imiter l’honnête doyen
    Et de lui faire politesse.
    Jusqu’au soir tout alla bien :
    Le hérisson de ses piquants
    Lui dit le père de l’enfant.
    Le hérisson, se retournant,
    Et je ne puis pas me refondre.
    Tu peux aller te faire tondre.
    à sa proie attachée
    Cité dolente
    Astrolabius
    Paraclet
    Historia Calamitatum
    héroïdes
    à qui il a été beaucoup pardonné
    Chronique de Saint-Martin de Tours
    Cantique des cantiques, « l'amour fut plus fort que la mort. »
    Le Feu c’est la Vie.
    Au fond d’un grand silence ;
    Saint-Huberti, Trial
    bonjour César-Auguste
    as-tu déjeûné ?
    Viotti
    Rau
    Duport
    Inner
    Guichard
    tire lire
    en tirelirant tire
    bre ke ke, koax koax, koax
    Le travail est divin.
    tut devant l’homme et pleura devant Dieu.
    TROIS-JOURS
    XXII
    Les soirs de fête, en des banquets,
    Il s’évoquait
    À la lueur de candélabres ;
    Il sévissait, pareil à l’aquilon,
    Il paradait de large en long,
    De ses cent uniformes,
    Qu’assiègent les grands rêves
    À deux mains, devant lui.
    Et intimider Dieu.
    À toute heure, en tout lieu,
    De la Flandre jusqu’en Crimée
    Retentissait le pas scandé de ses armées.
    Dites, depuis quels temps
    Préparait-il ses peuples allemands
    À sa guerre pédagogique ?
    On le disait strict et moderne.
    La gloire
    Comme mesure à son empire ;
    Abattent plus sûrement encor
    Qui seul conçoit et définit le droit
    Sous les portes aux cent fleurons
    Des capitales atterrées ;
    Annonceront
    Battre son front étroit et vain
    Son aigle noir comme la nuit
    N’étendre plus sur lui
    Qu’une aile pauvre et déplumée.
    Guillaume de Juliers
    GUIGNON
    Québec, décembre 1854.
    Québec, 1er janvier 1860.
    Du
    Monceau, 29 mai 1845.
    À mon ami Paul Haag.
    Sur son torse bombé et ses épaules fortes
    Ô que je meure ! »
    Puisqe vos ènemis couronent d’immortèles
    Le cercueil triomfal où reposent leurs morts,
    Pendant qe, sans oneurs, entassés pèle-mèle,
    Dans la fosse comune on va jeter vos corps ;
    Recevez le tribut de nos larmes muètes,
    Frères, nous suivrons seuls vos restes vénérés,
    Et nous visiterons, pendant les nuits discrètes,
    Le coin du cimetière où vous reposerez.
    Mais non, dèrière vous nous marcherons sans larmes,
    Car vous ètes tombés pendant les saints combats,
    L’espérance dans l’àme et la main sur vos armes ;
    Nous qi vous survivons, nous ne vous pleurons pas.
    O frères, lorsqu’il faut que la Liberté meure,
    Heureux ceux qui vont la retrouver dans la mort !
    La part qui vous est faite, hélas ! est la meilleure,
    Et c’est à vous, sans doute, a pleurer notre sort.
    Martyrs, dormez en paix : votre cause était sainte !
    Et vos noms blasphémés, qu’on veut enfin ternir,
    Après les jours de haine affronteront sans crainte
    Le calme jugement d’un plus juste avenir.
    Vous avez supporté, depuis votre victoire,
    Bien des nuits d’agonie et bien des mornes jours,
    Confiants, résignés, et ne voulant pas croire
    Que vos élus aussi vous trahiraient toujours.
    Chacun de vous trouvait, en rentrant dans son bouge,
    Pour hôtes obstinés la misère et la faim
    Jusqu’au jour où l’on vit flotter le drapeau rouge
    Où vous aviez écrit : « Du travail et du pain ! »
    Mais vos maîtres, devant les saintes barricades,
    Au testament sinistre inscrit sur vos drapeaux,
    Répondaient, à travers les longues fusillades :
    « L’ordre de Varsovie et la paix des tombeaux. »
    Et vous tombiez, les uns sur le pavé des rues,
    Sous le fer et le plomb, moins cruels que la faim,
    Les autres, désarmés, le long des avenues,
    Sur le sable sanglant de l’abattoir humain.
    Ah ! du moins, vous n’avez pas vu sous la mitraille
    Vos femmes et vos sœurs s’élancer pour mourir ;
    Aux yeux fermés pendant la dernière bataille.
    La bienfaisante mort dérobe l’avenir.
    O plus heureux que nous ! vous ne pouvez entendre
    La calomnie hurlant autour de vos tombeaux,
    Sans qu’il se lève un seul ami pour vous défendre
    Et rejeter l’injure au front de vos bourreaux.
    Vous quittez avant nous une terre maudite
    Où Dieu même est toujours du parti du plus fort,
    Où le pauvre est esclave, où sa race est proscrite,
    Où la faim n’eût jamais qu’un remède, la mort.
    Lorsque vous nous tendiez, au plus fondes batailles,
    Votre arme vengeresse échappée à vos bras,
    Nous vous avions promis de justes représailles,
    Et nos bras enchaînés ne vous vengeront pas.
    Vous ignoriez le sort qu’ils gardaient à vos frères,
    L’ivresse des vainqueurs, leurs rires insultants,
    Et la sanglante orgie, et les froides colères ;
    Frères, dormez en paix : vous êtes morts à temps.
    Août 1872.
    LA GLÈBE
    LES GLANEUSES
    LE SANG DES VIGNES
    TAUREAUX AU LABOUR
    L’ÉPOPÉE DU RETOUR
    Salut, vallons aimés, dans la brume tremblants !
    Sous
    De joyeux haricots,
    Aiguise ses chicots.
    De convive anxieux.
    Ce fardeau précieux.
    Sera-t-il cuit à point ?
    Dans son doré pourpoint.
    Le plus indifférent
    Devient même encombrant.
    Chez les plus beaux esprits ;
    Et l’autre, la « souris ».
    Hésite entre les deux…
    Serait-il hasardeux.
    Qui n’est pas sans danger…
    Parlons donc de manger.
    *
    *     *
    Sur quoi rien ne prévaut.
    Et je le dis bien haut.
    Dédaigneux des chiendents ;
    Qui fondez sous nos dents.
    Ignorant les bouchers,
    Sur des « fayots » couchés.
    Sans mesure, sans fin,
    Il se mange sans faim.
    Traduction de Dureau de Lamalle.
    Mais quel Astre, étalant son écharpe d’albâtre,
    Satellite paisible, elle nous fut donnée
    Centre de l’univers et monarque du jour,
    Soleil ! astre sacré, contemple ton empire !
    Père de la lumière, et des vents et du feu,
    LE GÉNÉRAL LEMAN.
    Le sort de Liège se décidait :
    Toujours et puis toujours,
    À Monsieur E. HOMERVILLE
    Souvenir bien reconnaissant et bien affectueux
    A l’autre jour pris femme.
    Tiens !
    Pichenet.
    — « Enchanté ! »
    — « Pardon !… »
    — « Mais… »
    C’est dit ! »
    Au fait, je vais vous raconter
    Horresco referrens....
    Enfin, nous montons en sapin.
    Eut des oh !
    p’tit Pancrace.
    honneur !
    À l’Hôtel-de-Ville on descend.
    Quérir l’Homme-à-l’Echarpe.
    (Exclamation d’étonnement)
    casquais
    hic
    Sur moi chevaucher
    Brrr....
    Navrés d’un tel… garçon d’honneur.
    oui
    Or, sachez que vu les méandres
    On s’assied.
    Pssst ! Paf ! Rôtis, place au Champagne !
    Feu de souhaits !
    Unis
    (Grand cri de surprise)
    (Il se pâme de rire)
    (Pouffant de plus belle)
    Tableau !
    fit
    (Il s’esclaffe de plein cœur)
    successeur.
    Libre !!.. À ce prix, je lui pardonne
    (Il sort, en esquissant un pas)
    Les frissons courent :
    Qui vous labourent.
    Au bout des voiles ;
    Sont des étoiles !
    Et les ramures ;
    Et des murmures.
    L’âme et la robe !
    Qu’il se dérobe !
    Récompensée ;
    De la pensée.
    Qui revêt l’arbre
    Blanc comme un marbre.
    Te bouleverse,
    Qui me traverse ! »
    Qui vous envoûte !
    Frissonne toute.
    À la voix trouble,
    Et qui redouble.
    Blafarde et maigre,
    Sous la bise aigre.
    Sans amertume ;
    Qui nous consume !
    Pour mon père.
    FRANCE ET ALLEMAGNE
    Ô morne crépuscule !
    Les Suèves et les Hérules
    Menacent à nouveau
    Repris,
    Pour s’en vêtir et s’en armer, Paris.
    Qu’on ne distinguait guère
    Où le marbre joignait la pierre,
    Sans divulguer jamais
    Pour en charmer l’âme de l’homme.
    Car notre âme vivait
    Parmi ce monument ardent et vaste
    Et se darder vers l’avenir,
    Depuis quels temps
    Midi,
    Boira
    Douze pintes de bière.
    Boira la bière en douze coups,
    Boira la bière nourricière
    À la santé du ciel et de la terre.
    Le premier broc est dédié
    Au pur et saint mois de Janvier,
    Quand la neige est laineuse et blanche
    Comme les fleurs de l’orobanche.
    De célébrer la Chandeleur,
    Et la frêle bourse-à-pasteur
    Qui croît déjà de rive en rive,
    Alors qu’au bord des routes,
    Avant le soir, s’écoute
    Un chant de grive.
    Le mois de Mars aura pour lui
    La troisième pinte qui luit
    Comme une vitre après l’averse.
    Les ongles durs des blancs grêlons
    Pourront griffer tous les sillons,
    Jamais ils ne s’enfonceront
    Dans le bois de la herse.
    Avril, c’est à ton tour
    D’être fêté par le quatrième verre.
    L’orge naissant verdit la terre,
    L’alouette au point du jour
    Bondit et rebondit en vols et en voyages
    Sur les enclos et sur les champs :
    Le cinquième broc est entamé
    À la gloire du mois de Mai
    Qui auréole de fleurs et de cierges
    La Vierge.
    Le charpentier, tout bonne humeur,
    Semble lever au ciel son cœur
    Dans un verre de liqueur blonde,
    Et puis le vide, et puis sourit
    Leur ronde.
    Tu seras exalté,
    Beau mois de Juin qui fais l’été
    Et les feuilles frêles et frissonnantes ;
    Beau mois de Juin, tu seras exalté,
    Toi qui, traînant à tes côtés
    Des guirlandes de roses,
    Contre nos murs, jusqu’à nos toits ;
    Beau mois de Juin, beau mois de roses,
    Le sixième verre sera pour toi.
    Lève bien haut ton septième verre
    Et vide-le d’un geste altier,
    Bon charpentier.
    Voici Juillet, mois de lumière.
    Les couchants d’or sont merveilleux ;
    Des chars de foin, frôlés de feux
    Comme une torride haleine,
    Le vent passe sur ceux qui vont
    Chercher l’amour dans le taillis profond ;
    Les bras noués, les corps brûlants,
    Avec leur faux et son tranchant
    En croissant pâle, sur leur tête.
    Honorons tous le beau mois d’Août
    Quand les seigles houleux et fous
    — Épis pesants, tiges fluettes —
    Versent leurs ombres violettes
    Sur la clarté des sentiers roux.
    Honorons-le parce qu’il porte
    Lui seul, parmi tant d’autres mois,
    Comme un immense et lumineux pavois
    Les moissons fortes.
    Honorons-le sans oublier
    Qu’en son honneur, le charpentier
    Vient de saisir, sur une plinthe,
    Pour la sabler, sa huitième pinte.
    Bière
    Du neuvième verre,
    Vous êtes blonde comme les grappes
    Sur les pignons voisins.
    Bière blonde, sœur du bon vin,
    Le charpentier qui vous savoure
    D’autres buveurs transfigurés
    Buvant du vin avec bravoure ;
    Et c’est à eux qu’il songe en souriant
    Lorsqu’il tend, avant de boire,
    Son large broc couleur de gloire
    Vers l’Orient.
    Octobre, en Flandre, au bord des eaux,
    Agite encor dans les hameaux
    Le charpentier
    Qui but un jour trente setiers
    Aime les gars, aime les filles
    Il a l’orgueil d’être parmi eux
    Comme un exemple glorieux,
    Et d’un élan, à l’instant même,
    Il vide sa pinte, la dixième.
    Novembre aux nuages livides,
    Malgré l’assaut de tes grands vents,
    Jamais tu ne feras plier
    Sur ses jambes solides,
    Le charpentier.
    Il se redresse, et son broc tout entier,
    De quel exploit leur frère
    Couvre, là-bas,
    Il boit son dernier verre
    À la Noël.
    –––––
    –––––Fait flotter l’ombre sur la page.
    –––
    .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  
    –––––La Dame de la Pyramide !
    –––––––
    –––Bois cette coupe, et toujours tu vivras ! »
    .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  
    Depuis
    LE PRINCE, à la Nymphe.
    LA NYMPHE.
    Vierge, ton nom ?
    LE PRINCE, à un Sylphe.
    LE SYLPHE.
    Toi ?
    LE PRINCE.
    LE PRINCE, à un Gnome.
    LE GNOME.
    LES BÊTES MERVEILLEUSES, s’approchent du Prince.
    HÉLÈNE.
    Que mûrissait ta chair royale…
    LA REINE DES FÉES.
    1887.
    l’Eté de la St. Martin !
    Coureurs des bois
    LA FORÊT
    Jusqu’aux nuages.
    était une
    Comme
    À Joseph Rouleau.
    À Monsieur Ernest Legouvé.
    La mort a bu du sang
    Au cabaret des Trois Cercueils.
    La Mort a mis sur le comptoir
    Un écu noir ;
    Et puis s’en est allée.
    « C’est pour les cierges et pour les deuils »
    Et puis s’en est allée.
    La Mort s’en est allée
    Tout lentement
    Chercher le sacrement.
    On a vu cheminer le prêtre
    Et les enfants de chœur
    — Trop tard —
    Vers la maison
    Dont étaient closes les fenêtres.
    La Mort a bu du sang.
    Elle en est soûle.
    « Notre Mère la Mort, pitié ! pitié !
    Ne bois ton verre qu’à moitié,
    Notre Mère la Mort, c’est nous les mères ;
    C’est nous les vieilles à manteaux,
    Avec leurs cœurs en ex-votos,
    Qui marmonnons du désespoir
    En chapelets interminables ;
    Notre Mère de la Mort et du soir,
    C’est nous les béquillantes et minables
    Vieilles, tannées
    Par la douleur et les années :
    Les défroques pour tes tombeaux
    Et les cibles pour tes couteaux. »
    — La Mort, dites, les bonnes gens,
    La Mort est soûle :
    Sa tête oscille et roule
    Comme une boule.
    La Mort a bu du sang
    Comme un vin frais et bienfaisant ;
    Il coule doux aux joints de la cuirasse
    De sa carcasse.
    Elle en voudra pour ses argents
    Au cabaret des pauvres gens.
    « Notre-Dame la Mort, c’est nous les vieux des guerres
    Tumultuaires,
    Tronçons mornes et terribles entailles
    De la forêt des victoires et des batailles ;
    Notre-Dame des drapeaux noirs
    Et des débâcles dans les soirs ;
    Notre-Dame des glaives et des balles
    Et des crosses contre les dalles,
    Toi, notre vierge et notre orgueil,
    Toujours si fière et droite, au seuil
    De l’horizon tonnant de nos grands rêves ;
    Notre-Dame la Mort, toi, qui te lèves
    Au battement de nos tambours
    Obéissante et qui, toujours,
    Nous fus belle d’audace et de courage,
    Notre-Dame la Mort, cesse ta rage,
    Et daigne enfin nous voir et nous entendre,
    Puisqu’ils n’ont point appris, nos fils, à se défendre.
    — La Mort, dites, les vieux verbeux,
    La Mort est soûle,
    Comme un flacon qui roule
    Sur la pente des chemins creux.
    La Mort n’a pas besoin
    De votre mort au bout du monde,
    C’est au pays qu’elle fonce la bonde
    Du tonneau rouge.
    La Mort est bien assise au feu
    Du cabaret des Trois Cercueils de Dieu,
    Elle exècre s’en aller loin,
    Sous les hasards des étendards.
    « Dame la Mort, c’est moi, la Sainte Vierge
    Qui viens, en robe d’or, chez vous,
    Vous supplier à deux genoux
    D’avoir pitié des gens de mon village ;
    Dame la Mort, c’est moi la Sainte Vierge
    De l’ex-voto, là-bas, près de la berge,
    C’est moi qui fus de mes pleurs inondée,
    Au Golgotha, dans la Judée,
    Sous Hérode, voici mille ans ;
    Qui fis promesse aux gens d’ici
    D’aller toujours crier merci
    Dans leurs détresses et leurs peines ;
    Dame la Mort, c’est moi la Sainte Vierge. »
    — La Mort, dites, la bonne Dame,
    Se sent au cœur comme une flamme
    Qui, de là, monte à son cerveau.
    La Mort a soif de sang nouveau,
    — La Mort est soûle —
    Ce seul désir comme une houle,
    Remplit sa brumeuse pensée.
    La Mort n'est point celle qu’on éconduit
    Avec un peu de prière et de bruit,
    La Mort s’est lentement lassée
    Des bras tendus en désespoirs ;
    Bonne Vierge des reposoirs,
    La Mort est soûle
    Et sa fureur, hors des ornières,
    Par les chemins des cimetières
    Bondit et roule
    « La Mort, c’est moi, Jésus, le Roi,
    Qui te fis grande ainsi que moi,
    Pour que s’accomplisse la loi
    Des choses en ce monde.
    La Mort, je suis la manne d’or
    Qui s’éparpille du Thabor
    Divinement, par à travers les loins du monde ;
    Je suis celui qui fut pasteur,
    Chez les humbles, pour le Seigneur :
    Mes mains de gloire et de splendeur
    Ont rayonné sur la douleur ;
    La Mort, je suis la paix du monde. »
    — La Mort, dites, le Seigneur Dieu,
    Est assise près d’un bon feu,
    Dans une auberge où le vin coule ;
    Et n'entend rien, tant elle est soûle.
    Elle a sa faux et Dieu a son tonnerre.
    En attendant, elle aime à boire, et le fait voir
    À quiconque voudrait s’asseoir,
    Côte à côte, devant un verre.
    Jésus, les temps sont vieux,
    Et chacun mange ou boit comme il le peut…
    Et la Mort s’est mise à boire, les pieds au feu ;
    Elle a mnême laissé s’en aller Dieu
    Sans se lever sur son passage :
    Si bien que ceux qui la voyaient assise
    Ont cru leur âme compromise.
    Durant des jours et puis des jours encor, la Mort
    A fait des dettes et des deuils,
    Au cabaret des Trois Cercueils ;
    Puis, un matin, elle a ferré son cheval d’os.
    Mis son bissac au creux du dos,
    Pour s’en aller à travers la campagne.
    De chaque bourg et de chaque village,
    On est venu vers elle avec du vin,
    Pour qu’elle n’eût ni soif, ni faim,
    Et ne fit halte au coin des routes ;
    Les vieux portaient de la viande et du pain,
    Les femmes des paniers et des corbeilles
    Et les fruits clairs de leur verger,
    Et les enfants portaient des miels d’abeilles.
    La Mort a cheminé longtemps,
    Par le pays des pauvres gens,
    Sans trop vouloir, sans trop songer,
    La tête soûle
    Comme une boule.
    Elle portait une loque de manteau roux,
    Avec de grands boutons de veste militaire,
    Un bicorne piqué d’un plumet réfractaire
    Et des bottes jusqu’aux genoux ;
    Sa carcasse de cheval blanc
    Cassait un vieux petit trot lent
    De bête ayant la goutte,
    Contre les chocs de la grand’ route ;
    Et les foules suivaient, par à travers les n’importe où,
    Le grand squelette aimable et soûl
    Qui trimballait, sur son cheval bonhomme,
    L’épouvante de sa personne
    Vers des lointains de peur et de panique,
    Sans éprouver l’horreur de son odeur
    Ni voir danser, sous un repli de sa tunique,
    Le trousseau de vers blancs qui lui tétaient le cœur.
    (LES CAMPAGNES HALLUCINÉES).
    Voici
    « Eripuit cælo fulmen. »
    15 octobre 1881.
    À Paul Lelièvre.
    Bulletins et le Mémorial,
    Dies irae
    du bon père » au « bon époux
    XI
    Québec, 29 décembre 1859.
    ISEULT
    TRISTAN
    U
    F
    Je suis myosotis.
    V
    Q
    Québec, 24 juin 1856.
    La fermière à l’âme tranquille.
    Lésine, orgueil, ruse, fureur,
    Ni du beau calme de son geste.
    D’un seul mot clair et familier
    Rien n’est plus fort que son silence.
    Elle peine de l’aube au soir,
    Autour de sa table frugale.
    Ses cheveux, aux bandeaux vermeils,
    Sa grande marche balancée.
    Ses pas sont lourds, mais confiants
    Et le sol âpre et volontaire.
    Elle a le vieux respect du grain
    Sa main y trace une croix large.
    Ceux qui parlent des gens d’ici,
    Changent de ton en parlant d’elle.
    On l’aime et pourtant on la craint ;
    Frapper au seuil des autres portes.
    Si bien qu’un vagabond dément
    Quand elle ira dormir en bière.
    Mille efforts solidaires,
    Ils habitaient de père en fils le même coin,
    En Flandre, sur la terre.
    — Depuis combien d’années ? —
    Regardaient tous passer les mêmes pluie et vent
    Sur leur plaine ordonnée.
    Quand, au soir des dimanches,
    Ils revenaient en écartant du bout des bras
    Toujours les mêmes branches.
    Avec sa main calleuse ?
    Quel dos avait laissé aux lattes du vieux banc
    Son empreinte anguleuse ?
    Ensemencer la terre
    Pour l’assoler dûment, le fils se demandait
    Ce qu’eût voulu le père.
    Eux seuls, tout le silence ;
    Et la ferme vivait, non de leur souvenir,
    Mais de leur existence.
    Or, il se fit, un jour,
    Et les villes en Flandre,
    D’un sac profond,
    Furent dispersés tous à la fois
    Et la muraille
    Où l’aïeul, trait pour trait,
    Haletantes et hagardes,
    Se succédaient par les chemins ;
    Dans la ferme des beaux marais,
    Nul ne suivit ceux qui partaient :
    Les poings serrés et le cœur brave,
    Dans la ruine et ses amas,
    On se terrait, près des soldats,
    Au fond des caves.
    Serpentaient à travers une dune ébréchée
    Les premières tranchées.
    À quelqu’un d’invisible
    Que l’ennemi désabusé enfin
    Prit la ruine et son grand mur pour cible
    Ce qui se maintenait de la poterne blanche
    Et de l’étable et du fournil et du grenier
    Fut renversé, dès le matin, sous l’avalanche
    Des mitrailles de fer et des bombes d’acier.
    L’attaque à l’arme nue
    Le vieux fermier des marais d’or
    Victorieux
    Toute cette nuit-là
    Était le gage désormais,
    Jusqu’aux jours fermes de la paix,
    Des invincibles résistances.
    Sous ses gros bas bleus bien tirés
    Laissant voir ses mollets cambrés
    À mi-chemin des jarretières,
    S’en vient près du vieux cantonnier
    La femme rousse du meunier :
    Cheveux frisés sur des yeux mièvres,
    Blanche de peau, rouge de lèvres,
    Le corsage si bien rempli
    Qu’il bombe aux deux endroits, sans pli,
    Cotillon clair moulant énormes
    Le callipyge de ses formes.
    En train de casser de la pierre :
    « Voyez ! si l’on n’a pas d’malheur,
    Et si n’faut pas que l’diab’ s’en mêle !
    J’suis pourtant un’ solid’ femelle,
    En plein’ force et dans tout’ sa fleur,
    Eh ben ! yaura six ans à Pâques
    Que j’somm’ mariés, et q’tels qu’avant,
    Nous pouvons pas avoir d’enfant !
    Ça s’ra pour c’te fois, disait Jacques,
    Mais toujou sans p’tit le temps passa…
    Et qu’on en voudrait tant un ! Dame !
    C’est pas d’not’ faut’ ! l’homme et la femme
    On fait ben tout c’qui faut pour ça.
    J’ai fait dir’ des mess’ de pèl’rins,
    Brûler des cierg’ aux saints, aux saintes,
    Dans des églis’ en souterrains,
    Mais ouah ! j’suis pas d’venue enceinte.
    Les prièr’ ? les r’mèd’ de tout’ sorte ?
    Méd’cins ? Curés ? n’m’ont servi d’rin.
    J’suis tell’ comme un mauvais terrain
    Qu’on ens’menc’ ben sans qu’i’ rapporte.
    Et vrai ! C’est pourtant pas qu’on triche !
    Mais, des fois, vous q’êt’s’ un ancien.
    Si vous connaissiez un moyen ?
    Faut me l’donner ! mon pèr’ Pierriche. »
    Alors, le vieux lâchant sa masse,
    À genoux sur son tas, voûté,
    Lui répond avec la grimace
    Du satyre qu’il est resté,
    La couvant de son œil vert brun
    Qui lèche, tâte, enlace, vrille :
    « Sais-tu c’que t’as à fair’, ma fille ?
    Eh ben ! faut aller à l’emprunt. »
    Et la meunière aux yeux follets,
    Qui sait ce que parler veut dire,
    S’écrie en éclatant de rire :
    « Vous seriez l’prêteur, si j’voulais.
    Hein ? fiez-vous donc à c’bon apôtre !
    Mais j’veux pas d’vous, vieux scélérat ! »
    Et lui : « T’as ma r’cett’ qui pourra
    P’t’êt’ ben t’servir avec un autre. »
    Des enfants endormis.
    Ont les clefs de rubis.
    Donnait un colibri.
    Tissé deux fils soyeux.
    J’ai pour couronne
    Un fin muguet.
    Avec les ailes
    Mis comme un roi.
    La perle fine ;
    Pour t’en parer.
    Cristallisées ;
    Tout scintillants.
    Comme un trophée ?
    Mon fuseau d’or.
    De la féerie ?
    De l’arc-en-ciel.
    Enfant, je suis Fleur de jasmin,
    Dit-elle, entre mes soeurs, aucune
    N’est si blanche que moi. Ma main
    Tient la baguette et la fortune.
    Aux nuages, en voyageant,
    J’ai pris mon manteau voltigeant,
    Et j’ai fait mon ruban d’argent
    Avec un rayon de la lune.
    Je veille à toute pureté ;
    À la robe de la pervenche.
    Au lac, à sa limpidité ;
    Pour les protéger, je me penche
    Sur l’enfant aux regards touchants,
    Sur la marguerite des champs ;
    J’empêche avec soin les méchants
    D’effeuiller leur couronne blanche.
    J’accours pour lever le filet,
    Si la colombe est prise au piège ;
    Et les cygnes, couleur du lait,
    C’est encor moi qui les protège ;
    Mais ce qui me charme le mieux,
    C’est un nouveau-né gracieux,
    Dont l’âme nous descend des cieux
    Comme un petit flocon de neige.
    Je vins, plus vive que les faons,
    Pour te douer comme une reine,
    Car c’est moi qui suis ta marraine ;
    Dans ton berceau que je défends,
    Toutes les grâces sont écloses.
    Oh ! moi, j’aime les douces choses :
    J’aime les corbeilles de roses,
    Et j’aime les berceaux d’enfants !
    Eut dit le conte de la nuit.
    Ce sont vos mères, mes enfants !
    Avec des hochets pour vos mains.
    À Jules Levallois.
    À Sully-Prudhomme.
    Que sais-je ?
    Les pas qui s’en allaient jadis
    Fuient aujourd’hui
    De route en route, à l’infini.
    Une à une, les fermes brûlent
    Sur les plaines, au crépuscule ;
    Qui fument dans le soir,
    L’hommage
    De toutes parts
    Les gens partent vers les hasards :
    D’abord c’est derrière eux,
    Les gens qui vont et fuient
    Avec des mots qu’entend la terre
    Depuis toujours.
    Et tout à coup, voici les tours,
    Et qui tendent jusqu’à la mer la tragédie
    Haletante de l’incendie.
    Tout est silence ou tout est bruit,
    Et les foules s’en vont toujours
    Le feu bondit et rebondit partout :
    Ses flammes violettes
    Longues et fatales comme des houles
    Les foules
    Passent toujours.
    C’est
    EXCELSIOR.
    hier
    Bevaix, 28 août 1882
    Inspiré de Miçkiéwicz.
    Imité de Miçkiéwicz.
    Inspiré de Miçkiéwiécz.
    Imité d’une vieille ballade anglaise.
    Imité de Cowper.
    Imité de l’allemand.
    DUO
    Imité de Burns.
    Imité de Longfellow.
    II. LICYMNIE.
    La
    Un
    Qui posait tour à tour
    Le sacré, le profane,
    Un de ces jours derniers,
    Nos futures Apelles. —
    Ça n’est pas défendu —
    Et fut sur la sellette ;
    Et pays riverains
    Par respect pour le sexe.
    Quel est ce caraco ?
    À ce roi des modèles.
    Et vite, mon garçon.
    Neutre : celui d’artiste.
    Voilà bien notre but. »
    Pour de ces grimacières
    In naturalibus ?
    Avec ses… treize côtes.
    À peindre des torchons ?
    Peut rendre des… histoires ?
    Et ces mômes aussi.
    Montre tes avantages. »
    « Fort bien, dit-il, d’accord. »
    Il leur « donna » la pose.
    Sévirent du fusain,
    À faire hurler Ingres.
    Adam
    Il prit l’air détaché…
    Il eut comme une transe ;
    Était-ce la chaleur ?…
    Le brûlent, le consument ?…
    De son trouble… au dehors.
    À Paris comme à Rome.
    N’allèrent pas plus loin,
    « Bigre ! dit la massière,
    Il faut te rhabiller,
    Mais, à propos, j’y pense :
    Tiens, prends toujours cet or. »
    De quatre francs cinquante.
    « Ça n’est pas bien beaucoup,
    Pour la petite bonne. »
    ... Quos vita fessos ad mores eorum
    fortunæ fluctus agitat. Ita per
    sæculorum millia... Gens æterna est
    in quo nemo nascitur. Tam fecunda
    illis aliorum vitæ pænitentia est !
    mammouth
    Vieux-Père-des-Eaux
    steamboat
    l'alibi
    ex-voto
    rail-way
    L’ESCAUT
    Éclat suprême et long frisson de son orgueil.
    L’Escaut
    Femmes, sur ce tombeau cher aux peuples Hellènes,
    Puisse l’Hadès aussi l’entendre ! et qu’elle meure !
    Que nous veut l’Étranger ?
    Que nous veut l’Étranger ?
    Il vengera d’un coup son père avec sa sœur.
    Orestès est vivant ? Femme, il vit. Je l’atteste.
    Ô fils d’un héros mort, crains ta mère inhumaine !
    À Élektra.
    Elle viendra joyeuse !
    Klytaimnestra paraît sous le portique. Orestès l’aperçoit.
    Ce qui sera, sera. Tout est dit.
    Réponds-moi. Tout mon cœur a frémi. C’est ta mère !
    Est-ce l’homme ?
    Est-ce l’homme ? C’est lui.
    Est-ce l’homme ? C’est lui.
    Veux-tu qu’il rende l’urne où sont les cendres ?
    Les cris n’éveillent point les morts.
    Tu n’es plus, frère !
    Est-ce ton dernier coup ? Non, si tu n’obéis.
    Cette femme n’a point reconnu son enfant !
    Ô femmes, il est vrai, grandes sont vos misères.
    Chers Dieux !
    Dieux ! Gardez-nous son fils.
    Il est seul contre tous !
    Et ta mère, enfant ?
    Et ta mère, enfant ? Dieux ! Eh bien ! que dis-tu d’elle ?
    Rien, sinon que l’Hadès est un gardien fidèle !
    Ton frère irréprochable a frappé l’homme !
    Ton frère irréprochable a frappé l’homme !
    Moi, je mourrai, s’il meurt. Zeus ! conduis-le toi-même.
    Dieux ! la rumeur redouble.
    Dieux ! La rumeur redouble.
    Lugubrement.
    Avec de longs sanglots pleure l’amant.
    Ma mère ! L’épouvante a dilaté ses yeux.
    Tuez le vagabond tout sanglant !
    L’heure est venue : il faut que je te parle.
    Lâche ! que t’ai-je fait ?
    Je suis ton fils !
    Affreusement.
    Dirais-tu vrai, grands Dieux !
    Dirais-tu vrai, grands Dieux !
    On ne peut pas tuer sa mère !
    On ne peut pas tuer sa mère !
    Respecte, mon enfant, le sein qui t’a nourri !
    Ne verse pas mon sang ! As-tu tout dit ?
    Ne verse pas mon sang ! As-tu tout dit ?
    Mon fils ! Je suis aveugle et sourd.
    Mon fils ! Je suis aveugle et sourd. Ô monstre ! ô race
    Tiens ! Tiens ! Meurs donc ! Assez de hideuses clameurs !
    C’est fait… tu m’as tuée… Ah !
    C’est fait… tu m’as tuée… Ah ! Sois maudit !
    C’est fait… tu m’as tuée… Ah ! Sois maudit !
    Que tous les siens… C’était ta mère !
    Tu pleures cette femme ?
    Malheur à toi, c’était ta mère !
    L’action qu’il a faite est droite et légitime !
    Arrière !
    Ah ! ah ! Vous vous taisez, Monstres ! Horreur !
    Ah ! ah ! Vous vous taisez, Monstres ! Horreur ! Horreur !
    Tant de braves, ô Dieux d’Hellas ! et tant de nefs !
    Pour une femme, ô Dieux, que de sang et de larmes !
    Comme des spectres nous errons à la lumière.
    Et le jeune héritier de ce palais ancien !
    Hélas !Hélas !
    Hélas ! Hélas !
    Ou quelque rouge éclair du Kronide.
    Que la mer. Il est vrai. Que nous annonce-t-elle ?
    Cher Zeus, préserve-le des vieilles Érinnyes !
    Ô Roi ! franchis le seuil antique de tes pères.
    Cette pourpre qui mène au palais des aïeux !
    Cette pourpre t’est due, et plaît aux Dieux.
    Femme, entends-tu ?
    Femme, entends-tu ? La Reine, ô femme, t’a nommée.
    Le langage d’Hellas ne t’est-il point connu ?
    Dieux ! Dieux ! La coupe est pleine, et mon jour est venu !
    Malheureuse ! Pourquoi gémis-tu de la sorte ?
    Où suis-je ? Sous le toit royal d’Agamemnôn.
    Cher Apollôn ?
    Que la sombre maison penche et croule en ruines !
    Pourquoi la maudis-tu si désespérément ?
    Quel meurtre lamentable annonce-t-elle ainsi ?
    Cher Dieu, pour y mourir, tu m’as traînée ici !
    Un Dieu, dis-tu ! Lequel ? L’Archer divin qui m’aime !
    Il t’aime, et te poursuit de sa haine ! Comment ?
    Malheureuse ! tais-toi ! Ta parole est terrible.
    Céleste Archer !
    Et que je dorme enfin !
    Nous resterons muets. Fuis Argos !
    Puisse Zeus démentir ses paroles amères !
    Quel homme peut se dire heureux sous les nuées ?
    À moi ! Grands Dieux ! quel cri funèbre !
    À moi ! Grands Dieux ! Quel cri funèbre !
    Je meurs.
    Ô malédiction de la femme prophète !
    J’admire ton audace, et reste épouvanté.
    Elle est bonne ! Et je m’en glorifie.
    Et ton chemin criera sur tes traces !
    Tu l’as tuée aussi !
    Tu l’as tuée aussi !
    Femme ?
    Orestès est vivant !
    Grands Dieux ! Ton fils aussi, femme, tu le tuerais ?
    Courons ! Crions la mort du Roi. Qu’Argos se lève !
    Hâtons-nous !
    Souviens-toi, femme !
    Allez !
    Jérémie, L, 2.
    Christ est ressuscité
    Si le pécheur, poussé de ce saint mouvement,
    Mais lorsqu’en sa malice un pécheur obstiné,
    Quoi donc ! cher Renaudot, un chrétien effroyable,
    Voulez-vous donc savoir si la foi dans votre âme
    Mais s’il faut qu’avant tout, dans une âme chrétienne,
    A ces discours pressants que saurait-on répondre?
    Mais quoi ! j’entends déjà plus d’un fier scolastique
    Si j’allais consulter chez eux le moins sévère,
    Je ne m’en puis défendre ; il faut que je t’écrive
    À de tels mots, si Dieu pouvait les prononcer,
    L’audace du docteur, par ce discours frappée,
    J'ai beau vous arrêter, ma remontrance est vaine;
    Mais aujourd'hui qu'enfin la vieillesse venue,
    Que veut-il? dira-t-on; quelle fougue indiscrète
    Que si quelqu'un, mes Vers, alors vous importune
    Mais des heureux regards de mon astre étonnant
    Mais je vous retiens trop. C'est assez vous parler.
    Grand roi, cesse de vaincre, ou je cesse d'écrire.
    Encor si ta valeur, à tout vaincre obstinée,
    Que si quelquefois, las de forcer des murailles,
    Oh ! que, si je vivois sous les règnes sinistres
    Tu le sais bien pourtant, cette ardeur empressée
    Toutefois je sais vaincre un remords qui te blesse.
    Toi donc qui, t’élevant sur la scène tragique,
    Moi-même, dont la gloire ici moins répandue
    Imite mon exemple ; et lorsqu’une cabale,
    Cependant laisse ici gronder quelques censeurs
    Esprit né pour la cour, et maître en l'art de plaire,
    Ainsi donc, philosophe à la raison soumis,
    C'est au repos d'esprit que nous aspirons tous;
    De nos propres malheurs auteurs infortunés,
    Oh! que si cet hiver un rhume salutaire,
    Ce que j'avance ici, crois-moi, cher Guilleragues,
    Si quelque soin encore agite mon repos,
    Sais-tu pourquoi mes vers sont lus dans les provinces,
    Mais peut-être, enivré des vapeurs de ma muse,
    Ce marquis était né doux, commode, agréable;
    Jadis l’homme vivait au travail occupé,
    Ne crois pas, toutefois, sur ce discours bizarre,
    En vain, pour te louer, ma muse toujours prête,
    Encor si tes exploits, moins grands et moins rapides,
    Au pied du mont Adule, entre mille roseaux,
    Le Rhin tremble et frémit à ces tristes nouvelles;
    A ces mots, essuyant sa barbe limoneuse,
    Ce discours d'un guerrier que la colère enflamme
    Oh! que le ciel, soigneux de notre poésie,
    L’homme doit régner seul, et soumettre la femme
    Elle a son teinturier
    moraliste
    Femmes, vous êtes mères !
    Soyez peintre ou poète
    pendre
    Le Conservateur littéraire, 15 janvier 1820.]
    régner ; commander, c’est servir
    lacs
    Angantyr
    En avant
              Ô
    Aimer
    Tu rentres chez toi, très joyeux :
    Tu parais mort à tous les yeux.
    Bouche ricaneuse et front bas,
    Vite une loque et de vieux bas ! »
    On te roule dans le linceul.
    Tu gis dans un coin, blême et seul.
    D’un air las où l’ennui se peint ;
    De bon chêne ou de bon sapin.
    Il criera, ton enfant si cher,
    Le sapin est déjà trop cher !
    Qu’on aura peine à le clouer ;
    Écrira : Maison à louer.
    Par l’escalier tu descendras ;
    Ligneusement tu t’étendras ;
    Calcinant les toits et le sol,
    Et charogner dans ton phénol. »
    Peu payé, priera mollement ;
    Diront : « Quel pauvre enterrement ! »
    Rampera lourd, grinçant, hideux ;
    Et casse ton cercueil en deux.
    Réveillera de gros hiboux
    Et viendront se percher aux bouts.
    Un pauvre portera ta croix ;
    « Je pourrais m’esquiver, je crois. »
    Obscure comme l’avenir :
    Attendant l’heure d’en finir.
    Libera
    On t’engouffre et tu glisses… Brrou !
    Et tu t’aplatis dans le trou.
    On t’asperge vite en tremblant ;
    Sur ton paletot de bois blanc.
    Enfonce ta croix comme un coin,
    Vont boire au cabaret du coin.
    Comme le flot contre l'écueil ;
    Dans l’affreuse nuit du cercueil.
    Tes maigres bras ensevelis
    Sous le grand suaire aux longs plis.
    Avec un frisson de fureur,
    D’épouvantements et d’horreur.
    Te harcèlera sans pitié :
    Tu hurleras, mort à moitié.
    Plus d’échos sous ton hideux toit
    Laissera l’eau suinter sur toi !
    Luttera moins contre la mort,
    Tu sentiras le ver qui mord.
    Tous ces spectres aux dents de fer
    Qui te feront croire à l’enfer.
    Discutera ton testament,
    Épaissira l’embrouillement,
    Pauvre cadavre anticipé,
    Bouche ouverte et le poing crispé.
    Dans la morne rigidité,
    S’enfuira vers l’éternité. »
    Qu’un grand fantôme au nez camard,
    Au milieu d’un noir cauchemar.
    Voici les faits, et juge :
    Quorum ego parva pars erim
    Feuillantines
    Margot rêve, sa tête penche
    Vers l’épaule d’un air profond ;
    Ses grands yeux d’un bleu de pervenche
    Errent du plancher au plafond.
    Sur sa petite robe noire
    Ses mains tombent négligemment,
    Ses cheveux que le soleil moire
    Sont dans un désordre charmant.
    Sa lèvre qu’un soupir soulève,
    Ou qu’un soupçon plisse parfois
    Reste muette. Margot rêve :
    Ce n’est pas la première fois.
    Depuis peu de temps son grand-père
    Est mort ; & sur ce front glacé,
    Que nul sourire ne tempère,
    Triste, elle l’avait embrassé.
    Des hommes noirs au cimetière
    L’avaient porté, puis laissé là
    Tout seul, sous une grosse pierre.
    Margot avait su tout cela.
    Maintenant sa mère & sa bonne,
    Quand elle en parlait, lui disaient :
    « Il ne reviendra plus, mignonne,
    « Il est au ciel ! » & se taisaient.
    Au ciel ! le mot était étrange ;
    Le ciel, c’est si haut & si loin !
    Margot pensait bien qu’un bon ange
    De son grand-père aurait pris soin.
    Mais quel effet ce vieux visage
    Pouvait-il produire ; & comment
    Avait-il fait ce grand voyage,
    Lui qui marchait si lentement ?
    Margot rêve : ses regards plongent
    Jusqu’au fond de l’éternité ;
    Ses grands cils recourbés s’allongent
    Sur sa joue au frais velouté ;
    Ses mains s’ouvrent inoccupées :
    « Ah ! bien sûr, dit-elle en cherchant,
    « Que, tout comme aux vieilles poupées
    « Qu’on rapporte chez le marchand,
    « Aux grands-pères, aux pauvres veuves,
    « À ceux qu’il prend dans leurs vieux jours,
    « Le bon Dieu met des têtes neuves
    « Afin qu’ils soient jeunes toujours ! »

    À mon jeune ami Paul B***

    Quarante voleurs
    Oriôn
    Genève, 1835.
    À Julien Travers.
    À ma sœur madame Sophie Lafaye.
    XXV
    EN PASSANT DANS LA PLACE LOUIS XV UN JOUR DE FÊTE PUBLIQUE
    la olla podrida
    Sur le Mode majeur
    Sur le Mode mineur
    Les Femmes savantes, acte V, scène I.
    à Iris
    memento mori
    * * *
    Que la vie du monde est le rêve de la mort éternelle.
    Le
    Gonzalve, liv. 8.
    Flet noctem, ramoque sedens miserabile carmen
    Integrat
    Kallirhoé
    Auteur de la Grâce, à jamais !
    Trente-neuf ans, fortune ronde,
    Célibataire et bon garçon,
    Depuis qu’on m’avait mis au monde
    J’habitais à Pont-à-Mousson.
    Jamais — de mes destins propices
    Poursuivant le cours régulier —
    Je n’avais mangé d’écrevisses
    En cabinet particulier.
    Fidèle à ma ville natale,
    Je n’attachais que peu de prix
    Aux plaisirs de la capitale…
    Je ne connaissais pas Paris.
    De ce foyer de tous les vices
    Je savais — détail familier ! —
    Qu’on y mangeait des écrevisses
    Avez-vous connu Véronique ?…
    Ma tante ?… Non ?… — Ça ne fait rien !
    Me trouvant son parent unique
    Quand elle mourut, j’eus son bien.
    Je dus, pour certains bénéfices,
    Gagner Paris, comme héritier…
    Et je songeais aux écrevisses
    Cependant, réglant mes affaires,
    Je refis vite mon paquet,
    Car Paris ne me plaisait guères
    Et Pont-à-Mousson me manquait.
    J’allais partir plein de délices,
    Quand j’eus le désir singulier
    D’aller manger des écrevisses
    C’était ma dernière soirée.
    Quand vers six heures moins le quart
    — Heure à mon dîner consacrée —
    Je descendis au boulevard :
    De Brébant, lieu des plus propices,
    Je gravis le large escalier…
    Et commandai des écrevisses
    Nous avions un salon praline…
    Je dis nous, car bien vous pensez
    Que seul, j’eusse fait triste mine
    Vis-à-vis de vies crustacés.
    Une enfant blonde, aux cheveux lisses,
    Daignait m’avoir pour cavalier…
    Et partageait mes écrevisses
    Que vous dirai-je ?… Elle était belle !
    Nos cœurs battaient à l’unisson....
    « Ah ! si tu m’aimes, me dit-elle,
    « Ne va plus à Pont-à-Mousson ! »
    Je dus céder à ses caprices :
    Le lendemain, pour varier…
    Nous remangions des écrevisses
    Dès lors un tourbillon m’entraîne…
    Par l’engrenage je suis pris…
    Deux jours, trois jours, une semaine,
    Six mois… et je reste à Paris.
    Je glissais dans des précipices,
    Cherchant en vain à m’enrayer…
    Il me fallait des écrevisses
    En cabinet particulier !
    Le tête-à-tête obligatoire
    Pas une fois ne fut banni :
    Mais — brune ou blonde, blanche ou noire —
    Il se changeait à l’infini.
    Seul, présidant aux sacrifices,
    Le menu restait régulier…
    C’étaient toujours des écrevisses
    Oh ! ces femmes étaient divines !
    Des mains ! des dents !… un sans-façon !
    Et des œillades assassines
    A troubler tout Pont-à-Mousson !
    J’aurais voulu que tu les visses,
    Saint Antoine, sans sourciller…
    Croquant leurs pattes d’écrevisses
    Mais hélas !… Au bout d’une année
    Je vis — sans être encore lassé ! —
    Qu’en ma course désordonnée
    Tout mon avoir était passé !
    Plus rien !… Rentes et bénéfices,
    Véronique… et mon mobilier…
    Absorbés par les écrevisses
    Mais je suis d’une rude étoffe !
    Et, guéri par cette leçon,
    — Trop tard, hélas ! — en philosophe
    Je revins à Pont-à-Mousson.
    Pour expier mes anciens vices
    J’y suis devenu marguillier…
    Ne mangez jamais d’écrevisses
    Février 1843.
    À M. Ambroise Didot.
    À Henri Ghéon.
    Siffle, siffle !
    L’EAU
    Palladium
    E Pluribus Unum !
    l’union
    Jésus ? »
    janvier 1858.
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    Janvier 1918.
    LA DOUCEUR
    Quelqu’un
    Bureau
    Bobino
    lait d’Hébé
    Un Monstre dans nos murs croît & se fortifie t
    " Ouoi ! votre muse en Monstre ériçe la Sagesse !
    Ainsi le grand Patos, ce Poète penseur,
    Mais de ces Sages vains confondons l’imposture ;
    Eh ! quel temps fut jamais en vices plus fertile ;
    Suis les pas de nos Grands : énervés de molesse,
    La plupart, indigens au milieu des richesses,’
    Qui blâmeroit ces noeuds.? L’himen n’est qu’une mode,
    Vois-tu parmi ces Grands leurs compagnes hardie*
    Assise dans ce Cirque où viennent tous les rangs
    Parlerai-je d’Iris ? chacun la prône & l’aime ;
    Dira-t’on qu’en des vers, à mordre disposés,
    J’aurois pu te montrer nos Duchesses fameuses,
    Mais la corruption, à son comble portée,
    Il faut voir ce Marchand, Philosophe en boutique,
    Hé ! quel frein contîendroit un vulgaire indocile
    Voilà donc, cher Ami, cet âge si vanté,
    Fille de la Peinture 8c soeur de FHarmonie,
    Thalie a de fa soeur partagé les revers :
    Mais de la Poésie usurpant les pinceaux,
    Sans doute le respect des antiques Modèles
    Voltaire en soit loué ! chacun sait au Parnasse
    Quelques vengeurs pourtant, armés d’un noble zèle,
    Tour-à tour s’adressant des volumes d’injures,
    Ainsi, de nos tyrans la Ligue protectrice
    Mais
    O combien d’Ecrivains languiraient inconnus,
    Ah ! du moins par pitié s’ils cessoient d’imprimer,
    Pour moi qui démasquant nos Sages dangereux,
    Par l’erreur et l’orgueil nommé philosophie,
    Jeune homme, il vous sied bien d’insulter la sagesse !
    De la Philosophie illustre défenseur,
    Mais de ces sages vains confondons l’imposture ;
    Eh ! Quel temps fut jamais en vices plus fertile ;
    Suis les pas de nos grands : énervés de molesse,
    La plûpart, indigens au milieu des richesses,
    Plus de foi ; plus d’honneur. L’himen n’est qu’une mode,
    Vois-tu parmi ces grands leurs compagnes hardies
    Assise dans ce cirque où viennent tous les rangs
    Parlerai-je d’Iris ? Chacun la prône et l’aime ;
    Enfin dans les hauts rangs je cherche des vertus ;
    J’aurois pû te montrer nos duchesses fameuses,
    Il faut voir ce marchand, philosophe en boutique,
    Hé ! Quel frein contiendroit un vulgaire indocile
    Voilà donc, cher ami, cet âge si vanté,
    Pareille à la peinture et sœur de l’harmonie,
    Thalie a de sa sœur partagé les revers :
    Mais de la poésie usurpant les pinceaux,
    Sans doute le respect des antiques modèles
    Boileau, dit Marmontel, tourne assez bien un vers ;
    Quelques vengeurs pourtant, armés d’un noble zele,
    Ainsi, de nos tyrans la ligue protectrice
    O combien d’écrivains, philosophes titrés,
    Ah ! Du moins par pitié s’ils cessoient d’imprimer,
    Pour moi qui démasquant nos sages dangereux,
    Mosé
    Moïse
    parlar Spiegar
    Mosé, dans ta loge, ô Julia Grisi !
    C’est
    D’un tas de proprariens
    paings
    deliquium
    lorsqu’il ne les ont plus
    Dieu est toujours là
    Il
    L'HEURE DU BERGER
    C'est l'heure enchanteresse où, dans l'ombre, Diane,
    Versant au sein des bois son plus tendre rayon,
    En secret, vient poser son baiser diaphane
    Sur les lèvres en fleurs du bel Endymion !
    G. M.
    VINCENT
    Certes
    Cette âpre foi
    Qu’avait mon père
    Et dans son clos et dans sa terre ;
    PHILIPPE
    Au chant du coq, tous les matins
    Ma charrette peinte de bleu
    Le vieil esprit des champs
    Comme le chaume a fait son temps ;
    Comme nos toits et nos auvents
    Se sont vêtus contre le vent
    D’une armure de tuiles claires ;
    Sinon passez et taisez-vous
    Ne sont plus faits pour vous.
    PIERRE
    À Saint
    Qui broutent sur la digue et dans les flots changeants
    Reflètent
    J’offre une couple
    De pigeons souples.
    JEAN
    Deux coqs luisants et rouges.
    Et l’on vendra coqs et pigeons
    Dans un panier tressé de joncs,
    Un jour de bombance et de liesse
    Devant l’église, après les messes.
    Mes coqs sont beaux comme des fleurs
    Où le soleil met des lueurs :
    Un glaïeul d’or se courbe en crête
    Et se hérisse sur leur tête.
    Mes deux pigeons me font songer
    À deux sabots de bois léger
    Qu’on aurait peints de couleurs claires,
    Et qui trottent au long du jour
    Dans la cuisine et dans la cour,
    Et sur le seuil plein de lumière.
    Mes coqs sont nés dans mon fournil,
    Au creux du mur, sous la grande arche :
    Ils étaient vifs, mais si petits
    Qu’on aurait dit des œufs qui marchent.
    Ils grandirent dans le soleil
    D’un avril clair à juin pareil ;
    Bientôt, sur leur patte menue,
    Ils étiraient leur aile nue.
    Leur coup de bec précis et dur
    Happait l’insecte au coin du mur,
    Et dès qu’ils en eurent la taille,
    Un beau matin, dans un fossé,
    Face à face, le col dressé,
    Ils livrèrent, entre eux, bataille.
    Mes pigeons, doux et familiers,
    Furent nourris au colombier
    Avec du vrai maïs d’Espagne.
    Si je sème, dans la campagne,
    Toujours je reconnais leur vol
    Rien qu’à son ombre, au ras du sol ;
    Dès que l’autan quitte les terres
    Ils repeuplent mon toit moussu
    D’amours roucoulants et pansus,
    Et dans le creux de ma gouttière,
    Joignant leurs becs courts, mais vermeils,
    Ils s’accouplent dans le soleil.
    Avant le jour qu’au bout des pattes
    Devant l’aube effarée.
    J’ai bien des fois tenté le sort.
    D’une aile ardente et enivrée,
    Mais la vitesse de leur course
    Oh ! le bel or clair et léger
    J’hésiterais peut-être
    Ainsi chacun tire avantage,
    Et Saint Amand et Saint Corneille
    S’éjouissent et s’émerveillent
    Et leur faveur, comme avivée,
    Se départit pour de longs jours
    Aux nouvelles couvées
    MARIANNE
    À coups égaux
    Couper des branches près du ciel ;
    Quand ceux d’en bas faisaient appel
    À ta prudence,
    Tu t’élançais plus haut encor
    Et ta hache frappait plus fort
    Et répandait comme en cadence
    Là mort ;
    Une fleur d’or
    Pour en orner ta bouche.
    J’étais bien jeune alors.
    Tu l’es toujours quand tu veux l’être,
    Depuis bientôt dix ans
    Nulle minute
    Qu’on prodigue dans les hameaux.
    Certes, je ne m’en vante guère,
    Dans ses poches ou sur son dos.
    Et chaque bête est abondante en lait.
    Que tu fasses ce que tu fais
    Plus strictement qu’une autre femme,
    Je le constate et le proclame.
    Si j’en parle, c’est pour en rire
    Que ce qu’on n’entend pas
    Elle le sait et le devine :
    Si je l’étais, je viendrais te surprendre
    Je te dis vrai, tu peux me croire,
    Tu n’y trouveras rien
    Qui ne soit tien ou ne soit mien.
    Et puis voici mes yeux : regarde ;
    Craignent-ils plus tes faux soupçons
    Que le seuil de notre maison
    Craint l’ombre qui s’y attarde ?
    Je chanterais ;
    L’homme que mes deux yeux ont vu, là-haut,
    À coups égaux
    Mais qui, toujours prompt et léger,
    Pour en orner sa bouche,
    Une fleur d’or.
    LE JARDINIER
    Avant
    Où donc as-tu porté tes pas lointains, berger ?
    LE BERGER
    Aux pays violets de la dure Campine
    D’où je voyais les barques
    Allant, venant où la pêche les parque
    Avec leurs grands mâts clairs
    Et leur voilure et leurs cordages
    Comme de mobiles villages
    Peupler la mer.
    Autant que l’adorait mon père.
    Depuis l’enfance à son foyer.
    Mon père, à moi,
    Était, Dieu savait quoi.
    Moi seul encor je pense à lui.
    Pourtant la plaine la plus belle
    M’est toujours celle
    Que font
    Les dos mouvants de mes moutons,
    Sur les éteules
    Adieu, berger.
    Et maintenant, j’avoue,
    Qu’aux temps d’été, quand le soleil,
    Parmi les champs d’avoine et de méteil
    Dorait mes roues,
    Mon large et sonore attelage
    KATO
    Et moi,
    Puisqu’à présent j’ose tout dire
    Et que je n’ai plus peur
    D’un pli moqueur
    Dans ton sourire,
    Je te dirai qu’elle était bien pour toi
    La grande branche
    Où se massaient des fleurs
    Que je jetai, comme au hasard, dimanche,
    Le soir, quand on s’assemble autour des feux :
    Mieux que d’autres, au fond des yeux.
    Alors, lis dans les miens la joie
    D’avoir conquis,
    Parmi tant de gars francs, celui
    Et néanmoins,
    Tout en t’aimant dès la saison des foins,
    Souvent je me disais : « Mieux que personne,
    Celui qui m’aime sait combien
    Il sait aussi que son nom sonne
    Mais il sait mieux encor combien je l’aime
    Je ne m’inquiète guère
    Si mon avoir surpasse ou balance le tien ;
    Je suis tenace et sûr comme la terre
    Et veux ce que je veux, comme il convient.
    Je te serai plus sûrement fidèle
    Que l’aile
    Ne l’est au vol régulier de l’oiseau.
    À te sentir si près de moi, avec ta chair
    Et tes lèvres, Kato, ma tête devient folle
    Et le soir s’insinue et se répand dans l’air.
    Et dès longtemps les herbes fécondantes
    BENOIT
    JE
    Qu’ils sont maigres comme des clous,
    Mes vieux genoux,
    En m’asseyant auprès de vous
    Sur le pas de ma porte
    À la nuitée ;
    Je le sais bien, je le sais bien
    Que je suis lent, que je suis las,
    Et que me sont comptées
    Les pipes de tabac
    Que je fume avec vous
    À petits coups
    À la nuitée;
    Nul n’aura jamais aimé
    Autant que moi je les aimai
    Du seuil noir de ma porte.
    AUGUSTIN
    Depuis cinq ans, nous le savons,
    Se sont couchés au cimetière,
    Près de leur mère,
    Vos deux garçons.
    Sous un même gazon.
    — Le saviez-vous, le saviez-vous ? —
    Sur les engrais et les semailles,
    Nul pas,
    Sinon le mien, ne le traverse,
    Maître je suis et le veux rester, seul.
    Pas un aulne, pas un tilleul,
    Me dit toujours que je fais bien.
    JACOB
    D’une poussée et d’une haleine,
    Jusqu’à mon champ des Trois Chemins.
    Qui prudemment l’émiettent,
    Une motte de terre où l’orge doit lever,
    Dans ce morceau de sol humide,
    SIMON
    Pourtant, réfléchissez,
    Si mon amour est insensé,
    Le savez-vous, le savez-vous ?
    Sur un lit inégal de cailloux en cailloux,
    Aucun de nous n’en doute.
    Il faut me voir dans mon grenier,
    Lorsque l’hiver commence,
    En de vieux sacs de papier.
    On me prendrait pour un avare
    Qui palpe et compte et fait sonner ses arrhes.
    Je combine si bien les menus soins
    Comme on souffle sur une fleur
    Je pénètre dans le mystère
    En tâchant d’être adroit ;
    Et je devine encor bien plus que je ne vois.
    J’aime mon champ vivant et clair
    Plus que mes os, plus que ma chair :
    Dites-vous bien que c’est moi seul, le vieux,
    Qui sais encor ce qu’il faut faire
    Pour que demeure autoritaire,
    La terre.
    Comprenez-vous, comprenez-vous ?
    C’est que vous êtes lents et mous,
    C’est que vos voix ne sont que plaintes,
    C’est que je vois enfin
    Votre bouche souffler en vain
    Et ranimer entre vos mains
    Vos pauvres pipes presque éteintes.
    ANTOINE
    Nos fils envoient au loin, vers les mornes écoles,
    Leurs fillettes et leurs gamins,
    Les vaches
    Et de reprendre, après combien de temps,
    GUILLAUME
    Sous la cendre d’un feu champêtre,
    Et qu’on était content de mon travail chez nous.
    L’esprit des champs a bien changé
    Et nul ne voit le séduisant danger
    Qui nous attire et nous menace.
    Au front compact comme le poing ;
    Tout se desserre et se disjoint
    Depuis qu’il fut soldat
    Mon fils est revenu des pays de là-bas,
    La tête pleine
    On croirait bien qu’il perd l’haleine
    Quand il les dit,
    Si longs et si nombreux sont-ils !
    Et son aîné qui tient ma ferme
    Commence peu à peu à penser comme lui.
    Son cœur est pris, l’erreur y germe ;
    J’étais jadis son guide et parfois son appui.
    Mais aujourd’hui,
    Si je lui parle et s’il m’écoute,
    Que celle où j’ai marché !
    Ainsi dernièrement a-t-il vendu son seigle
    Et tout son blé fauché
    Depuis le temps de mon aïeul
    Qui n’a qu’un prix, un seul,
    LE POÈTE
    Oui, le reproche est juste, et je sens qu'à mes vers
    La rime vient toujours se coudre de travers.
    Ma Muse vainement du nom de négligence
    A voulu décorer sa honteuse indigence ;
    La critique a blâmé son mince accoutrement.
    Travaillez, a-t-on dit, et rimez autrement.
    Docile à ces leçons, corrigez-vous, ma Muse,
    Et changez en travail ce talent qui m'amuse.
    LA MUSE
    De l'éclat des lauriers subitement épris,
    Vous n'abaissez donc plus qu'un regard de mépris
    Sur ces fleurs que jadis votre goût solitaire
    Cueillait obscurément dans les bois de Cythère ?
    Non, je reste à Cythère, et je ne prétends pas
    Vers le sacré coteau tourner mes faibles pas.
    Dans cet étroit passage où la foule s'empresse
    Dois-je aller augmenter l'embarras et la presse ?
    Ma vanité n'a point ce projet insensé.
    À l'hôtel de l'Amour, par moi trop encensé,
    Je veux porter encor mes vers et mon hommage ;
    Des refus d'Apollon l'Amour me dédommage.
    Eh ! faut-il tant de soins pour chanter ses plaisirs ?
    Déjà je vous prêtais de plus sages désirs.
    J'ai cru qu'abandonnant votre lyre amoureuse
    Vous preniez de Boileau la plume vigoureuse.
    C'est alors que l'on doit, par un style précis,
    Fixer l'attention du lecteur indécis,
    Et par deux vers ornés d'une chute pareille
    Satisfaire à la fois et l'esprit et l'oreille.
    Mais pour parler d'amour il faut parler sans art ;
    Qu'importe que la rime alors tombe au hasard,
    Pourvu que tous vos vers brûlent de votre flamme,
    Et de l'âme échappés arrivent jusqu'à l'âme ?
    Quel fruit de vos conseils ai-je enfin recueilli ?
    Je vois que dans Paris assez bien accueilli,
    Vous avez du lecteur obtenu le sourire.
    La Pinde à cet arrêt n'a pas voulu souscrire.
    Peut-être on a loué la douceur de mes sons,
    Et d'un luth paresseux les faciles chansons ;
    L'indulgente beauté, dont l'heureuse ignorance
    N'a pas du bel esprit la dure intolérance,
    A dit, en me lisant : « Au moins il sait aimer » ;
    Le connaisseur a dit : « Il ne sait pas rimer. »
    Te fit-on ce reproche, aimable Deshoulières,
    Quand un poète obscur, d'une mains familière,
    Parcourait à la fois ta lyre et tes appas,
    Et te faisait jouir du renom qu'il n'a pas ?
    Chaulieu rimait-il bien, quand sa molle paresse
    Prêchait à ses amis les dogmes de Lucrèce ?
    A-t-on vu Du Marais le voyageur charmant
    De la précision se donner le tourment ?
    La Muse de Gresset, élégante et facile,
    À ce joug importun fut parfois indocile ;
    Et Voltaire, en un mot, cygne mélodieux,
    Qui varia si bine le langage des Dieux,
    Ne mit point dans ses chants la froide exactitude
    Dont la stérilité Fait son unique étude.
    Il est vrai ; mais la mode a changé de nos jours ;
    On pense raremant, et l'on rime toujours.
    En vain vou sdisputez ; il faut être, vous dis-je,
    Amant quand on écrit, auteur, quand on corrige.
    Soit ; je veux désormais, dans mes vers bien limés,
    Que les Ris et les Jeux soient fortement rimés ;
    Je veux, en fredonnant la moindre chansonnette,
    Au bout de chaque ligne attacher ma sonnette.
    Mais ne vos plaignez point si quelquefois le sens
    Oublié pour la rime...
    Oubliez, j'y consens.
    D'un scrupule si vain l'on vous ferait un crime.
    Appauvrissez le sens pour enrichir la rime.
    Trésorier si connu dans le sacré vallon,
    Approche ; Richelet, complaisant Apollon,
    Et des vers à venir magasin poétique,
    Donne-moi de l'esprit par ordre alphabétique.
    Quoi vous riez ?
    Je ris de vos transports nouveaux.
    Courage, poursuivez ces aimables travaux.
    Ce rire impertinent vient de glacer ma verve.
    Qu'importe ? Richelet tiendra lieu de Minerve.
    Rimez mieux.
    Je ne puis.
    Ne rimez donc jamais.
    Je le puis encor moins.
    Taisez-vous.
    Je me tais.
    Complet
    xviie-xviiie)
    Dos voûté, cou fluet ;
    Ils vont, couple muet.
    On les voit chanceler.
    Qui vous fait reculer.
    Et lui, crache du sang !
    Opprime le passant.
    Se choquant au désir,
    Folles de se saisir.
    Rajeunis et contents.
    Les rend tout haletants.
    Et leur maigre longueur ;
    À force de langueur.
    Ils avancent leur mort ;
    Le frisson qui les tord.
    C’est l’opium d’amour !
    Jour et nuit, nuit et jour !
    Leur ont crevé la peau ;
    L’inévitable impôt.
    Naître et se consommer ;
    Revivent pour aimer !
    Églog., trad. de Firmin Didot.

  • Qu’ombrageait mollement la palme consacrée,
  • Victa morte finit sœpe vitam, spiritu prius
    Deficiente, quam cantu
    MARINA
    LALY GALINE
    LALY GALINE, seule
    CHŒUR DES ÉVÊQUES
    CHŒUR DES CÉSARS
    L’AGONIE.
    Muse des Savanes
    cinq ans
    l’un s’appellera la nôtre
    Québec, 15 juin 1850.
    Itibapishi ma ! frère au pâle visage
    na-houllo
    Blanche-Peau !
    Itibapishi ma
    oula
    tchouka-nak-bila
    na-houllo tèques
    romans
    civiliser
    blanches
    masque y brille mieux que l'ingénuité
    l'usage abolit l'originalité
    nature en tout doit céder à l'usage
    taïque
    Blanche-Peau
    itibapishi ma
    na-houllo taloa
    whip-poor-will
    l'ianash
    bison
    na-houllo taloa !
    ialeshké
    tamaha
    Antwen tchouka-hanta
    hopâki
    buffàlos
    oha homi
    oka homi
    prière
    l'orative
    Liv. I, chap. 27.
    UN PRÊTRE.
    THÉMISTOCLE.
    I. Le chant du départ
    II.
    III. Sur le fleuve
    IV.
    V. La prière des Hurons
    VI. La dernière heure
    1861
    BALLADE.
    Feront mes funérailles
    Ruisselantes de sang ?
    Le trépas de l’impie,
    Sera digne d’Orphée
    Et digne de ses chants !
    Et la fauve vendange
    Qui passe et qui dédaigne
    Votre culte et vos dieux.
    Et sa lyre, plus grave,
    Votre foule hagarde,
    Et qui ne l’entend pas.
    De l’ardente thyase…
    Ma clameur d’agonie,
    Dans leur suprême accord.
    S’éveille plus profonde,
    Une onde harmonieuse
    Irrésistiblement.
    Cette ode souveraine,
    Et les voix de la Lyre
    Où vous vous unirez,
    La victoire funèbre
     
    LE VIEUX MONDE

    . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

    LE FLOT
    Tu me crois la marée, et je suis le déluge.
    Vires acquirit eundo.
    Messieurs
    beautiful
    Poems and Ballads, Erotion
    Gens
    Un verger de Mytilène, vers la fin d’un après-midi d’été.
    Les vignes, chargées de grappes, se déroulent jusqu’à la
    mer. Le soleil brûle.
    Au lever du rideau, Eranna tire quelques sons du paktis,
    mais ses mains retombent. Epuisée par la chaleur, elle parle
    d’une voix faible.
    SCENE PREMIERE
    Eranna, reposant le paktis contre un tronc d’olivier.
    Atthis, s’éventant avec effort
    Dika
    Damophyla
    Euneika
    Gurinno
    Eranna
    Se tournant vers Dika
    Atthis
    SCENE II
    Une voyageuse, les vêtements couverts de poussière
    entre, timide, hésitante et regardant autour d’elle.
    Se levant et s’approchant de l’étrangère
    Avec un intérêt croissant
    L’étrangère
    Dika, apportant à la voyageuse une amphore et une coupe
    Mégara
    Télésippa
    Eranna, détachant le paktis d’un geste solennel
    Une pause
    Avec une curiosité brûlante
    Gurinno, interrompant
    Gorgo
    Après une légère pause
    L’étrangère, se tournant vers Eranna
    Se rapprochant d’Eranna
    Avec une humilité altière
    Se tournant vers l’Etrangère
    Se tournant vers Damophyla
    se tournant vers l’Etrangère
    Se tournant vers le chœur
    On entend au dehors une lamentation orientale, terrible et prolongée
    Se tournant vers l’autel
    La terrible lamentation se prolonge
    Gorgo, sans l’entendre
    SCENE III
    Psappha entre. Elle est voilée de voiles noirs très épais.
    Psappha
    Le Chœur
    Psappha sort lentement
    Eranna, se relevant
    Sur ces dernières paroles, une messagère entre, essoufflée, très pâle
    La messagère
    Quelques-unes, très bas
    D’autres, plus bas encore
    Elles se prosternent, le front dans la poussière
    Se levant soudain au milieu du chœur prosterné
    Les vierges, obéissant à l’ordre, ceignent leurs fronts de roses tressées,
    de laurier et de thym et ressaisissent leurs paktis. Le rideau tombe.
    .
    La jeunesse a vieilli ; la Poésie errante
    S’affolle dans la nuit d’une impasse interlope ;
    Le pessimisme cher, comme un crêpe, enveloppe
    L’Existence de son ombre désespérante ;
    La prose rampe au ras du sol, flairant l’immonde,
    Étalant au dégoût les vices pathétiques,
    Et dans ce désarroi des vaines Poétiques
    Il m’a pris un regret immense d’être au monde.
    Mais tu m’es apparue en cette heure de honte,
    Blonde, et ceinte de joie, et consolante, et rose ;
    Et j’ai su que de vivre auprès de toi repose,
    Et que l’amour est lent, et la tristesse prompte.
    Et j’ai cueilli, vers l’aube, au verger de mon âme,
    Ces Fleurs d’Avril, espoir des viriles automnes
    Alors que jaillira du flanc joyeux des tonnes
    Le vin doux qui sommeille, à noirs flots de dictame.
    La Poésie impérieuse est mon amante
    Très grave et docte aussi parfois, comme les dames
    Du temps jadis, et douce et tendre dans ses blâmes ;
    Son pas altier traîne en lourds plis sa robe lente
    Où luit l’éclat des Fleurs de Lys, comme des flammes.
    Je sais un cœur vaillant sous sa gorge royale
    Marmoréenne ainsi que l’antique Déesse ;
    Je sais l’amour jaloux trop grand pour ma faiblesse
    Par quoi je vaux ce que je vaux, hautain et mâle ;
    Son cœur et son amour, et qu’Elle est ma maîtresse.
    Le rythme de sa voix est ma seule métrique,
    Et son pas alterné ma rime nuancée,
    Mon idée est ce que j’ai lu dans sa pensée,
    Certe, et je n’ai jamais rêvé d’autre amérique
    Que de baiser l’or roux de sa tête abaissée.
    Je n’ai voulu parmi la vie active et sainte
    Que des heures que sa douceur livre à ma joie,
    Où longuement je parle, où, pour qu’elle me croie,
    Je suis naïf, comme un enfant simple et sans feinte,
    Aimant l’obscurité que son aile déploie.
    Et je vivrai dans l’ombre, à ses pieds, sans tristesse,
    N’ayant d’ambition que de rêver près d’Elle,
    Sans redouter pour moi l’avenir infidèle,
    Car je n’aurai chanté que pour ma douce hôtesse,
    Un vague chant d’amour dans l’ombre de son aile.
    L’amour est une ragot friand de chairs laiteuses ;
    L’amour est un bel ange aux prunelles douteuses
    Fautrices des actions sublimes et honteuses.
    Aimer : en une bauge une âme qui se gîte ;
    Un oiseau pris au rêts qui follement s’agite ;
    — C’est ta vie, Aspasée, et la tienne, Brigitte ! —
    L’amour est comme un champ de fleurs où meurt le seigle ;
    Comme un roc hasardeux pour tous, même pour l’aigle
    Que foudroie une flèche enfantine d’espiègle.
    Aimer : c’est vivre en joie une heure palliante ;
    C’est mourir une vie aigrie ou patiente,
    Fréneuse de regrets, d’espoirs inconsciente.
    L’amour : c’est le sursum, l’aubade universelle ;
    C’est la prière des existences vers Celle
    Ou Celui de là-haut par qui l’être ruisselle.
    Aimer : c’est aspirer les frais parfums de l’aube ;
    C’est pleurer, le soir, vers le jour qui se dérobe ;
    C’est vénérer tout ce que notre azur englobe,
    L’amour est celle voix qui murmure la rime ;
    C’est toi, muse, et mon vers en qui ton vœu s’exprime
    Redira que l’amour ne fut jamais un crime.
    Aimer : c’est le métier de l’aède qui pense ;
    C’est le balsame cher qui mitigé et compense
    Ma douleur que, là-haut, attend sa récompense.
    Ébréchant au passer son vacillant contour
    De grands nuages noirs vont balottant la lune
    Vers l’Orient, ainsi qu’une épave à la brune ;
    Tous les vents d’équinoxe ululent à l’entour
    Avec le sifflement des bises dans la hune,
    El je ne sais pourquoi je rêve à ton amour.
    O saveur de péché, fruit savamment pervers !
    O l’arôme aigre-doux, toxique des pensées !
    O le crime d’aimer ! — Voluptés insensées
    Du rêve sacrilège où flotte à mots couverts
    L’infâme aveu, d’abord, puis, âmes enlacées,
    Dans l’ombre chuchotter l’hymne des univers !
    Voguer, incurieux des pourquoi, des comment,
    Voguer à la dérive au gré des houles sombres,
    Sans but, vers l’avenir, au mépris du serment ;
    Voguer, jusqu’à sombrer, très cher, comme tu sombres ;
    Narguer d’indifférence ou briser sciemment
    Un idéal trop pur, ce vieux, ce seul tourment !…
    Voilà ce que déclame au clair de lune, cher,
    L’étrange cœur qui bat au fond de ma poitrine,
    Le vieux cœur excessif et franc qui ne burine
    Qu’à regret l’impudeur de ses visions de chair —
    Se faisant à plaisir du ciel une marine
    Fantastique où la lune-épave est sans nocher.
    Sur la grève que déchire la dent des rocs
    Le flux immensément déferle à lourds bouillons,
    Et la dune éphémère où tantôt nous foulions
    Des algues s’est fondue en eau parmi leurs chocs ;
    La masse colossale et sombre d’une mer,
    Qu’aiguillonne le fouet des vents hurleurs du nord,
    Avec un cri de haine a bondi ; mais l’effort
    Rejaillit vers les deux comme un blasphème amer.
    La Croix démesurée où sanglotte l’adieu
    Des générations qui surent espérer,
    Montrant au loin la route à qui veut s’égarer,
    Dresse implacablement l’envergure d’un Dieu !
    Par l’indécision d’un vieux conte de fées,
    Au faîte ardu d’un mont parsemé de trophées,
    D’énervantes senteurs m’arrivaient par bouffées
    Du gouffre où pourrissaient vingt enfants mortes-nées ;
    Un tournoîment de ronde et de roses fanées
    Qu’on foule : c’était la ronde de mes années.
    Des filles, en chantant, des femmes, des vieillardes
    Passaient et repassaient, rougissantes, blafardes,
    Les unes ceintes d’or, d’autres serrant leurs hordes.
    Et puis, à chaque tour, tandis que je sanglotte,
    La plus jeune est lancée au gouffre où monte et flotte
    Pour un instant l’horreur d’un cri de Souliote.
    O la ronde fatale à l’allure macabre
    Va tournant et hurlant et poussant au seuil glabre
    La plus jeune, l’écumeaux lèvres, qui se cabre.
    Mais la bande vieillotte, ainsi qu’un vent d’orage
    Tourbillonne et son chant devient un cri de rage
    Car la plus jeune est vieille et manque de courage.
    Et la plus vieille sait, car son œil est de flamme,
    Que nous irons tous deux vers le gouffre qui clame
    Et que leur cri funèbre est notre épithalame.
    Il en est — les plus grands, ce dit-on — de sonores
    Dont la rime, comme un bourdon de cathédrale,
    Étonne au loin la foule ; il en est dont le râle
    Sanglotte en vers puissants l’écho des nevermores.
    Il en est dont les grands doux vers fondent en larmes
    Et que leur Dieu console et qui pleurent quand même ;
    Il en est pour nier l’amour, disant : je m’aime,
    Et dont le vers serein a d’impassibles charmes.
    Il en est qui s’en vont où les mène la rime
    Et d’autres vont, la ravallant, devers le vague ;
    Et sur le grand sommet où, seul d’esprit, je vague
    Tel proclame vertu ce qu’un autre dit crime.
    Et je rêve à ton culte, o Christ, en ce tumulte
    De schisme et d’hérésie où plane ma Déesse,
    Où chacun prétend seul sacrer le Vin d’ivresse
    Et le Pain consolant les brebis de l’insulte :
    Réalisme, blasphème absurde, ésotérisme,
    Attendrissements chers, joyeuseté bouffonne,
    Voilà la sérénade, o Déesse, qu’entonne,
    Le chœur énamouré des croyants du lyrisme.
    Ils t’aiment, je le sais, et la cacophonie
    Se mêle en doux accords pour toi qui sais entendre ;
    Mais il n’en est aucun qui t’aime d’amour tendre
    Comme le mien et qui méprise qui te nie,
    Plus que ce cœur saignant de tendresse infinie !
    fleurs d’or
    Ne sortant pas de faire jeûne,
    Une fois, le père Lucas,
    Sincère, et du fond de son âme,
    Disait à ses quatre grands gars,
    Tous, de l’aîné jusqu’au plus jeune,
    Bien en âge de prendre femme :
    Et que les morts sous terre écoutent ;
    Croulaient et s’abîmaient en mer.
    Là-bas
    Sous le ciel bleu de Palestine,
    Des bergers et des mages.
    Et, sur le bloc du sarcophage,
    Où Jésus-Christ dormit sa mort,
    Un drapeau vert aux franges d’or,
    Depuis quels temps, âpres et sombres,
    Laisse flotter et s’exalter,
    Son ombre.
    Ô péril dûment surmonté !
    D’une Europe vers l’unité !
    Ô cri
    Qui retentis, ici,
    C’est le cri d’aujourd’hui,
    La haine.
    Allemagne, Allemagne,
    Qui vivantes s’approcheraient
    Te cerneraient et crouleraient.
    Ô cri
    Qui retentis, ici,
    Si tragique, aujourd’hui,
    Car tu es juste, ô cri,
    Bien que tu sois, la haine.
    Se soulève pour l’engloutir,
    Et pousse au large un dernier cri.
    À l’étouffer sous leur clameur.
    S’amoncellent, la foudre aux flancs.
    Court sans boussole et démâté.
    Plus complet et plus désastreux.
    Et nous sommes les naufragés.
    Le dirige vers un écueil.
    Subir mon engloutissement.
    Qui s’amassent contre les cieux.
    Rassemblé tous les désespoirs.
    Pour frissonner d’avoir compris.
    Je l’ai jeté ; je puis sombrer !
    FIN
    Est-il
    Lui
    la vision des dieux
    Autorité
    steamer
    Soudain, avançant dans l’ornière
    (Ils entrent dans le palais.)
    (Exeunt.)

    (Il remet son masque et recouvre la bière. - Entre Belcolore
    Le Chasseur
    Le Palatin
    Le Chevalier
    Un Lieutenant de
    Montagnards, Chevaliers
    Moines, Peuple
    Prenant un verre.
    sortant d'une maison
    à l'un d'eux
    Il prend une bûche embrasée dans le feu allumé sur la
    place, et la jette dans sa chaumière.
    Il sort en courant
    Frank rencontre une jeune fille.
    Elle lui jette son bouquet.
    seul, ramassant le bouquet.
    Exit.
    , assis sur l'herbe.
    (Il s'endort.)
    EPUIS
    Virginitas, Virginitas, quo abis, me relicta.
    C’est cela seul et rien de plus ! »
    On ne nommera jamais plus !
    C’est cela même et rien de plus. »
    Les ténèbres et rien de plus !
    Redit ce mot et rien de plus !
    C’est la rafale et rien de plus !
    Il s’installa, puis rien de plus !
    L’oiseau répondit : « Jamais plus ! »
    Se nommant ainsi : « Jamais plus ! »
    L’oiseau dit alors : « Jamais plus ! »
    De profondis
    Eût pris ce refrain : « Jamais plus ! »
    Et lamentable : « Jamais plus ! »
    Ne pressera plus, jamais plus !
    Le corbeau grinça : « Jamais plus ! »
    Le corbeau glapit : « Jamais plus ! »
    Le corbeau gémit : « Jamais plus ! »
    Le corbeau râla : « Jamais plus ! »
    Ne montera plus, jamais plus !
    Sérapion
    steam-boat
    Espère
    j’aime, j’espère et crois
    Continent noir
    1916.
    MULOT ET MULOTTE
    COMMENT MULOT ET MULOTTE REÇURENT DANS LEUR CABANE UNE VIEILLE HORRIBLE
    COMMENT CETTE VIEILLE ÉTAIT UNE BELLE FÉE, ET COMMENT ELLE OFFRIT DE DONNER A MULOT ET A MULOTTE RICHESSES ET HONNEURS
    MULOT
    LA FÉE
    LA FÉE (à part.)
    COMMENT LA FÉE VOULUT RENDRE A MULOT ET A MULOTTE LA JEUNESSE, ET DE LA BONNE ODEUR DE LILAS QUI SE RÉPANDIT DANS LA CABANE
    COMMENT LA FÉE EN BONNE PERSONNE BUT ET MANGEA AVEC MULOT ET MULOTTE
    Et but avec nos bons vieux. Dieu les garde !
    MORALITÉ
    COMMENT BELLE-MIGNONNE AVAIT EU DE SA MARRAINE LE DON DE FAIRE NAITRE DES FLEURS SOUS SES PAS AUSSITOT QU’ELLE AIMERAIT
    COMMENT LE ROI ET LA COUR SUIVIRENT LES AMANTS A LA TRACE ET DÉCOUVRIRENT UN CHATEAU DE FLEURS AU LIEU DE FORET
    COMMENT BELLE-MIGNONNE ET LE PAGE PARFAIT FURENT TROUVÉS L’UN PRÈS DE L’AUTRE ENDORMIS
    de Div.l. I, §. 57.
    requiem
    Credo
    Ou sept chefs devant Thèbes ?…
    Une
    LE CHEVALIER, UN ERMITE.
    Vingt
    bienvenues
    vœu
    foule suivait les conseils
    conseils
    Juin 1852.
    Mai 1870
    Un soir que je venais du Barbier de Séville
    Valle
    sora Nanna
    mininte
    LE COMTE DE LA MI-CARÊME
    Comme des gens de la basoche.
    Les Communiers
    Débrouiller le chaos
    Et la chair de ses os.
    Le peuple en sent l’esprit.
    Le Travailleur comprit.
    Bataillons fédérés,
    Vous marchez, vous mourez !
    Prêchant les combattants.
    Avaient duré vingt ans.
    Tu vis sur tes remparts,
    Planter ses étendards.
    De la maternité :
    Son électricité.
    Napoléon premier,
    Roula sur le fumier.
    Tes décrets survivront.
    Les exécuteront.
    Tu devais transformer.
    Qu’il faut le désarmer ?
    Pardonnez aux cléments !
    Pourquoi de l’huile sur le feu
    Grâce à Dieu, l’éternel complice
    De tous les exterminateurs,
    Grâce à Dieu, préfet de police
    Des caffards et des exploiteurs,
    Grâce à la sainte Providence
    L’ordre moral reprend son pli,
    Et tout marche à la décadence :
    Grâce à Dieu, l’ordre est rétabli !
    Grâce à Dieu, tout rentre dans l’ordre :
    La pensée a tari son flux ;
    Les chiens enragés pourront mordre,
    Ceux qu’ils mordront ne crieront plus.
    L’état de siège sur la bouche,
    La France, l’esprit affaibli,
    S’endort après sa fausse-couche :
    Grâce à Dieu, Rouher et sa bande,
    Les généraux de l’attentat
    Et l’avorton de la légende
    Nous mitonnent un coup d’État,
    Pour reboulonner la victoire
    On hisse l’oncle démoli
    Sur le mirliton de la gloire,
    Grâce à Dieu, la tribu des filles
    Bosse au croupion, chignon épars,
    S’étale aux yeux de nos familles,
    Dans les cafés des Boulevards,
    Des Cora Pearl le truc prospère
    Et soulage maint ramolli
    Des millions de feu son père :
    Grâce à Dieu, la pieuvre noire
    Aux tentacules étouffants,
    Pour l’ignorance obligatoire
    Vient de ressaisir nos enfants.
    La Jeunesse en sortira blette,
    Le nourrisson maigre et sali
    Tettera l’eau de la Salette :
    Grâce à pieu, l’ordre est rétabli !
    Grâce à Dieu, la Banque a main haute,
    Et les travailleurs sont capots :
    La misère est leur table d’hôte,
    La mort est leur lit de repos.
    De nos sueurs plus altérée,
    Sur la peau du peuple avili,
    Grouille une vermine dorée :
    C’est grâce à Dieu qu’on nous écrase,
    N’est-il pas la vis du pressoir ?
    Il faut pour faire table rase
    Briser l’idole et l’encensoir.
    Nais, justice, et grandis, Science ;
    En vous créant l’homme ennobli
    Pourra dire à sa conscience :
    Grâce à moi, l’ordre est rétabli !
    À ce prix nous t’offrons l’amnistie.
    New-York, 18 mars 1876.
    S'il existait ce Dieu, des Versaillais complice,
    Le fusiller serait pour nous une justice.
    Bevaix, 31 août 1881.
    Version longue
    Version courte
    Une colombe gémissait
    De ne pouvoir devenir mère :
    Elle rencontre en un vieux nid
    Semblable aux œufs de tourterelle.
    Ah! quel bonheur! s’écria-t-elle :
    Je pourrai donc enfin couver.
    Et puis nourrir, puis élever,
    Tous les soins qu’il me coûtera,
    Les tourments qu’il me causera,
    Quel plaisir vaut ces soucis-là?
    Qu’elle ne le quitte pour rien,
    Et ses délices les plus chères.
    De joie elle est prête à mourir;
    S’épuise pour le mieux nourrir.
    L’enfant chéri vient à merveille.
    Son corps grossit en peu de temps :
    Diffèrent fort des tourterelles;
    La mère les voit ressemblants.
    À bien élever sa jeunesse
    Pour être heureux, mon cher enfant,
    Et le secret pour qu’on nous aime,
    Ainsi parlait la tourterelle,
    Quand, au milieu de sa leçon,
    Un malheureux petit pinson,
    Qu’il court à lui : sa mère croit
    Et pour offrir au voyageur
    Une retraite hospitalière.
    Elle en mourut, la pauvre mère.
    Mais c’était le fils d’un milan :
    Rien ne change le caractère.
    « Ça va-t-il ? — Oui ça va ».
    Contrôle ou bat, sur son enclume,
    ENVOI
    Je
    sous vot’ respect
    extra-dry
    Théogonie.
    Qvittons
    Grand DIEV, de qui la force en miracles feconde,
    LOVIS, à qui le ciel, de ce foudre de guerre
    de cave
    75
    90
    100Ils songeaient ; et l’aurore apparut, éblouie.
    Ceux bourgeois qui sont froids comm’ givre,
    Dont la hauteur nous met si bas,
    C’est pas Dieu possible ! i’ n’pens’ pas
    Q’c’est l’paysan qui les fait vivre.
    Toujou’, s’méfiant, i’ nous ar’gardent.
    Tels que des r’nards devant des loups ;
    Nous aut’ qu’on sait qu’i’ peuv’ plus q’ nous,
    Tout comme de juste, on s’tient en garde.
    Mêm’ qu’on leur fait des tours de ruse,
    Qu’on les attrap’ sans méchanc’té,
    Pour voir alors leur min’ confuse
    Qui nous venge un peu d’leur fierté.
    I’ nous dis’ ivrogn’, lâch’, avares,
    D’mauvais sang, paillards, durs, en d’sous,
    Ayant précisément comm’ nous
    Tout c’qui nous r’proch’ de vice et d’tares.
    En plus grand, puisqu’i’ sont plus riches,
    Moins brutaux, pa’c’ qu’i’ sont moins vrais.
    C’est toujou’ pour leurs intérêts,
    Comm’ la nôt’, que leur conscienc’ triche.
    I’ nous mépris’ pa’c’qu’on n’sait rien
    Des livr’ qui les ont rendus blêmes…
    Des fois, en ayant eu l’moyen,
    On en saurait plus long qu’eux-mêmes.
    Dans leurs vill’ de choléra, d’pesse.
    I’ croient qu’i’ sont l’pays entier !
    Un campagnard instruit, rentier,
    S’rait-i’ ben seul’ment d’leur espèce ?…
    À ça faut dir’ q’ya p’têt’ des causes :
    Dans ceux fourmilièr’ de vivants
    I’ n’ont que l’fabriqué, l’mouvant,
    Jamais l’vrai ni l’posé des choses.
    C’est not’ solitud’ de campagne
    Qui nous donn’ not’ simplicité.
    Eux, avec la foul’ pour compagne,
    I’ n’apprenn’ que la vanité !
    Ceux gens n’voient qu’les pavés d’leurs rues
    Et q’les murailles d’leur maison.
    La nature absent’ de leur vue :
    L’naturel s’en va d’leur raison.
    C’est c’qui fait qui n’sav’ pas r’connaître
    Qu’eux aussi s’raient p’tèt’ ben miteux
    S’i’ n’avaient pas eu chanc’ de naître
    D’parents qu’étaient rich’ avant eux.
    Leur fla-fla d’orgueil ? i’ l’ramassent
    Dans l’mensong’ de la société,
    Sans s’dir’ que tout’ les chos’ qui passent
    Sont égal’ d’vant l’éternité.
    À mon ami A. Pigny.
    L’or serait tout, s’il était maître des idées,
    Mais lentement, mais jour à jour,
    Avec terreur, avec amour,
    La ville
    Élucidées.
    Ce fut d’abord
    De ses rêveurs et de ses sages
    D’en prévoir les contours
    Puis d’en fixer la ligne et d’en dorer l’image
    Quand la foule à son tour
    S’en empara
    Pour les tenir, devant elle, dressées,
    Elle y glissa son sang bien plus que sa pensée,
    Mais son ardeur les robura
    De joie immense et angoissée.
    Ô le travail des ans ! Ô le travail des heures !
    Ce qui ne fut d’abord que songe et que rumeur
    Dans telle âme profonde
    Devint bientôt le bruit et la clameur
    Du monde.
    Alors
    Ceux qu’écrasait le sort
    Redressèrent le dos
    Sous leur fardeau ;
    Se levèrent du fond des livres :
    De vos rythmes contradictoires !
    Vers le futur,
    Vous creusez sous mes pas un abîme où je cours.
    Près de ces ifs noueux dont la verdure sombre
    Que de fois la moisson fatigua leur faucille !
    Ils n’obtinrent jamais, sous les voûtes sacrées.
    Des esprits enflammés d’un céleste délire,
    S’ils n’ont pas des destins affronté la menace,
    Quelques rimes sans art, d’incultes ornements
    Et quelle ame intrépide, en quittant le rivage,
    Et toi, qui pour venger la probité sans gloire,
    Sous ce froid monument sont les jeunes reliques
    Les pauvres ont béni sa pieuse jeunesse
    Ne mets point ses vertus, ses défauts en balance ;
    À Asinius Sempronins Rufus.
    Dans une tabagie,
    Issu de la Régie ;
    Sur trois ou quatre lignes,
    Des cigares insignes.
    Pour la couleur locale —
    Tels qu’on nous les signale.
    Ne fait rien à l’affaire…
    Le bon cigare à faire.
    Plus que rudimentaire,
    Ceux du roi d’Angleterre.
    Interdits aux profanes,
    Fine fleur des Havanes.
    Comme des doigts de carmes,
    Et bagués à ses armes.
    Dans la cape étoffée ;
    D’un atelier de fée.
    Je n’en ai nulle envie.
    Du chou, toute ma vie.
    Des Cubas, des Florides,
    Sous les zones torrides,
    Les feuilles capitales,
    Jusqu’aux boîtes finales.
    Aux quais de la Tamise,
    Dans l’armoire aux chemises.
    La vision fut brève,
    Un bon cigare — en rêve !
    Les cigares qu’il fume,
    Un simple « gens de plume ».
    Un César des plus rares,
    S’y connaître en cigares.
    I
    II
    III
    IV
    V
    VI
    Poésie, théologie, abîmes !
    « Bois que j’aime, adieu, je succombe.
    Il dit, s’éloigne… et sans retour !
    « Bois que j’aime, adieu… je succombe.
    Il dit, s’éloigne… et sans retour
    Une
    fournaises
    Salvator.
    Le pêcheur.
    ennuis en V horreur plus extrême — • — Il6
    Ab Jove.....
    Abandon
    Love’s labours lost
    Walpurgisnachtstraum
    L’aigle
    À M. le lieutenant-colonel A. Audet
    Kyrie eleison
    1829.
    AUX FEMMES
    Qui donne au pauvre, prête à Dieu.
    Solitaire et cachée,
    Petite fleur séchée,
    Sous ma poitrine émue,
    O pervenche, à ta vue.
    Les yeux bruns, la main blanche
    Te cueillit un dimanche.
    De nos amours si fraîches
    De pauvres feuilles sèches !
    Au bord d’une clairière,
    Tu naissais la première ;
    Et pour toute réponse
    Sous les feuilles de ronce.
    Tandis que l’ingénue
    Le long de l’avenue…
    Timide rêverie,
    Et qu’une tromperie !…
    D’un amour brisé
    Tout s’est apaisé ;
    Qui nous ont unis,
    Et je les bénis.
    L’amour est si beau,
    Au fond du tombeau.
    Sourires ou pleurs,
    Se couvrent de fleurs.
    Et que les romans,
    Et quels mots charmans !
    Je les sais encor ;
    Gardent un trésor.
    Dans le bois flétri,
    Des fleurs ont souri ?
    Faut-il oublier
    Du printemps dernier ?
    « Ne fuis pas, reste encor.
    Ferme tes ailes d’or.
    N’y reposes-tu pas
    Hélas ! et tu t’en vas…
    Assise au bord de l’eau,
    Descendait du coteau ?
    Des belles nuits d’été ?
    Dans mon œil attristé ?
    Tu brûles de partir ;
    Et ce qu’il va souffrir ? »
    Dit : « Pourquoi t’ affliger ?
    Ton fardeau plus léger ?
    Mille pensers nouveaux,
    D’abeilles et d’oiseaux ?
    Si je subis la loi.
    De plus tristes que toi.
    Dévorés de désirs ;
    Les joyeux souvenirs.
    Hélas ! peut-être en vain…
    Et me tendre la main ? »
    La lumière
    Et plus vite
    Plie et penche
    Sont fidèles ;
    Tout embaume ;
    Qui pénètre
    Et charmante :
    Si rêveuses.
    Dans la mousse,
    Calme et pure,
    Compte à peine
    Et fondue
    Sans relâche,
    Son aiguille
    Et pensive
    Violettes,
    chemin du bas
    CHANTS DE SAPHO
    LUI
    Le Chaperon ou l’Oiseau bleu
    1er janvier 1857.
    paix et délivrance
    Maria Farina !
    12 septembre
    Naples, 1822.
    Si tu pouvais jamais égaler, ô ma lyre,
    Le doux frémissement des ailes du zéphyre
    À travers les rameaux,
    Ou l’onde qui murmure en caressant ces rives,
    Ou le roucoulement des colombes plaintives,
    Jouant aux bords des eaux ;
    Si, comme ce roseau qu’un souffle heureux anime,
    Tes cordes exhalaient ce langage sublime,
    Divin secret des cieux,
    Que, dans le pur séjour où l’esprit seul s’envole,
    Les anges amoureux se parlent sans parole,
    Comme les yeux aux yeux ;
    Si de ta douce voix la flexible harmonie,
    Caressant doucement une âme épanouie
    Au souffle de l’amour,
    La berçait mollement sur de vagues images,
    Comme le vent du ciel fait flotter les nuages
    Dans la pourpre du jour :
    Tandis que sur les fleurs mon amante sommeille,
    Ma voix murmurerait tout bas à son oreille
    Des soupirs, des accords,
    Aussi purs que l’extase où son regard me plonge,
    Aussi doux que le son que nous apporte un songe
    Des ineffables bords !
    Ouvre les yeux, dirais-je, ô ma seule lumière !
    Laisse-moi, laisse-moi lire dans ta paupière
    Ma vie et ton amour !
    Ton regard languissant est plus cher à mon âme
    Que le premier rayon de la céleste flamme
    Aux yeux privés du jour.
    .................................................
    Un de ses bras fléchit sous son cou qui le presse,
    L’autre sur son beau front retombe avec mollesse,
    Et le couvre à demi :
    Telle, pour sommeiller, la blanche tourterelle
    Courbe son cou d’albâtre et ramène son aile
    Sur son oeil endormi !
    Le doux gémissement de son sein qui respire
    Se mêle au bruit plaintif de l’onde qui soupire
    À flots harmonieux ;
    Et l’ombre de ses cils, que le zéphyr soulève,
    Flotte légèrement comme l’ombre d’un rêve
    Qui passe sur ses yeux !
    Que ton sommeil est doux, ô vierge ! ô ma colombe !
    Comme d’un cours égal ton sein monte et retombe
    Avec un long soupir !
    Deux vagues que blanchit le rayon de la lune,
    D’un mouvement moins doux viennent l’une après l’une
    Murmurer et mourir !
    Laisse-moi respirer sur ces lèvres vermeilles
    Ce souffle parfumé !...Qu’ai-je fait ? Tu t’éveilles :
    L’azur voilé des cieux
    Vient chercher doucement ta timide paupière ;
    Mais toi, ton doux regard, en voyant la lumière,
    N’a cherché que mes yeux !
    Ah ! que nos longs regards se suivent, se prolongent,
    Comme deux purs rayons l’un dans l’autre se plongent,
    Et portent tour à tour
    Dans le cœur l’un de l’autre une tremblante flamme,
    Ce jour intérieur que donne seul à l’âme
    Le regard de l’amour !
    Jusqu’à ce qu’une larme aux bords de ta paupière,
    De son nuage errant te cachant la lumière,
    Vienne baigner tes yeux,
    Comme on voit, au réveil d’une charmante aurore,
    Les larmes du matin, qu’elle attire et colore,
    L’ombrager dans les cieux.
    Parle-moi ! Que ta voix me touche !
    Chaque parole sur ta bouche
    Est un écho mélodieux !
    Quand ta voix meurt dans mon oreille,
    Mon âme résonne et s’éveille,
    Comme un temple à la voix des dieux !
    Un souffle, un mot, puis un silence,
    C’est assez : mon âme devance
    Le sens interrompu des mots,
    Et comprend ta voix fugitive,
    Comme le gazon de la rive
    Comprend le murmure des flots.
    Un son qui sur ta bouche expire,
    Une plainte, un demi-sourire,
    Mon cœur entend tout sans effort :
    Tel, en passant par une lyre,
    Le souffle même du zéphyre
    Devient un ravissant accord !
    ...........................
    Pourquoi sous tes cheveux me cacher ton visage ?
    Laisse mes doigts jaloux écarter ce nuage :
    Rougis-tu d’être belle, ô charme de mes yeux ?
    L’aurore, ainsi que toi, de ses roses s’ombrage.
    Pudeur ! honte céleste ! instinct mystérieux,
    Ce qui brille le plus se voile davantage ;
    Comme si la beauté, cette divine image,
    N’était faite que pour les cieux !
    Tes yeux sont deux sources vives
    Où vient se peindre un ciel pur,
    Quand les rameaux de leurs rives
    Leur découvrent son azur.
    Dans ce miroir retracées,
    Chacune de tes pensées
    Jette en passant son éclair,
    Comme on voit sur l’eau limpide
    Flotter l’image rapide
    Des cygnes qui fendent l’air !
    Ton front, que ton voile ombrage
    Et découvre tour à tour,
    Est une nuit sans nuage
    Prête à recevoir le jour ;
    Ta bouche, qui va sourire,
    Est l’onde qui se retire
    Au souffle errant du zéphyr,
    Et, sur ces bords qu’elle quitte,
    Laisse au regard qu’elle invite,
    Compter les perles d’Ophyr !
    Ton cou, penché sur l’épaule,
    Tombe sous son doux fardeau,
    Comme les branches du saule
    Sous le poids d’un passereau ;
    Ton sein, que l’oeil voit à peine
    Soulevant à chaque haleine
    Le poids léger de ton cœur,
    Est comme deux tourterelles
    Qui font palpiter leurs ailes
    Dans la main de l’oiseleur.
    Tes deux mains sont deux corbeilles
    Qui laissent passer le jour ;
    Tes doigts de roses vermeilles
    En couronnent le contour.
    Sur le gazon qui l’embrasse
    Ton pied se pose, et la grâce,
    Comme un divin instrument,
    Aux sons égaux d’une lyre
    Semble accorder et conduire
    Ton plus léger mouvement.
    ........................
    Pourquoi de tes regards percer ainsi mon âme ?
    Baisse, oh ! baisse tes yeux pleins d’une chaste flamme :
    Baisse-les, ou je meurs.
    Viens plutôt, lève-toi ! Mets ta main dans la mienne,
    Que mon bras arrondi t’entoure et te soutienne
    Sur ces tapis de fleurs.
    ............................................
    Aux bords d’un lac d’azur il est une colline
    Dont le front verdoyant légèrement s’incline
    Pour contempler les eaux ;
    Le regard du soleil tout le jour la caresse,
    Et l’haleine de l’onde y fait flotter sans cesse
    Les ombres des rameaux.
    Entourant de ses plis deux chênes qu’elle embrasse,
    Une vigne sauvage à leurs rameaux s’enlace,
    Et, couronnant leurs fronts,
    De sa pâle verdure éclaircit leur feuillage,
    Puis sur des champs coupés de lumière et d’ombrage
    Court en riants festons.
    Là, dans les flancs creusés d’un rocher qui surplombe,
    S’ouvre une grotte obscure, un nid où la colombe
    Aime à gémir d’amour ;
    La vigne, le figuier, la voilent, la tapissent,
    Et les rayons du ciel, qui lentement s’y glissent,
    Y mesurent le jour.
    La nuit et la fraîcheur de ces ombres discrètes
    Conservent plus longtemps aux pâles violettes
    Leurs timides couleurs ;
    Une source plaintive en habite la voûte,
    Et semble sur vos fronts distiller goutte à goutte
    Des accords et des pleurs.
    Le regard, à travers ce rideau de verdure,
    Ne voit rien que le ciel et l’onde qu’il azure ;
    Et sur le sein des eaux
    Les voiles du pêcheur, qui, couvrant sa nacelle,
    Fendent ce ciel limpide, et battent comme l’aile
    Des rapides oiseaux.
    L’oreille n’entend rien qu’une vague plaintive
    Qui, comme un long baiser, murmure sur sa rive,
    Ou la voix des zéphyrs,
    Ou les sons cadencés que gémit Philomèle,
    Ou l’écho du rocher, dont un soupir se mêle
    À nos propres soupirs.
    .....................
    Viens, cherchons cette ombre propice
    Jusqu’à l’heure où de ce séjour
    Les fleurs fermeront leur calice
    Aux regards languissants du jour.
    Voilà ton ciel, ô mon étoile !
    Soulève, oh ! soulève ce voile,
    Éclaire la nuit de ces lieux ;
    Parle, chante, rêve, soupire,
    Pourvu que mon regard attire
    Un regard errant de tes yeux.
    Laisse-moi parsemer de roses
    La tendre mousse où tu t’assieds,
    Et près du lit où tu reposes
    Laisse-moi m’asseoir à tes pieds.
    Heureux le gazon que tu foules,
    Et le bouton dont tu déroules
    Sous tes doigts les fraîches couleurs !
    Heureuses ces coupes vermeilles
    Que pressent tes lèvres, pareilles
    Aux frelons qui tètent les fleurs !
    Si l’onde des lis que tu cueilles
    Roule les calices flétris,
    Des tiges que ta bouche effeuille
    Si le vent m’apporte un débris,
    Si ta bouche qui se dénoue
    Vient, en ondulant sur ma joue,
    De ma lèvre effleurer le bord ;
    Si ton souffle léger résonne,
    Je sens sur mon front qui frissonne
    Passer les ailes de la mort.
    Souviens-toi de l’heure bénie
    Où les dieux, d’une tendre main,
    Te répandirent sur ma vie
    Comme l’ombre sur le chemin.
    Depuis cette heure fortunée,
    Ma vie à ta vie enchaînée,
    Qui s’écoule comme un seul jour,
    Est une coupe toujours pleine,
    Où mes lèvres à longue haleine
    Puisent l’innocence et l’amour.
    Ah ! lorsque mon front qui s’incline
    Chargé d’une douce langueur,
    S’endort bercé sur ta poitrine
    Par le mouvement de ton cœur...
    .............................
    Un jour, le temps jaloux, d’une haleine glacée,
    Fanera tes couleurs comme une fleur passée
    Sur ces lits de gazon ;
    Et sa main flétrira sur tes charmantes lèvres
    Ces rapides baisers, hélas ! dont tu me sèvres
    Dans leur fraîche saison.
    Mais quand tes yeux, voilés d’un nuage de larmes,
    De ces jours écoulés qui t’ont ravi tes charmes
    Pleureront la rigueur ;
    Quand dans ton souvenir, dans l’onde du rivage
    Tu chercheras en vain ta ravissante image,
    Regarde dans mon cœur !
    Là ta beauté fleurit pour des siècles sans nombre ;
    Là ton doux souvenir veille à jamais à l’ombre
    De ma fidélité,
    Comme une lampe d’or dont une vierge sainte
    Protège avec la main, en traversant l’enceinte,
    La tremblante clarté.
    Et quand la mort viendra, d’un autre amour suivie,
    Éteindre en souriant de notre double vie
    L’un et l’autre flambeau,
    Qu’elle étende ma couche à côté de la tienne,
    Et que ta main fidèle embrasse encor la mienne
    Dans le lit du tombeau.
    Ou plutôt puissions-nous passer sur cette terre,
    Comme on voit en automne un couple solitaire
    De cygnes amoureux
    Partir, en s’embrassant, du nid qui les rassemble,
    Et vers les doux climats qu’ils vont chercher ensemble
    S’envoler deux à deux.
    Déesse
    Nous étions trente ;
    Nous étions dix.
    Nous étions dix.
    Échos, souffles, concerts de l'onde et du feuillage !
    Que seraient vos accents, vos bruits, vos mille sons,
    Si le poète ému, traduisant ce langage,
    N'exprimait en ses vers l'âme de vos chansons ?...
    demoiselles
    L’été
    Le Chant des marins
    La Traversée
    La Chanson des colons
    Québec
    .
    MANDEVILLE
    Le Grand Testament de Villon
    Li Romans du Brut.
    Quand le sommeil nous arrive plus doux ?
    20 vendreit mielz amer e requerre,
    40
    45
    50 En respit mist e en purpens
    55
    60
    65
    70
    75
    80
    85
    90
    95
    100
    105
    110
    115
    120
    125
    130
    135
    140
    145
    150
    155
    160
    165
    170
    175
    185
    190
    195
    200
    205
    210
    215
    220
    225
    230
    235 Chescuns des nuns bien i afiert,
    240 ne plus ne vus en cunterai.
    te Deum
    15 août
    Le Conservateur littéraire, 15 avril 1820.]
    statu quo
    __Son avis est le Tien, pas, chérie ? C’est le seul !
    ES
    L’arbre n’agita pas une branche.
    XIX
    1895.
    Mais gloire aux cathédrales !
    Avec leur forêt d’énormes piliers
    Ce sont des cités au-dessus des villes,
    De l’aumône, au fond des sébiles,
    Sous leurs porches hospitaliers.
    Humblement agenouillées
    Les églises et les chapelles
    Des couvents,
    Tout au loin vers elles
    En joyeuses vassales ;
    Voyez dans le nuage blanc
    Ceux-là qui dressèrent la tour
    Avec ses quatre rangs d’ouïes
    Ceux qui bâtirent la muraille,
    Tous ceux dont les doigts ciselèrent
    Ceux qui semèrent de fleurs vives
    Et vous, doigts qui semiez
    Chaque jour encor faites s’éveiller
    La rosace, immortelle rose
    Que nul vent ne vient effeuiller !
    Des tabernacles
    De l’amour !
    Vous qui voyez, ô souveraines,
    La ville à vos genoux courber ses toits !
    Vous dont les beaux pieds sont de marbre pur !
    Vous dont les voiles
    Sont d’azur !
    Vous dont la couronne est d’étoiles !
    Vous êtes belles sans orgueil !
    Qui conduisent au bord du ciel,
    Ô magnifiques cathédrales,
    Les nefs aux silences amis,
    Ce que disent les cathédrales,
    Soit qu’au peuple, autour d’un cercueil,
    Un orgue aux ondes sépulcrales
    Soit que la foule autour des tables
    S’y presse aux repas délectables,
    Soit qu’un prêtre vêtu de blanc
    Y rayonne au fond de sa chaise,
    Heureux le cœur qui l’écoute en tremblant !
    Heureux celui qui vous écoute,
    Ô cathédrales, je vous vois
    D’invisibles ris sont largués,
    Une vigie est sur la hune,
    Car immobiles, vous voguez,
    Car c’est en vous que je vois l’arche
    Et vous bravez tous les désastres.
    Allez, vous êtes la figure
    Vivante de l’humanité ;
    Mène au port de l’éternité.
    La regardait venir à lui
    Elle avançait et s’approchait
    De celui qui marchait ;
    Qui barraient la contrée
    Le gagner à leur tour,
    Il entrait dans la pierre
    Creusée immensément et pénétrée
    Victorieusement, n’a retenti en toi !
    — Canons, chevaux, drapeaux, soldats —
    Mais eux
    Prenant ses rosaces pour cibles
    Braquent vers lui leur feu terrible.
    Il n’est pignon, il n’est muraille,
    Les tours, les grandes tours,
    Sont cernés à leur tour,
    D’une ceinture de tonnerres :
    Alors,
    Est brusquement broyé sous le piétinement
    Du plus rageur des sacrilèges.
    Québec, 27 décembre 1860.
    À Francis Jammes
    Béhic
    Sweet Home
    À Rudyard Kipling
    park du palais s’émeut le tennis ground
    Eden Garden
    Red Road
    À M. P. Bons d’Anty
    tiffin
    bill payé, je me dirige vers le wharf
    À la mémoire de Laura Lopez
    Goyaves
    Gros-Morne
    Jeune Créole
    À Léon-Paul Fargue
    Ville de Pernambuco
    Regrettez-vous le temps où le ciel sur la terre
    Marchait et respirait dans un peuple de dieux
    Où Vénus Astarté, fille de l’onde amère... ? »
    À Henry de Bruchard
    À Ruben Dario
    À Gabriel Fabre
    À Francis Jourdain
    À Auguste Brunet
    Çà
    Dans
    Voilà
    Que tout le ciel contemple,
    Sur les marches du temple ;
    Ô divine accouchée,
    Sous la roche penchée ;
    L’adorant la première,
    Être fait de lumière ;
    À la nuit de la tombe
    Des ailes de colombe,
    Dont tressaillent les cordes,
    Et de miséricordes ;
    Doucement importune,
    Le croissant de la lune ;
    Le cortège de Vierges,
    Étoile par les cierges.
    Les cantiques en flammes,
    Et tes larmes des femmes ;
    Luisait sous mes paupières,
    L’échelle des prières
    Aux pentes du Parnasse ;
    Et mis dans votre nasse
    Mis les cloches en joie,
    Le velours et la soie !
    Pour couper votre robe !
    J’émaillerais le globe !
    Planant sur nos désastres,
    Son soleil et ses astres !
    Et qui sont des orfèvres !
    Moins vermeils que vos lèvres ;
    Ni le marchand notable,
    Ses jambes sur la table
    Nul trésor dans mon coffre,
    De bon cœur je vous offre.
    La couleur en est franche,
    C’est la chasteté blanche,
    Fleur du cœur, non du bouge,
    Et la charité rouge.
    De la science avare,
    L’amour de ce fruit rare ;
    Je ne suis pas du temple,
    À tous que son exemple.
    Un peuple qu’il relève
    Dire ce que je rêve.
    Aimez, l’amour allège ;
    Comme un lys dans la neige !
    L’on cueille sous son aile,
    C’est la fleur éternelle.
    Pauvres cœurs que nous sommes !
    Et l’amour fuit les hommes !
    Et dans notre mémoire,
    Son affreuse aile noire ;
    Tant de poignards avides ;
    Sont des sépulcres vides.
    Sur la foule futile ;
    De ma vie inutile.
    Pour sa sainte querelle,
    Est étrangement belle ;
    Et que sa joue est pleine ;
    Au milieu de la plaine ;
    Ainsi que les pleurs lâches ;
    Que, pour de nobles tâches,
    Comme un arc qui s’anime,
    Sa tête magnanime ;
    Et que sa lèvre est grasse,
    L’autre nom de la grâce ;
    Jusqu’à rompre l’écorce ;
    L’autre nom de la force ;
    Et que le mal recule
    La compagne d’Hercule.
    Ô vierge catholique !
    Au mal mélancolique ;
    Ces sœurs sont exilées ;
    Avec des voix ailées !
    Sous le ciel noir qui gronde,
    Comme un noyé dans l’onde !
    De la vie et de l’âme,
    Pieuse de la femme,
    A balayé ces roses,
    Sont repus et moroses ;
    De l’âme qui décline,
    Comme une ombre orpheline.
    De notre temps qui souffre,
    Dévoré par le gouffre ?
    Et les yeux pleins de flammes,
    Lui seul prendra les âmes ;
    Noirs de gloire usurpée,
    La parole et l’épée ;
    Il fera pour l’Église
    Sous la main de Moïse.
    Incertain de la foule,
    Du siècle qui s’écroule,
    D’un front lourd de conquêtes,
    Que frappent deux baguettes ;
    D’éloquente frottée,
    À la lave irritée,
    Le glaive à lame amère
    Du forgeron Homère,
    Dont la gloire est jalouse,
    Aux pieds de Charles douze ;
    De l’amour qui féconde,
    Pour transformer le monde.
    1896.
    XL
    Leurs dents claquent.
    Sources
    Veuve
    Bis.
    Bis.
    LES HIÈRODOULES
    Divine fleur, se pose
    Toi, l’immortelle Amante
    L’odeur des plantes grasses,
    Ainsi que des fantômes,
    Traîne en odeurs subtiles
    L’éternelle semence
    Dans les brises fidèles,
    Et, comme d’anciens prêtres,
    INVOCATION
    Dans les cieux calmés,
    Les désirs pâmés.
    Les sourds tympanons,
    Qui forment tes noms.
    Au souffle d’Asshour,
    D’extase et d’amour.
    CONJURATION
    Des rites singuliers,
    Frémiront sous tes pas.
    Et palpitantes d’or !
    Vos bras blancs et vos robes d’or.
    S’envolent avec les corbeaux.
    Tournoyant en joyeux essaim.
    De sa sandale aux durs talons.
    S’allume pour tes encensoirs.
    Pour lui seul s’ouvriront tes bras.
    Sur les marches du firmament.
    Qui venait de vendre son fonds,
    « Non ! et j’vas vous raconter comme :

    À madame ***, de la Gironde.

    Sur un écueil battu par la vague plaintive,
    Le nautonier de loin voit blanchir sur la rive
    Un tombeau près du bord par les flots déposé;
    Le temps n’a pas encor bruni l’étroite pierre,
    Et sous le vert tissu de la ronce et du lierre
    On distingue... un sceptre brisé!
    Ici gît... point de nom!... demandez à la terre!
    Ce nom? il est inscrit en sanglant caractère
    Des bords du Tanaïs au sommet du Cédar,
    Sur le bronze et le marbre, et sur le sein des braves,
    Et jusque dans le cœur de ces troupeaux d’esclaves
    Qu’il foulait tremblants sous son char.
    Depuis ces deux grands noms qu’un siècle au siècle annonce,
    Jamais nom qu’ici-bas toute langue prononce
    Sur l’aile de la foudre aussi loin ne vola.
    Jamais d’aucun mortel le pied qu’un souffle efface
    N’imprima sur la terre une plus forte trace,
    Et ce pied s’est arrêté là!...
    Il est là!... sous trois pas un enfant le mesure!
    Son ombre ne rend pas même un léger murmure!
    Le pied d’un ennemi foule en paix son cercueil!
    Sur ce front foudroyant le moucheron bourdonne,
    Et son ombre n’entend que le bruit monotone
    D’une vague contre un écueil!
    Ne crains rien, cependant, ombre encore inquiète,
    Que je vienne outrager ta majesté muette.
    Non. La lyre aux tombeaux n’a jamais insulté.
    La mort fut de tout temps l’asile de la gloire.
    Rien ne doit jusqu’ici poursuivre une mémoire.
    Rien!... excepté la vérité!
    Ta tombe et ton berceau sont couverts d’un nuage,
    Mais pareil à l’éclair tu sortis d’un orage!
    Tu foudroyas le monde avant d’avoir un nom!
    Tel ce Nil dont Memphis boit les vagues fécondes
    Avant d’être nommé fait bouilloner ses ondes
    Aux solitudes de Memnom.
    Les dieux étaient tombés, les trônes étaient vides;
    La victoire te prit sur ses ailes rapides
    D’un peuple de Brutus la gloire te fit roi!
    Ce siècle, dont l’écume entraînait dans sa course
    Les mœurs, les rois, les dieux... refoulé vers sa source,
    Recula d’un pas devant toi!
    Tu combattis l’erreur sans regarder le nombre;
    Pareil au fier Jacob tu luttas contre une ombre!
    Le fantôme croula sous le poids d’un mortel!
    Et, de tous ses grands noms profanateur sublime,
    Tu jouas avec eux, comme la main du crime
    Avec les vases de l’autel.
    Ainsi, dans les accès d’un impuissant délire
    Quand un siècle vieilli de ses mains se déchire
    En jetant dans ses fers un cri de liberté,
    Un héros tout à coup de la poudre s’élève,
    Le frappe avec son sceptre... il s’éveille, et le rêve
    Tombe devant la vérité!
    Ah! si rendant ce sceptre à ses mains légitimes,
    Plaçant sur ton pavois de royales victimes,
    Tes mains des saints bandeaux avaient lavé l’affront!
    Soldat vengeur des rois, plus grand que ces rois même,
    De quel divin parfum, de quel pur diadème
    L’histoire aurait sacré ton front!
    Gloire! honneur! liberté! ces mots que l’homme adore,
    Retentissaient pour toi comme l’airain sonore
    Dont un stupide écho répète au loin le son :
    De cette langue en vain ton oreille frappée
    Ne comprit ici-bas que le cri de l’épée,
    Et le mâle accord du clairon!
    Superbe, et dédaignant ce que la terre admire,
    Tu ne demandais rien au monde, que l’empire!
    Tu marchais!... tout obstacle était ton ennemi!
    Ta volonté volait comme ce trait rapide
    Qui va frapper le but où le regard le guide,
    Même à travers un cœur ami!
    Jamais, pour éclaircir ta royale tristesse,
    La coupe des festins ne te versa l’ivresse;
    Tes yeux d’une autre pourpre aimaient à s’enivrer!
    Comme un soldat debout qui veille sous les armes,
    Tu vis de la beauté le sourire ou les larmes,
    Sans sourire et sans soupirer!
    Tu n’aimais que le bruit du fer, le cri d’alarmes!
    L’éclat resplendissant de l’aube sur tes armes!
    Et ta main ne flattait que ton léger coursier,
    Quand les flots ondoyants de sa pâle crinière
    Sillonnaient comme un vent la sanglante poussière,
    Et que ses pieds brisaient l’acier!
    Tu grandis sans plaisir, tu tombas sans murmure!
    Rien d’humain ne battait sous ton épaisse armure :
    Sans haine et sans amour, tu vivais pour penser :
    Comme l’aigle régnant dans un ciel solitaire,
    Tu n’avais qu’un regard pour mesurer la terre,
    Et des serres pour l’embrasser!
    ....................................................
    S’élancer d’un seul bon au char de la victoire,
    Foudroyer l’univers des splendeurs de sa gloire,
    Fouler d’un même pied des tribuns et des rois;
    Forger un joug trempé dans l’amour et la haine,
    Et faire frissonner sous le frein qui l’enchaîne
    Un peuple échappé de ses lois!
    Etre d’un siècle entier la pensée et la vie,
    Emousser le poignard, décourager l’envie;
    Ebranler, raffermir l’univers incertain,
    Aux sinistres clarté de ta foudre qui gronde
    Vingt fois contre les dieux jouer le sort du monde,
    Quel rêve! et ce fut ton destin!...
    Tu tombas cependant de ce sublime faîte!
    Sur ce rocher désert jeté par la tempête,
    Tu vis tes ennemis déchirer ton manteau!
    Et le sort, ce seul dieu qu’adora ton audace,
    Pour dernière faveur t’accorda cet espace
    Entre le trône et le tombeau!
    Oh! qui m’aurait donné d’y sonder ta pensée,
    Lorsque le souvenir de te grandeur passée
    Venait, comme un remords, t’assaillir loin du bruit!
    Et que, les bras croisés sur ta large poitrine,
    Sur ton front chauve et nu, que la pensée incline,
    L’horreur passait comme la nuit!
    Tel qu’un pasteur debout sur la rive profonde
    Voit son ombre de loin se prolonger sur l’onde
    Et du fleuve orageux suivre en flottant le cours;
    Tel du sommet désert de ta grandeur suprême,
    Dans l’ombre du passé te recherchant toi-même,
    Tu rappelais tes anciens jours!
    Ils passaient devant toi comme des flots sublimes
    Dont l’oeil voit sur les mers étinceler les cimes,
    Ton oreille écoutait leur bruit harmonieux!
    Et, d’un reflet de gloire éclairant ton visage,
    Chaque flot t’apportait une brillante image
    Que tu suivais longtemps des yeux!
    Là, sur un pont tremblant tu défiais la foudre!
    Là, du désert sacré tu réveillais la poudre!
    Ton coursier frissonnait dans les flots du Jourdain!
    Là, tes pas abaissaient une cime escarpée!
    Là, tu changeais en sceptre une invincible épée!
    Ici... Mais quel effroi soudain?
    Pourquoi détournes-tu ta paupière éperdue?
    D’où vient cette pâleur sur ton front répandue?
    Qu’as-tu vu tout à coup dans l’horreur du passé?
    Est-ce d’une cité la ruine fumante?
    Ou du sang des humains quelque plaine écumante?
    Mais la gloire a tout effacé.
    La gloire efface tout!... tout excepté le crime!
    Mais son doigt me montrait le corps d’une victime;
    Un jeune homme! un héros, d’un sang pur inondé!
    Le flot qui l’apportait, passait, passait, sans cesse;
    Et toujours en passant la vague vengeresse
    Lui jetait le nom de Condé!...
    Comme pour effacer une tache livide,
    On voyait sur son front passer sa main rapide;
    Mais la trace du sang sous son doigt renaissait!
    Et, comme un sceau frappé par une main suprême,
    La goutte ineffaçable, ainsi qu’un diadème,
    Le couronnait de son forfait!
    C’est pour cela, tyran! que ta gloire ternie
    Fera par ton forfait douter de ton génie!
    Qu’une trace de sang suivra partout ton char!
    Et que ton nom, jouet d’un éternel orage,
    Sera par l’avenir ballotté d’âge en âge
    Entre Marius et César!
    Tu mourus cependant de la mort du vulgaire,
    Ainsi qu’un moissonneur va chercher son salaire,
    Et dort sur sa faucille avant d’être payé!
    Tu ceignis en mourant ton glaive sur ta cuisse,
    Et tu fus demander récompense ou justice
    Au dieu qui t’avait envoyé!
    On dit qu’aux derniers jours de sa longue agonie,
    Devant l’éternité seul avec son génie,
    Son regard vers le ciel parut se soulever!
    Le signe rédempteur toucha son front farouche!...
    Et même on entendit commencer sur sa bouche
    Un nom!... qu’il n’osait achever!
    Achève... C’est le dieu qui règne et qui couronne!
    C’est le dieu qui punit! c’est le dieu qui pardonne!
    Pour les héros et nous il a des poids divers!
    Parle-lui sans effroi! lui seul peut te comprendre!
    L’esclave et le tyran ont tous un compte à rendre,
    L’un du sceptre, l’autre des fers!
    Son cercueil est fermé! Dieu l’a jugé! Silence!
    Son crime et ses exploits pèsent dans la balance :
    Que des faibles mortels la main n’y touche plus!
    Qui peut sonder, Seigneur, ta clémence infinie?
    Et vous, fléaux de Dieu! qui sait si le génie
    N’est pas une de vos vertus?...
    On avait d’la r’ligion naguère !
    La faute à qui si c’est perdu ?
    J’m’en dout’ ! mais j’sais q’pour êtr’ bien vu,
    Comm’ not’ curé, yen n’a pas guère.
    C’est pas un palot d’presbytère.
    C’est un fort rougeaud qu’aim’ le vin ;
    C’qui prouv’ que s’i’ tient au divin
    I’ n’mépris’ pas non plus la terre.
    aimez-vous les uns les autres !
    buenos dias
    Se retournant, lui dit : « C’est
    Absolu, lance au poing, panache au front. »
    (Suite à « Monsieur le curé dit sa messe »)
    Épisode de 1870-1871.
    siège
    La Terre était tombée au profond de l’abîme,
    L’Homme
    Benedicat vos omnipotens Deus
    Pater et Filius
    Et Spiritus sanctus
    Amen ! dit un tambour en éclatant de rire.
    Novembre 1858.
    Derrière une affreuse vitrine
    Et la plantureuse poitrine.
    De beauté plus affriolante !
    Était encore somnolente.
    Et, douce trotteuse en galoches,
    Se liquéfiaient sous les cloches.
    À des acheteuses blafardes ;
    Comme un affamé dans ses hardes.
    Son petit nez frôlant les croûtes,
    La vermine creusait des routes.
    Coulaient sur leur clayon de paille,
    Sans jamais y faire ripaille.
    Suintait près du Chester exsangue ;
    Qu’elle essuyait d’un coup de langue.
    Tout plein de charme et de hantise !
    Ma chair, folle de convoitise !
    Je me disais que ces miasmes,
    Traquait tous mes enthousiasmes.
    Soufflaient une odeur pestilente,
    Je la trouvais ensorcelante !
    Elle eut tout un petit manège ;
    Et des bas blancs comme la neige.
    L’emparadisante ingénue,
    Et vis sa beauté toute nue !
    Que la belle me fit l’hommage
    Et ne sentait pas le fromage !
    Beethoven
    À l’orient du pré, dans le sol rêche
    Est là, pour à toujours, qui grelotte, la bêche
    Lamentable et nue ;
    Sous le ciel sec, la terre sèche ;
    Et rien, sinon la maigre bêche,
    Latte de bois mort, latte de bois nu.
    — Fais une croix sur le sol jaune
    Avec la longue main,
    Toi qui t’en vas, par le chemin —
    La chaumière d’humidité verdâtre
    Et ses deux tilleuls foudroyés
    Et des cendres dans l’âtre
    Et sur le mur encor le piédestal de plâtre,
    Mais la Vierge tombée à terre.
    — Fais une croix vers les chaumières
    Avec ta longue main de paix et de lumière —
    Des crapauds morts dans les ornières infinies
    Et des poissons dans les roseaux
    Et puis un cri toujours plus pauvre et lent d’oiseau,
    Infiniment, là-bas, un cri à l’agonie.
    — Fais une croix avec ta main
    Pitoyable, sur le chemin —
    Aux verrous rouillés des étables,
    L’orde araignée, elle a tissé l’étoile de poussière ;
    Et la ferme sur la rivière,
    Par à travers ses chaumes lamentables,
    Comme des bras aux mains coupées,
    Croise ses poutres d’outre en outre.
    — Fais une croix sur le demain,
    Définitive, avec ta main —
    Un double rang d’arbres et de troncs nus sont abattus,
    Au long des routes en déroutes,
    Les villages — plus même de cloches pour en sonner
    Le hoquetant dies iræ
    Désespéré, vers l’écho vide et ses bouches cassées.
    — Fais une croix aux quatre fronts des horizons.
    Car c’est la fin des champs et c’est la fin des soirs ;
    Le deuil au fond des cieux tourne, comme des meules,
    Ses soleils noirs ;
    Et des larves éclosent seules
    Aux flancs pourris des femmes qui sont mortes.
    À l’orient du pré, dans le sol rêche,
    Sur le cadavre épars des vieux labours,
    Domine là, et pour toujours,
    Plaque de fer clair, latte de bois froid,
    La bêche.
    Divine Comédie
    Dame
    La Vie nouvelle
    Bice
    Vie Nouvelle : — « J'eus alors une vision extraordinaire, pendant laquelle je fus témoin de choses qui me firent prendre la ferme résolution de ne plus rien dire de cette Bienheureuse
    l'Enfer, le Purgatoire et le Paradis
    Aimer et ne plus voir
    (PARADIS. — Chants 30 et 31e passim.)
    whip-poor-wills
    cyprière
    Baudouin Bras de Fer
    LE BANQUET DES GUEUX
    Jusques au soir, où brûlerait tout l’horizon.
    RÉDÉRODE
    Parmi les plus hardis, Brédérode prit place,
    Le banquet des Gueux
    SAINT-AMAND
    CRABBE
    Ballade des chasseurs.
    Un peu plus loin considérez cette alouette qui s’élève peu à peu du milieu des blés : en voltigeant en haut, elle chante si mélodieusement qu’il ne se peut mieux ; vous diriez qu’elle va en chantant boire dans les nuées.
    Le Confiteor de l’infidèle éprouvé.
    Le jour, le jour se lève,
    Clairons, voici le jour !
    Enfin, le jour se lève !
    Battez la générale,
    Battez, battez, tambour !
    Pour le tir à la cible
    Battez, battez, tambour.
    Sa caresse est féline
    comme le point du jour :
    Pour gravir la colline
    Battez, battez, tambour !
    Sa caresse est câline
    Comme le flot du jour :
    Pour gravir la colline,
    Sa caresse est énorme
    Comme l’éclat du jour :
    Pour les rangs que l’on forme,
    Sa caresse vous touche
    Comme l’onde et le feu ;
    Pour tirer la cartouche,
    Battez, battez un peu.
    Son Baiser vous enlace
    Comme l’onde et le feu :
    Pour charger la culasse,
    Sa Caresse se joue
    Tambour, pour mettre en joue,
    Sa caresse est terrible
    Pour le cœur trop sensible
    Battez, battez un peu.
    Sa caresse est horrible,
    Pour ajuster la cible,
    Restez, battez un peu.
    Cette Caresse efface
    Tout, sacré nom de Dieu !
    Pour viser bien en face,
    Son approche vous glace
    Comme ses feux passés :
    Pour viser bien en face
    Cessez.
    Car l’Amour est plus belle
    Que son plus bel amour :
    Battez pour la gamelle,
    Battez, battez tambour,
    Sonnez la boute-selle,
    Trompettes de l’Amour !
    Pour ma belle, à la ville,
    Battez, battez tambour !
    Car elle est moins cruelle
    Que la clarté du jour :
    L’amour est plus docile
    Que son plus tendre amour :
    Battez, battez tambour.
    Elle est plus difficile
    A plier que le jour :
    Pour la mauvaise ville,
    Nul n’est plus difficile
    A payer de retour :
    Pour la guerre civile,
    Pour l’amour et la charge,
    Battez pour vous défendre,
    Battez, battez tambour.
    Amis, la terre est vaste,
    En avant, le tambour.
    Battez, pour l’homme brave,
    Battez pour l’homme lâche,
    Pour le visage pâle
    Car l’Amour, c’est la guerre,
    Pour écarter le doute,
    Or, mourir lui ressemble :
    Battez fort pour qui tremble,
    Car la paix, c’est sa palme,
    Battez, pour qu’elle expire,
    Battez pour qui veut vivre,
    Battez, la mort est belle,
    La guerre est la plus large
    Des portes de l’Amour :
    Pour l’assaut et la charge,
    Pour étouffer la plainte
    Battez, battez plus fort.
    L’amour est au plus brave,
    La Victoire… au plus fort !
    À madame Judith Mendès.
    — C’est Narbonne.
    L’assaut !
    Il reprit :
    Mais qu’importe ! es-tu pas le grand aigle
    Charlemagne en riant vint à lui.
    Ils refusèrent tous.
    S’écria :
    Va, fils ! »Le lendemain Aymery prit la ville.
    Espérance et Courage !
    nous nous
    Un-tout-pe-tit-en-fant.
    12 octobre
    Paix aux humbles !
    29 avril 1869
    Indépendance et liberté !
    Rien apprit, rien oublié.
    Avenir
    Mai 1862
    Faust.
    Aujourd’hui
    AUJOURD’HUI
    Les bras des longs canaux que le couchant fait d’or
    Que chante au pays vert, la tour de Notre-Dame.
    Inque situm furtim musa trahebat opus!
    XX
    AU STATUAIRE DAVID
    À J.-M. Fleury.
    Te Deum laudamus !
    — Non, dit l’arbre. Il dit : Non ! par l’étincellement
    De sa tête superbe,
    Que la tempête traite universellement
    Comme elle fait une herbe !
    AU BORD DU QUAI
    Où leur amour est né
    Leur proue,
    Il s’en alla, par un soir d’août,
    Quand la clarté se respirait
    Et se buvait dans le vent fou ;
    Il s’en alla, Dieu savait où ;
    Mais quand il reviendrait,
    De lutte rouge avec sa destinée,
    Très fièrement, il lui rapporterait,
    En son âme plus claire et plus profonde,
    En ses deux yeux plus éblouis,
    Le monde.
    Or, vers le soir, un jour,
    Un bruit grondant et sourd
    Continûment, toujours,
    Sous le dais lourd de ses fumées
    Envenimées,
    S’élevait d’elle et se mêlait là-bas
    Au bruit des flots ardents ou las
    De la mer proche.
    Brusques, ainsi que des encoches,
    Des sifflets durs entaillaient l’air, parfois,
    Heures de paix, temps de naguère,
    Avec son âme et son amour,
    À l’autre bout des mers et de la terre,
    Oh ! qu’elle fut tragique et sanglotante
    Cette heure et cette nuit d’hiver,
    Quand le cristal du miroir clair,
    Si fort,
    Qu’elle accueillit la mort.
    Très doucement,
    Et maintenant
    C’est bien au bord des landes
    Que le kiosque étrange et suranné
    Où leur amour est né
    Demeure et leur survit abandonné ;
    C’est bien, au bord des landes
    Où les bateaux monumentaux
    Mirent dans l’or et dans la boue
    Leur proue,
    C’est bien là-bas, au bord des landes
    Et des fleuves trouant le cœur de la Hollande.
    Atthis, seule, détaillant un manuscrit.
    Furtive et confuse.
    Elle tresse des fleurs.
    Oppressée, elle ouvre la porte, et le verger apparaît.
    Elle contemple un instant les arbres en fleurs, puis se détourne avec une mélancolie croissante.
    On entend la voix de Psappha qui chante :
    Atthis, autrefois… »
    Le chant s’éloigne et meurt peu à peu.
    Songeant.
    Des voix confuses s’élèvent au dehors.
    Chœur des vierges :
    Mêle les couleurs.
    Vers Androméda. »
    La voix de Psappha dans le lointain :
    L’ombre de la veille.
    De Timas la Morte.
    Je suis éternelle. »
    À
    Loin
    l’Atlantide
    OUBLI !
    Depuis
    ARP
    RNST.
    L
    Réfléchissons…
    » Ou plonge…
    Réfléchissons..
    Par le talent ; quand, sur l’or glauque de lointaines
    » Ou plonge..
    Des dormeuses parmi leurs seuls bras hasardeux ;
    Je les ravis, sans les désenlacer, et vole
    A ce massif, haï par l’ombrage frivole,
    Se teignît à l’émoi de sa sœur qui s’allume,
    La petite, naïve et ne rougissant pas :)
    Cette proie, à jamais ingrate, se délivre
    Sans pitié du sanglot dont j’étais encore ivre
    Je tiens la reine ! O sur châtiment..
    J’ai vu la finesse,
    Faisons donc ici,
    Le jour qu’il nous laisse,
    Un prodige aussi.
    Kourils prestes,
    Mes bidets,
    Farfadets,
    Lutins lestes,
    Sur deux pieds en course,
    Avec cruche au bras,
    Va vite à la source
    Puis tu reviendras.
    Servant preste,
    Mon bidet,
    Farfadet,
    Esprit leste,
    La course est si prompte,
    Si prompts les retours,
    Que l’eau monte, monte,
    Monte au bain toujours.
    Halte ! arrête !
    De tes dons
    Nous avons
    Pleine fête.
    Et, le flot à l’onde
    S’ajoutant sans fin,
    La maison s’inonde,
    Déluge est le bain.
    Vois mon signe,
    Brute ! oison !
    Trahison !
    C’est indigne !
    Pilier qui chemine,
    Vilain avorton,
    Pilier de cuisine
    Redeviens bâton !
    Qu’on te joigne
    Seulement,
    Garnement,
    Qu’on t’empoigne !
    Crac ! la perche dure
    Est en deux morceaux,
    Et je me rassure.....
    Espoir vain et faux !
    O misère !
    Le second
    Suit d’un bond
    Son confrère,
    Il vient : « Maître, maître,
    « Pardonne. Je sus
    « Les faire apparaître,
    « Je n’en sais pas plus. »
    — « Dans ton antre,
    « Sans délai,
    « Vil balai,
    « Rentre, rentre !
    Viens guider mes pas vers la tombe
    Où ton rayon s’est abaissé,
    Où chaque soir mon genou tombe
    Sur un saint nom presque effacé.
    Mais quoi! la pierre le repousse!...
    J’entends!... oui! des pas sur la mousse!
    Un léger souffle a murmuré;
    Mon oeil se trouble, je chancelle :
    Non, non, ce n’est plus toi; c’est elle
    Dont le regard m’a pénétré!...
    Est-ce bien toi? toi qui t’inclines
    Sur celui qui fut ton amant?
    Parle; que tes lèvres divines
    Prononcent un mot seulement.
    Ce mot que murmurait ta bouche
    Quand, planant sur ta sombre couche,
    La mort interrompit ta voix.
    Sa bouche commence... Ah! j’achève :
    Oui, c’est toi! ce n’est point un rêve!
    Anges du ciel, je la revois!...
    Ainsi donc l’ardente prière
    Perce le ciel et les enfers!
    Ton âme a franchi la barrière
    Qui sépare deux univers!
    Gloire à ton nom, Dieu qui l’envoie!
    Ta grâce a permis que je voie
    Ce que mes yeux cherchaient toujours.
    Que veux-tu? faut-il que je meure?
    Tiens, je te donne pour cette heure
    Toutes les heures de mes jours!
    Pierre et Lolotte
    éclairé, cet âge utilitaire
    En avant ! en avant
    conseil au-dessus du précepte
    plus utile
    Mieux comprendre
    moins sauvage
    Spiritisme
    l
    Mammocratie
    tumuli
    blanche
    Hosanna
    L’Angleterre !
    Elle s’ancrait parmi les eaux,
    Fait de granit et de terre ;
    Domptait les flots retentissants ;
    L’Angleterre !
    Brumeuse et solitaire.
    Grandir encor en s’exaltant
    Or, aujourd’hui,
    Nul ne peut plus vivre pour lui
    Seul, loin des autres.
    Angleterre !
    Tu l’as compris soudainement
    Et c’est d’un coup
    Plaçant ton cœur près de son cœur
    Aux temps rouges de son malheur ;
    Jadis, Lear avait fui
    Et crié lui aussi
    Tout le long de la mer
    Sa détresse immortelle
    Sur l’Océan,
    Mais tout soudain
    Que jamais peuple au monde
    Ne nous paraît avoir voulu
    Sur tes places, au coin des rues,
    Et tes femmes au geste clair
    Mais ta fierté fut grande en même temps
    De t’être aussi superbement
    Et ressaisie reniée.
    Et désormais, parmi les eaux,
    Son avenir
    Et mourir avec vous tout près. Ainsi soit-il !
    Remember me. — Oh ! pass not thou my grave
    Without one thought whose relicts there recline
    The Corsaire.
    Ps. 90.
    (Tiré de la Motion de Sapience de Jehan-le-Saulnier).
    J’ai triste d’une ville en bois,
    — tourne, foire de ma rancœur,
    mes chevaux de bois de malheur —
    j’ai triste d’une ville en bois,
    j’ai mal à mes sabots de bois.
    J’ai triste d’être le perdu
    d’une ombre et nue et mal en place,
    — mais dont mon cœur trop sait la place —
    j’ai triste d’être le perdu
    des places, et froid et tout nu.
    J’ai triste de jours de patins
    — Sœur Anne ne voyez-vous rien ? —
    et de n’aimer en nulle femme ;
    j’ai triste de jours de patins,
    et de n’aimer en nulle femme.
    J’ai triste de mon cœur en bois,
    et j’ai très-triste de mes pierres,
    et des maisons où, dans du froid,
    au dimanche des cœurs de bois,
    les lampes mangent la lumière.
    Et j’ai triste d’une eau-de-vie
    qui fait rentrer tard les soldats,
    au dimanche ivre d’eau-de-vie,
    dans mes rues pleines de soldats,
    j’ai triste de trop d’eau-de-vie.
    Je n’ai plus de ville, Elle est soûle,
    et pleine de cœurs rénégats,
    aux tavernes du Golgotha,
    j’en suis triste jusqu’à la mort ;
    je n’ai plus de ville, Elle est soûle.
    Mon Dimanche est mort pour de bon,
    dans les armoires de mes torts
    mes robes ont changé de ton,
    vides, les robes de ma mort
    sont mortes et pour tout de bon.
    Et sont mortes les bien-aimées ;
    et ma seule religion,
    aux huiles d’extrême-onction,
    va mourir loin des bien-aimées ;
    la mort meurt et les bien-aimées.
    Et tout vit, pour que bien s’annule
    la chair dans les robes qui brûlent,
    où les baisers même sont mal ;
    et tout vit pour que bien s’annule
    la chair dans les robes qui brûlent.
    Vierge des dimanches solaires,
    des dimanches, des beaux dimanches,
    aux vieux almanachs de calvaire ;
    Vierge, ils s’en vont les beaux dimanches,
    Vierge des dimanches solaires.
    Vierge, comme vous savez rire
    et sourire comme on pardonne ;
    Vierge, au pauvre petit martyre
    des enfantines Babylone,
    Vierge comme vous savez rire.
    Vierge, aux ors mats de bas-empires
    mon cœur de bon chrétien se pleure,
    Vierge, aussi c’est tout seul mon cœur
    en ma bien-aimée que déchire
    sur des fonds d’or un bas-empire,
    un bas-empire où levantins
    et juifs dont l’on voudrait mourir,
    ont vendu les soirs, les matins,
    et la bonté de votre rire,
    Vierge, qui dites comment rire.
    Vierge des dimanches solaires,
    est-il un dimanche à venir
    pour une ville de plein-air,
    une douce ville à bâtir,
    où, dans la vie, on pourra rire ?
    Maçons de ma communion
    en œuvre pour la ville-extase,
    faîtes rire la blanche grâce
    des églises et des maisons,
    maçons de ma communion.
    Maçons des mains, maçons des pieds,
    levez dans mes loins terrains vagues,
    la ville en rond comme une bague,
    et d’enfants pleine, et de pitié,
    maçons des mains, maçons des pieds.
    Maçons de joie sur les échelles,
    maçons tout droit dans du beau ciel,
    couvrez-les, mes maisons nouvelles
    de chaume blond ainsi qu’un miel,
    maçons de joie sur les échelles.
    Maçons très-doux, prenez la neige
    pour mortier, et n’oubliez point
    les bonnes madones aux coins
    des ruelles où sont les miens ;
    maçons très-doux, prenez la neige.
    Maçons, du revers des truelles,
    écrasez et juifs, et serpents ;
    maçons, en beaux tabliers blancs,
    bâtissez au chant des truelles,
    la ville de mes trois arpents.
    Or, aux ouvre-toi Sésame,
    d’une ville en raccourcis,
    le Grand Turc de mes mépris
    m’a surpris et vendu l’âme.
    Marchands d’huile de Sésame,
    et juifs de honte à poils gris,
    ont mis leurs doigts de mépris
    à ma gorge, et sur mon âme.
    Sur leur gorge et sur leur âme,
    allez mes navajas bleus,
    et mes arquebuses : feu !
    sur leur gorge et sur leur âme ;
    Dimanche ! et soit ville feue,
    leur ville de mes mépris ;
    doux dimanche en Jésus-Christ,
    dimanche à leur ville feue;
    car leurs villes et leurs femmes,
    leurs villes de circoncis
    m’ont surpris et vendu l’âme ;
    Sésame, ouvre-toi Sésame.
    L’ANCIENNE FOI
    Pour qui réfléchit, sans la politique,
    Avec son cœur et sa raison,
    Au nom d’la conscienc’ qui n’pratique
    Q’la bonn’ justice en tout’ saison,
    Ces gens-là m’en veul’t’-i’ ? Null’ment.
    Moi j’leur en veux pas pareill’ment :
    Ça n’fait rien ! on doit s’batt’ quand même.
    Par tous les parents, dans tous les pays,
    La guerre est maudite autant que j’l’haïs.
    Et vous verrez q’yaura plus d’guerres.
    Mais, ça n’m’est pas prouvé du tout
    Par les sécateurs de la guerre.
    Aller et v’nir, s’bâtir un toit,
    Boire et manger à son envie ;
    Comm’ si, les défunts balançant
    Toujours à peu près les naissants,
    J’croirais plutôt, depuis des siècl’ déjà
    Où tant d’mond’ partout s’égorgea,
    C’est beau d’mourir pour la patrie !
    Mais ça c’s’rait plus beau, ces tueries
    D’mourir pour tout’ l’humanité,
    fri louz » des morveux.
    Mamm-goz
    fri-louz ! Et je vais exterminer tes poux ! »
    Esther.
    Honorant mes amis des presents de ma Muse,
    Dangennes, je seroy dehors de toute excuse
    Dames, oyez un comte lamentable
    Au tems iadis en un païs de Grece,
    Luy cependant cuidant venger l’injure
    Ingrate, ingrate, ô inhumaine, ô dure,
    La Rose est belle, et soudain elle passe :
    Le tems viendra, (si le destin te laisse
    Amour tua celuy qui se repose
    Quand il eut dit, une pierre il ameine
    Au bruit qu’il fit frappant contre la porte,
    Ce mesme jour celle femme inhumaine,
    Riez, Amans, puis que cette ennemie
    Regardez-les
    Font le même serment :
    Et qui vont se glacer.
    D’un instant de bonheur ?
    Vous n’échapperez pas.
    Aimez donc, et mourez !
    A frémi de plaisir.
    Jusque dans nos transports.
    Leur lien pour les cieux.
    Un regard autour d’eux.
    Leur pied heurte en chemin.
    S’ils mouraient tout entiers ?
    Et la perdre aussitôt,
    Pour un être d’un jour !
    Ne puissent t’émouvoir,
    Tu ne les rendras plus ! »
    Va s’aimer dans ton sein.
    Il lui faut un demain !
    Et vos destins bornés.
    En face du néant.
    Luiront sur vos tombeaux.
    « Nous aussi nous aimons ! »
    Que lui font vos bonheurs ?
    Et vous laisse la mort.
    Son vœu s’est accompli.
    Vous jettent éperdus ;
    L’Infini dans vos bras ;
    Qui s’agite en vos seins.
    Qui fut jadis un cœur.
    Dans les âges lointains.
    Et la rend à son tour.
    Elle échappe déjà.
    Votre éblouissement.
    Le naître et le mourir,
    Et pardonnez à Dieu !
    Tu as voulu que je raconte en ryme
    Comme Medee en sa jeunesse prime,
    D’Angennes, sent du nouveau Cupidon,
    Jazon déja dans le palais d’Aëte
    Jazon adonc promtement affermante,
    Παπαπᾶ, πλέως μέν οἴνου

    Au diable !
    ffroyable !
    De mine,
    La mine.
    Décharge,
    Du large !
    Voir comme
    En somme !
    Sans crainte
    L’éreinte.
    Des bottes,
    Ribotes.
    Que baigne,
    La Beigne,
    Sans tête,
    Es bête ! »
    La boue ?
    La joue ?
    Viviane aux yeux pers, Merlin ou le Roi d’Ys,
    De Keronar.
    À vingt-deux ans.
    Et tes couleurs ?
    Que la beauté.
    À la maison ?
    N’attendez pas !…
    Et du souci.
    Au premier froid,
    Qu’il vous fallait,
    Votre bonheur !
    À Keronar… —
    De profundis !
    hollaï
    À leur souvenir !
    Qui me consola ?
    Rappelle-les-toi !
    Chacune à son tour.
    Si tu l’oubliais.
    … Où planent, évaporées,
    L’amour, comme les cailles, vient
    Au mois prochain ?
    Qui donc épousez-vous, Marie ?
    Chose ou Machin ?
    La vérité,
    C’est que je suis mis à la porte
    En plein été.
    Et Messidor
    Balance au vent la chevelure
    Des épis d’or !
    Tout reverdit,
    Que vous passez devant notaire
    L’acte susdit !
    Mia bella,
    Et je suis fou d’être sensible
    À ce point-là !
    Quoi ! parce qu’un barbon vous offre,
    Sincère ou non,
    Ses rhumatismes et son coffre
    Avec son nom,
    Quoi ! par désir
    De s'entendre appeler madame
    X… à loisir,
    Échange vain !
    Nos beaux appétits de faunesse
    Et de Sylvain !
    Non, sarpejeu !
    Cet hymen n’est qu’une gageure
    Et n’est qu’un jeu !
    Par les sentiers
    Fleuris tout le long d’asphodèle
    Et d’églantiers.
    Veux-tu t’asseoir ?
    Sens-tu glisser sur ta frimousse
    Le vent du soir ?
    Et des frissons.
    Et des parfums volés aux mûres
    Dans les buissons.
    Tristesse, émoi !
    Et baisez-moi.
    Je voudrais souvent m’être tu
    L’AMOUR
    L’hymne d’amour puissant et calme.
    Des temps nouveaux tendre la palme !
    Terre radieuse et féconde,
    Doubla l’envergure du monde !
    Pour contrepoids et pour remède.
    Avec ce levier d’Archimède !
    De l’œuvre civilisatrice.
    De grande régénératrice !
    Voit en toi l’ardente fournaise
    S’élabore l’âpre genèse !
    Hymne au Christ.)
    Les jours de rage militaire,
    L’obus précis, ardent, volant et fou,
    Souffrir, gémir, crier, et tout à coup
    Se déchirer, jusqu’à son cœur, la terre ?
    Même l’hiver, sous le ciel blême,
    Vous l’aimiez tous plus que vous-mêmes,
    Que ceux qui n’étaient pas gens du pays,
    Depuis toujours de père en fils,
    Hélas ! ne vous pouvaient comprendre.
    Renferme également,
    Dites, les gens
    Uniquement,
    De cette cendre, sous la terre.
    Vous vous tairez devant la gloire,
    Plaintes et cris, sanglots et pleurs,
    Extrait des Nouveaux Poèmes Épiques.
    andante
    Assise, la fileuse au bleu de la croisée
    Où le jardin mélodieux se dodeline,
    Le rouet ancien qui ronfle l’a grisée.
    Lasse, ayant bu l’azur, de filer la câline
    Chevelure, à ses doigts si faibles évasive,
    Elle songe, et sa tête petite s’incline.
    Un arbuste et l’air pur font une source vive
    Qui suspendue au jour, délicieuse arrose
    De ses pertes de fleurs le jardin de l’oisive.
    Une tige, où le vent vagabond se repose,
    Courbe le salut vain de sa grâce étoilée,
    Dédiant magnifique, au vieux rouet, sa rose.
    Mais la dormeuse file une laine isolée ;
    Mystérieusement l’ombre frêle se tresse
    Au fil de ses doigts longs et qui dorment, filée.
    Le songe se dévide avec une paresse
    Angélique, et sans cesse, au fuseau doux crédule,
    La chevelure ondule au gré de la caresse…
    Derrière tant de fleurs, l’azur se dissimule,
    Fileuse de feuillage et de lumière ceinte :
    Tout le ciel vert se meurt. Le dernier arbre brûle.
    Ta sœur, la grande rose où sourit une sainte,
    Parfume ton front vague au vent de son haleine
    Innocente, et tu crois languir… Tu es éteinte
    Au bleu de la croisée où tu filais la laine.
    Azur ! C’est moi.... Je viens des grottes de la mort
    Entendre l’onde se rompre aux degrés sonores,
    Et je revois les galères dans les aurores
    Ressusciter de l’ombre au fil de rames d’or.
    Mes solitaires mains appellent les monarques
    Dont la barbe de sel amusait mes doigts purs ;
    Je pleurais. Ils chantaient leurs triomphes obscurs
    Et les golfes enfuis aux poupes de leurs barques.
    J’entends les conques profondes et les clairons
    Militaires rythmer le vol des avirons ;
    Le chant clair des rameurs enchaîner le tumulte,
    Et les Dieux, à la proue héroïque exaltés
    Dans leur sourire antique et que l’écume insulte
    Tendent vers moi leurs bras indulgents et sculptés.
    De sa profonde mère, encor froide et fumante,
    Voici qu’au seuil battu de tempêtes, la chair
    Amèrement vomie au soleil par la mer,
    Se délivre des diamants de la tourmente.
    Vois son sourire suivre au long de ses bras blancs
    De l’humide Thétys périr la pierrerie
    Qu’éplore l’orient d’une épaule meurtrie ;
    Et sa tresse se fraye un frisson sur ses flancs.
    Le frais gravier, qu’arrose et fuit sa course agile,
    Croule, creuse rumeur de soif, et le facile
    Sable a bu les baisers de ses bonds puérils ;
    Mais de mille regards ou perfides ou vagues,
    Son œil mobile emporte, éclairant nos périls,
    L’eau riante et la danse infidèle des vagues.
    La lune mince verse une lueur sacrée
    Toute une jupe d’un tissu d’argent léger,
    Sur les bases de marbre où vient l’ombre songer
    Que suit d’un char de perle une gaze nacrée.
    Pour les cygnes soyeux qui frôlent les roseaux
    De carènes de plume à demi lumineuse,
    Elle effeuille infinie une rose neigeuse
    Dont les pétales font des cercles sur les eaux…
    Est-ce vivre ?… O désert de volupté pâmée,
    Où meurt le battement faible de l’eau lamée,
    Usant le seuil secret des échos de cristal…
    La chair confuse des molles roses commence
    À frémir, si d’un cri le diamant fatal
    Fêle d’un fil de jour toute la fable immense.
    Un fruit de chair se baigne en quelque jeune vasque,
    (Azur dans les jardins tremblants), mais hors de l’eau,
    Isolant la torsade aux puissances de casque,
    Luit le chef d’or que tranche à la nuque un tombeau.
    Éclose la beauté par la rose et l’épingle !
    Du miroir même issue où trempent ses bijoux,
    Bizarres feux brisés dont le bouquet dur cingle
    L’oreille abandonnée aux mots nus des flots doux.
    Un bras vague inondé dans le néant limpide
    Pour une ombre de fleur à cueillir vainement
    S’effile, ondule, dort par le délice vide,
    Si l’autre, courbé pur sous le beau firmament
    Parmi la chevelure immense qu’il humecte,
    Capture dans l’or simple un vol ivre d’insecte.
    La princesse, dans un palais de rose pure,
    Sous les murmures, sous la mobile ombre dort ;
    Et de corail ébauche une parole obscure
    Quand les oiseaux perdus mordent ses bagues d’or.
    Elle n’écoute ni les gouttes, dans leurs chutes,
    Tinter d’un siècle vide au lointain le trésor,
    Ni sur la forêt vague, un vent fondu de flûtes
    Déchirer la rumeur d’une phrase de cor.
    Laisse, longue, l’écho rendormir la diane,
    O toujours plus égale à la molle liane
    Dont le bleu rythme bat tes yeux ensevelis !
    Si proche de ta joue et si lente la rose
    Ne va pas dissiper ce délice de plis,
    Ni sur ton frais visage un rayon qui s’y pose.
    Nous avons pensé des choses pures
    Côte à côte, le long des chemins,
    Nous nous sommes tenus par les mains
    Sans dire… parmi les fleurs obscures ;
    Nous marchions comme des fiancés
    Seuls, dans la nuit verte des prairies ;
    Nous partagions ce fruit de féeries
    La lune, amicale aux insensés.
    Et puis, nous sommes morts sur la mousse,
    Très loin, tout seuls, parmi l’ombre douce
    De ce bois intime et murmurant.
    Et là-haut, dans la lumière immense,
    Nous nous sommes trouvés en pleurant
    O mon cher compagnon de silence !
    Un feu distinct m’habite, et je vois froidement
    La violente vie illuminée entière…
    Je ne puis plus aimer seulement qu’en dormant
    Ses actes gracieux mélangés de lumière.
    Mes jours viennent la nuit me rendre des regards,
    Après le premier temps de sommeil malheureux ;
    Quand le malheur lui-même est dans le noir épars
    Ils reviennent me vivre et me donner des yeux.
    Que si leur joie éclate, un écho qui m'éveille
    N’a rejeté qu’un mort sur ma rive de chair,
    Et mon rire étranger suspend à mon oreille,
    Comme à la vide conque un murmure de mer,
    Le doute, — sur le bord d’une extrême merveille,
    Si je suis, si je fus, si je dors ou je veille ?
    O frères ! tristes lys, je languis de beauté
    Pour m’être désiré dans votre nudité,
    Et vers vous, Nymphes ! nymphes, nymphes des fontaines
    Je viens au pur silence offrir mes larmes vaines.
    Un grand calme m’écoute, où j’écoute l’espoir.
    La voix des sources change et me parle du soir ;
    J’entends l’herbe d’argent grandir dans l’ombre sainte,
    Et la lune perfide élève son miroir
    Jusque dans les secrets de la fontaine éteinte.
    Et moi ! de tout mon corps dans ces roseaux jeté,
    Je languis, ô saphir, par ma triste beauté !
    Je ne sais plus aimer que l’eau magicienne
    Où j’oubliai le rire et la rose ancienne.
    Que je déplore ton éclat fatal et pur,
    Si mollement de moi fontaine environnée,
    Où puisèrent mes yeux dans un mortel azur
    Mon image de fleurs humides couronnée.
    Hélas ! L’image est vaine et les pleurs éternels !
    À travers les bois bleus et les bras fraternels,
    Une tendre lueur d’heure ambigüe existe,
    Et d’un reste du jour me forme un fiancé
    Nu, sur la place pâle où m’attire l’eau triste…
    Délicieux démon, désirable et glacé !
    Voici dans l’eau ma chair de lune et de rosée,
    O forme obéissante à mes vœux opposée !
    Voici mes bras d’argent dont les gestes sont purs !…
    Mes lentes mains dans l’or adorable se lassent
    D’appeler ce captif que les feuilles enlacent,
    Et je crie aux échos les noms des dieux obscurs !…
    Adieu, reflet perdu sur l’onde calme et close,
    Narcisse… ce nom même est un tendre parfum
    Au cœur suave. Effeuille aux mânes du défunt
    Sur ce vide tombeau la funérale rose.
    Sois, ma lèvre, la rose effeuillant le baiser
    Qui fasse un spectre cher lentement s’apaiser,
    Car la nuit parle à demi-voix, proche et lointaine,
    Aux calices pleins d’ombre et de sommeils légers.
    Mais la lune s’amuse aux myrtes allongés.
    Je t’adore, sous ces myrtes, ô l’incertaine,
    Chair pour la solitude éclose tristement
    Qui se mire dans le miroir au bois dormant.
    Je me délie en vain de ta présence douce,
    L’heure menteuse est molle aux membres sur la mousse
    Et d’un sombre délice enfle le vent profond.
    Adieu, Narcisse… meurs ! Voici le crépuscule.
    Au soupir de mon cœur mon apparence ondule,
    La flûte, par l’azur enseveli module
    Des regrets de troupeaux sonores qui s’en vont.
    Mais sur le froid mortel où l’étoile s’allume,
    Avant qu’un lent tombeau ne se forme de brume,
    Tiens ce baiser qui brise un calme d’eau fatal.
    L’espoir seul peut suffire à rompre ce cristal.
    La ride me ravisse au souffle qui m’exile
    Et que mon souffle anime une flûte gracile
    Dont le joueur léger me serait indulgent !…
    Évanouissez-vous, divinité troublée !
    Et toi, verse pour la lune, flûte isolée
    Une diversité de nos larmes d’argent.
    Un soir favorisé de colombes sublimes,
    La pucelle doucement se peigne au soleil.
    Aux nénuphars de l’onde elle donne un orteil
    Ultime, et pour tiédir ses froides mains errantes
    Parfois trempe au couchant leurs roses transparentes.
    Tantôt, si d’une ondée innocente, sa peau
    Frissonne, c’est le dire absurde d’un pipeau,
    Flûte dont le coupable aux dents de pierrerie
    Tire un futile vent d’ombre et de rêverie
    Par l’occulte baiser qu’il risque sous les fleurs.
    Mais presque indifférente aux feintes de ces pleurs,
    Ni se divinisant par aucune parole
    De rose, elle démêle une lourde auréole,
    Et tirant de sa nuque un plaisir qui la tord,
    Semble Jouir d’étreindre et de déduire l’or
    De la lumière vue entre ses doigts limpides !
    … Une feuille meurt sur ses épaules humides,
    Une goutte tombe de la flûte sur l’eau,
    Et le pied pur s’épeure comme un bel oiseau
    Ivre d’ombre…
    Si la plage penche, si
    L’ombre sur l’œil s’use et pleure
    Si l’azur est larme, ainsi
    Au sel des dents pure affleure
    La vierge fumée ou l’air
    Que berce en soi puis expire
    Vers l’eau debout d’une mer
    Assoupie en son empire
    Celle qui sans les ouïr
    Si la lèvre au vent remue
    Se joue à évanouir
    Mille mots vains où se mue
    Sous l’humide éclair de dents
    Le très doux feu du dedans.
    Si tu veux dénouer la forêt qui t’aère
    Heureuse, tu te fonds aux feuilles, si tu es
    Dans la fluide yole, à jamais littéraire
    Traînant quelques soleils ardemment situés
    Aux blancheurs de son flanc que la Seine caresse
    Émue, ou pressentant l’après-midi chanté,
    Selon que le grand bois trempe une longue tresse
    Et mélange ta voile au meilleur de l’été.
    Mais toujours près de toi que le silence livre
    Aux cris multipliés de tout le brut azur,
    L’ombre de quelque page éparse d’aucun livre
    Tremble, reflet de voile vagabonde sur
    La poudreuse chair diverse de l’eau verte
    Parmi le long regard de la Seine entr’ouverte.
    Été, roche d’air pur, et toi, ardente ruche,
    O mer ! Éparpillée en mille mouches sur
    Les touffes d’une chair fraîche comme une cruche,
    Et jusque dans la bouche où bourdonne l’azur,
    Et toi, maison brûlante, Espace, cher Espace
    Tranquille, où l’arbre fume et perd quelques oiseaux,
    Où crève infiniment la rumeur de la masse
    De la mer, de la marche et des troupes des eaux,
    Tonnes d’odeurs, grands ronds par les races heureuses
    Sur le golfe qui mange et qui monte au soleil,
    Nids purs, écluses d’herbe, ombres des vagues creuses,
    Bercez l’enfant ravie en un poreux accueil,
    Dont les jambes, (mais l’une est fraîche et se dénoue
    De la plus rose), les épaules, le sein dur,
    Le bras qui se mélange à l’écumeuse joue
    Brillent abandonnés autour du vase obscur
    Où filtrent les grands bruits pleins de bêtes puisées
    Dans les cages de feuille et les mailles de mer
    Par les moulins marins et les huttes rosées
    Du jour. Toute la peau dore les treilles d’air.
    Anne qui se mélange au drap pâle et délaisse
    Des cheveux endormis sur ses yeux mal ouverts
    Mire ses bras lointains tournés avec mollesse
    Sur la peau sans couleur du ventre découvert.
    Elle vide, elle enfle d’ombre sa gorge lente
    Et comme un souvenir pressant ses propres chairs
    Une bouche brisée et pleine d’eau brûlante
    Roule le goût immense et le reflet des mers.
    Enfin désemparée et libre d’être fraîche,
    La dormeuse déserte aux touffes de couleur
    Flotte sur son lit blême, et d’une lèvre sèche,
    Telle dans la ténèbre un souffle amer de fleur.
    Et sur le linge où l’aube insensible se plisse,
    Tombe, d’un bras de glace effleuré de carmin,
    Toute une main défaite et perdant le délice
    À travers ses doigts nus dénoués de l’humain.
    Au hasard ! À jamais, dans le sommeil sans hommes
    Pur des tristes éclairs de leurs embrassements
    Elle laisse rouler les grappes et les pommes
    Puissantes, qui pendaient aux treilles d’ossements,
    Qui riaient, dans leur ambre appelant les vendanges,
    Et dont le nombre d’or de riches mouvements
    Invoquait la vigueur et les gestes étranges
    Que pour tuer l’amour inventent les amants…
    Ah ! plus nue et qu’imprègne une prochaine aurore,
    Si l’or triste interroge un tiède contour,
    Rentre au plus pur de l’ombre où le Même s’ignore,
    Et te fais un vain marbre ébauché par le jour !
    Laisse au pâle rayon ta lèvre violée
    Mordre dans un sourire un long germe de pleur,
    Masque d’âme au sommeil à jamais immolée
    Sur qui la paix soudaine a trompé la douleur !
    Mais suave, de l’arbre extérieur, la palme
    Vaporeuse remue au delà du remords,
    Et dans le feu, parmi trois feuilles, l’oiseau calme
    Commence le chant seul qui réprime les morts.
    … Dès l’aube, chers rayons, mon front songe à vous ceindre !
    À peine il se redresse, il voit d’un œil qui dort
    Sur le marbre absolu, le temps pâle se peindre,
    L’heure sur moi descendre et croître jusqu’à l’or…
    dit l’Aurore,
    — Je réponds !… Je surgis de ma profonde absence !
    Mon cœur m’arrache aux morts que frôlait mon sommeil,
    Et vers mon but, grand aigle éclatant de puissance,
    Il m’emporte !… Je vole au devant du soleil !
    Je ne prends qu’une rose et fuis… La belle flèche
    Au flanc !… Ma tête enfante une foule de pas…
    Ils courent vers ma tour favorite, où la fraîche
    Altitude m’appelle, et je lui tends les bras !
    Monte, ô Sémiramis, maîtresse d’une spire
    Qui d’un cœur sans amour s’élance au seul honneur !
    Ton œil impérial a soif du grand empire
    À qui ton sceptre dur fait sentir le bonheur…
    Ose l’abîme !… Passe un dernier pont de roses !
    Je t’approche, péril !… Orgueil plus irrité !
    Ces fourmis sont à moi ! Ces villes sont mes choses,
    Ces chemins sont les traits de mon autorité !
    C’est une vaste peau fauve que mon royaume !
    J’ai tué le lion qui portait cette peau ;
    Mais encor le fumet du féroce fantôme
    Flotte chargé de mort, et garde mon troupeau !
    Enfin, j’offre au soleil le secret de mes charmes !
    Jamais il n’a doré de seuil si gracieux !
    De ma fragilité je goûte les alarmes
    Entre le double appel de la terre et des cieux !
    Repas de ma puissance, intelligible orgie,
    Quel parvis vaporeux de toits et de forêts
    Place aux pieds de la pure et divine vigie,
    Ce calme éloignement d’événements secrets !
    L’âme enfin sur ce faîte a trouvé ses demeures !
    O de quelle grandeur, elle tient sa grandeur
    Quand mon cœur soulevé d’ailes intérieures
    Ouvre au ciel en moi-même une autre profondeur !
    Anxieuse d’azur, de gloire consumée,
    Poitrine, gouffre d’ombre aux narines de chair,
    Aspire cet encens d’âmes et de fumée
    Qui monte d’une ville analogue à la mer !
    Soleil, soleil, regarde en toi rire mes ruches !
    L’intense et sans repos Babylone bruit,
    Toute rumeur de chars, clairons, chaînes de cruches
    Et plaintes de la pierre au mortel qui construit.
    Qu’ils flattent mon désir de temples implacables,
    Les sons aigus de scie et les cris des ciseaux,
    Et ces gémissements de marbres et de câbles
    Qui peuplent l’air vivant de structure et d’oiseaux !
    Je vois mon temple neuf naître parmi les mondes,
    Et mon vœu prendre place au séjour des destins ;
    Il semble de soi-même au ciel monter par ondes
    Sous le bouillonnement des actes indistincts.
    Peuple stupide, à qui ma puissance m’enchaîne,
    Hélas ! mon orgueil même a besoin de tes bras !
    Et que ferait mon cœur s’il n’aimait cette haine
    Dont l’innombrable tête est si douce à mes pas ?
    Plate, elle me murmure une musique telle
    Que le calme de l’onde en fait de sa fureur,
    Quand elle met sa force aux pieds d’une mortelle
    Mais qu’elle se réserve un retour de terreur.
    En vain j’entends monter contre ma face auguste
    Ce murmure de crainte et de férocité :
    À l’image des dieux la grande âme est injuste
    Tant elle s’appareille à la nécessité !
    Qu’ils sont doux à mon cœur les temples qu’il enfante
    Quand tiré lentement du songe de mes seins
    Je vois un monument de masse triomphante
    Rejoindre dans mes yeux l’ombre de mes desseins !
    Battez, cymbales d’or, mamelles cadencées,
    Et roses palpitant sur ma pure paroi !
    Que je m’évanouisse en mes vastes pensées,
    Sage Sémiramis, enchanteresse et roi !
    ... « Existe !... Sois enfin toi-même ! dit l’Aurore,
    Ô grande âme, il est temps que tu formes un corps !
    Hâte-toi de choisir un jour digne d’éclore,
    Parmi tant d’autres feux, les immortels trésors !
    Déjà, contre la nuit lutte l’âpre trompette !
    Une lèvre vivante attaque l’air glacé ;
    L’or pur, de tout en tour, éclate et se répète,
    Rappelant tout l’espace aux splendeurs du passé !
    Remonte aux vrais regards ! Tire-toi de tes ombres,
    Et comme du nageur, dans le plein de la mer,
    Le talon tout-puissant l’expulse des eaux sombres,
    Toi, frappe au fond de l’être ! Interpelle ta chair,
    Traverse sans retard ses invisibles trames,
    Épuise l’infini de l’effort impuissant,
    Et débarasse-toi d’un désordre de drames
    Qu’engendrent sur ton lit les monstres de ton sang !
    J’accours de l’Orient suffire à ton caprice !
    Et je te viens offrir mes plus purs aliments ;
    Que d’espcae et de vent ta flamme se nourrisse !
    Viens te joindee à l’éclat de mes pressentiments ! »
    Or, puisqu’ils l’ont dit les grands-parents,
    que mon bonheur est avec Vous ;
    puisqu’ils l’ont voulu les grands-parents ;
    puisqu’ils Vous ont désignée de geste,
    soyez ma belle chanson de geste,
    et, trop, n’ayez crainte en moi vers Vous.
    Car sachez que je suis un enfant,
    et que Vous êtes un peu moi-même,
    comme l’avaient dit les grands-parents ;
    et que j’ai plein, pour Vous, dans mon âme
    d’une susceptibilité bonne,
    comme seule en a fleuri Votre âme ;
    et que je veux que Tu me pardonnes
    pour tout le bien que je sais en moi,
    moi qui veux tant que Tu me pardonnes.
    Mais j’ai construit*
    Et Vous serez ma belle actrice,
    mon bourreau d’or et mon supplice,
    et mes pinceaux et mes couleurs
    à tous les panneaux de mon cœur ;
    et Vous serez mon eau-de-vie
    qui fait rire, au verre, la vie ;
    et, de nuit, Vous serez mon songe
    de femmes dans les bleues féeries
    des lampes de candeur qui plongent
    aux abysses des insomnies.
    Mais j’ai construit une petite maison
    dans les lointains dimanches où je fus seul ;
    mais j’ai construit une petite maison ;
    et j’ai voulu qu’il n’y fut d’autres, au seuil,
    que Vous, et Votre tête, et Vos belles mains,
    et Vos yeux qui semblent des ronds dans l’eau ;
    et j’ai choisi, pour mon unique musique,
    Votre voix qui me dira comme de l’eau,
    aux dimanches où sera Votre musique ;
    et j’ai trouvé de très-étranges parfums
    qui deviendront Votre chair et Votre robe,
    en chemin de senteur vers Vos cheveux bruns ;
    Et j’ai construit une petite maison
    dans tes lointains dimanches où je fus seul,
    mais j’ai construit en Vous seule ma maison.
    Car Vous verrez, au sang de mes veines,
    une plante bien-aimée qui marche
    vers mon bon cœur, et monte les marches
    de tous mes bonheurs et de mes peines :
    et c’est Vous qui serez cette reine,
    par les silencieuses langueurs
    de mes pensées changeant de couleur,
    et c’est Vous qui serez cette reine ;
    car Vous serez bonne de bonté
    à ma grand’ville végétative,
    loin des pâles féodalités
    de mes seigneureries maladives.
    Mais j’ai construit*
    Or, loin des juifs et d’obscénité,
    des juifs et du faux regard qui tente,
    au dimanche de la nudité,
    et loin des juifs qui voient et qui mentent,
    avec Vous, j’irai songer nos corps
    vers les étangs nouveaux sous les arbres,
    et, loin, voir s’ils feraient bien en marbre,
    dans la forêt où la Belle dort ;
    ou plus doux, nous irons, en décor,
    évangéliser les innocences
    de la chair que nous sommes encor
    dans le bon vierge de l’inscience,
    en des jeux d’enfants, lénifiés
    de Vos cheveux et des mains heureuses
    des anges sûrs de Nos chairs dormeuses,
    et de l’Animal pacifiées.
    Mais joie morte, et bien plus mort dimanche,
    c’est la fin d’aimer, car Vous partez ;
    et jeux, c’est la mer devenue blanche
    des mouchoirs d’adieux, car Vous partez ;
    et c’est déjà trop tard à du soir,
    et le ciel tout équivoque d’anges ;
    et déjà Vous êtes comme un ange ;
    car loin du toujours, loin du jamais,
    c’est au pays du bleu paradis
    que Vous allez planter un beau mai,
    et loin du toujours, loin du jamais ;
    et loin de moi qui vais bien pleurer
    après Vous d’adieux au grand vaisseau lent,
    d’où si loin sont, et tant adorées,
    vos mains en petits pavillons blancs.
    De profundis, ad te, clamavi, Domine !
    Amen !
    Au DAIMÔN INCONNU.
    seule, assise près d’une table
    Se levant agitée
    Avec dépit
    S’asseyant près d’un clavecin
    La porte est agitée
    Elle ouvre doucement.
    gaiement
    entrant
    Il l’embrasse cavalièrement
    souriant
    Il s’assied sur ses genoux.
    interrompant
    Portant la main à son épée
    gravement
    Adrien frappe du pied de colère et se
    promène à grands pas
    avec une rage concentrée
    au dehors
    Tirant son épée
    Il pose la main sur le verrou. Agarite lui
    retient le bras.
    à voix basse
    toujours à la porte
    agitant son épée
    Elle lui arrache l’épée de la main
    La brisant sur le mur
    heurtant avec rage
    entraînant Adrien au balcon
    ouvrant et voulant cacher son désordre
    entre et brise l’écrin qu’il portait
    avec candeur
    d’un air mignard.
    Romagnat, novembre 1907.
    Si l’aveugle hasard me donnait la puissance
    Pour un jour, je voudrais tenir
    Le glaive justicier de la sainte vengeance
    Et le droit sacré de punir.
    J’irais sur le cadavre épeler les tortures :
    Au jour de l’expiation
    Œil pour œil, dent pour dent, blessure pour blessure
    L’antique loi du talion.
    Et je voudrais aussi, secouant la poussière
    Des siècles dans l’oubli plongés
    Évoquer leur douleur muette et satisfaire
    Tous les morts qu’on n’a pas vengés,
    Car l’expiation est chose grande et sainte
    Et corne un reproche éternel,
    Les douleurs sans vengeance élèvent une plainte
    Qui monte de la terre au ciel.
    Et de peur qu’il fût dit que cette loi suprême
    Put être oubliée une fois,
    Pour absoudre le ciel, l’homme a cru que Dieu même
    Dût s’immoler sur une croix.
    La revanche viendra : le Jour inévitable
    Des Justes expiations
    Luira pour balayer une race coupable
    Au vent des révolutions ;
    Alors on nous dira : « La vengeance est impie,
    Il faut pardonner, non punir ».
    Et quand le sang versé veut du sang qui l’expie
    On parlera de repentir.
    Pas de grâce. Pensons à la mort de nos frères,
    A tant de maux inexpiés,
    Et que leur souvenir en profondes colères
    Transforme les lâches pitiés ;
    Pensons aux jours de sang, de pillage et de ruine,
    Ou dans nos faubourg bombardés
    Le canon répondait aux cris de la famine,
    A nos murs de sang inondés
    Le viol impur souillait les vierges sur les places,
    Les morts s’entassaient par milliers
    Et quand les massacreurs, dont les mains étaient lasses,
    Eurent tué trois Jours entiers,
    Vous couronniez leurs fronts et vos femmes si fières
    Bâtaient des mains, et croyant voir
    Ces cosaques maudits, chers jadis à leurs mères,
    Agitaient vers eux le mouchoir.
    Et puis le lendemain de la victoire impie
    L’insulte et la délation,
    Après l’assassinat, la lâche calomnie,
    L’implacable proscription.
    Corne ils ont bien d’avance absous nos représailles
    Quand nos bras seront déchaînés,
    Pensons aux morts : il faut de grandes funérailles
    A nos frères assassinés.
    Ce sera votre tour, pas de pardon, nos maîtres,
    Nos représentants, nos élus,
    Vil troupeau d’assassins, de lâches et de traîtres
    A genoux, malheur aux vaincus !
    Le jour de la justice est venu : pas de grâce,
    Ni prières, ni repentirs
    Ne vous empêcheront de baiser chaque place
    Où coula le sang des martyrs.
    Toi, l’aveugle instrument de leur froide colère,
    Vis, d’exécration chargé.
    Pourvu qu’à ton chevet le spectre de ton frère
    Se lève, le peuple est vengé.
    Vous serfs de tout pouvoir, automates stupides,
    Bourreaux au meurtre condamnés
    Qui tournez sans remords vos armes parricides
    Contre vos frères enchaînés,
    Et vous vils trafiqants, race basse et rampante.
    Qi dans ces jours maudits aliez
    Soulant d’or et de vin la horde rugissante
    Des égorgeurs stipendiés,
    Loin d’ici ! vous souillez l’air pur de la patrie.
    Déjà terrible et menaçant.
    Le peuple est là qi veille : oh fuyez, q’il oublie
    Qe le sang seul lave le sang.
    ADIEU PARIS !
    LA VAGUE
    LA NUIT
    Le Conservateur littéraire, 12 février 1820.]
    Dans un vol d’aquilons.
    Les cœurs des mutilés.
    Aux défilés d’Ekko,
    Battant ses rondes tours.
    Quatre-vingts
    À ma sœur Marie.
    L’HOMME
    LA TERRE
    Terre, je suis ton roi.
    SATURNE
    LE SOLEIL
    SIRIUS
    105
    110
    ALDÉBARAN
    115
    ARCTURUS
    120
    LA COMÈTE
    SEPTENTRION
    125
    130
    135
    140
    145
    150
    155
    LE ZODIAQUE
    160
    165
    170
    175
    LA VOIE LACTÉE
    180
    185
    190
    195
    200
    205
    210
    LES NÉBULEUSES
    215
    220
    L’INFINI
    225
    DIEU
    Pater et des Ave
    25 février 1881.
    Yet there are souls, proud Bard, who feel thee not,
    Bounded and blind with but a single thought ;
    Who'd tear the laurels from thine honoured brow,
    And force us grovelling to their gods to bow;
    Proudly thou answer'st in yet nobler strain
    And shak'st the vermin from thy regal mane.
    Thy fame hath been the theme of loftiest lyres,
    In their rich sweil my feeble song expires,
    Yet spurn not, laurelled head, the wreath I twine
    Though all unworthy this poor lay of mine!
    More than the rich man's gifts the orphan's mite
    Found larger favour in the Man-God's sight.
    I yet am young, and years may give me strength
    To reach the grandeur of my aim at length;
    Then will I tell thee all l've felt and feel
    And all my bosom's gratitude reveal.
    UNE
    Jocelyn et qu'elle était Laurence
    XXVIII
    À l’occasion de son retour d’Europe.
    Hélas ! en aucun lieu sous le soleil,
    Des escadrons bondissants et vermeils.
    Où face à face sont couchées
    Mille troupes se surveillant
    De tranchée à tranchée.
    Certes un jour, l’élan et la fureur
    Décideront et du vaincu et du vainqueur.
    En attendant,
    C’est un serpentement
    On circule dans le mystère,
    Et l’on attend patiemment
    Que l’ennemi surpris,
    Sinistrement, soit enfoui
    Sous la terre éclatée.
    On les subit
    Et l’on bougonne :
    Il est même des jours
    Où l’on se sent si las, si lourd,
    Et d’humeur si contraire,
    Que l’on voudrait soudainement
    Peu importe comment
    Finir la guerre.
    Devant le front, c’est les postes d’écoute
    Toujours,
    Quelqu’un y veille, nuit et jour.
    Le cœur et l’esprit angoissés,
    Et puis encor passent à ses côtés
    Des patrouilles mornes et lentes.
    La plaine immense :
    L’ennemi veille et se répand aussi
    En patrouilles mornes et lentes ;
    Sitôt s’entame sans merci
    Une lutte férocement exaspérée :
    On s’agrippe et l’on se mord
    En un farouche corps à corps ;
    Des heurts, des chocs, des cris
    Assourdissent ou perforent la nuit ;
    Des coups pleuvent sans nombre ;
    Un chien rôdeur au fond des bois, aboie
    Et, blocs par blocs, des hommes choient
    Ainsi,
    La même guerre,
    En attendant le branle-bas
    Des suprêmes combats,
    Et dès que le jour fuit,
    La nuit
    Si bien qu’aux horizons tempétueux,
    Les yeux
    Croient voir lutter entre eux
    Et se heurter et se casser
    En deux
    Les astres.
    Frère Jacques, frère Jacques,
    Réveille-toi de ton sommeil d’hiver.
    Les fins taillis sont déjà verts
    Et nous voici au temps de Pâques,
    Frère Jacques.
    Au coin du bois morne et blémi
    Où ton grand corps s’est endormi
    Depuis l’automne,
    L’aveugle et vacillant brouillard,
    Sur les grand’routes du hasard,
    Et les chênes aux rameaux noirs
    Tordus de vent farouche
    Ont laissé choir,
    De soir en soir,
    Frère Jacques,
    Il a neigé durant des mois
    Et sur tes mains, et sur tes doigts
    Pleins de gerçures ;
    Il a neigé, il a givré,
    Sur ton chef pâle et tonsuré
    Et dans les plis décolorés
    De ta robe de bure.

    Avec son deuil et son effroi,
    Frère Jacques,
    Hier au matin, malgré le froid,
    Deux jonquilles, trois anémones
    Vers toi,
    Et la mésange à tête blanche,
    Fragile et preste, a sautillé
    Sur la branche de cornouiller
    Se penche.
    Et tu dors, et tu dors toujours
    Au coin du bois profond et sourd,

    Bien que s’en viennent les abeilles
    Et que l’on voie en tourbillons
    Rôder sur ta barbe rigide
    Un couple clair et rapide
    De papillons.
    Pourtant, voici qu’à travers ton somme
    Tu as vu, dès l’aube, s’en aller
    Le cortège bariolé
    Des cent cloches qui vont à Rome
    Et leurs clochers restant
    Muets et hésitants
    Tu t’éveilles en écoutant
    Régner de l’un à l’autre bout des champs
    Le silence.
    Et secouant alors

    Frère Jacques, tu sonnes
    D’un bras si rude et fort
    À l’appel clair de tes matines.
    Frère Jacques, frère Jacques,
    Frères Jacques, frère Jacques,
    Rude et vaillant sonneur de Pâques.
    XXX
    barde ailé
    CALLIMAQUE, traduction de La Porte Duteil
    Hernani.
    Cid, tu fis le Misanthrope :
    Psyché. »
    Car ce forget me not
    L’Abbaye du Val, novembre 1843.
    Chicago, mars 1868.
    Je crois !
    Juin 1851.
    Ce jour-là je songeais à toi !
    Sous l’aile de la royauté !
    pèse
    La gloire de soixante rois !
    croire)
    Qu’il sera beau dans leur malheur ! »
    Berçais le royal orphelin !
    Au ciel il te faut dire adieu !
    Le manteau de François premier !
    Pour forcer la digue du port !
    Qui va plus loin que l’échafaut.
    S’envolait des mains du bourreau !
    Et tes œuvres lui répondront.
    Ont raillé les hommes et Dieu.
    Nommait un peuple de géants.
    Viens jeter ton écharpe d’or !
    À ceux qui pleurent dans l’exil !
    Ta vaillante épée à la main !
    Que de se chauffer à leur feu.
    Avec mes ongles de Breton.
    Quand Louis-Philippe était roi ! »
    Citry, 14 octobre 1876.
    Saint-Point, près Mâcon, 9 février 1824.
    carrion-crow
    ajoupa
    poor-will
    15 mai 1838.
    (Ode IX, liv. IV)
    10 octobre
    ALUT
    Chatterton
    Ile Bourbon, Octobre 1854
    Chaque peuple, à son tour, ceindra le diadème.
    mieux
    Lundi, 27 juin 1859.
    Mangez, buvez ! voici ma chair, voici mon sang !
    ARENTE, REGGIO, DALMATIE et TRÉVISE
    Des
    envoi
    Bien
    envoi
    envoi
    Parmi
    Qui
    Pauvre
    Notre
    C’est
    Du géni’ d’la Liberté.
    Tartuffe
    Ennemi
    Plus
    Pourquoi
    À Mme la Comtesse Marie Krasicka.
    Juillet-août 1881.
    Septembre 1831.
    Dorat, d’une certaine main,
    Osant emprises malaisees,
    Dans le pré Gregeois et Romain,
    Tu triras les fleurs mieux prisees
    Pour t’en lier un chapeau rond,
    Ornement à ton docte front.
    Autant que toy ne favorise,
    Me chargeant d’un faix plus legier
    Je suivray ma basse entreprise,
    Sans mes nerfs lasches employer,
    À ce qui les face ployer.
    Les neuf Sœurs me feront la grace,
    Que de me donner à mon tour,
    Dorat, non la derniere place,
    Entre vous qui d’un oser beau
    Vous ceignez d’étranger chapeau.
    Non le dernier de nos Poëtes,
    Ains de pres les premiers pressant,
    Les chansons que jeune j’ay saittes
    Par les François je chanteray,
    Et tes honneurs je ne teray.
    Je ne teray qu’en mon ensance,
    Au bord du chevalin ruisseau
    J’allay voir des Muses la dance,
    Par toy leur saint Prestre conduit
    Pour estre à leurs festes instruit.
    Qu’ainsi comme Apollon leur guide,
    Sous tes ravissantes douceurs,
    Du long de l’onde qui se ride,
    Tu conduis cueillans des rameaux
    En leurs lauriers tousjours nouveaux :
    Deslors m’avouant pour leur prestre,
    Que guarenti de tout mechef,
    Fait grand depuis je devois estre :
    Car puis le tems que je les vy
    Autre mestier ne m’a ravy.
    De l’ambition populaire,
    Et dans moy s’est tapy vaincu
    Tout ce qui domte le vulgaire :
    Et confiant aupres de leur bien
    Je n’ay depuis estimé rien.
    Tout ce que le commun honore,
    L’honneur et le bien tant prisé
    Et tout ce que le monde adore :
    Pauvre et libre j’ay mieux voulu
    Poursuivre leur mestier eslu.
    Jeune de ma louable emprise,
    J’ay mieux voulu rendre ébahis
    Ceux-là dont la voix m’autorise,
    Desquels si gloire je reçoy,
    La plus part, Dorat, est à toy.
    D’or et d’argent, quand nostre vie
    Fresle et verrine à se casser
    N’en permet jouyr ? quelle envie,
    Aveugles avaricieux,
    Vous ronge vos cœurs vicieux ?
    La pale mort triste-riante
    Qui vous talonne pas à pas,
    Et de tous vos biens vous absente ?
    Et que porterez-vous au cercueil
    Fors un miserable linceuil ?
    Ne lairra pas pourrir ensemble
    Quant et vous ! sur qui, ô douleur !
    Un tas de vers desja s’assemble :
    Mais qu’avous au monde acquesté,
    Qui témoigne qu’ayez esté ?
    Qui tient à mépris vos richesses :
    Et jouit du bien doucereux
    Qu’élargissent les neus Deesses.
    Tandis que du jour jouissez
    Semblables à l’or palissez.
    Respit de la Parque gloutonne,
    Vaincueurs malgré les ans larrons,
    Nous nous tordrons une couronne,
    Dont le fueillage verdissant
    Pour l’âge n’ira fletrissant.
    Dieudonné
    Sand
    Staabs
    déshérité
    fils de France
    XXIX
    J’eusse dormi, si j’avais été Dieu !
    J’eusse trouvé, si j’avais été Dieu !
    Rien ne fût né, si j’avais été Dieu !
    J’eusse eu pitié, si j’avais été Dieu !
    Que l’or est roi partout, même chez Dieu ?
    J’en rougirais si je m’appelais Dieu !
    Prouvant ainsi que j’étais vraiment… Dieu !
    Discendum vivere mortu !

    CE POÈME
    FRANÇOIS BERNOUARD
    quelques jours avant
    l’HOMMAGE À ÉMILE VERHAEREN
    organisé par
    LES AMITIÉS FRANÇAISES
    SAUREZ ! souvenez-vous de nous !
    Il célèbre l’achèvement.
    Dont ils ont l’éclair dans les yeux ;
    Des cris d’immortelle douleur.
    À l’éternelle vérité !
    II
    III
    IV
    L’éternel cri d’Adamastor.
    Ces vers trop peu dignes de toi.
    V
    En dépit de tous les hasards.
    De la gloire de ses enfants !
    OUR
    Aux fers dont on pare les lois
    Etait-ce trop ?—Hélas ! j’oubliais ses malheurs,
    Il est temps ! Il est temps !
    Sergent
    Dieu, mes enfans, vous donne un beau trépas !
    le dieu tombé qui se souvient des cieux
    1886
    le Fils de l’Homme
    Christine de PisanLes Cent ballades
    XXXVIII
    Camere

    Quelqu’une des voix,
    — Est-elle angélique ! —
    Il s’agit de moi, 

    Vertement s’explique :
    Ces mille questions

    Qui se ramifient

    N’amènent, au fond,
    Qu’ivresse et folie.
    Terque quaterque

    Et puis une voix,
    Il s’agit de moi,
    Vertement s’explique ;
    Et chante à l’instant,
    En sœur des haleines ; 

    D’un ton allemand,
    Mais ardente et pleine :
    Le monde est vicieux,
    
Tu dis ? tu t’étonnes ? 

    Vis ! et laisse au feu

    L’obscure infortune…
    Pluries

    Tu
    Ces
    Toi
    Si
    Qui
    Je
    Que le corps s’engourdit,
    L’idéal interdit.
    Toute chose est à vous ;
    Semblent soyeux & doux.
    Et tout arbre son fruit.
    De ce monde de bruit.
    On s’éveille au tombeau.
    Éteint votre flambeau.
    Que soulève le vent,
    Pour m’en aller rêvant.
    Fraîche & riante encor !
    Avec des rayons d’or !
    N’était pas la clarté.
    De la réalité.
    Avec son dur couteau,
    Vivere memento !
    Résiste, espère, crois !
    Vois-y luire la croix !
    À la misère, au deuil.
    Ne finit qu’au cercueil.
    Dieu hait la lâcheté !
    La bonne volonté.
    Le but & le moyen.
    Et te sert de soutien.
    Vis & sache pourquoi !
    Vis aussi par la foi !
    Par le divin espoir ;
    Et vis par le devoir !
    Dès notre premier jour,
    De son immense amour !
    Que mon âme comprend.
    Et le doute me prend.
    Mon jeune sang qui bout.
    Et je me sens à bout.
    Devant l’éternité ?
    Et dans l’immensité !
    Pour m’adresser à toi ?
    Éternel, réponds-moi !
    Le
    L’air
    Elles
    Les violettes blanches.
    De violettes blanches.
    De violettes blanches.
    Des violettes blanches.
    Dans
    O sœur des violettes !
    O sœur des violettes !
    Vésale

    À Paul Heger.
    Les
    Je suis hanté. L’Azur ! l’Azur ! l’Azur ! l’Azur !
    Tel qu’en Lui-même enfin l’éternité le change,
    Le Poëte suscite avec un glaive nu
    Son siècle épouvanté de n’avoir pas connu
    Que la mort triomphait dans cette voie étrange !
    Eux, comme un vil sursaut d’hydre oyant jadis l’ange
    Donner un sens plus pur aux mots de la tribu
    Proclamèrent très haut le sortilège bu
    Dans le flot sans honneur de quelque noir mélange.
    Du sol et de la nue hostiles, ô grief !
    Si notre idée avec ne sculpte un bas-relief
    Dont la tombe de Poe éblouissante s’orne
    Calme bloc ici-bas chu d’un désastre obscur
    Que ce granit du moins montre à jamais sa borne
    Aux noirs vols du Blasphème épars dans le futur.
    Ô miroir !
    Eau froide par l’ennui dans ton cadre gelée,
    Que de fois et pendant des heures, désolée
    Des songes et cherchant mes souvenirs qui sont
    Comme des feuilles sous ta glace au trou profond,
    Je m’apparus en toi comme une ombre lointaine.
    Mais, horreur ! des soirs, dans ta sévère fontaine,
    J’ai de mon rêve épars connu la nudité !
    HÉRODIADE
    Je meurs !
    LA NOURRICE
    Madame, allez-vous donc mourir ?
    Et je déteste, moi, le bel azur ! Des ondes
    J’y partirais.
    Et..
    Et.. Maintenant ?
    Et.. Maintenant ? Adieu.
    De mes lèvres ! J’attends une chose inconnue
    Son
    Ce spectre singulier n’a pour toute toilette, Grotesquement campé sur son front de squelette, Qu’un diadème affreux sentant le carnaval. Sans éperons, sans fouet, il essouffle un cheval, Fantôme comme lui, rosse apocalyptique, Qui bave des naseaux comme un épileptique. Au travers de l’espace ils s’enfoncent tous deux, Et foulent l’infini d’un sabot hasardeux. Le cavalier promène un sabre qui flamboie Sur les foules sans nom que sa monture broie, Et parcourt, comme un prince inspectant sa maison, Le cimetière immense et froid, sans horizon, Où gisent, aux lueurs d’un soleil blanc et terne, Les peuples de l’histoire ancienne et moderne.
    J’ai
    J’étais
    Pièce parue à la Renaissance, le 24 mai 1873.
    O
    (Ecrit en 1877 ou 78).
    ·
    [1]
    Écoutez bien ceci :
    Bondouf [1], 5 novembre 1846.
    Tes
    Déesse
    Cette
    II
    III
    IV
    Marie
    Sur
    Prolonge
    Novembre 1870.
    Ottawa, novembre 1866.
    Pièce parue à la Renaissance Littéraire et Artistique, le 15 mars 1872, sous la signature P. Néouvielle.
    II
    D’ombres
    L’astre fatal de la Beauté.
    Je ne fus pas heureuse.
    Je ne fus pas heureuse.
    L’astre fatal de la Beauté,
    Ta
    Pièce parue à la Renaissance Littéraire et Artistique, le 30 novembre 1872, sous la signature P. Néouvielle.
    C
    Ils ont entendu rire ainsi.
    Se sont peu à peu dispersés.
    Pour le sommeil sans souvenir.
    Par les enfants de leurs enfants.
    Les baigne d’immortalité.
    Dans la paix des enfants de Dieu !
    T
    Le
    1875
    Version sonore

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    Arthur RimbaudPoésies

    4
    8Par la Nature, — heureux comme avec une femme.
    Variantes
    Par les beaux soirs d’été, in Lettre à Banville
    Mais un amour immense entrera dans mon âme, in Lettre à Banville.
    mensonge,
    On
    Toujours !
    Rubens
    Des
    Garde bien ton bonheur !
    La paix est dans ton cœur.
    Et ta femme est un ciel ;
    Pour toi n’a que du miel.
    Des conquérants de l’Art,
    Déployât l’étendard.
    Elle mène à l’enfer.
    La couronne est de fer.
    Dans ce chemin glissant,
    De l’Aquilon puissant !
    Des serrements de mains,
    Les pâles lendemains
    Qui pèse au même poids
    Vous met sur le pavois !
    Plus âpre que la mort.
    Crains de tenter le Sort !
    La soif de l’inconnu.
    Je t’avais prévenu.
    ***
    Meâ culpâ !
    I
    Sicut Dii
    II
    ils reviennent
    Pièce parue à la Renaissance, le 15 juin 1873.
    J’ai
    Vous
    monuments
    Québec fend au vol les eaux du Saint-Laurent.
    À bord du Québec

    Qui nous dira le grand secret ?
    Tout, dans l’oubli, s’abîmerait ?
    Comme une perte de son temps,
    Compter au chagrin ses instants ;
    À votre oreille vient crier ;
    Si le cœur doit se renier ;
    Selon le sort inattendu
    Qu’un intérêt bien entendu ;
    Sur toute autre chose ici-bas.
    Pour ces calculs lâches & plats !
    De ma couronne de douleurs ;
    Embellie encor par ses pleurs !
    aimer c’est la moitié de croire
    Parole
    Amen !
    Ce
    Avril 1854.
    « Vers l’infini qu’il veut savoir ;
    « Je traduis l’âme et je sais comme
    « Crie et se tord son désespoir ;
    « Mais ma fougue intense se brise
    « Où sa course folle s’enlise
    « Au même bord silencieux ;
    « Je ne saurais jamais mieux qu’elle
    « Forcer cette porte éternelle
    « De ses destins mystérieux !… »
    Donne-nous la force qui tient.
    Jetait son or plus lumineux.
    Laurence Nouveau-Manuel.
    Assez écarté
    En sa liberté ?
    Dieux, amis de l’innocence,
    Qu’ai-je fait pour mériter
    Les ennuis où cette absence
    Me va précipiter ?
    f‍f‍lffl
    Recours à pleurer :
    Que puis-je espérer ?
    Dieux, amis de l’innocence
    Me va précipiter ?
    Ta douleur, du Perier
    ——-——
    ———-—
    -————
    ——-——Avecque son mépris.
    du Perier
    ———-—D’Archémore[2] et de lui.
    ———-—Lui vola son dauphin[3],
    ———-—Et demanda la paix[4]
    [5]
    ———-—Il n’en faut point chercher.
    n
    Ô mon cher Belzébuth, je t’adore !
    [3]
    [4]
    [6]
    [7]
    [8]
    À l’Ictinus
    JÉSUS.
    Il
    Ever of thee !
    1861
    III
    IV
    Hélas
    Elle
    Il
    La ligue des enfants de Dieu.
    L’e
    De profundis.
    Voici
    Talma ! Pleurez Talma
    Talma
    dit-on,
    Au
    *
    5
    10
    15
    20
    25
    30
    35
    40
    45
    50
    Sous la voûte, sur les paliers,
    Un courant d’air vaste circule,
    Et douce est la fraîcheur où vous marchez,
    Comme vous reposez les yeux,
    Ô blancheur sombre des musées !
    Ô génie, ô lent créateur,
    Et sur la pierre, à la hauteur
    L’œil croit voir voltiger encore
    Les mains illustres du sculpteur
    Alors notre cœur se rappelle
    Et vous qui soupez chez les dieux,
    Le long des lignes, sous la voûte
    De vos temples mélodieux.
    Et font, sur les lèvres hautaines
    Berce-nous de tes bons murmures,
    Comme une abeille d’or,
    Pour la jeter en Prairial,
    Grisée
    Où, visiteur royal,
    Car de la causerie parmi les appareils, — le sang, les fleurs, le feu, les bijoux,
    Des comptes agités à ce bord fuyard,
    — On voit, roulant comme une digue au delà de la route hydraulique motrice,

    Mettez
    Et fils du destin.
    Et le pain amer.
    Ont ravi ses yeux,
    Les brumes du Nord.
    Et fils du Destin.
    Nous
    Dans
    Divine hirondelle ?
    O pâle Procné.
    Et jamais le même !
    Les lèvres d’Atthis ?
    Sous l’ombre des roses… »

    Éranna.
    L’Étrangère.
    Vierge, que cherches-tu parmi nous ?
    Damophyla.
    Atthis.
    Gorgô.
    Dika.
    Des gestes et des pas.
    Gurinnô.
    L’étrangère.
    Quelle angoisse l’étreint ? Un songe de Poète ?
    Psappha.
    De mon vain appel.
    Parmi les tourments.
    Chœur.
    Psappha, sans entendre, noyée dans son rêve.
    À travers un songe.
    Tu m’as répondu, toi, dont la cruauté
    « Pourquoi sangloter mon nom ? Quelle Beauté,
    Psappha, te résiste ?
    « Moi, fille de Zeus, je frapperai l’orgueil
    De celle qui fuit ton baiser, ô Poète !
    Tu verras errer vainement sur ton seuil
    Son ombre inquiète. »
    Ma prompte Alliée.
    L’essor des phalènes.
    De mes bras vaincus.
    Elle sort lentement.
    Atthis, écoutant.
    Et je vois son cadavre emporté par la mer…
    mûres;
    Souvenez-vous des humbles cimetières
    Que voile aux villages voisins
    Et c’est à peine si —
    Comme des brebis étonnées,
    Quelques maisons
    Abandonnées,
    Toutes fanées
    Par les saisons,
    Parfois de l’auvent qui le garde —
    Mais l’été que l’ange envoie aux vallées,
    Pour les églogues étoilées,
    Et vers les rivières vermeilles,
    L’été, sur un signe de Dieu,
    Dont la blancheur brûle, éclatant
    Pendant que le lézard entend
    De la Mort, mère et reine des parfums.
    Tramée avec les fils du rêve,
    Sur la route où l’air pur fraîchit,
    Une voix étouffée ou tendre,
    Cependant, là-bas, dans les nécropoles,
    Une immobile multitude
    Malgré leur solitude qui s’ennuie
    Ces pauvres âmes désolées,
    Vers la douce époque des nids,
    Sous les funéraires feuillées,
    Ou quand leur commune patronne,
    Ceux qui sourient d’avoir été
    De gais bouviers dans la campagne,
    Qu’il semble que la vie,
    À ces mornes reclus
    Lugubrement ravie,
    Ne doive jamais plus
    Monter ni redescendre
    Aucun orchestre en floraison
    Aucun océan soucieux
    Aucun Messidor sous les cieux
    Ni le soleil de ces contrées
    Où son regard luit si hautain,
    Qu’il semble à la stupeur physique
    Que le rayon fait la musique ;
    Ni lune en fleur d’aucun été,
    Que la solennelle clarté
    Quand, sonnant la fuite des deuils,
    I
    II
    III
    IV
    V
    O toi qui m'apparus dans ce désert du monde,
    Habitante du ciel, passagère en ces lieux !
    O toi qui fis briller dans cette nuit profonde
    Un rayon d'amour à mes yeux ;
    A mes yeux étonnés montre-toi tout entière,
    Dis-moi quel est ton nom, ton pays, ton destin.
    Ton berceau fut-il sur la terre ?
    Ou n'es-tu qu'un souffle divin ?
    Vas-tu revoir demain l'éternelle lumière ?
    Ou dans ce lieu d'exil, de deuil, et de misère,
    Dois-tu poursuivre encor ton pénible chemin ?
    Ah ! quel que soit ton nom, ton destin, ta patrie,
    Ou fille de la terre, ou du divin séjour,
    Ah ! laisse-moi, toute ma vie,
    T'offrir mon culte ou mon amour.
    Si tu dois, comme nous, achever ta carrière,
    Sois mon appui, mon guide, et souffre qu'en tous lieux,
    De tes pas adorés je baise la poussière.
    Mais si tu prends ton vol, et si, loin de nos yeux,
    Sœur des anges, bientôt tu remontes près d'eux,
    Après m'avoir aimé quelques jours sur la terre,
    Souviens-toi de moi dans les cieux.
    Du bon Ronsard !
    Libres de nœuds !
    D’un feu rosé.
    Voler en l’air !
    Du blanc peplum,
    À Saint-Ybars !
    D’alexandrins !
    De ton beau corps,
    Mieux que Duprez !
    De Gavarni !
    Jonchés de fleurs !
    Le pantalon !
    Des débardeurs !
    De Brididi,
    La redowa,
    À Pilodo !
    Chanter les flots !
    Jusqu’en enfer !
    De Mogador !
    De marabouts !
    Rose Pompon !
    Par Delacroix !
    D’argent et d’or,
    Une forêt.
    Oriental !
    Pays du vin !
    Boire le spleen !
    Les fleurs des eaux !
    Sa triste erreur !
    « Des mots ! des mots ! »
    Des gais rimeurs !
    De Crébillon !
    Mousse ébloui !
    Nos vins sanglants !
    Le sang d’un Dieu !
    Pères des chants !
    Par les baisers !
    Tous les esprits !
    Moule un beau sein ;
    Extravagants ;
    De Pétersbourg ;
    D’Amaryllis ;
    Sur leurs bas blancs !
    Dans ses flots bleus,
    De cent palais,
    Le narghilé,
    Son front serein,
    Ces bras d’acier,
    De rose en fleur,
    Eussent chantés !
    Janvier 1846.
    LE TRAVAIL
    LE FEU D’EPAVES
    A LONGFELLOW
    CHANSONS DU SOIR
    LA VACHE
    RENCONTRE
    Quand
    L’épouse,
    Humer l'arome des fruits mûrs...
    Glisse, d’éblouissant argent.
    Qui me lancine jusqu’au cœur !
    Et tourelles et clochetons.
    Lampe des spectres et des fous,
    Des grands vitraux illuminés...
    A Notre-Dame qui sourit.
    De nuages et de clochers.
    Selon le mode rituel,
    Le sourire de son Enfant.
    Or paix à vous dans les lilas !
    Sous les chênes enrubannés.
    Par les mélèzes clair-tissus.
    En ses frileux voiles d’azur...
    Toute la paix de son ciel bleu...
    S’infiltrent dans mon cœur.
    La vitre vibre aux coups de vent,
    Et la rosée et le gazon,
    Et un peu plus simple de cœur...
    Que l’aurore suspend aux branches.
    Ainsi qu’un dais de satin bleu.
    Des couronnes de marguerites.
    De Kevelaer à Montaigu !
    Tomber de vos deux mains ouvertes,
    Mes étrennes du mois de mai.
    Et nous verrons le dôme en or.
    Les bancs d’ocre rouge et de fer.
    Et ces yeux aveuglés d’azur.
    Ce mal intime des genoux...
    C’est bien encore un grand soulas.
    Et donc à genoux, pèlerins !
    Etre déposé par la mer
    Svelte en sa robe lilas clair...
    Une rose rouge à la main,
    A tous les baisers du matin.
    O Marjolaine, et me voici.»
    « Merci, je t’aime bien aussi.»
    Jacasseraient dans les palmiers,
    Des roucoulements de ramiers...
    Au rythme sourd des grands flots lourds,
    Vivre d’amour, vivre d’amour !...
    La tiède brise,
    Dentellent les pelouses blanches.
    Coule l’or pâle du soleil.
    En jets de givre vers l’azur.
    Tantum ergo
    Te Deum
    Son nez bleui.
    En ruisseau vert.
    Articulés.
    Mâcher des choux.
    En chapeaux bleus.
    A chaque effort.
    Un bouquetin.
    Au front branchu.
    Sonne du cor.
    Et un billet.
    Traînent son char.
    Sur les tambours.
    La tête en bas.
    Le fiancé
    Un sapajou.
    Ce qui convient, c’est dans ton cœur une musique,
    C'est une calme, c’est une douce musique,
    — Harpe, triangle et flûte, — en tout temps, en tout lieu,
    Qui dissuade et qui conseille sans réplique,
    Pour que ton geste soit ordonné selon Dieu.
    Car il faut que tu sois rythmique devant Dieu,
    Comme le lis qui s’ouvre au soleil et dédie
    Sa coupe immaculée en toute mélodie.
    Or, pour vivre à souhait ce songe très chrétien,
    C’est dans ton cœur une musique qui convient...
    Très douce et par ton souffle intime modulée,
    Sur tes pensers et sur tes actes déroulée,
    Noyant cris et sanglots en l'hosanna du chœur,
    Huile sur la tempête et baume sur la plaie
    Et rangeant toute chose à sa place en ton cœur.
    Ainsi tu marcheras dans la paix de ton cœur,
    Et ta bouche n'aura que de bonnes paroles,
    Ton front sera riant et tes yeux bénévoles,
    Et tes mains ne feront pas mal aux malheureux,
    Aux malades qui n’ont pas de musique en eux...
    Certainement la vie a de rudes étreintes,
    Elle a certainement de cruelles étreintes,
    Et te fera frémir d’angoisse et grelotter...
    Heureux pourtant qui de son cœur, au lieu de plaintes,
    Sent une évangélique musique monter !
    Que si l’impétueuse allégresse claironne,
    Trop bruyamment et trop étourdiment claironne,
    Il faut aussi, rétablissant l’ordre voulu,
    Qu’une grave musique en sourdine bourdonne
    La souveraineté calme de l'Absolu.
    Et sache, ô toi fidèle à fixer l’Absolu,
    Et sache sans gémir, et sache attendre l’heure
    Où les harpes de la musique intérieure
    Dilateront ton âme à remplir le ciel bleu
    Devant l’éternité du Triangle de feu !
    De grand matin les tourterelles
    Roucoulent dans les bois d’aunelles...
    Eperdument les tourterelles
    J'ai chanté simplement comme un oiseau des bois.
    J'ai modulé, selon la nuance de l’heure,
    La chanson qui gazouille et la chanson qui pleure,
    Et je sais que mon âme a passé dans ma voix.
    Ne la méconnais pas , puisqu’elle est toute tienne,
    O Sœur! et que déjà dans l'angoisse ancienne,
    Dans le rêve berceur ou le fiévreux émoi,
    Elle se soulevait en sanglotant vers toi.
    Car elle l'attendait, ô toi qui es venue !
    L'acacia en fleurs bourdonnait dans l'été...
    De son premier regard elle t'a reconnue,
    Car elle t'attendait depuis l'éternité.
    Maintenant les oiseaux et les bonnes pensées
    Peuplent le doux jardin où tu me tends les bras,
    Et, comme pour combler nos âmes enlacées,
    Notre-Dame a donné la lune et les lilas.
    L'amour et la sagesse ont construit la demeure
    A Nombre du mélèze et des acacias,
    Et notre vie s’écoule au sablier de l’heure,
    Aux sons divins de la Musique intérieure.
    Mets ta main dans ma main et regardons fleurir
    Le parterre de feu des étoiles... O Chère !
    Quel que soit le secret des mondes et des sphères,
    Quoi que ce soit au fond qu’on appelle mourir,
    Nous savons, comme on sait les choses éternelles,
    Que rien ne brisera notre union en Dieu
    Et qu’au Jour immortel nous serons les deux ailes
    D’un pur oiseau, planant dans les espaces bleus.
    J’imagine !
    La
    L’habitude
    défaillir nos yeux des feux dont nous brûlons

    a
    « Tu viens lorsque l’Azur
    nourrissez
    L’heure
    Parmi
    La Lys
    À M. et à Mme Georges De Craene.
    Comédie
    Bleus
    Son
    Comme des renards ou des loups ;
    Et sur sa gorge leurs genoux,
    Son dernier rêve et son sommeil ;
    Elle est libre pour le réveil !
    Et, devant la Patrie en deuil
    Comment donc ont-ils tant d’orgueil ?
    Les fastes de la liberté ?
    Pour confondre leur vanité ?
    Aujourd’hui, peut-être demain ;
    Nous devions faire un long chemin ;
    A déjà sonné sur nos fronts.
    Ô France, nous le pousserons !
    Vivat et Te Deum !
    De cet admirable édifice.
    — « Il faut qu’on en finisse ? »
    Pensive, elle disait : — « Je souffre ! »
    La jeter dans le gouffre.
    (Gloire ou gloriole, n’importe !)
    Qu’elle en fût ivre-morte.
    Comme cette folle en écoute,
    Qui la livreraient toute.
    On rebâtirait sur sa tombe
    Auquel elle succombe.
    Tâtonne ; mais sa voix s’enroue ;
    En a fait de la boue.
    Le repousse dans cette lutte,
    Précipite sa chute.
    Ce charnier aux terreurs funèbres,
    Un lit dans les ténèbres.
    Fière, superbe et si meurtrie,
    Ô ma mère, ô Patrie !
    D’ôter un grain aux grappes mûres.
    La France est le champ de bataille !
    T’avilir comme ils t’ont frappée.
    En acclamant la République !
    Montez
    Te Deum,

    Chicago, octobre 1869.
    Août 1869.
    Après
     
    Les jeunes filles
    Amis,
    Les jeunes gens
    La voici : l’amour est mortel.
    N’a point d’ennemi plus cruel.
    Doute et désespoir, tour à tour !
    Et le plus fatal, c’est l’amour !
    Qui rive au vaincu le vainqueur.
    L’un l’autre, on s’y mange le cœur.
    Le ciel reste sourd à nos cris ;
    Ses griffes dans nos flancs meurtris.
    De l’homme ardente à se jouer,
    L’amour pour se perpétuer.
    Indifférente à nos tourments,
    Nous, ses aveugles instruments.
    Du Maître imposé par le sort.
    Qui n’a de terme que la mort.
    Courez vers elle, elle vous fuit ;
    Derrière vous qui vous poursuit.
    On se rira de ta candeur.
    Que ferait-elle de ton cœur !
    Torture qui sait torturer !
    Fais pleurer pour ne pas pleurer !
    De mensonge et de trahison !
    Au lieu de miel, l’âcre poison !
    Bonheur, ivresse, volupté !
    Inénarrable vanité !
    O Mort, contre un joug détesté,
    O Mort auguste, ô liberté !
    j’allais dans son bain surprendre l’étourdie ?
    Mais j’ai tort, ô ma sœur ! Mon âme peu chrétienne
    Goths,
    flingots,
    Dans l’âme fraîche du printemps.
    Dans l’air fait du parfum des choses.
    Tout baigne et lustre sa beauté.
    S’en va sur les brises lointaines !
    pan !
    belle au bois dormant
    Allah lui parle :

    La Reine Indigo,
    Le Petit Ébéniste,
    Donna Del lago :
    de corail
    En récitant des vers.
    Ne troublait ce beau jour.
    Refleurir dans mon cœur.
    N’aime pas ! — N’aime pas !
    Sous la beauté du ciel.
    Tu vins et t’en allas !
    Je suis seul, seul, hélas !
    Tu m’as fui sans retour !
    N’aura duré qu’un jour !
    La pensée est ma fleur :
    Qui pour toi fut mon cœur.
    Nommez votre pays de ce nom : la patrie
    Humanité,
    nos frères !
    l’honneur.
    Je dis pour les cœurs ingénus
    La chanson de Marthe aux pieds nus.
    Les ailes vont le dire aux fleurs,
    Le matin bleu rit sous les pleurs.
    Ailes et fleurs sont en émoi :
    Marthe est devant le fils du roi.
    « La fauvette, l’œil en éveil,
    Écoute et se lisse au soleil.
    Marthe, aimez-moi, je sens que je vous aime.
    — Oh ! monseigneur, vous en ririez vous-même. »
    La tête d’un lézard surgit,
    La fraise dans l’herbe rougit.
    La petite bête à bon Dieu
    Vole et miroite, rouge et feu.
    « Qu’un seul baiser, Marthe, ici nous engage !
    — Mon cher seigneur, un seul, pas davantage ! »
    Sur la source, au bord du sentier,
    S’effeuille une fleur d’églantier.
    « Marthe, à demain, au seuil de votre porte !
    — Mon doux seigneur, le ciel vous fasse escorte ! »
    Est-ce un rêve ? O les tendres voix,
    Qui bercent l’âme au fond des bois !
    Pourquoi les angélus du soir
    Sont-ils si clairs, quand fuit l’espoir ?
    Qu’annoncent donc tous les matins
    Les gais angélus argentins ?
    L’automne endort les horizons ;
    Adieu les fleurs et les chansons !
    L’hiver vient, l’hiver part ; soudain
    Le lilas fleurit au jardin.
    L’odeur des foins en fenaison
    Embaume de loin la maison.
    Dans les rameaux du grand pommier,
    Vole et se pose un blanc ramier.
    Le crépuscule se fait gris ;
    Tourne, tourne, chauve-souris !
    Voici briller le soleil d’or ;
    Alouette, prends ton essor !
    Dans les rouges coquelicots,
    Chante un coq, droit sur ses ergots.
    Sur le lis, que pendant la nuit
    Le vent brisa, tout le ciel luit.
    Une cloche tinte là-bas ;
    Est-ce la noce, est-ce le glas ?
    Azurs, rayons, brises, parfums,
    Ranimez les beaux jours défunts !
    Brises, rayons, parfums, azur,
    Rendez l’âme pure au ciel pur !
    Des rameaux du pommier tremblant
    S’est envolé le ramier blanc.
    à la duchesse,
    Au grand saint Nicolas.
    Paisible elle s’est endormie
    Une voile en pleine accalmie.
    Sous une pierre glaciale !
    Parmi l’alcôve nuptiale ;
    Dans sa demeure solitaire,
    A ce grand bonheur sous la terre.
    Qui veillent sur les mers profondes,
    Avec les chères moribondes.
    Il garde ses lueurs croissantes,
    Des ténèbres envahissantes.
    Qui fut la moitié d’un génie
    La blessure d’une agonie.
    Où toute une nature altière
    Elle appartient au cimetière.
    Qu’un rival dans sa haine forte,
    Ce triste gardien de la morte.
    A bas de ce lit où se roule
    A travers les flots de la foule.
    Avec des phrases saccadées,
    Comme à la rumeur des idées ;
    Oublieux des luttes mourantes,
    Et mort pour les choses vivantes ;
    Lorsque de son geste sincère,
    O fossoyeurs, qu’on la déterre !
    L’enferma dans la bière infâme,
    Car ce cadavre c’est ma femme ! »
    Tandis que, la gorge oppressée,
    Le délire de sa pensée.
    Maître de son espoir suprême,
    Il la voit, il la touche, il l’aime !
    Il cherche ce corps qui fut Elle,
    Que l’est une chose jumelle.
    Sur sa poitrine bondissante
    Car il faut bien qu’elle le sente !
    — Comme une plante que ranime
    Tu renaîtrais, douce victime.
    Tendres et vigoureux pressée
    L’existence recommencée.
    A genoux devant elle nue,
    Et s’enivra de cette vue ;
    A rendre au sépulcre sa proie,
    Oui ! mais il emporte une joie.
    Sans qui le cœur s’affaisse et tombe,
    De ce rendez-vous sur la tombe !
    Et requiescat in pace !
    Ce fut un jour de juin, devant la Polymnie,
    Fume. — Il est midi. — Les tortues
    Bâille, dans le sable accroupi.
    Et l’on n’aperçoit plus, là-bas,
    Les nègres aux cheveux de laine.
    Des noirs étendus dans leurs cases,
    Nourricières des bananiers ;
    o
    Gorge le Havre & Manchester,
    Un rejeton de cannibales !
    Qui chérit l’éclat blanc du linge,
    S’avance d’un pas indolent.
    La cuisine à la véranda,
    En digérant des confitures.
    Les zigzags sans fin d’une mouche,
    Entre deux croissants de corail.
    Filtré par les feuillages verts ;
    Laissent passer des fleurs par mille.
    Avec un soupir monotone ;
    Ou s’étire, ingrat trop aimé !
    Lancent, assoupis, des clins d’yeux
    Et sur le Havanais soyeux.
    Comme au Sénat le Président,
    La peau jaune d’une goyave.
    Mystérieux des marécages.
    De contrefaire les pigeons.
    Paresseuse créolement,
    Et doux de sa large berceuse ;
    Dans son peignoir de mousseline.
    Que son sang noble est pur d’emprunts.
    Obéit à son poids léger ;
    A l’oreille porte une rose.
    Aux grosses lèvres incarnates,
    Humant sa cigarette en feu.
    Elle pense à son doux ami ;
    Son nègre l’évente sans trêve.
    Sur les houles de l’Atlantique,
    La contemple piteusement.
    Sur le pont du schooner « The Fly »,
    En casquette à longue visière ;
    Jettent leurs ombres sur les lames,
    Davis Brooks paraît soucieux.
    Et s’éloigne), — ses doigts mignons
    Du sein qui tremble sous l’étoffe.
    La blanche miss Tilda s’égare,
    Trente planteurs feront leur cour.
    Jupiter pousse un cri plaintif,
    Rit la mulâtresse Euphrasie ;
    Et le singe roux, tout sommeille ;
    L’odeur des ananas dorés.
    pays,
    De ton cerveau fêlé.
    Cid & des Burgraves.
    Point de repos pour l’âme humaine
    Y soufflent leur vapeur malsaine,
    Et ce n’est que de peine en peine
    Qu’en flots plaintifs & tourmentés.
    O mer ! que sur ta sombre face
    De l’orage efface la trace
    Et permet à la noire masse
    Et l’y fracasse horriblement.
    ISEULT.
    TRISTAN.
    O my dear, I love you !
    Clytus arcuatus
    Clytus,
    Pater, les Ave,
    Laisse nos deux noms sommeiller !
    Je ne veux point me réveiller !
    Je veux t’oublier, si je puis !
    Oh ! fuis-moi comme je te fuis !
    Le passé peut se ranimer !
    Je t’aime, & ne veux plus t’aimer !
    Notre chaîne aux anneaux d’amour !
    Je souffrirais de ton retour !
    Contre le souvenir vainqueur !
    Ne t’amuse plus de mon cœur !
    Pour te venir quand tu dis : Viens !
    Que je te fuis & t’appartiens !
    Tu ne peux m’aimer, laisse-moi !
    Je veux me souvenir de toi !
    … nec amare decebit.
    Pourquoi faut-il qu’il soit venu, cet âge
    Pourquoi faut-il, ô Temps, que ton outrage
    M’atteigne au cœur jusque dans un baiser ?
    Pourquoi faut-il que la nature amère
    Qui m’interdit l’ivresse du plaisir,
    Punisse encor l’émotion légère
    Et jusqu’à l’ombre du désir ?
    Pourquoi faut-il qu’à l’objet plein de charmes,
    Dont le regard s’abaisse à m’enflammer,
    Tout bas je dise en dévorant mes larmes :
    Pitié ! pitié ! je ne dois plus aimer !
    Un point presque effacé ?
    Et la pierre prit vie, & ce fut l’Homme.
    Y pensez-vous, jeune beauté !
    Il faut à boire à ma gaîté.
    Complotez donc avec le vin.
    Je vous devrai le feu divin.
    Secondez la chaleur des cieux :
    Que les fruits gonflent sous vos yeux.
    Cueillez vous-même, & grain à grain ;
    Comme aux perles de votre écrin.
    Plus qu’à mi-jambe retenus,
    En bacchante, avec des pieds nus.
    A vous d’en donner le dessin.
    Sur le galbe de votre sein.
    Pour qu’en m’abreuvant à longs traits,
    Sur la forme de vos attraits.
    Je serai vieux, comme à Téos
    Pour avoir bu le vin d’Éros.
    Alleluia
    Allleluia.
    Je te suis. Où veux-tu que nous allions ?
    . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
    . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
    . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
    Mais ne l’a pas décomposée.
    Où le vent balaya des roses.
    De la fleur qui fut son hommage.
    Où tu l’as mise elle est encore.
    A l’éclat tout vermeil,
    Qui dormait au soleil.
    Loin de moi se posa ;
    Partit & l’écrasa.
    Fallait-il mettre à mort
    Ne m’avait fait nul tort ?
    Cruelles, mais sa dent
    Qu’à son corps défendant.
    D’un penchant plus malin :
    Mordent soir & matin.
    Et dans l’ombre perdu,
    Sur vous soit répandu.
    Vous valez encor mieux
    Du chef-d’œuvre des cieux !
    Elle entra dans le cirque. En quatre bonds nerveux
    « Lion ! » dit la chrétienne.
    — Mais si leur fer t’atteint ?
    — Mais si tu meurs ?
    Qu’il l’éveilla.
    antre des vals pourris,
    la ville des esclaves ;
    lieu des braves
    « Buveur de sang ! »
    La superbe de ma douleur,
    Ton sourire, éternelle enfance !
    Pareils à des lampes nacrées
    Palpiter les ombres sacrées ;
    De ta face où dort la lumière ;
    De ta sombre & lourde crinière ;
    Des Cieux, du Rêve & de la Vie,
    Trouve sa gloire & ton pardon !
    Fais-la venir.
    Fais-la venir. — Jamais !
    Ta fille.
    Ta fille. — Elle est si jeune !
    Ta fille. — Elle est si jeune ! — Obéis.
    « Toi ! » dit le Khan.
    La visière.
    Elle dort. L’obscur artiste
    Sans rien de triste.
    Sous le voile des paupières,
    Dans ses prières.
    La chair apparaît rebelle,
    Qu’elle était belle.
    Ces bras, en d’étroites manches,
    Leurs chaînes blanches.
    Attendant une caresse,
    De sa maîtresse.
    Les splendeurs seigneuriales,
    Des grandes salles,
    D’emblématiques sculptures,
    Sur les tentures.
    Des gens dont la chambre est pleine,
    La châtelaine ?
    Les fiertés intérieures,
    Un livre d’heures.
    Fière de sa beauté rare,
    Qui se prépare.
    Celle-ci fut mise en terre.
    Qu’elle ait pu faire.
    Au souffle de l’infidèle,
    Qu’il avait d’elle.
    La chair perverse est tuée ;
    Perpétuée.
    Je porte en moi l’âme du Monde,
    Ame mobile, âme féconde
    La Terre, en qui je bois ma force,
    Comme l’arbuste à frêle écorce
    O misère ! La froide brume
    O splendeur ! L’aube qui s’allume
    Hors de moi s’enfuit quelque chose
    Je sens rire en moi, blanche & rose,
    Avec les grands pins que tourmentent
    Soudain, mes pensers se lamentent,
    Et le mot, le seul mot d’espace
    Que l’hirondelle, bientôt lasse,
    En toi, par toi, Monde admirable,
    Je suis ta course infatigable,
    Marchons. Quelqu’un doit nous attendre
    Hélas ! sans jamais rien comprendre
    Avec le droit — de s’enrhumer,
    Sente à la chèvre,
    Un perdreau — moins surpris que moi.
    M’annonçait de loin la maison.
    L’appelait-on Dame la Paix.
    Devinait qui donnait le ton.
    Elle vous criait : « Entrez donc ! »
    De son zèle à vous recevoir.
    C’était le Janus du devoir.
    Argus
    Ni les frelons de son rucher.
    Les bourrades à son époux.
    Parce qu’il jappe, il croit qu’il mord. »
    Rit, fut vaincue, et s’en alla.
    Dame la Paix
    A l’étable, au fenil, au four.
    Se cachaient, honteux, dans un coin.
    Se traînait mourante au soleil.
    Étranglant jasmins & rosiers.
    Dès que la reine-abeille part.
    Vient d’accoucher sans sacrement.
    De peur qu’Adam ne s’endormît. »
    Ruelle-au-Puits
    ENVOI
    . . . . . . .
    Le sentier
    Et si court
    Cet été,
    Les buissons
    Attentif
    Curieux
    D’un larron
    A l’endroit
    Le souci
    Mais, ma foi,
    Quand les nids
    Du midi
    De buis verts,
    Pâle encor,
    Surtout un,
    Du vallon ;
    Et plus loin
    Puis un brin
    aimez-moi,
    Mon bouquet,
    Mais tout beau !
    A l’écart,
    Voulez-vous
    Le carmin
    Dit : « Merci ! »
    C’est assez
    Nous unit
    Vrai ! j’ai peur
    En rêvant
    N’est-ce pas
    A son bras,
    J’aurais dû
    Il fallait
    Et l’amour
    Que le ciel
    Ma cousine est bien loin. »
    La barque oisive au flot se livre ;
    Et le pré n’est plus blanc de givre.
    Aux Nymphes les Grâces décentes
    Souffle ses forges rougissantes.
    Ou de fleurs qu’Avril renouvelle,
    Le bouc ou, s’il lui plaît, l’agnelle.
    Et palais. — O Sextius, songe
    La Nuit et les Manes-mensonge,
    Les dés ne font plus de monarque,
    Que la vierge déjà remarque.
    Au grand air rafraîchir mes tempes,
    Comme dans les vieilles estampes.
    Éphémère duvet des pêches,
    L’âme neuve et les lèvres fraîches.
    Qui n’est bien qu’à travers le voile,
    Couleur de bleuet et d’étoile.
    Et ce bonheur qui vous inonde
    Elle a posé sa tête blonde.
    Dont l’âme si bien s’accommode :
    Auprès de leur mère qui brode.
    Le temps d’une aube boréale,
    Et trouver l’amour idéale.
    Les saintes blancheurs de mon âme.
    Ce que j’ai souffert par la femme,
    Comme de hideuses besognes,
    Reviennent les blanches cigognes.
    Je veux, libertin repentant,
    Sans m’avoir jamais vu, m’attend.
    Tous les soirs et tous les matins,
    Ses modestes cheveux châtains.
    Elle sort au bras d’un vieillard,
    Innocente de son regard ;
    Devant ces yeux calmes et doux,
    Elle arrive à ses rendez-vous.
    Préférant, pour passer le soir,
    Aux sourires de son miroir.
    Elle est blanche, elle a dix-sept ans,
    Comme elle a l’âge du printemps.
    Et, s’exhalant comme un parfum,
    Et toute sa vie en est un.
    Lys candide, cygne ingénu.
    Quand elle m’aura reconnu,
    Ma gloire et mon orgueil, et veux
    Une nuit propice aux aveux.
    Au fond du parc inexploré,
    Et moi, je m’agenouillerai.
    Comme on tient des oiseaux captifs,
    Les choses des cœurs primitifs.
    Mais fixant sur moi ses grands yeux
    D’amour pur et religieux.
    Ce que disent à demi-voix
    Blanchir l’obscurité des bois.
    L’ineffable vibration,
    Comme une bénédiction.
    Donné le baiser baptismal,
    Et t’expulser, regret du mal !
    L’épouvante de mon passé,
    O désir vainement chassé,
    Secouer enfin la langueur
    Dont tu m’as saturé le cœur,
    L’histrion, chanteur d’opéras,
    L’épée atroce sous son bras !
    D’être un morne objet d’épouvante,
    Ou qu’on suit d’un regard moqueur ;
    D’assister enfin, moi vivante,
    Aux funérailles de mon cœur !
    A l’espérance fugitive,
    Aux illusions, mon trésor.
    Tandis que le sourire encor
    Effleurera mes lèvres roses !
    Voir s’épanouir un seul jour,
    De la jeunesse et de l’amour !
    Dans la coupe mortelle ; … il faut
    Un des esprits impérissables !…
    demain ne doit plus menacer aujourd’hui.
    . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
    Je t’aime !
    Dites, qu’avez-vous vu ?
    V
    Et puis, et puis encore ?
    Et puis, et puis encore ?
    VII
    VIII
    nouveau !
    FIN.
    Septembre 1845.
    LE FAVNE
    Ces nymphes, je les veux perpétuer.
    Assoupi de sommeils touffus.
    Réfléchissons.. ou si les femmes dont tu gloses
    Tacite sous les fleurs d’étincelles, CONTEZ
    Que je coupais ici les creux roseaux domptés
    Par le talent : quand, sur l’or glauque de lointaines
    Verdures dédiant leur vigne à des fontaines,
    Ondoie une blancheur animale au repos :
    Et qu’au prélude lent où naissent les pipeaux,
    Ce vol de cygnes, non ! de naïades se sauve
    Ou plonge..
    « Ou plonge.. »
    la :
    SOUVENIRS
    Mon œil, trouant les joncs, dardait chaque encolure
    Immortelle, qui noie en l’onde sa brûlure
    Avec un cri de rage au ciel de la forêt ;
    Et le splendide bain de cheveux disparaît
    Dans les clartés et les frissons, ô pierreries !
    J’accours ; quand, à mes pieds, s’entrejoignent (meurtries
    De la langueur goûtée à ce mal d’être deux)
    Des dormeuses parmi leurs seuls bras hazardeux ;
    » Je les ravis, sans les désenlacer, et vole
    À ce massif haï par l’ombrage frivole,
    De roses tarissant tout parfum au soleil,
    Où notre ébat au jour consumé soit pareil.
    Mon crime, c’est d’avoir, gai de vaincre ces peurs
    Traîtresses, divisé la touffe échevelée
    De baisers que les dieux gardaient si bien mêlée ;
    Car, à peine j’allais cacher un rire ardent
    Sous les replis heureux d’une seule (gardant
    Par un doigt simple, afin que sa candeur de plume
    Se teignît à l’émoi de sa sœur qui s’allume,
    » La petite naïve et ne rougissant pas :)
    Que de mes bras, défaits par de vagues trépas,
    Cette proie, à jamais ingrate se délivre
    Sans pitié du sanglot dont j’étais encor ivre. »
    Je tiens la reine !
    Je tiens la reine ! Ô sur châtiment…
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    6QUAUN COUP DE DÉS
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    23QUAUNJAMAIS
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    27QUAND BIEN MÊME LANCÉ DANS DES
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    29QUANDCIRCONSTANCES ÉTERNELLES
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    8SOITblanchi étale
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    11SOITblanchi
    12SOITblanchi étale
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    16par avance retombée d’un mal sous une plane désespérém
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    22par avance retombée d’un mal à dress
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    21ancestrla mer tentant par l’aïeul ou lu
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    37
    38N’ABOLIRA
    4COMME SI
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    7dans quelque provoltige autour du gouffre sans le joncherd’ironie
    8dans queenroulée à tout le silence
    9dans quelque proche tourbillon d’hilaou
    10dans quelque proche tourbillon d’hilarité eprécipité
    11dans quelque proche tourbillon d’hilarité et d’horreur hurlé
    12dans quelque proche tourbillon d’hilarité et d’horreur
    14dans quelque provoltige
    15dans quelque provoltige autour du gouffre
    16dans quelque proche tourbillon d’hilarité etsans le joncher
    17dans quelque proche tourbillon d’hilarité etsans le jonchni fuir
    18dans quelque proche et en berce le vierge indice
    20dans quelque proche tourbillon d’hilarité etCOMME SI
    24dans quelque plume solitaire éperdue
    26que la rencontre ou l’effleure usauf
    28que la rencontre ou l’effleure une toque de minuit
    29que la rencontre ou l’effet immobilise
    30que la renau velours chiffonné par un esclaffement sombre
    32que la rencontre oucette rigide blancheur
    34que ldérisoire
    35que la rencontre ou l’effen opposition au ciel
    36que ldérisoire trop
    37que la rencontre ou l’pour ne pas marquer
    38que la rencontre ou l’effen opposition au cielexigüment
    39que la renau velours chiffonné par un esclaffement sombrquiconque
    1que ldérisoire (La s’en soucieux prince amer de l’écueil
    3que ldérisoire (La s’en coiffe comme de l’héroïque
    4que ldérisoire (La s’en irrésistible mais contenu
    5que ldérisoire (La s’epar sa petite raison virile
    6que ldérisoire (La s’epar sa petite raison virile en foudre
    7que ldérisoire (La s’en soucieux
    8que ldérisoire (La s’en soucieux expiatoire et pubère
    9que ldérisoire (La s’en soucieux expiatoire et pubèmuet
    12que ldérisoire (La s’en soucieux expiatoire etrire
    14que ldérisoire (La s’en soucieux expiatoire etrireque
    17que ldérisoire (La s’en soucieux expiatoire et pubère Si
    23que ldérisoire (La lucide seigneuriale aigrette de vertige
    24que ldérisoire (La lucide seigneuriale aigrette deau front invisible
    25que ldérisoire (La lucide sscintille
    26que ldérisoire (La lucide seigneuriapuis ombrage
    28que ldérisoire une stature mignonne ténébreuse debout
    29que ldérisoire uneen sa torsion de sirène
    30que ldérisoire uneen sa torsion de sirène le temps
    31que ldérisoire par d’impatientes squames ultde souffleter
    32que ldérisoire par d’impatientes squames ultimes bifurquées
    33que ldérisoire par d’impatientes squames un mystère
    35que ldérisoire (La lucide seigneuriale faux roc évaporé en brumes
    37que ldérisoire (La lucide seigneuriale fauxqui imposa
    39que ldérisoire par d’impatientes squames ultune borne à l’infini)
    1  c’était
    3   sourdant que nié et cloissu stellaire
     
    4   sourdant que nié et clos quand apparule nombre
    7   sourdant que nié et clos EXISTÂT-IL
       sourdant quautrement qu’hallucination éparse d’agonie
    10   sourdaCOMMENÇÂT-IL ET CESSÂT-IL
       sourdant que nié et clos quand apparu
       sourdant que nié enfin
       sourdant que nipar quelque profusion répandue en rareté
    13   sourdant que nipar quelque profusion réSE CHIFFRÂT-IL
       sourdantévidence de la somme pour peu qu’une
    16   sourdant que nié et clos quand appaILLUMINÂT-IL
    20   sourdant que nié et ce serait
       sourpire
       sourdant qnon
       sourdant que nié davantage ni moins
       sourdant que nié et clos quand apparu mais autant indifféremment
    29
    31   sourdant que LE HASARD
    38   sourdant que nié et clos quand apparu mais autant (Choit
    39   sourdant que nié et clos quand apparu mais autant (Choit la plume
    1inférieurnaguères d’rhythmique
    2inférieurnaguères d’rhythmiquesuspens du sinistre
    4inférieur clapotis quelcons’ensevelir
    6inférieurnaguères d’où sursaaux écumes orginelles
    7inférieurnaguères d’où sursauta leur délire jusqu’à une cime
    8inférieurnaguères d’où sursauta leurflétrie
    9inférieurnaguèreen la neutralité identique du gouffre
    17inférieur clapotis quelcRIEN
    19inférieur cl
    20inférieur clde la m
    21inférieur clde la mémora
    22inférieur clapotis quelconque comme pour disperser l’a
    25inférieur clapotis quelconN’AURA EU LIEU
    27inférieur cl
    29inférieur clune élévation ordinaire QUE LE LIEU
    32inférieur clapotis quelconque
    33inférieur clapotis quelcon
    34inférieur clapotis quelconque com
    35inférieur clapotis quelconque comme
    37inférieur
    38inférieurdans ces parag
    39inférieurdans ces paragdu vagoù toute réalité se dissout
    1vefroide d’ouEXCEPTÉ
    3vefroide d’oubli et selon tequant à lui aussi l
    5vefroide d’ouEXCEPTÉPEUT-ÊTRE
    7vefroide d’ouEXCEPTÉPEUT-ÊTRE
    8vefroide d’oubli et selon tequant à
    10vefroide d’ouEXCEPTÉPEUT-ÊTRE
    11vefroide d’oubli et selon te
    12vefroide d’oubli et selon telle obliquité par
    13vefroide d’oubli et
    14vefroide d’oubli et selon telle obliquité par telle déclivi
    16vefroide d’oubli et selon
    17vefroide d’oubli et selonvers
    18vefroide d’oubli et selonversce
    21vefroide d’oubli et selonversUNE CONSTELLATION
    23ve
    24vefroide d’oubli et de désuétude
    25vefroide d’oubli et de d’un compte total en
    26vefroide d’ou
    27vefroide d’oubli et de désuétude
    28vefroide d’oubli et de d’un compte total enqu’elle
    29vefroide d’oubli et de
    31veillant 
    32veillant  doutant 
    33veillant  doutant  roulant 
    35veillant  doutant  roulanà quelque poi
    36veillant  doutant  roulan
    38veillant  doutant  roulanà
    Inconnu
    Grande et la Petite-Hermine
    Émerillon
    [1]
    Saint Amand

    Vaillant.
    D’angoisse & de souci ?
    M’accable nuit & jour.
    Mais mon cœur le pressent.
    J’ai peur du moindre bruit.
    Dont il veut me punir ?
    Sur ce temps enchanté.
    Jusques au lendemain.
    Fût toujours de le voir ?
    Et ne négligeait rien.
    Il disait : Pauvre enfant !
    J’immolais mon plaisir !
    Cède à la passion !
    Cacha la vérité ?
    Et demeurer sans voix ?
    Qui montait sur nos pas ?
    Par lui, pour mon départ.
    Disaient : Amour, amour !
    Dans son trouble charmant ?
    Mes bras autour du cou.
    Ce baiser confiant !
    Avec sévérité.
    « Jamais il n’aimera. »
    Ô vous, grands cœurs meurtris !
    Vous offre de plus doux,
    Coulent comme les miens ?…
    Qu’il me fût refusé.
    Comme une fleur au vent.
    Dans l’arrière-saison.
    Me pressa dans ses bras.
    Embaumaient ce chemin !
    De son feuillage vert.
    D’un réseau de vapeur.
    Frangeaient le ciel de noir.
    C’était lui qui venait !
    Il semblait rajeuni.
    Il n’avait que vingt ans !
    Par le soleil couchant.
    Entendre un cri joyeux.
    Il parle si bien, lui !
    Et le cueillit soudain :
    « S’abrite au pied du mur. »
    À périr par sa main.
    Aux frais boutons pourprés.
    En tremblant bien des fois.
    Et le bonheur craintif.
    « C’est un signe d’espoir ! »
    À l’herbe du gazon.
    Il me dit : « À ce soir ! »
    Un parfum persistant.
    Ruisselle entre mes doigts.
    Là, j’ai tout rassemblé.
    L’amour seul m’est resté.
    Deux mois après ceci.
    N’était pas fait pour moi.
    Même devant la mort.
    Mon Dieu ! non, c’est l’amour !

  • Enfant des mers, ne vois-tu rien là-bas ?
    [2]
    (Il se penche, et écoute un moment à terre.)
    avec acclamations.
    (Après un moment de silence. )
    (Ils tombent à ses pieds.)
    MICOL, JONATHAS.
    dans l’obscurité, sans voir Jonathan.
    (Elle tombe à genoux près de l’arche.)
    (Elle se relève.)
    (Avec plus d’abattement.)
    s’avançant vers Micol.
    s’élançant du bosquet ou il était caché.
    après un moment d’égarement.
    à David.
    (David se retire.)
    MICOL, JONATHAS, SAUL.
    sortant de ses tentes.
    (Un moment de silence.)
    (Micol et Jonathas se retirent.)
    seul.
    Musa pedestris.
    l'orateur inscrit
    Courrier
    Eyrague [1]
    Abritaient des cigales,
    Sous la chaleur ardente,
    Nous vînmes au village,
    Car elle était couchée,
    Oh ! le spectacle horrible
    Toutes deux oppressées,
    Où tout, à ma venue,
    Dont les fleurs demi-closes
    Et revoir toutes choses
    M’attend, menteuse ou vraie,
    De partout repoussée,
    Telles que deux voleuses,
    J’en étais presque heureuse,
    Seul, perdu dans l’espace,
    La vapeur, blanche haleine
    À la porte connue
    Dans leurs charmes rustiques,
    Pourquoi donc vos ombelles
    Quelques gerbes nacrées
    La porte verrouillée
    Hélas ! mon humble envie
    Tandis que nous deux mères
    Je venais après elle,
    Sans que rien les entame,
    Et dans tant de journées,
    Deprofundis clamavi
    Veillons au salut de l’Empire
    le Tigre et le Thésée
    Vive la République
    qui vive
    CHAPITRE IV
    EXPLICATIONS : LE CŒUR, LE MONDE ET L’ARGENT
    HERBAUT
    CHAPITRE III
    LE LENDEMAIN D’UN BAL — UN SUICIDE — UN RENDEZ-VOUS
    JOURNAL DES DÉBATS
    REPASSEUSE
    ELLE
    MORTE
    CHAPITRE II
    FORTUNE SUBITE — UN BAL — JOIE ET DOULEUR
    ABLACHE
    AGLIONI
    MARQUIS
    LLE PENSAIT
    LLE DISAIT
    LA PASTOURELLE
    CHAPITRE PREMIER
    PORTRAITS
    UNE AMIE — UN AMANT — UN ONCLE — ET DEUX RIVALES
    MILLE ET UNE NUIT
    RENÉ
    ÉTRANGER
    PAPA
    CARLISTE
    JUSTE-MILIEU
    Ta
    Impératrice
    j’aime
    C’est
    D’un tas de proprariens
    paings
    deliquium
    lorsqu’il ne les ont plus
    Ô
    honnesteté
    Jadis
    Vous
    Venez
    Il
    farniente
    blot
    Si
    Était
    der on eût dit la nuit.
    nous sons
    der
    Allez
    Oh
    rari-nantaise
    camoufles
    Ton
    Or
    de Thièvre
    tantes
    bon sens ?
    in petto
    J’étais
    Quand
    Souple
    souis
    Et
    Comme
    Un rythme aux précieux contours
    De ta fière beauté,
    Qui soient d’assez parfaits émaux
    La grâce de tes yeux.
    Le lis royal est ton valet,
    Que tu ne sois pas là.
    De ton visage délicat
    Aux cent mille couleurs.
    Que ton parler si doux sonnant
    Sont jaloux de ta voix.
    Toute grâce est illusion
    Et te profanerait.
    barrès.
    sarceyen
    moi
    Dis-moi
    D’après
    dansées
    Faut-il
    That is the question
    corset veut dire.
    à la chienlit
    ça
    ça.
    Ça
    pantalon
    Quoi
    culotte
    Ah
    Tend à déchoir.
    En vérité
    Qui me poursuit ?
    Je m’en irai,
    Sans son bas noir ?
    Pour son amant.
    Ça fait bramer.
    C’est époilant !
    Ce vil bas blanc.
    requiescant in pace
    Dans le passé.
    N’existaient pas.
    Jusqu’aux talons.
    Qu’en dix neuf cents.
    Qui s’en fichait.
    Sacré mâtin !
    Vous rend dispos.
    Suivre un bas blanc !…
    De Montjarret.
    Une
    Amant volage,
    De mes amis,
    De créatures
    Fis un salmis ;
    À Trébizonde
    Comme à Paris,
    Les plus vulgaires
    Que les houris.
    Ô minotaure,
    Ô vieux marcheur !
    Donner mesure
    Au fossoyeur.
    Dans ton assiette
    Fourre ton blair !
    Vide ta coupe,
    Dis ton Pater.
    Ô Lovelace !
    Ô Don Juan !
    La sixième heure
    À ton cadran ?
    Qu’elle te trouve
    Un peu vieillot,
    Et des quat’z’effes,
    Pauvre Hulot !
    Puisque tes membres
    Sont vermoulus ?
    Le coq de race
    Que tu n’est plus ?
    Pour ta parade
    Comme à London
    Des omelettes
    Sur ton bedon,
    Que ta carcasse
    A le frisson,
    Ô polygame !
    Ô polisson !
    Avant la guerre
    Un bath au pieu,
    En toi l’on n’aime
    Que l’ancien dieu.
    Qui te rançonne
    Balbutier,
    D’abord tu passes
    Chez ton banquier ?…
    Qu’il ne se montre
    Point d’horloger.
    Et les punaises
    À Béranger.
    S’il
    Un
    salams
    d’histoires ! »
    Sur son auto-lit-piano,
    Et lui dit : « Mon vieux Soprano,
    De chez les Angles et les Francs,
    Un œuf me coûtait mille francs.
    Sans entrer dans plus de détails,
    Et ce sera sur mon sérail.
    — Sire, dix-sept cents. — Es-tu sûr ?
    Dans le salon or et azur. »
    Comme un pauvre bétail tremblant,
    D’un œil stupide et somnolent.
    L’une ayant un brin de jasmin
    L’autre une rose dans la main.
    Pour dire toutes ces Vénus.
    Traduits par le docteur Mardrus.
    Mais, me direz-vous en passant :
    Car par malheur j’étais absent.
    Et par nationalité ;
    Les plus purs de l’humanité.
    D’autres Vénus aux reins étroits,
    Des pays chauds, des pays froids ;
    Et, sans faire un plus long discours,
    De quoi rendre aveugles des sourds.
    Devant ces minois éplorés,
    Par un froid de trente degrés.
    Qu’il arrêta, comme surpris,
    Parisiennes de Paris.
    Puis il dit aux autres houris
    « Je vous trouverai des maris.
    N’étant pas de ces surhumains…
    Je n’ai qu’une… tête et deux… mains. »
    Ma
    Si l’on en croit l’Histoire,
    Fatal, obligatoire.
    Chanté par nos grands-pères,
    Naissaient les primevères.
    Peu après le carême.
    Qu’il était bien lui-même.
    Sautaient comme des chèvres…
    Jaillissaient de ses lèvres.
    Il vous rendait ben aise.
    Sous le roi Louis Seize !
    Vécu sous ce règne ivre,
    Que la douceur de vivre. »
    C’est un affreux bonhomme,
    Tout Printemps qu’il se nomme.
    Qui sortent de sa bouche ;
    Tressaillir sur la couche,
    Le résultat des curses ;
    Croyez qu’il vous précurse
    Des tremblements de terre,
    et cæteras
    D’huissier… d’apothicaire…
    Ces heures sont infâmes,
    Allons donc voir les femmes.
    Les chères créatures
    Dans cette climature.
    Malgré les cieux rebelles,
    Mille et trois fois plus belles.
    — Dis-je une chose énorme ? —
    Mais aussi plus de « forme ».
    Et quelque temps qu’il fasse,
    Augmente encore en grâce.
    La loi mystérieuse
    De notre âme pieuse…
    Avec vos temps de truies,
    Prenez vos parapluies.
    Chères femmes ! nos boues…
    Aux roses de vos joues ?
    Elle
    prit
    Certes
    La Pêche Miraculeuse
    Qui posait tour à tour
    Le sacré, le profane,
    Un de ces jours derniers,
    Nos futures Apelles. —
    Ça n’est pas défendu —
    Et fut sur la sellette ;
    Et pays riverains
    Par respect pour le sexe.
    Quel est ce caraco ?
    À ce roi des modèles.
    Et vite, mon garçon.
    Neutre : celui d’artiste.
    Voilà bien notre but. »
    Pour de ces grimacières
    In naturalibus ?
    Avec ses… treize côtes.
    À peindre des torchons ?
    Peut rendre des… histoires ?
    Et ces mômes aussi.
    Montre tes avantages. »
    « Fort bien, dit-il, d’accord. »
    Il leur « donna » la pose.
    Sévirent du fusain,
    À faire hurler Ingres.
    Adam
    Il prit l’air détaché…
    Il eut comme une transe ;
    Était-ce la chaleur ?…
    Le brûlent, le consument ?…
    De son trouble… au dehors.
    À Paris comme à Rome.
    N’allèrent pas plus loin,
    « Bigre ! dit la massière,
    Il faut te rhabiller,
    Mais, à propos, j’y pense :
    Tiens, prends toujours cet or. »
    De quatre francs cinquante.
    « Ça n’est pas bien beaucoup,
    Pour la petite bonne. »
    Et
    Deux
    Tenait du sortilège,
    Commis un sacrilège,
    Devant l’Aréopage.
    En galant équipage.
    Un certain Hypéride
    Un orateur limpide.
    Trois, quatre heures sans boire,
    Ces messieurs du prétoire.
    N’étaient du tout en veine
    Il y perdait sa peine.
    À bout de rhétorique,
    L’argument sans réplique ;
    De ces juges rigides,
    Sa cliente splendide.
    Ce fut bien autre chose :
    Et sans plus d’autre glose.
    La légende rapporte.
    Je la vois d’autre sorte.
    N’était — vu sa fréquence —
    Et puis, tenez, j’y pense :
    La chère créature,
    À l’état de nature.
    Non plus que ses semblables,
    Et la jambe innombrables.
    Ce sombre aréopage,
    Elle fit grand tapage,
    De débauchés notoires,
    Je sais de vos histoires ;
    Ah ! je vois à vos têtes
    Vieux ingrats que vous êtes !
    Encore une autre chose :
    Ma porte sera close !
    Et je vous… enguirlande. »
    Que finit la légende ?
    Je
    sous vot’ respect
    extra-dry
    Vous
    Voici le Printemps !
    Mordre à pleines dents.
    À quoi le sens-tu ? »
    Ô fleur de vertu !
    À je ne sais quoi
    Vous tient sous sa loi ;
    Enfin ravivés
    Aussi les pavés ;
    Qui souffle à la fois
    Les monts et les bois…
    De leur introït,
    Et qui font : pi ouitt…
    Aux sveltes jets d’eau
    Qui faisaient dodo.
    Qui point ne dépleut,
    Vraiment scandaleux…
    La pluie en Avril
    Le vin en baril.
    Aux agissements
    Aux cœurs plus cléments…
    Te semble-t-il pas
    Et qu’à chaque pas
    Tu culbutes sur
    C’est le Printemps, sûr !
    Prêt à nous raser
    Lui donne un baiser.
    Pourquoi le nier ?
    Que l’hiver dernier.
    Je le dis tout bas,
    Ne la vois-tu pas
    Mais — grâce au Printemps —
    C’est inquiétant !…
    C’était
    Jean
    Dans les janissaires
    Sept ans a servi.
    Faite à la torture
    À la rouille aussi.
    De sa conscience
    Il se fatigua.
    Si ce misérable
    Est un renégat.
    (Le croissant de lune
    Aux forbans sourit.)
    Brûla mainte ville,
    Comme un antéchrist.
    Que sa renommée
    Encombrait le jour,
    De sa gueule éprise,
    Lui parla d’amour.
    C’est comme une chambre,
    Un nid chaleureux ;
    Qui rend amoureuse,
    Qui rend amoureux.
    Caché sous un arbre.
    Ce soir j’y serai.
    Viendra t’y conduire.
    C’est dit. C’est juré ! »
    Est près du rivage,
    En train de songer,
    Quand sonnera l’heure
    Pour lui — du berger ;
    Qui va lever l’ancre,
    Dès le flot venu.
    Parle ce langage
    De lui bien connu.
    Même il s’injurie
    De s’être fait Turc.
    Et de chaudes larmes
    Gonflent son cœur dur.
    Il se dit : « Zut, merdre !
    Je n’y puis tenir,
    Et déjà sa belle
    N’est qu’un souvenir.
    « Adieu, ma sultane,
    Adieu mes amours !
    J’eusse, sans conteste,
    Passé d’heureux jours ;
    Que je ne vois qu’elle
    Au monde. Pour moi,
    Je donnerais toutes
    Les filles de roi. »
    Pur et sans alliage,
    Par un bon mariage.
    S’y montraient favorables,
    Chose fort désirable.
    Sur leurs faits et leurs gestes.
    Ils n’abusent des siestes.
    Les harcelait, farouche,
    Et voyait tout en louche.
    Pour se dire des choses,
    Leur débiter ses proses.
    Ne les voyait qu’à table ;
    Beaucoup moins redoutable.
    Ces amants en détresse,
    D’où venait leur tristesse.
    Et sans plus qu’il insiste,
    De notre rigoriste.
    — Dit-il à la commère —
    Iront devant le maire ? »
    Surtout, pas de bêtises !
    À sept heures précises. »
    Pleins d’une ivresse folle,
    Partis à la venvole !
    Tout en jeunesse, en joie.
    Au jeu de « Petite Oie ».
    Au cours de la journée ;
    Un pain sur la fournée…
    C’était fini de rire.
    Aurait-on pu leur dire.
    Les yeux fixés à terre,
    Quel était ce mystère ?
    En bien triste équipage.
    À quand le mariage ? »
    Moi surtout, ou tout comme…
    Répondit le jeune homme.
    Et malgré tout mon zèle,
    Avec mademoiselle.
    — Dit la Philosophie,
    Pendant toute la vie ! »
    Des
    Mais… la jambe.
    Ménélas !
    Oh ! les mouches !
    De la petite bêtise…
    Alerte
    Esprit Nouveau
    Mignonne
    l’Intransigeant
    l’Aurore
    Savez-vous
    À ces paniers
    De votre part !
    Pour une fois ;
    À qui mieux mieux.
    Éloquemment ;
    Si rondelets,
    De vos nichons.
    Quand vous passez ;
    Sur ce décor,
    Hélas de nous !
    Cages à veaux,
    Dans les pampas.
    Quel, votre corps ?…
    Encore, si
    On vît l’oiseau…
    Tas
    Ce
    Ces
    Quand tu daignes fouler le sol ;
    Il faut t’aimer d’un amour fol.
    J’en connais le parfum aussi ;
    Si tu veux leurs noms, les voici :
    Tels qu’il ne s’en trouve qu’aux cieux,
    Et comme toi délicieux ;
    Pareilles à tes claires dents
    Le rire argentin du Printemps ;
    Des pavots qui vont s’embraser,
    Qui te réclament un baiser ;
    Des pervenches et des barbeaux
    Que le ciel : pense s’ils sont beaux !
    Des parfums de toute saison
    En me prenant de ma raison ;
    Qui veulent des mains de velours
    Ont près de toi des gestes lourds.
    Croître une à une les couleurs,
    Sur ton chemin toutes les fleurs.
    Quand tu n’y poses plus tes pas
    Rien ne fleurit où tu n’es pas.
    En
    Que
    Autrefois
    Sous la voûte des cieux.
    Pendant un seul moment ?
    La
    Mon étoile,
    Reste, oh ! reste encor.
    Ton haleine
    Trouble ma raison.
    Ton visage
    N’est que volupté.
    Ma chère âme
    Montre-moi tes yeux.
    Oh, regarde-
    Moi toujours ainsi.
    Le
    Jardin
    Muse
    La fille d’un roi,
    Plutôt sans, ma foi.
    Et voudrais encor
    De beaux écus d’or.
    N’est pas un miché,
    Sinon recherché.
    D’ailleurs, savez-vous ?
    Semés de cailloux ;
    Je ne compte pas
    Tout là-bas, là-bas…
    Mes rêves en l’air,
    Ni ma part d’enfer.
    Plus splendide encor
    En chair et en or !
    Quand le mois de mai
    De roses gemmé.
    Mince d’horizon !
    Sont toujours prison.
    Sous le grand ciel bleu ;
    Plus pleines de Dieu.
    En habits de paon,
    Balaban, ban ban.
    Sous les verts arceaux,
    Des petits oiseaux.
    Pour mon cœur fervent
    Si souffle le vent.
    Seront éclatants :
    A toujours beau temps.
    Et comme invités
    De rois hauts cotés
    — Car je ne saurais
    Pour avoir la paix ;
    Et sans nul arroi,
    Des gueux comme moi.
    Quoi, me dira-t-on,
    Sans un gueuleton ?
    C’est me faire affront.
    Qui s’écrouleront
    Mille vins rêvés.
    Mangez et buvez.
    Puisque, aussi bien, c’est
    Dessus son budget.
    « M’amour, donne-leur
    Avec une fleur ;
    Pour leur rappeler
    Le galant parler ;
    Pour — uniquement —
    Pendant un moment.
    Sur l’aile des vers,
    Par tout l’univers.
    Des enfants, un jour,
    Des vers à leur tour.
    Messieurs
    beautiful
    On
    Huit
    L’été
    Maitre
    envoi
    on
    la petite bêtise
    Musait par la campagne,
    De rimes… en Espagne.
    Qui, dans son hérésie,
    Sinon la Poésie !
    Plein du sacré délire,
    À témoin de sa lyre.
    La divine Eurythmie,
    Et l’amour de sa mie…
    Cent poèmes de verve,
    Qu’il tenait en réserve,
    Que les siennes oreilles
    Ses rimes non pareilles…
    Qu’il vit un vieux bonhomme
    Qu’une bête de somme.
    Justement sur ma route
    — Dit-il. — Mon brave, écoute :
    Laisse un temps la charrue ;
    Telle une jeune grue…
    Belle entre les plus belles,
    M’en diras des nouvelles… »
    Le vieillard en colère, —
    Et gibier de galère.
    Rendent les champs hostiles ;
    Que des fleurs inutiles.
    Débiter tes sornettes ;
    Et de casse-lunettes.
    Rassure-toi, bonhomme ;
    Tu peux dormir ton somme.
    Et, pour Dieu ! ne déplore
    que mes vers font éclore.
    La grâce qui scintille,
    Le doux front de ta fille. »
    Ô
    Vincent
    Poussant, en droite ligne,
    Il cultivait sa vigne.
    Célébrait son office,
    C’était tout bénéfice.
    De même son ciboire
    Du moindre verre a boire.
    Les vignerons, ses frères.
    Quelquefois téméraires.
    À chacuns, à chacunes.
    Ce n’est pas pour des prunes.
    Directeur des planètes
    Qu’un air de castagnettes.
    Le Vin expiatoire ;
    Pour sa plus grande gloire !
    En longues patenôtres.
    Vous en boirez bien d’autres.
    Qu’un tonneau d’eau bénite.
    Allez. La messe est dite… »
    Et de la noble Vigne.
    En est-il un plus digne ?
    Et jusques à sa tombe.
    D’une rose colombe.
    de cave
    ceuss
    Au
    Mon ami Ponchon,
    Du rose cochon.
    Ô fleur des couyons,
    Dis ? que nous ayons ?
    Tel un fin jambon,
    Le moment est bon.
    En ce jour divin
    Et buvez du vin :
    Il dit, et soudain
    Et de noir boudin
    Fleurissent partout.
    Consolant surtout !
    En chaque maison
    Et du saucisson.
    Le galant métier !
    Dans le monde entier ?
    Ils font de leurs doigts
    Tant ils sont adroits ;
    Ces braves gens-là
    Et disent : « Voilà.
    Pâtés, jambonneaux,
    Mes petits agneaux. »
    Avec — (ça c’est beau !)
    Certains font du veau.
    Que nous célébrons,
    Chier des marrons.
    Ordinairement,
    — Fer de cet aimant ! —
    Montent l’escalier,
    Et notre gosier.
    Flambent ; le mois d’août
    C’est beau comme tout.
    Jusqu’à cette nuit
    Ont bâillé d’ennui.
    Que vous êtes, car
    Ce soir, sur le tard !
    Je vois tout en l’air,
    Tout d’abord, c’est clair.
    Et que bien manger
    Je vais y songer.
    Le moindre appétit,
    Petit à petit.
    Fatigue ma main.
    Que le lendemain.
    Où son
    sa
    ses
    pensées
    . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
    Une douleur renaît pour une évanouie ;
    Quand un chagrin s’éteint, c’est qu’un autre est éclos ;
    La vie est une ronce aux pleurs épanouie.
    Dans ma poitrine sombre, ainsi qu’en un champ clos,
    Trois braves cavaliers se heurtent sans relâche,
    Et ces trois cavaliers à mon être incarnés,
    Se disputent mon être, et sous leurs coups de hache
    Ma nature gémit ; mais, sur ces acharnés,
    Mes plaintes ont l’effet des trompes, des timbales,
    Qui soulent de leurs sons le plus morne soldat,
    Et le jettent joyeux sous la grêle des balles,
    Lui versant dans le cœur la rage du combat.
    Le premier cavalier est jeune, frais, alerte ;
    Il porte élégamment un corselet d’acier,
    Scintillant à travers une résille verte
    Comme à travers les pins les cristaux d’un glacier,
    Son œil est amoureux ; sa belle tête blonde
    A pour coiffure un casque, orné de lambrequins,
    Dont le cimier touffu l’enveloppe et l’inonde
    Comme fait le lampas autour des palanquins.
    Son cheval andalou agite un long panache
    Et va caracolant sur ses étriers d’or,
    Quand il fait rayonner sa dague et sa rondache
    Avec l’agilité d’un vain toréador.
    Le second cavalier, ainsi qu’un reliquaire,
    Est juché gravement sur le dos d’un mulet
    Qui ferait le bonheur d’un gothique antiquaire ;
    Car sur son râble osseux, anguleux chapelet,
    Avec soin est jetée une housse fanée,
    Housse ayant affublé quelque vieil escabeau,
    Ou caparaçonné la blanche haquenée
    Sur laquelle arriva de Bavière Isabeau.
    Il est gros, gras, poussif ; son aride monture
    Sous lui semble craquer et pencher en aval
    Une vraie antithèse, — une caricature
    De carême-prenant promenant carnaval !
    Or, c’est un pénitent, un moine, dans sa robe
    Traînante enseveli, voilé d’un capuchon,
    Qui pour se vendre au Ciel ici-bas se dérobe,
    Béat sur la vertu très à califourchon.
    Mais Sabaoth l’inspire, il peste, il jure, il sue ;
    Il lance à ses rivaux de superbes défis
    Qu’il appuie à propos d’une lourde massue :
    Il est taché de sang et baise un crucifix.
    Pour le tiers cavalier, c’est un homme de pierre
    Semblant le Commandeur, horrible et ténébreux ;
    Un hyperboréen ; un gnôme sans paupière,
    Sans prunelle et sans front, qui résonne le creux
    Comme un tombeau vidé lorsqu’une arme le frappe.
    Il porte à sa main gauche une faulx dont l’acier
    Pleure à grands flots le sang, puis une chausse-trappe
    En croupe, où se faisande un pendu grimacier,
    Laid gibier de gibet ! Enfin pour cimeterre
    Se balance à son flanc un énorme hameçon
    Embrochant des filets pleins de larves de terre
    Et de vers de charogne à piper le poisson.
    Le premier combattant, le plus beau, — c’est le monde !
    Qui pour m’attraire à lui me couronne de fleurs,
    Et sous mes pas douteux, quand la route est im­monde,
    Étale son manteau, puis étanche mes pleurs.
    Il veut que je le suive — il veut que je me donne
    Tout à lui sans remords, sans arrière-penser ;
    Que je plonge en son sein et que je m’abandonne
    A sa vague vermeille — et m’y laisse bercer.
    C’est le monde joyeux, souriante effigie !
    Qui devant ma jeunesse entr’ouvre à deux battans
    Le clos de l’avenir, clos tout plein de magie,
    Où mes jours glorieux surgissent éclatans.
    Ineffable lointain ! beau ciel peuplé d’étoiles
    C’est le monde bruyant avec ses passions,
    Ses beaux amours voilés, ses laids amours sans voiles,
    Ses mille voluptés, ses prostitutions !
    C’est le monde et ses bals, ses nuits, ses jeux, ses femmes,
    Ses fêtes, ses chevaux, ses banquets somptueux,
    Où le simple est abject, les malheureux infâmes
    Où qui jouit le plus — est le plus vertueux !
    Le monde et ses cités vastes, resplendissantes,
    Des pays d’Orient, ses bricks aventuriers,
    Ses réputations partout retentissantes,
    Ses héros immortels, ses triomphants guerriers,
    Ses poètes, vrais dieux, dont, toutes enivrées,
    Les tribus baisent l’œuvre épars sur leurs chemins,
    Ses temples, ses palais, ses royautés dorées,
    Ses grincemens, ses bruits de pas, de voix, de mains !
    C’est le monde ! Il me dit : Viens avec moi, jeune homme,
    Prends confiance en moi, j’emplirai tes désirs ;
    Oui quels que grands qu’ils soient je t’en paierai la somme !
    De la gloire en veux-tu ?… J’en donne !… Des plaisirs ?…
    J’en tue — et t’en tuerai !… Ces femmes admirables
    Dont l’aspect seul rend fou, tu les posséderas,
    Et sur leurs corps lascifs, les passions durables
    Comme sur un caillou tu les aiguiseras !
    Le second combattant, celui dont l’attitude
    Est grave, et l’air bénin, dont la componction
    A rembruni la face : or c’est la Solitude,
    Le désert. — C’est le cloître où la dilection
    Du Seigneur tombe à flots, où la douce rosée
    Du calme, du silence, édulcore le fiel,
    Où l’âme de lumière est sans cesse arrosée ;
    Montagne où le Chrétien s’abouche avec le Ciel !
    C’est le cloître ! Il me dit : - Monte chez moi, jeune homme ;
    Prends confiance en moi, quitte un monde menteur
    Où tout s’évanouit, ainsi qu’après un somme
    Des songes enivrans ; va, le seul rédempteur
    Des misères d’en bas, va, c’est le monastère,
    Sa contemplation et son austérité !
    Tout n’est qu’infection et vice sur la terre
    La gloire est chose vaine, et la postérité…
    Une orgueilleuse erreur, une absurde folie !
    Voudrais-tu sur la route élever de ta main
    Un monument vivace ?… Hélas ! le monde oublie,
    Et la vie ici-bas n’a pas de lendemain.
    Viens goûter avec moi la paix de la retraite ;
    Laisse l’amour charnel et ses impuretés ;
    Romps, il est temps encor ; ton âme n’est pas faite
    Pour un monde ainsi fait ; de ses virginités
    Sors fidèle gardien ; viens ! et si la prière,
    La méditation ne pouvaient l’étancher,
    Alors tu descendras dans la sombre carrière
    De la sage science et tu pourras pencher
    Sur ses sacrés creusets ton front pâle de veilles,
    Magnifier le Christ — et verser le dédain
    Sur la Philosophie outrageant ses merveilles
    Du haut de ses trétaux croulans de baladins ;
    Tu pourras, préférant l’étude bien-aimée
    De l’art, lui rendre un culte à l’ombre de ce lieu ;
    Sur ce dôme et ces murs, fervent Bartholomée,
    Malheureux Lesueur, peindre la Bible et Dieu !…
    Le dernier combattant, le cavalier sonore,
    Le spectre froid, le gnôme aux filets de pêcheur,
    Celui que je caresse et qu’en secret j’honore,
    Niveleur éternel, implacable faucheur,
    C’est la Mort ! le Néant !… D’une voix souterraine
    Il m’appelle sans cesse : Enfant, descends chez moi,
    Enfant, plonge en mon sein, car la douleur est reine
    De la terre maudite, et l’opprobre en est roi !
    Viens, redescends chez moi, viens, replonge en la fange,
    Chrysalide éphémère, ombre, velléité !
    Viens plus tôt que plus tard, sans oubli je vendange
    Un à un les raisins du cep Humanité.
    Avant que le pilon pesant de la souffrance
    T’ait trituré le cœur, souffle sur ton flambeau,
    Notre-Dame de Liesse et de la Délivrance,
    C’est la mort ! Chanaan promis, c’est le tombeau !
    Qu’attends-tu ? — Que veux-tu ?… Ne crois pas au langage
    Du cloître suborneur, non, plutôt, crois au mien ;
    Tu ne sais pas, enfant, combien le cloître engage !
    Il promet le repos : ce n’est qu’un bohémien
    Qui ment, qui vous engeôle, et vous met dans sa nasse !
    L’homme y demeure en proie à ses obsessions.
    Sous le vent du désert il n’est pas de bonace ;
    Il attise à loisir le feu des passions.
    Au cloître, écoute-moi, tu n’es pas plus idoine
    Qu’au monde ; crains ses airs de repos mensongers,
    Crains les satyriasis affreux de Saint-Antoine ;
    Crains les tentations, les remords, les dangers,
    Les assauts de la chair et les chutes de l’âme.
    Sous le vent du désert tes désirs flamberont ;
    La solitude étreint, torture, brise, enflamme ;
    Dans des maux inouïs tes sens retomberont ! —
    Il n’est de bonheur vrai, de repos qu’en la fosse :
    Sur la terre on est mal, sous la terre on est bien ;
    Là, nul plaisir rongeur, là, nulle amitié fausse. —
    Là, point d’ambition, point d’espoir déçu… — Rien !…
    Là, rien, rien, le néant !… une absence, une foudre
    Morte, une mer sans fond, un vide sans écho !… —
    Viens te dis-je !… A ma voix tu crouleras en poudre
    Comme au son des buccins les murs de Jéricho !
    Ainsi, depuis longtemps, s’entre-choque et se taille
    Cet infernal trio, — ces trois fiers spadassins :
    Ils ont pris, — les méchans, — pour leur champ de bataille
    Mon pauvre cœur, meutri sous leurs coups assassins,
    Mon pauvre cœur navré, qui s’affaisse et se broie,
    Douteur, religieux, fou, mondain, mécréant !
    Quand finira la lutte, et qui m’aura pour proie —
    Dieu le sait ! — du Désert, du Monde, ou du Néant ?
    Emmitouflé contre la bise,
    En tes grosses mitaines grises !
    Sur la neige dix mille lieues
    D’un canard sur la glace bleue !
    La nuit de gel qui crisse et craque,
    Sous les signes du zodiaque.
    Qui trottent dans la nuit des pôles,
    Farouchement parmi les saules.
    La loutre souple aux dents d’aiguille
    Avec un poisson qui frétille.
    Les nuages en folle course,
    Dégringolant de la grande Ourse.
    Aux bras repliés sur le torse,
    Au dos luisant et mou des morses.
    Dont la masse vitreuse émerge
    Ses pics aigus de glace vierge.
    L’élan et l’eider de Norvège,
    Dont tes pas rougissaient la neige.
    Tu vis bondir les têtes plates
    Et les gencives écarlates.
    Et t’abriter de la froidure,
    Une hutte de neige dure.
    L’odeur de graisse qui suffoque,
    D’une lampe à huile de phoque.
    Un ours blanc, sous la lune claire,
    Ballotter sa masse polaire.
    Sur le monstre et livrais bataille,
    Rougis de sang, fumants d’entrailles !...
    Malgré ta mise si proprette ;
    De faire innocemment risette.
    De petite fille attendrie,
    Rayon de la confiserie,
    Sous un parasol à clochettes,
    Piqué d’oiseaux et de fleurettes.
    Sous les lampes couleur de lune,
    Et les plats de pralines brunes.
    Au chocolat luisant des bottes
    Au sucre rose des carottes.
    Dans l’huile des boîtes qu’on zingue,
    Des petits fours et des meringues.
    Qu’avec un babil de perruches,
    De dentelle et de fanfreluches.
    Tu quittes doucement ta place,
    De crème fouettée et de glaces.
    Ta mine de sainte nitouche,
    Du noir de jujube à ta bouche...
    One ne te firent de reproche,
    Des marrons glacés dans ta poche...
    Ton ventre épaissi bombe d’aise.
    Comme les roses et les fraises.
    O bonhomme ! je te souhaite
    Soulève un petit sa voilette ;
    Qu’une cascade de paroles :
    Est-il mignon, le petit drôle !...»
    Tout pâle de terreur et moite,
    Emprisonner dans une boîte ;
    Parfumant comme une corolle,
    Qui s’enroule autour de ta geôle.
    Fort inquiet de l’aventure,
    Au Groenland, où la vie est dure...
    Parmi des musiques de fête,
    Tu trôneras gaîment au faîte
    Fleuri de cierges et d’oranges,
    De jouets comme en ont les anges.
    Sur les têtes à boucles blondes,
    Leurs menottes roses et rondes.
    Et comme de graves poètes,
    Des conversations muettes.
    Spitzberg, Laponie et Norvège,
    De tes voyages sur la neige !
    mercure
    Toutefois le bel art que célèbrent mes chants
    Monts où j’ai tant rêvé, pour qui, dans mon ivresse,
    Mais ce n’est plus le temps : autrefois des beaux arts,
    Sachez aussi comment des fleuves, des ruisseaux
    Non loin est un ruisseau ; mais de ce mont jaloux

    Tant de braves, ô Dieux d’Hellas ! et tant de nefs !
    Pour une femme, ô Dieux, que de sang et de larmes !
    Comme des spectres nous errons à la lumière.
    Et le jeune héritier de ce palais ancien !
    Hélas !Hélas !
    Hélas ! Hélas !
    Ou quelque rouge éclair du Kronide.
    Que la mer. Il est vrai. Que nous annonce-t-elle ?
    Cher Zeus, préserve-le des vieilles Érinnyes !
    Ô Roi ! franchis le seuil antique de tes pères.
    Cette pourpre qui mène au palais des aïeux !
    Cette pourpre t’est due, et plaît aux Dieux.
    Femme, entends-tu ?
    Femme, entends-tu ? La Reine, ô femme, t’a nommée.
    Le langage d’Hellas ne t’est-il point connu ?
    Dieux ! Dieux ! La coupe est pleine, et mon jour est venu !
    Malheureuse ! Pourquoi gémis-tu de la sorte ?
    Où suis-je ? Sous le toit royal d’Agamemnôn.
    Cher Apollôn ?
    Que la sombre maison penche et croule en ruines !
    Pourquoi la maudis-tu si désespérément ?
    Quel meurtre lamentable annonce-t-elle ainsi ?
    Cher Dieu, pour y mourir, tu m’as traînée ici !
    Un Dieu, dis-tu ! Lequel ? L’Archer divin qui m’aime !
    Il t’aime, et te poursuit de sa haine ! Comment ?
    Malheureuse ! tais-toi ! Ta parole est terrible.
    Céleste Archer !
    Et que je dorme enfin !
    Nous resterons muets. Fuis Argos !
    Puisse Zeus démentir ses paroles amères !
    Quel homme peut se dire heureux sous les nuées ?
    À moi ! Grands Dieux ! quel cri funèbre !
    À moi ! Grands Dieux ! Quel cri funèbre !
    Je meurs.
    Ô malédiction de la femme prophète !
    J’admire ton audace, et reste épouvanté.
    Elle est bonne ! Et je m’en glorifie.
    Et ton chemin criera sur tes traces !
    Tu l’as tuée aussi !
    Tu l’as tuée aussi !
    Femme ?
    Orestès est vivant !
    Grands Dieux ! Ton fils aussi, femme, tu le tuerais ?
    Courons ! Crions la mort du Roi. Qu’Argos se lève !
    Hâtons-nous !
    Souviens-toi, femme !
    Allez !
    Femmes, sur ce tombeau cher aux peuples Hellènes,
    Puisse l’Hadès aussi l’entendre ! et qu’elle meure !
    Que nous veut l’Étranger ?
    Que nous veut l’Étranger ?
    Il vengera d’un coup son père avec sa sœur.
    Orestès est vivant ? Femme, il vit. Je l’atteste.
    Ô fils d’un héros mort, crains ta mère inhumaine !
    À Élektra.
    Elle viendra joyeuse !
    Klytaimnestra paraît sous le portique. Orestès l’aperçoit.
    Ce qui sera, sera. Tout est dit.
    Réponds-moi. Tout mon cœur a frémi. C’est ta mère !
    Est-ce l’homme ?
    Est-ce l’homme ? C’est lui.
    Est-ce l’homme ? C’est lui.
    Veux-tu qu’il rende l’urne où sont les cendres ?
    Les cris n’éveillent point les morts.
    Tu n’es plus, frère !
    Est-ce ton dernier coup ? Non, si tu n’obéis.
    Cette femme n’a point reconnu son enfant !
    Ô femmes, il est vrai, grandes sont vos misères.
    Chers Dieux !
    Dieux ! Gardez-nous son fils.
    Il est seul contre tous !
    Et ta mère, enfant ?
    Et ta mère, enfant ? Dieux ! Eh bien ! que dis-tu d’elle ?
    Rien, sinon que l’Hadès est un gardien fidèle !
    Ton frère irréprochable a frappé l’homme !
    Ton frère irréprochable a frappé l’homme !
    Moi, je mourrai, s’il meurt. Zeus ! conduis-le toi-même.
    Dieux ! la rumeur redouble.
    Dieux ! La rumeur redouble.
    Lugubrement.
    Avec de longs sanglots pleure l’amant.
    Ma mère ! L’épouvante a dilaté ses yeux.
    Tuez le vagabond tout sanglant !
    L’heure est venue : il faut que je te parle.
    Lâche ! que t’ai-je fait ?
    Je suis ton fils !
    Affreusement.
    Dirais-tu vrai, grands Dieux !
    Dirais-tu vrai, grands Dieux !
    On ne peut pas tuer sa mère !
    On ne peut pas tuer sa mère !
    Respecte, mon enfant, le sein qui t’a nourri !
    Ne verse pas mon sang ! As-tu tout dit ?
    Ne verse pas mon sang ! As-tu tout dit ?
    Mon fils ! Je suis aveugle et sourd.
    Mon fils ! Je suis aveugle et sourd. Ô monstre ! ô race
    Tiens ! Tiens ! Meurs donc ! Assez de hideuses clameurs !
    C’est fait… tu m’as tuée… Ah !
    C’est fait… tu m’as tuée… Ah ! Sois maudit !
    C’est fait… tu m’as tuée… Ah ! Sois maudit !
    Que tous les siens… C’était ta mère !
    Tu pleures cette femme ?
    Malheur à toi, c’était ta mère !
    L’action qu’il a faite est droite et légitime !
    Arrière !
    Ah ! ah ! Vous vous taisez, Monstres ! Horreur !
    Ah ! ah ! Vous vous taisez, Monstres ! Horreur ! Horreur !
    Puisqu’il faut s’attaquer aux légions de Rome,
    Aux monstres d’Italie, il faudra faire comme
    Hannibal, qui, par feux d’aigre humeur arrosez,
    Se fendit un passage aux Alpes embrazez.
    Mon courage de feu, mon humeur aigre et forte,
    Au travers des sept monts fait breche au lieu de porte.
    Je brise les rochers et le respect d’erreur
    Qui fit douter Cæsar d’une vaine terreur.
    Il vit Rome tremblante, affreuse, eschevelée,
    Qui, en pleurs, en sanglots, mi-morte, désolée,
    Tordant ses doigts, fermoit, deffendoit de ses mains
    A Cæsar le chemin au lieu de ses germains.
    Mais dessous les autels des idoles j’advise
    Le visage meurtry de la captive Eglise,
    Qui à sa delivrance (aux despens des hazards)
    M’appelle, m’animant de ses trenchants regards.
    Mes desirs sont des-ja volez outre la rive
    Du Rubicon troublé ; que mon reste les suive
    Par un chemin tout neuf, car je ne trouve pas
    Qu’autre homme l’ait jamais escorché de ses pas.
    Pour Mercures croisez, au lieu de Pyramides,
    J’ay de jour le pilier, de nuict les feux pour guides.
    Astres, secourez-moy ; ces chemins enlacez
    Sont par l’antiquité des siecles effacez,
    Si bien que l’herbe verde en ses sentiers accrüe
    Est faicte une prairie espaisse, haute et drüe.
    Là où estoient les feux des Prophetes plus vieux,
    Je tends comme je puis le cordeau de mes yeux,
    Puis je cours au matin, de ma jambe arrossée
    J’esparpille à costé la premiere rosée,
    Ne laissant après moy trace à mes successeurs
    Que les reins tous ployez des inutiles fleurs,
    Fleurs qui tombent si tost qu’un vray soleil les touche,
    Ou que Dieu fenera par le vent de sa bouche.
    Tout-puissant, tout-voyant, qui du haut des hauts cieux
    Fends les cœurs plus serrez par l’esclair de tes yeux,
    Qui fis tout, et conneus tout ce que tu fis estre :
    Tout parfaict en ouvrant, tout parfait en connoisire,
    De qui l’œil tout courant, et tout voyant aussy,
    De qui le soing sans soing prend de tout le soucy,
    De qui la main forma exemplaires et causes,
    Qui preveus les effects dès le naistre des choses ;
    Dieu, qui d’un style vif, comme il te plaist, escris
    Le secret plus obscur en l’obscur des esprits,
    Puis que de ton amour mon ame est eschauffée,
    Jalouze de ton nom, ma poictrine, embrazée
    De ton feu pur, repurge aussy de mêmes feux
    Le vice naturel de mon cœur vitieux ;
    De ce zele tres-sainct rebrusle-moy encore,
    Si que (tout consommé au feu qui me devore,
    N’estant serf de ton ire, en ire transporté
    Sans passion) je sois propre à ta vérité.
    Ailleurs qu’à te loüer ne soit abandonnée
    La plume que je tiens, puis que tu l’as donnée.
    Je n’escry plus les feux d’un amour inconneu ;
    Mais, par l’affliction plus sage devenu,
    J’entreprens bien plus haut, car j’apprens à ma plume
    Un autre feu, auquel la France se consume.
    Ces ruisselets d’argent que les Grecs nous feignoient,
    Où leurs poëtes vains beuvoient et se baignoient,
    Ne courent plus icy ; mais les ondes si claires,
    Qui eurent les saphyrs et les perles contraires,
    Sont rouges de nos morts ; le doux bruit de leurs flots,
    Leur murmure plaisant, hurte contre des os.
    Telle est, en escrivant, non ma commune image ;
    Autre fureur qu’amour reluit en mon visage.
    Sous un inique Mars, parmy les durs labeurs
    Qui gastent le papier, et l’ancre de sueurs,
    Au lieu de Thessalie aux mignardes vallées,
    Nous avortons ces chants au millieu des armées,
    En delassant nos bras de crasse tous roüillez,
    Qui n’osent s’esloigner des brassards despoüillez.
    Le luth que j’accordois avec mes chansonnettes
    Est ores estouffé de l’esclat des trompettes :
    Icy le sang n’est feint, le meurtre n’y deffaut,
    La Mort jouë elle-mesme en ce triste eschaffaut :
    Le juge criminel tourne et emplit son urne ;
    D’icy, la botte enjambe, et non pas le cothurne,
    J’appelle Melpomene, en sa vive fureur,
    Au lieu de l’Hypocrene, esveillant cette sœir
    Des tombeaux rafraischis, dont il faut qu’elle sorte,
    Eschevellée, affreuse, et bramant en la sorte
    Que faict la biche après le faon quelle a perdu.
    Que la bouche lur saigne, et son front esperdu
    Face noircir du ciel les voûtes esloignées ;
    Qu’elle esparpille en l’air de son sang deux poignées,
    Quand, espuisant ses flancs de redoublez sanglots,
    De sa voix enroüée elle bruira ces mots :
    « O France désolée ! ô terre sanguinaire !
    Non pas terre, mais cendre : ô mère ! si c’est mere
    Que trahir ses enfants aux douceurs de son sein,
    Et, quand on les meurtrit, les serrer de sa main.
    Tu leur donnes la vie, et dessous ta mammelle
    S’esmeut des obstinez la sanglante querelle ;
    Sur ton pis blanchissant ta race se debat,
    Et le fruict de ton flanc faict le champ du combat. »
    Je veux peindre la France une mere affligée,
    Qui est entre ses bras de deux enfants chargée.
    Le plus fort, orgueilleux, empoigne les deux bouts
    Des tetins nourriciers ; puis, à force de coups
    D’ongles, de poings, de pieds, il brise le partage
    Dont nature donnoit à son besson l’usage :
    Ce voleur acharné, cet Esau malheureux,
    Faict degast du doux laict qui doibt nourrir les deux,
    Si que, pour arracher à son frere la vie,
    Il mesprise la sienne et n’en a plus d’envie ;
    Lors son Jacob, pressé d’avoir jeusné meshuy,
    Ayant dompté longtemps en son cœur son ennuy,
    A la fin se defend, et sa juste colere
    Rend à l’autre un combat dont le champ est la mere.
    Ni les souspirs ardens, les pitoyables cris,
    Ni les pleurs rechauffez, ne calment leurs esprits ;
    Mais leur rage les guide et leur poison les trouble,
    Si bien que leur courroux par leurs coups se redouble.
    Leur conflict se rallume et faict si furieux
    Que d’un gauche malheur ils se crevent les yeux.
    Cette femme esplorée, en sa douleur plus forte,
    Succombe à la douleur, mi-vivante, mi-morte ;
    Elle voit les mutins tous deschirez, sanglants,
    Qui, ainsy que du cœur, des mains se vont cerchants.
    Quand, pressant à son sein d’une amour maternelle
    Celuy qui a le droict et la juste querelle,
    Elle veut le sauver, l’autre, qui n’est pas las,
    Viole en poursuivant l’asyle de ses bras.
    Adonc se perd le laict, le suc de sa poictrine ;
    Puis, aux derniers aboys de sa proche ruine,
    Elle dit : « Vous avez, felons, ensanglanté
    Le sein qui vous nourrit et qui vous a porté ;
    Or, vivez de venin, sanglante geniture.
    Je n’ay plus que du sang pour vostre nourriture ! »
    Quand esperduje voy les honteuses pitiez,
    Et du corps divisé les funebres moitiz ;
    Quand je voy s’apprester la tragedie horrible
    Du meurtrier de soy-mesme, aux autres invincible,
    Je pense encore voir ung monstrueux geant
    Qui va de braves mots les hauts cieux outrageant,
    Superbe, florissant, si brave qu’il se treuve
    Nul qui de sa valeur entreprenne la preuve ;
    Mais, lorsqu’il ne peut rien rencontrer au dehors
    Qui de ses bras nerveux endure les efforts,
    Son corps est combattu, à soy-mesme contraire ;
    Le sang pur ha le moins : le flegme et la colere
    Rend le sang non plus sang ; le peuple abat ses loix :
    Tous nobles et tous roys, sans nobles et sans roys ;
    La masse degenere en la melancholie ;
    Ce vieil corps tout infect, plein de sa discrasie,
    Hydropique, faict l’eau, si bien que ce geant,
    Qui alloit de ses nerfs ses voisins outrageant,
    Aussy foible que grand, n’enfle plus que son ventres ;
    Ce ventre dans lequel tout se tire, tout entre,
    Ce faux dispensateur des commungs excrements
    N’envoye plus aux bords les justes aliments ;
    Des jambes et des bras les os sont sans moelle ;
    Il ne va plus en haut, pour nourrir la cervelle,
    Qu’un chime venimeux, dont le cerveau nourry
    Prend matiere et liqueur d’un champignon pourry.
    Ce grand geant, changé en une horrible beste,
    A, sur ce vaste corps, une petite teste,
    Deux bras foibles, pendants, des-ja secs, des-ja morts,
    Impuissants de nourrir et deffendre le corps ;
    Les jambes, sans pouvoir porter leur masse lourde,
    Et à gauche et à droict font porter une bourde.
    Financiers, justiciers, qui opprimez de faim
    Celuy qui vous faict naistre ou qui deffend le pain,
    Soubs qui le laboureur s’abbreuve de ses larmes,
    Qui souffrez mandier la main qui tient les armes,
    Vous, ventre de la France, enflé de ses langueurs,
    Faisant orgueil de vent, vous monstrez vos vigueurs.
    Voyez la tragedie, abbaissez vos courages.
    Vous n’estes spectateurs, vous estes personages :
    Car encor vous pourriez contempler de bien loing
    Une nef sans pouvoir luy aider au besoing,
    Quand la mer l’engloutit, et pourriez de la rive,
    En tournant vers le ciel la face demi-vive,
    Plaindre sans secourir ce mal oisivement.
    Mais quand, dedans la mer, la mer pareillement
    Vous menace de mort, courez à la tempeste :
    Car avec le vaisseau vostre ruine est preste.
    La France donc encor est pareille au vaisseau
    Qui, outragé des vents, des rochers et de l’eau.
    Loge deux ennemis : l’un tient avec sa troupe
    La proue, et l’autre a pris sa retraitte à la pouppe.
    De canons et de feux chacun met en esclats
    La moitié qui s’oppose, et font verser en bas,
    L’un et l’autre enyvré des eaux et de l’envie,
    Ensemble le navire et la charge et la vie.
    En cela le vainqueur ne demeurant plus fort
    Que de voir son haineux le premier à la mort,
    Qu’il seconde, authochyre, aussy tost de la sienne,
    Vainqueur, comme l’on peut vaincre à la cadmeene.
    Barbares en effect, François de nom, François,
    Vos fausses loix ont eu des faux et jeunes roys,
    Impuissants sur leurs cœurs, cruels en leur puissance;
    Rebelles, ils ont veu la désobéissance.
    Dieu sur eux et par eux desploia son courroux.
    N’ayant autres bourreaux de nous-mesmes que nous.
    Les roys, qui sont du peuple et les roys et les pères,
    Du troupeau domesticq sont les loups sanguinaires ;
    Ils sont l’ire allumée et les verges de Dieu,
    La crainte des vivants; ils succèdent au lieu
    Des héritiers des morts; ravisseurs de pucelles,
    Adultères, souillants les couches des plus belles
    Des maris assommez, ou bannis pour leur bien.
    croyance à qui parle beauté.
    ars et bruslé vif.
    Ne vous êtes-vous point blessé ? 
    Angelus Domini
    . . . . . . . . . . . . . . . . . .
    crau
    Nous entrâmes au bois de Valène.
    Grand vaincu, tout poissé de sang, défiguré
    Puis, étendant la main, il cria :
    Alors, s’agenouillant :
    Puis, d’un coup, se dressant : — « Le tocsin ! Le tocsin !
    . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
    Du vieil Hermas. Vit-il ?
    Elle est heureuse.
    Sa mère ?
    Je venais, j’espérais, de ce sentier obscur,
    J’invoquerai Jésus qui marchait sur la mer.
    Ma Daphné, gardons-nous des paroles légères ;
    Tu le prendras un jour ce baiser que tu veux.
    Cueillons l’instant fleuri.
    Cueillons l’instant fleuri. Sachons attendre l’heure.
    Un souvenir est bon.
    Un souvenir est bon. L’espérance est meilleure.
    L’air, les myrtes, tes yeux, tout m’enchaîne, et je pars !
    Sois heureux !
    Ah ! je songe à la mer et je songe à nous deux !
    Vis heureuse, ô Daphné.
    Vis heureuse, ô Daphné.
    Il s’en va.
    Vois, mère : je cueillais des plantes salutaires.
    Ouvrez la porte auguste aux deux battants d’airain,
    A ta face, ô Seigneur, et dans tes sanctuaires
    O ma mère !
    O ma mère !
    Nous devons tout à Dieu, rien à la créature.
    Si tu m’aimes…
    Si tu m’aimes… Je t’aime en Dieu.
    Si tu m’aimes… Je t’aime en Dieu.
    Mère, c’en est donc fait, tu m’as prise en ton piége !
    Hymen, Hymen aux beaux flancs,
    Hespéros se lève.
    Viens à nous ; la nuit est brève :
    Hâte tes pieds blancs !
    Ah ! s’il m’était permis… Mais il me semble entendre
    Accours, la nuit brève est bonne
    Et douce aux aveux.
    Viens, portant dans tes cheveux
    La verte couronne !
    O prince aux sandales d’or,
    Hymen, Hyménée !
    Reçois la vierge amenée
    Qui te craint encor.
    La beauté qui brille en elle
    Sied à ton dessein :
    Hymen, tire de son sein
    La vie éternelle.
    Où s’en vont loin de moi les chansons et les pas ?
    Réjouis-toi, Dieu triste à qui plaît la souffrance !
    sursum
    J’ai dressé, pour ce jour, le faucon de la mort.
    La femme rêve au mal pendant que l’homme dort.
    Cesse de me tenter, femme aux sombres amorces.
    Grâce ! Il est mon ami.
    Grâce ! Il est mon ami. Frappe ! il est mon époux.
    Quoi ! tu n’as point pitié ?
    Quoi ! tu n’as point pitié ?
    Je vis dans sa maison.
    Je vis dans sa maison. J’y dors entre ses bras !
    Le meurtre laisse au fer une durable rouille.
    Homme, saisis la hache, ou, femme, la quenouille !
    La tête roulerait, sinistre, aux cheveux blancs.
    Je me suis éveillée un lâche sur les flancs !
    Paix ! Le baiser sied mieux que l’injure à tes lèvres.
    Grâce !
    Grâce ! J’entends son cri !
    Grâce ! J’entends son cri ! Fils ! me frapperas-tu ?
    Quoi donc ! Il parle encore ?
    Quoi donc ! Il parle encore ? Oh ! je meurs !
    Quoi donc ! Il parle encore ? Oh ! je meurs ! Il s’est tu.
    Femme ! Ce jour fut bon pour le pêcheur des côtes.
    Qui donc jeta son râle aux solitudes hautes ?
    Tu t’abuses, vieillard glacé, dans la boisson.
    Le violent geyser couve sous un glaçon !
    L’âge a pétrifié l’eau vive et le bitume.
    La louve concevra, mais d’un loup plein de force.
    Parfois un rameau vert sort d’une vieille écorce !
    Dors plus loin ton sommeil par l’ivresse épaissi.
    Alors il geint d’angoisse.
    Emporte-moi, tourmente ! Ouvre-toi, fondrière !
    Écoute, homme qui fuis.
    Écoute, homme qui fuis. Femme hideuse, arrière !
    Le lièvre même attend quand nul ne le poursuit.
    Le cou sans tête règne au milieu de la nuit !
    La peur de l’action a causé ta démence.
    Le vieil homme en son lit s’éveillera demain.
    Sa vie à mes doigts gèle, et, par caillots, s’arrête !
    Tu les trempas au ventre ouvert de quelque bête.
    Ce fut dans le silence un long gémissement !
    Le pétrel a râlé dans l’espace dormant.
    Elle a roulé, la tête à chevelure blanche !
    Parfois tombe, ressaute et croule l’avalanche.
    La pâle pente est rose au loin sous le ciel noir !
    Le soleil s’est levé sur les neiges, ce soir.
    Tu peux voir l’homme mort si tu tournes la roche !
    J’ai vu l’homme vivant, tout à l’heure, et trop proche.
    Tu mens : je l’ai tué !
    Tu mens : je l’ai tué ! Ris, quand je te croirai.
    Tué ! tué ! — tiens, vois !
    Tué ! tué ! — tiens, vois ! Épouvante ! il dit vrai.
    C’est une étrange foi qui succède à ton doute.
    Ne s’impose à l’œil attristé.
    O saine et sainte liberté !
    Qui s’écroulent au premier choc,
    Le peuple bâtit sur le roc.
    Accumulent leur long travail ;
    Tout un continent de Corail.
    N’eut pour but que le bien commun.
    Au cri d’un pour tous, tous pour un.
    Du Grutli le pacte immortel
    La flèche de Guillaume Tell.
    Sampach préludait à Granson.
    Gloire sans tache et sans rançon !
    Apprit au monde féodal
    Et le trop de puissance un mal.
    Tu vas en paix vers l’avenir.
    Et cet hymne devrait finir…
    A l’heure de ses grands revers.
    Tes bras lui restèrent ouverts.
    Arrachant sa proie au vainqueur,
    Tu les emportas sur ton cœur.
    Et, les réchauffant dans ton sein,
    Place au foyer et part au pain.
    Où cet exode s’assura,
    Oasis du sombre Jura,
    (Notre dernière armée, hélas !)
    S’entrechoquant sur le verglas,
    Car l’hiver cruel jusqu’au bout
    Et tout fut notre ennemi, tout !
    Du passé trop sanglant retour,
    Le rayon divin de l’Amour ;
    Notre regard épouvanté
    Refuge de l’humanité,
    Vînt recueillir ces délaissés,
    Pansât tous ces pauvres blessés.
    En soignant leurs membres meurtris,
    Et nous les renvoyait guéris ;
    Accrus dans leur saine raison,
    Et la douceur de leur prison.
    Menaçait la Franche-Comté,
    Toujours simple dans sa bonté,
    Nourrir tout ce peuple accablé,
    Lui donner son orge et son blé !
    Les dons du sol qui l’a porté,
    La liberté, l’humanité !
    LA NOURRICE.
    HÉRODIADE.
    De marcher dans un âge ignoré !
    Si la beauté n’était la mort.
    Funèbre ?
    Assez ! Tiens devant moi ce miroir.
    Nourrice, suis-je belle ?
    Mais cette tresse tombe… Arrête dans ton crime,
    Que…
    Que… Mais n’allais-tu pas me toucher ?
    Oh ! tais-toi !
    Oh ! tais-toi ! Viendra-t-il parfois ?
    N’entendez pas !
    Et le mystère vain de votre être ?
    Victime lamentable à son destin offerte !
    Et je déteste, moi, le bel azur !
    J’y voudrais fuir.
    Et…
    Et… Maintenant ! Adieu.
    Et… Maintenant ! Adieu.
    De mes lèvres !
    Luisent, l’un rouge, l’autre vert.
    Un flot après un flot s’enfuit.
    Où leurs pas glissaient sans témoin.
    Fendaient les crânes au dedans.
    Un flacon plein de vitriol.
    N’ayant pu jeter même un cri !
    Si nous les voulions beaux & grands !
    Ses forçats seront vos maris.
    Les crimes prendront leurs ébats.
    Au moment qu’il ouvrait les yeux.
    En poussant des ricanements.
    Pour des gens de boue & de fiel.
    Le flanc du navire est battu.
    Chaque idée apporte un remords.
    Vos jours d’honneur sont revenus.
    Savoir & vaincre, c’est plus beau.
    Assez de profondeur au ciel.
    Pour son impur & fol orgueil ;
    Le plus pur des rayons sacrés.
    Et vous n’espérez plus qu’en Dieu.
    Tout le long de la mer les suivaient.
    Ave maris stella ;
    Ad summum per alta ;
    Puis s’éteignit.
    Victrix
    Vicaria,
    Dans ce lieu sépulcral,
    Cet air vous fera mal.
    Pourquoi tous ces efforts ?
    Dans la fosse des morts ?
    A vos pleurs condamnés,
    Que vous n’étiez pas nés !
    O magnifique deuil !
    Couvre bien le cercueil !
    Veille comme un flambeau,
    Entourent le tombeau.
    Se taisent tous les vents ;
    Envié des vivants !
    Requiem,
    Qui conservent les corps,
    Dies iræ
    De l’office des morts !
    était de pierre !
    Et muet souvenir ?…
    D’avoir les bras cassés ?…
    le Lac,
    La peur d’aimer fait que je n’aime pas.
    Et non de chapelet. —
    Sois éternel, amour !…
    Depuis douze ou quinze ans !…
    Et le sol pour m’asseoir…
    En un coin isolé.
    A des femmes sans cœur ?
    Dignes pourtant d’un meilleur sort ;
    Mais qui n’ont pas trouvé de port !
    Et qui contraint à croire en Dieu ;
    Sans avoir à qui dire adieu.
    ne m’oubliez pas !
    Cet arbre.
    Mon cher seigneur !
    Et rit. La femme alors, en colère, s’approche.
    Lui dit-elle.
    pourpre
    O toi qui ceindras son doigt nu,
    T’accueillir comme un bienvenu ?
    Ce qu’elle est pour mon cœur épris,
    De moi-même, un joyau sans prix.
    Je pourrais, métal transporté,
    Nid rose où dort la volupté.
    Éblouissante de pâleur,
    Les prend pour deux pêches en fleur.
    Sa pruderie à l’œil du jour ;
    Ces deux guichetiers de l’amour ;
    Pour lui nul temple n’est fermé,
    Qu’on cache à l’œil du bien-aimé ;
    Son long vêtement desserré ;
    Comme un beau cygne énamouré ;
    Entr’ouvrant ses cils demi-clos,
    Qu’Aphrodite sortant des flots…
    Brisant ma forme d’un moment,
    « Aimons-nous : je suis ton amant ! »
    Pars, anneau, gage de ma foi,
    « Il languit, il meurt loin de toi ! »
    Moi, le fond de ses yeux.
    Et les branches lointaines ! »
    Des yeux diamantés ! »
    Plane comme un mystère. »
    Qui filtrent dans mes chairs. »
    Vit dans sa transparence. »
    Ils vivent, je le crois. »
    De l’eau qui les caresse ? »
    Dans tes yeux enfermé. »
    Cette source est mortelle. »
    De funèbres rideaux. »
    Là, sais-tu qui repose ? »
    Des rêves dorment-ils ? »
    Par un charme attirées. »
    Roulent ensevelis. »
    Ont contemplé leur rêve. »
    Nyssia, de tes yeux. »
    Ton âme, que j’emporte ! »
    Sous l’eau me survivra.
    I
    II
    L’une,
    III
    IV
    Printemps
    Été
    Automne
    Hiver
    Science
    Dieu
    Tout
    Te Deum !
    secret
    Vérité — la Poésie
    C’est dans sa maison qu’il faut vivre,
    La fenêtre sur l’horizon.
    maison
    fenêtre
    La gerbe épanouie
    En mille fleurs,
    Où Phœbé réjouie
    Met ses couleurs,
    Tombe comme une pluie
    De larges fleurs.
    De larges fleurs.
    Morte en sa puberté.
    Pour la Postérité.
    Faite pour un oiseau.
    Elle, mince roseau.
    Les élans des grands jours.
    Le beau, l’art, ses amours.
    Ses lourds et tristes fruits.
    Remue, étonne, instruis.
    Mais quand Rachel parut,
    Et le peuple accourut.
    Souffre et meurs ; en avant !
    Marche ! dit la Muse irritée,
    Sur ton char, saignante et debout,
    Du siècle sois le Prométhée ;
    Les mers, les steppes, franchis tout.
    Et le czar, dont l’orgueil te brise,
    New-York qui ne t’a point comprise
    Te porteront le dernier coup.
    Marche, et sur ton masque burine
    La lèpre, le fléau du jour ;
    Pour de l’or gonfle ta narine,
    L’or va te ronger la poitrine ;
    L’or a les ongles du vautour.
    Sur ce roc nud ils t’ont jetée ;
    Du siècle sois le Prométhée,
    Montre à la foule épouvantée
    Pour quel dieu vibre son amour.
    Pour la Postérité.
    Une feuille tombe à vos pieds.
    Au rendez-vous, tout seul, revient.
    Qui recouvre l’Amour défunt…
    Tant elle est haute, large et sombre.
    Ni quel deuil en épaissit l’ombre.
    Taillés selon leurs vieilles formes.
    A des candélabres énormes ;
    Dans le sable dur de l’allée,
    Tomber une goutte isolée.
    De la vigne vierge et du lierre,
    Qu’ont meurtris ses flèches de pierre.
    Deux à deux voltiger des flammes ;
    Se donnent rendez-vous les âmes,
    Sous les roses de sa tonnelle ;
    S’unir sur sa bouche éternelle.
    Au front.
    Brillant Kâma !
    Aux madhavîs.
    Porte un poisson.
    Le son du tal.
    Mères des pleurs.
    N’évitera,
    Un arc strident !
    Frères divins.
    Plus vagabonds.
    Dans la forêt.
    En parasol,
    Du malicâs,
    L’époux lointain,
    D’énervement.
    Les rotangs verts.
    De flots glacés !
    Du noir troupeau.
    L’auguste amant.
    Ce chant divin :
    Déchire-nous !
    L’astre Tchandra !
    Sont affranchis !
    Des vils Çûdras ;
    De perles ceints ;
    Vont, deux à deux,
    Mordent les fleurs,
    Se parlent bas ! »
    Les pics neigeux.
    Et dit : « Vainqueur
    » Des noirs Bhûtas ! »
    Du pénitent,
    D’une Apçara
    Fallacieux,
    L’anneau d’or fin,
    De toutes parts !
    L’arc à la main !
    Du diamant,
    Et des coucous,
    D’un prompt éclair,
    Qui la roulait,
    Du noir Wiçhnû,
    Ceint de bétel !

    Cheval de fer que l’homme dompte !
    Et part sur ses tringles de fonte.
    Le dragon semble avoir des ailes ;
    Et son aigrette d’étincelles !
    Les champs décrivent des losanges ;
    D’une odeur de sueurs étranges.
    Fauve cyclope des ténèbres,
    Et faisant valoir ses vertèbres.
    Avec sa pourpre et ses tonnerres ;
    Semblent des démons ordinaires.
    Ils le savent, les capitaines !
    Pour nous fertiliser les plaines !
    Les éléments de notre gloire ;
    Éclaireur de la route noire !…
    A ma Grand’Mère
    YAMÎ.
    YAMA.
    Ce cavalier
    Un étalon
    Toujours ! toujours !
    D’une arme à feu.
    Claquait au vent,
    Trente-deux dents.
    Newton,
    :
    geôliers
    Cloche des âges morts sonnant à timbres noirs,
    Lorsque
    Ô
    C’était
    Qu’il faisait calme & beau, ce soir-là ! L’Angelus
    Je
    Courage
    Sur
    Là-haut
    Ce
    Les
    Dans
    Il
    Justice
    Étoiles
    La
    Le
    MARIE.
    LES ANGES DE LA MORT.
    LES PETITS-ENFANTS.
    IDAMÉEL.
    MADELEINE.
    LUCIFER.
    ÉLOÏM.
    SÉMIDA.
    LE CYGNE DU CIEL.
    FIN.
    VOIX DE SÉMIDA, au Christ.
    VOIX DE LUCIFER, à Idaméel.
    *
    (Assise sous un palmier du Paradis.)
    LA VIOLE CÉLESTE.
    Pourquoi ?
    EVE.
    MÉHALA.
    EVE ET MÉHALA.
    SÉMIDA, à Eve.
    Moi, j’attendrai.
    COMPLAINTE DE MADELEINE.
    Or, les trois bienheureuses
    Nous ne l’avons encor
    EVE, à Méhala.
    Je vois un cygne en deuil qui vole ;
    EVE, à Sémida.
    ÉLOÏM, se dévoilant.
    CHANT DE SÉMIDA.
    (Après un long silence.)
    du fond des enfers.
    sans cesser de regarder Sémida.
    Satan se relève et soupire,
    — N’importe.
    PRIÈRE DE SÉMIDA.
    L’ANGE DE L’AIR.
    L’ANGE DES FORÊTS ET DES FLEURS.
    L’ANGE DES MERS.
    LES TROIS ANGES.
    L’Arar devant moi se dressait ;
    TREIZE VISIONS INFERNALES.
    I.
    II.
    III.
    IV.
    V.
    VI.
    VII.
    VIII.
    IX.
    X.
    XI.
    De ce triple spectacle
    XII.
    XIII.
    Alors pourquoi pleurer,.
    Pourquoi fuir ainsi le jour, ô jeune sainte ?
    Oh ! douloureux présent !
    O douce image, ô rêve !
    Mes souvenirs à moi,
    Mais toi, toi qu’un rêve obscur tourmente ;
    Non, nous ne prions pas
    Oui, puisque tu prieras ;
    Au grand jour des alarmes,
    Elle vit dans tes larmes !!!
    LE CHRIST.
    Ce nom, dans l’ombre enseveli,
    Idaméel !!!
    Celui
    Un grand aigle planant
    LE CIEL.
    Dans l’Éden jamais de nuages,
    Jamais les erreurs de l’espoir !
    On voit tout en Dieu !… Les images
    Brillent de l’éclat du miroir.
    Ici-bas, souvent tout se voile :
    L’amour s’éteint sous un adieu,
    Le calme peut perdre une voile,
    Une fleur nous cache une étoile,
    La jeunesse nous cache Dieu.
    L’arbre du baume, autour de l’ange,
    S’exhale en longs flots vaporeux ;
    Comme de l’Indus et du Gange
    Se parfument lés-bords heureux,
    Quand Delhi, rêveuse, s’admire
    Aux ondes des lacs azurés ;
    Et que la molle Cachemyre
    Trempe dans l’encens et la myrrhe
    L’aile de ses songes dorés.
    Les Séraphins, troupe inspirée,
    Traversent dans de saints transports
    Le firmament, harpe sacrée
    Dont leur vol émeut les accords ;
    Compagne à la fois humble et fière,
    Leur immortalité les suit ;
    Ils respirent dans la prière,
    Ils rayonnent sur la lumière,
    Comme nos astres sur la nuit.
    Quand, sur le vallon de déliées,
    Jésus se lève éblouissant,
    Les âmes tendent leurs calices
    Au souffle doux et caressant ;
    Tendres fleurs, moissons éternelles,
    Trésor du dernier moissonneur ;
    Les Chérubins ouvrent, près d’elles,
    Les yeux flamboyants de leurs ailes,
    Pour garder les chars du Seigneur.
    D’étincelants et hauts portiques
    D’émeraude et de diamant
    Portent, sur leurs arceaux mystiques,
    Les annales du firmament.
    De la science, unique emblème,
    Là, domine un arbre géant,
    Renfermant le secret suprême
    Du Dieu grand sorti de lui-même,
    Du monde sorti du néant.
    Autour de la croix qu’on embrasse,
    Les vierges, sœurs de Gabriel,
    Voient le Séraphin de la grâce
    Balancer le lis bleu du ciel ;
    Sous la coupole d’argyrose,
    Inconnue aux splendeurs d’Ophir,
    Dans leur sein qu’un doux baume arrose,
    Leur cœur brille, comme un feu rose
    Dans un encensoir de saphir.
    Elles chantent ; leur voix bénie,
    Aux sons vaporeux du Kébel,
    Éclate en perles d’harmonie,
    Couronne du cygne éternel :
    C’est la voix de ces chastes femmes
    Qu’entendait Thérèse au saint lieu ;
    Accords, mélodieuses flammes,
    Qui se perdent, comme des âmes,
    Dans l’accord immense de Dieu.
    J’aime
    Nous
    Grotte des Aigles, 3 juillet 1793.
    Grotte des Aigles, 6 juillet 1793.
    Grotte des Aigles, 24 août 1793.
    25 août 1793.
    26 août 1793.
    27 août 1793.
    Grotte des Aigles, 28 août 1793.
    De la grotte, 16 septembre 1793.
    17 septembre 1793.
    De la grotte, 20 septembre 1793.
    De la grotte, 25 septembre 1793.
    De la grotte, 23 octobre 1793.
    De la grotte, 24 octobre 1793.
    28 octobre 1793.
    De la grotte, 29 octobre 1793.
    De la grotte, 1er novembre 1793.
    De la grotte, 1er décembre 1793.
    De la grotte, 16 décembre 1793.
    6 janvier 1794.
    [Le manuscrit était déchiré à cette place, et il manquait un certain nombre de feuilles. On peut présumer par ce qui suit que Jocelyn avait continué à noter les mêmes sentiments et les mêmes circonstances de sa vie heureuse pendant ces mois de solitude.]
    De sa cellule, à Grenoble, 14 mai 1797.
    Même maison, 25 juillet 1797.
    Grenoble, août 1797.
    17 septembre 1797.
    Sept mois plus tard, du village de Valneige, mai 1798.
    Valneige, 3 mai 1798.
    Valneige, 4 mai 1798.
    5 mai 1798.
    (Un grand nombre de pages manquaient ici au manuscrit.)
    Du village de sa naissance, 3 juillet 1800.
    Même lieu, 18 juillet 1800.
    Même lieu, 20 juillet.
    Même jour, le soir.
    21 juillet 1800.
    1er août 1800, la nuit, au cimetière, près du tombeau de sa mère.
    Grotte des Aigles, 15 avril 1794.
    La grotte, 6 mai 1794.
    25 juillet 1794.
    15 octobre 1794.
    1er novembre 1794.
    6 novembre 1794.
    7 décembre 1794.
    Même date, la nuit, à onze heures.
    Même date, à minuit.
    8 décembre, le matin.
    8 décembre, le soir.
    9 décembre 1794, le soir.
    Même date, plus tard.
    12 décembre 1794.
    6 janvier 1795.
    Février 1795.
    Mars 1795.
    16 mars 1795.
    Avril 1795.
    Mai 1795.
    1er mai 1786.
    6 mai 1786.
    17 mai 1786.
    18 mai 1786.
    26 mai 1786.
    1er juin 1786.
    3 juin 1786.
    6 juin 1786.
    (En lui montrant le manuscrit.)
    Valneige, 22 octobre 1800.
    Valneige, 9 novembre 1800, un soir d’hiver.
    8 décembre 1800.
    (Ici manquaient plusieurs feuilles du manuscrit.)
    Au hameau de Valneige, 16 mai 1801.
    (Ici plusieurs dates perdues.)
    Valneige, juillet 1801.
    Valneige, août 1801.
    Valneige, 8 août 1801.
    (Plusieurs dates manquent ici.)
    21 novembre 1802.
    À Maltaverne, sur la route d’Italie, 22 novembre 1802.
    Au hameau de Maltaverne, 24 novembre 1802.
    26 novembre 1802, de la grotte des Aigles.
    27 novembre.
    Valneige, novembre 1802.
    Valneige, 19 mai 1803.
    Valneige, 16 décembre 1803.
    Valneige, 27 décembre 1803.
    28 décembre, de son lit.
    Paris, 16 septembre 1800.
    Paris, 20 septembre 1800.
    Paris, 21 septembre 1800.
    Paris, 21 septembre 1800, le soir.
    22 septembre 1800.
    À Paris, 26 septembre 1800.
    En route, 28 septembre.
    Séminaire de ***, 1er janvier 1793.
    18 février 1793.
    Séminaire de ***, 15 février 1793.
    25 février 1793.
    28 février 1793.
    Séminaire de ***, 2 mars 1793.
    Séminaire de ***, 6 mars 1793.
    Séminaire de ***, 8 mars 1793.
    Séminaire de ***, 9 mars 1793.
    De la Grotte des Aigles, au sommet des Alpes du Dauphiné, 15 avril 1793.
    Grotte des Aigles, 17 avril 1793, pendant la nuit.
    Grotte des Aigles, 18 avril 1793.
    Même date, le soir.
    20 mai 1793.
    Grenoble, 2 août 1795, la nuit, caché chez un pauvre menuisier.
    Dans l’hôpital de Grenoble, 5 août 1795, au soir.
    Même lieu, 6 août 1795, le matin.
    Même lieu, même date, le soir.
    Même date, même lieu, même nuit.
    12 août 1795.
    Grotte des Aigles, 15 août 1795.
    De la grotte, 16 août 1795.
    Janvier 1836.
    Dans ta ruelle
    Tu mettrais l’univers entier
    Jacques d’Artevelde
    Deux
    N’ont pas un plus étrange son.
    Dans l’avenir qui vous attend.
    Que j’abandonne à ta merci !
    L’amour qui te dit : Crois en moi ?
    Aurait jonché notre chemin !
    Pour toi j’aurais tout dévoilé.
    Que nous pouvons nous délier
    Guirlande attachée au cercueil !
    À tes yeux n’était-ce donc rien ?
    Et j’aurais peine à pardonner.
    Qui flétrit ce qu’elle a blessé.
    « Des arbres morts de la forêt.
    « La mousse est fraîche au fond des bois… »
    Aux accents plaintifs de ses vers.
    Hélas ! que vas-tu devenir ?
    Chicoutimi, 1er juillet 1875.
    La nuit vient lentement.
    Aussi doux que l’été.
    Pour hâter le retour.
    Les yeux sur lui fixés.
    Aux sapins chevelus.
    Quand la lune viendra ?
    Vers Dieu s’est élancé !
    « Bénissez vos enfants ! »
    Ici-bas
    Souviens-toi !
    Remember ! Souviens-toi, prodigue !Esto memor !
    Souviens-toi
    souviens-toi !
    Guillaume de Juliers
    I
    Pourquoi
    Et je n’aime plus.
    Sans ouvrir les bras.
    Moins belle qu’Atthis ?
    Sans désir d’amour.
    Gellô
    Vertigineusement
    l’Eté de la St. Martin !
    Coureurs des bois
    Paré
    L’onde
    Il existe deux versions de ce poème.
    Première version[modifier]
    Deuxième version[modifier]
    Ses
    hier
    Psappha
    L’Escaut
    Feuillantines
    Margot rêve, sa tête penche
    Vers l’épaule d’un air profond ;
    Ses grands yeux d’un bleu de pervenche
    Errent du plancher au plafond.
    Sur sa petite robe noire
    Ses mains tombent négligemment,
    Ses cheveux que le soleil moire
    Sont dans un désordre charmant.
    Sa lèvre qu’un soupir soulève,
    Ou qu’un soupçon plisse parfois
    Reste muette. Margot rêve :
    Ce n’est pas la première fois.
    Depuis peu de temps son grand-père
    Est mort ; & sur ce front glacé,
    Que nul sourire ne tempère,
    Triste, elle l’avait embrassé.
    Des hommes noirs au cimetière
    L’avaient porté, puis laissé là
    Tout seul, sous une grosse pierre.
    Margot avait su tout cela.
    Maintenant sa mère & sa bonne,
    Quand elle en parlait, lui disaient :
    « Il ne reviendra plus, mignonne,
    « Il est au ciel ! » & se taisaient.
    Au ciel ! le mot était étrange ;
    Le ciel, c’est si haut & si loin !
    Margot pensait bien qu’un bon ange
    De son grand-père aurait pris soin.
    Mais quel effet ce vieux visage
    Pouvait-il produire ; & comment
    Avait-il fait ce grand voyage,
    Lui qui marchait si lentement ?
    Margot rêve : ses regards plongent
    Jusqu’au fond de l’éternité ;
    Ses grands cils recourbés s’allongent
    Sur sa joue au frais velouté ;
    Ses mains s’ouvrent inoccupées :
    « Ah ! bien sûr, dit-elle en cherchant,
    « Que, tout comme aux vieilles poupées
    « Qu’on rapporte chez le marchand,
    « Aux grands-pères, aux pauvres veuves,
    « À ceux qu’il prend dans leurs vieux jours,
    « Le bon Dieu met des têtes neuves
    « Afin qu’ils soient jeunes toujours ! »
    Les grand’mères en cheveux blancs,
    Qu’elles parcourent à pas lents ;
    D’un bonheur profond & complet,
    Laisse fuir les gouttes de lait ;
    Leurs petites chansons d’oiseaux.
    Doux comme un nid dans les roseaux !
    Tendent leurs bras au plus petit.
    Cent fois l’exhorte & l’avertit.
    De temps en temps il mord ses doigts ;
    Tous deux lui parlent à la fois.
    Des rideaux pourpre chaque pli ;
    On ne sait quoi de très-joli.
    Tout craintif & tout enhardi.
    Et tombe enfin comme étourdi.
    Avec de petits cris joyeux.
    Monter de leur cœur à leurs yeux.
    Pièce parue à la Renaissance, le 14 septembre 1873.
    C’est
    Le Divan occidental
    Émaux et Camées.
    Du
    D
    G. N.
    Germain NouveauLa Doctrine de l’Amour
    Les Mains
    Bureau
    Bobino
    lait d’Hébé

    MOI FRANÇAISE
    BEAUCOUP PUIS
    LE PLUS PÈSE
    NUL NE SUIS.
    Des
    xviie-xviiie)
    Y laisse d’âme et de parfums.
    Ne s’était pas même fermé.
    Se plonger éternellement ?
    Vous aurez déjà palpité.
    Sèchent vos brèves floraisons.
    Sur la fragilité d’un sein ?
    Devant deux yeux qui s’éteindront ?
    Je sens un dieu mystérieux ?
    De
    Leurs cheveux flottants.
    Autour des autels.
    montrant le ciel du doigt
    Contemple
    Éloignez
    Ivre
    Septembre 1856.
    La ruse n’en n’est pas nouvelle :
    — Le vieux Conteur que j’ai cité
    N’a jamais encore existé
    Autre part que dans ma cervelle.
    Tout ce que je vous en ai dit
    Est pour donner à chaque conte
    Que j’invente et que je raconte
    Plus de force et plus de crédit.
    Je connais la nature humaine,
    Et sais qu’un poète inconnu
    N’en serait autrement venu
    A vous mener où je vous mène.
    SAUGE-FLEURIE
    COMMENT SAUCE-FLEURIE AIMA LE FILS DU ROI
    COMMENT UNE MAITRESSE-FÉE CONDAMNA SAUGE-FLEURIE
    [1]
    COMMENT SAUGE-FLEURIE ALLA TROUVER LE PRINCE EN SON CHATEAU
    COMMENT SAUGE-FLEURIE FIT AU PRINCE UN NOBLE ET TOUCHANT DISCOURS
    NOTE
    SONNET
    MULOT ET MULOTTE
    COMMENT MULOT ET MULOTTE REÇURENT DANS LEUR CABANE UNE VIEILLE HORRIBLE
    COMMENT CETTE VIEILLE ÉTAIT UNE BELLE FÉE, ET COMMENT ELLE OFFRIT DE DONNER A MULOT ET A MULOTTE RICHESSES ET HONNEURS
    MULOT
    LA FÉE
    LA FÉE (à part.)
    COMMENT LA FÉE VOULUT RENDRE A MULOT ET A MULOTTE LA JEUNESSE, ET DE LA BONNE ODEUR DE LILAS QUI SE RÉPANDIT DANS LA CABANE
    COMMENT LA FÉE EN BONNE PERSONNE BUT ET MANGEA AVEC MULOT ET MULOTTE
    Et but avec nos bons vieux. Dieu les garde !
    COMMENT TROIS BONNES FEES FIRENT TROIS BEAUX DONS A TROIS PETITES PRINCESSES
    MORALITÉ
    COMMENT LES ABEILLES ENTREPRIRENT UN LONG VOYAGE ET COMMENT ROSE-ROSE ATTENDIT LEUR RETOUR
    COMMENT MYRTIL FIT A TRAVERS LE MONDE UN VOYAGE MERVEILLEUX QUI DURA CENT ETCINQUANTE ANNEES.
    V
    COMMENT MYRTIL VIT LE PETIT CASTEL DE CIRE ET LES ADMIRABLES CHANGEMENTS QUI S’ÉTAIENT FAITS DANS LA NATURE DU JARDIN
    VI
    COMMENT LES COLOMBES BLANCHES ACCOMPAGNÈRENT ROSE-ROSE JUSQU’AU CASTEL DE CIRE ET COMMENT MYRTIL L’Y REJOIGNIT.
    VII
    COMMENT ROSE ACCUEILLIT MYRTIL ET DU DISCOURS QU’ELLE LUI TINT
    VIII
    COMMENT LES ABEILLES CHANTÈRENT, CE QUE L’AUTEUR EXPOSE EN MANIÈRE DE CONCLUSION
    COMMENT BELLE-MIGNONNE AVAIT EU DE SA MARRAINE LE DON DE FAIRE NAITRE DES FLEURS SOUS SES PAS AUSSITOT QU’ELLE AIMERAIT
    COMMENT LE ROI ET LA COUR SUIVIRENT LES AMANTS A LA TRACE ET DÉCOUVRIRENT UN CHATEAU DE FLEURS AU LIEU DE FORET
    COMMENT BELLE-MIGNONNE ET LE PAGE PARFAIT FURENT TROUVÉS L’UN PRÈS DE L’AUTRE ENDORMIS
    Une
    Passants
    Les Communiers
    Qvittons
    Grand DIEV, de qui la force en miracles feconde,
    LOVIS, à qui le ciel, de ce foudre de guerre
    Le Ciel a de jeunes pâturages
    Tendres, vers un palais triste et vermeil :
    Un Essaim d’Heures sauvages
    Des troupeaux silencieux du ciel,
    Un nuage, un doux taureau s’écume,
    Se détache, avec le souci réel
    Du Baiser qui l’arrose et la parfume.
    Et ces neiges, fraîcheur et ferveur,
    Au ciel des étreintes fatales,
    S’unissent, ô Douleur !
    La Passion plus doucement encore a lui.
    Sous le Baiser qui les parfume et les arrose,
    Le Couchant a brûlé comme un palais.
    Et le ciel s’aveugle avec les cendres
    Qu’un Dieu noir chasse avec un balai.
    CHŒUR DES CÈDRES DU LIBAN
    Saint, saint, saint le Seigneur qu’adore la colline !
    Derrière ces soleils, d’ici nous le voyons;
    Quand le souffle embaumé de la nuit nous incline,
    Comme d’humbles roseaux sous sa main nous plions !
    Mais pourquoi plions-nous ? C’est que nous le prions !
    C’est qu’un intime instinct de la vertu divine
    Fait frissonner nos troncs du dôme à la racine,
    Comme un vent de courroux qui rougit leur narine,
    Et qui ronfle dans leur poitrine,
    Fait ondoyer les crins sur le cou des lions.
    Glissez, glissez, brises errantes ;
    Changez en cordes murmurantes
    La feuille et les membres des bois !
    Nous sommes l’instrument sonore
    Où le nom que la lune adore
    A tous moments meurt pour éclore
    Sous nos frémissantes parois.
    Venez, des nuits tièdes haleines;
    Tombez du ciel, montez des plaines;
    Dans nos branches, du grand nom pleines,
    Passez, repassez mille fois !
    Si vous cherchez qui le proclame,
    Laissez là l’éclair et la flamme !
    Laissez là la mer et la lame !
    Et nous, n’avons-nous pas une aine,
    Dont chaque feuille est une voix ?
    Tu le sais, ciel des nuits à qui parlent nos cimes,
    Vous, rochers que nos pieds sondent jusqu’aux abîmes
    Pour y chercher la sève et les sucs nourrissants ;
    Soleils dont nous buvons les dards éblouissants ;
    Vous le savez, ô nuits dont nos feuilles avides
    Pompent les frais baisers et les perles humides : .
    Dites si nous avons des sens !
    Des sens dont n’est douée aucune créature,
    Qui s’emparent d’ici de toute la nature,
    Qui respirent sans lèvre et contemplent sans yeux,
    Qui sentent les saisons avant qu’elles éclosent ;
    Des sens qui palpent l’air et qui le décomposent,
    D’une immortelle vie agents mystérieux !
    Et pour qui ,donc seraient ces siècles d’existence ?
    Et pour qui donc seraient l’âme et l’intelligence ?
    Est-ce donc pour l’arbuste nain ?
    Est-ce pour l’insecte et l’atome,
    Ou pour l’homme, léger fantôme,
    Qui sèche à mes pieds comme un chaume,
    Qui dit la terre son royaume,
    Et disparaît du jour avant que de mon dôme
    Ma feuille de ses pas ait jonché le chemin ?
    Car les siècles, pour nous, c’est hier et demain ! ! !
    Oh ! gloire à toi, Père des choses !
    Dis quel doigt terrible tu poses
    Sur le plus faible des ressorts,
    Pour que notre fragile pomme,
    Qu’écraserait le pied de l’homme,
    Renferme en soi nos vastes corps !
    Pour que de ce cône fragile,
    Végétant dans un peu d’argile,
    S’élancent ces hardis piliers
    Dont les gigantesques étages
    Portent les ombres par nuages,
    Et les passereaux par milliers !
    Et quel puissant levain de vie
    Dans la séve, goutte de pluie
    Que boirait le bec d’un oiseau,
    Pour que ses ondes toujours pleines,
    Se multipliant dans nos veines,
    En désaltèrent le réseau !
    Pour que cette source éternelle
    Dans tous les ruisseaux renouvelle
    Ce torrent que. rien n’interrompt,
    Et de la crête à la racine
    Verdisse l’immense colline
    Qui végète dans un seul tronc !
    Dites quel jour des jours nos racines sont nées,
    Rochers qui nous servez de base et d’aliment !
    De nos dômes flottants montagnes couronnées,
    Qui vivez innombrablement;
    Soleils éteints du firmament,
    Étoiles de la nuit par Dieu disséminées,
    Parlez, savez-vous le moment ?
    Si l’on ouvrait nos troncs plus durs qu’un diamant,
    On trouverait des cents et-des milliers d’années
    Écrites dans le cœur de nos fibres veinées,
    Comme aux couches d’un élément !
    Aigles qui passez sur nos têtes,
    Allez dire aux vents déchaînés
    Que nous défions leurs tempêtes
    Avec nos mâts enracinés.
    Qu’ils montent, ces tyrans de l’onde;
    Que leur aile s’ameute et gronde
    Pour assaillir nos bras nerveux !.
    Allons ! leurs plus fougueux vertiges
    Ne feront que bercer nos tiges
    Et que siffler dans nos cheveux !
    Fils du rocher, nés de nous-même,
    Sa main divine nous planta;
    Nous sommes le vert diadème
    Qu’aux sommets d’Éden il jeta.
    Quand ondoîra l’eau du déluge,
    Nos flancs creux seront le refuge
    De la race entière d’Adam,
    Et les enfants du patriarche
    Dans notre bois tailleront l’arche
    Du Dieu nomade d’Abraham !
    C’est nous, quand les tribus captives
    Auront vu les hauteurs d’Hermon,
    Qui couvrirons de nos solives
    L’arche immense de Salomon ;
    Quand, plus tard, un Verbe fait homme
    D’un nom plus saint adore et nomme
    Son Père du haut d’une croix,
    Autels de ce grand sacrifice,
    De l’instrument de son supplice,
    Nos rameaux fourniront le bois.
    En mémoire de ces prodiges,
    Des hommes inclinant leurs fronts
    Viendront adorer nos vestiges,
    Coller leurs lèvres à nos troncs.
    Les saints, les poètes, les sages,
    Écouteront dans nos feuillages
    Des bruits pareils aux grandes eaux,
    Et sous nos ombres prophétiques
    Formeront leurs plus beaux cantiques
    Des murmures de nos rameaux.
    Glissez comme une main sur la harpe qui vibre
    Glisse de corde en corde, arrachant à la fois
    A chaque corde une âme, à chaque âme une voix !
    Glissez, brises des nuits, et que de chaque fibre
    Un saint tressaillement jaillisse sous vos doigts !
    Que vos ailes frôlant les cintres de nos voûtes,
    Que des larmes du ciel les résonnantes gouttes,
    Que les gazouillements du bulbul dans son nid,
    Que les élancements de la mer dans son lit,
    L’eau qui filtre, l’herbe qui plie,
    La sève qui découle en pluie,
    La brute qui hurle et qui cric,
    Tous ces bruits de force et de vie
    Que le silence multiplie,
    Et ce bruissement du monde végétal
    Qui palpite à nos pieds du brin d’herbe au métal,
    Que ces voix qu’un grand chœur rassemble
    Dans cet air où notre ombre tremble
    S’élèvent pour chanter ensemble
    Celui qui les faits, Celui qui les entend,
    Celui dont le regard à leurs besoins s’étend :
    Dieu, Dieu, Dieu, mer sans bords qui contient tout en elle,
    Et que chaque soupir de l’heure qu’il rappelle
    Remonte à lui, d’où tout descend ! ! !
    .................................................
    Vous êtes la beauté. Vers la pure Ionie [2]
    [5] aux bois sacrés de l’Ausonie [6]
    Les
    Renaissance
    Ne
    récit
    chœur
    O passant,
    Ne suis pas le chemin qui longe les abîmes.
    Ne suis pas le chemin qui longe les abîmes.
    EXPLICIT CENT BALADES
    Mais gloire aux cathédrales !
    Avec leur forêt d’énormes piliers
    Ce sont des cités au-dessus des villes,
    De l’aumône, au fond des sébiles,
    Sous leurs porches hospitaliers.
    Humblement agenouillées
    Les églises et les chapelles
    Des couvents,
    Tout au loin vers elles
    En joyeuses vassales ;
    Voyez dans le nuage blanc
    Ceux-là qui dressèrent la tour
    Avec ses quatre rangs d’ouïes
    Ceux qui bâtirent la muraille,
    Tous ceux dont les doigts ciselèrent
    Ceux qui semèrent de fleurs vives
    Et vous, doigts qui semiez
    Chaque jour encor faites s’éveiller
    La rosace, immortelle rose
    Que nul vent ne vient effeuiller !
    Des tabernacles
    De l’amour !
    Vous qui voyez, ô souveraines,
    La ville à vos genoux courber ses toits !
    Vous dont les beaux pieds sont de marbre pur !
    Vous dont les voiles
    Sont d’azur !
    Vous dont la couronne est d’étoiles !
    Vous êtes belles sans orgueil !
    Qui conduisent au bord du ciel,
    Ô magnifiques cathédrales,
    Les nefs aux silences amis,
    Ce que disent les cathédrales,
    Soit qu’au peuple, autour d’un cercueil,
    Un orgue aux ondes sépulcrales
    Soit que la foule autour des tables
    S’y presse aux repas délectables,
    Soit qu’un prêtre vêtu de blanc
    Y rayonne au fond de sa chaise,
    Heureux le cœur qui l’écoute en tremblant !
    Heureux celui qui vous écoute,
    Ô cathédrales, je vous vois
    D’invisibles ris sont largués,
    Une vigie est sur la hune,
    Car immobiles, vous voguez,
    Car c’est en vous que je vois l’arche
    Et vous bravez tous les désastres.
    Allez, vous êtes la figure
    Vivante de l’humanité ;
    Mène au port de l’éternité.
    Que tout le ciel contemple,
    Sur les marches du temple ;
    Ô divine accouchée,
    Sous la roche penchée ;
    L’adorant la première,
    Être fait de lumière ;
    À la nuit de la tombe
    Des ailes de colombe,
    Dont tressaillent les cordes,
    Et de miséricordes ;
    Doucement importune,
    Le croissant de la lune ;
    Le cortège de Vierges,
    Étoile par les cierges.
    Les cantiques en flammes,
    Et tes larmes des femmes ;
    Luisait sous mes paupières,
    L’échelle des prières
    Aux pentes du Parnasse ;
    Et mis dans votre nasse
    Mis les cloches en joie,
    Le velours et la soie !
    Pour couper votre robe !
    J’émaillerais le globe !
    Planant sur nos désastres,
    Son soleil et ses astres !
    Et qui sont des orfèvres !
    Moins vermeils que vos lèvres ;
    Ni le marchand notable,
    Ses jambes sur la table
    Nul trésor dans mon coffre,
    De bon cœur je vous offre.
    La couleur en est franche,
    C’est la chasteté blanche,
    Fleur du cœur, non du bouge,
    Et la charité rouge.
    De la science avare,
    L’amour de ce fruit rare ;
    Je ne suis pas du temple,
    À tous que son exemple.
    Un peuple qu’il relève
    Dire ce que je rêve.
    Aimez, l’amour allège ;
    Comme un lys dans la neige !
    L’on cueille sous son aile,
    C’est la fleur éternelle.
    Pauvres cœurs que nous sommes !
    Et l’amour fuit les hommes !
    Et dans notre mémoire,
    Son affreuse aile noire ;
    Tant de poignards avides ;
    Sont des sépulcres vides.
    Sur la foule futile ;
    De ma vie inutile.
    Pour sa sainte querelle,
    Est étrangement belle ;
    Et que sa joue est pleine ;
    Au milieu de la plaine ;
    Ainsi que les pleurs lâches ;
    Que, pour de nobles tâches,
    Comme un arc qui s’anime,
    Sa tête magnanime ;
    Et que sa lèvre est grasse,
    L’autre nom de la grâce ;
    Jusqu’à rompre l’écorce ;
    L’autre nom de la force ;
    Et que le mal recule
    La compagne d’Hercule.
    Ô vierge catholique !
    Au mal mélancolique ;
    Ces sœurs sont exilées ;
    Avec des voix ailées !
    Sous le ciel noir qui gronde,
    Comme un noyé dans l’onde !
    De la vie et de l’âme,
    Pieuse de la femme,
    A balayé ces roses,
    Sont repus et moroses ;
    De l’âme qui décline,
    Comme une ombre orpheline.
    De notre temps qui souffre,
    Dévoré par le gouffre ?
    Et les yeux pleins de flammes,
    Lui seul prendra les âmes ;
    Noirs de gloire usurpée,
    La parole et l’épée ;
    Il fera pour l’Église
    Sous la main de Moïse.
    Incertain de la foule,
    Du siècle qui s’écroule,
    D’un front lourd de conquêtes,
    Que frappent deux baguettes ;
    D’éloquente frottée,
    À la lave irritée,
    Le glaive à lame amère
    Du forgeron Homère,
    Dont la gloire est jalouse,
    Aux pieds de Charles douze ;
    De l’amour qui féconde,
    Pour transformer le monde.
    Je
    [2] le dénûment violent[3]
    20
    [4], très vigoureux[5]
    60 s’éveillèrent[9]
    [10]
    70
    [11]
    80
    [12]
    90
    100
    110
    [13]
    [14]
    120 misère[15]
    130
    140
    [16]
    150
    160
    [17]
    [18]
    170
    [19]
    [20]
    180
    [21]
    190
    200
    [22]
    210
    [23].
    220
    [24]
    230 lui qui devait garder la falaise côtière[25]
    240 [à proue couverte d’anneaux[26]
    250
    260
    270
    [27]
    280
    [28]
    [29]
    290
    À tel des [héros] agissant en braves[30]
    300
    310
    330
    330
    340
    350
    [31]
    360
    370 qui a conduit ici ces guerriers ».
    380
    390 grand’salle Wulfgar s’avança,][32]
    400
    [33]
    [34]
    410
    [35]
    420
    430
    440
    [36]
    450
    [37]. Toujours la destinée va comme elle le doit ! »
    460
    470
    480
    490
    500
    [38]
    510
    [39]
    520
    [40]
    530
    540
    550
    560
    570
    580
    [41]
    [42]
    [43]
    590
    600 tue[44]
    610
    [45]
    620
    [46]
    630
    640
    650
    [47]
    [48]
    660
    670
    [49]
    680
    690
    [50]
    700
    710
    [51]
    720
    [52]
    730
    après cette nuit. [La] grande anxiété[53]
    [54]
    740
    750
    [55]
    [56]
    760
    [57]
    770
    780
    790 en ce jour de cette vie.
    [58]
    800
    [59]
    [60]
    [61]
    810
    [62]
    [63]
    820
    [64]
    830
    [65] de Grendel) sous le toit spacieux.
    840
    850
    [son] âme païenne ; là l’enfer[66]
    860
    [67]
    [68]
    870 de vieilles sagas, imaginait une histoire nouvelle[69]
    880
    [70]
    890
    [71]
    900 par ses actes de courage ; aussi prospéra-t-il jadis[72]
    910
    [73]
    920
    [74] le sentier [de la salle] d’hydromel avec un groupe de jeunes filles.
    [75]
    930
    [76]
    940
    950
    960
    970
    980
    [77]
    [78]
    990 arracher la sanglante paume d’assaut de l’être prodigieux.
    [79]
    1000
    [80], prit la fuite,
    1010
    1020
    1030
    [81]
    [82]
    1040
    1050
    [83]
    1060
    [84]
    [85]
    1070
    [86]
    1080
    [87]
    [88]
    1090
    1100
    [89]
    [90]
    1110
    [91]
    1120
    [92] était parti. »
    1130
    [93]
    [94]
    1140
    [95]
    [96] pas le sort du monde[97]
    [98]
    [99]
    1150 [et] l’accusèrent de [leur] part de maux ; [son] esprit[100]
    [101]
    1160
    [102]
    1170
    1180
    [103]
    1190
    1200
    1210
    [104]
    [105]
    1220
    [106]
    1230
    [107]
    1240
    1250 à leur seigneur lige ; cette gent était brave.
    1260
    [108]
    [109]
    [110]
    1270
    [111]
    [112]
    1280
    [113]
    [114]
    1290
    1300
    [115]
    1310
    [116]
    1320 d’après cette convocation pressante[117], la nuit [avait été] paisible.
    Hrothgar parla[118]
    [119]
    1330
    1340
    [120]
    [121]
    1350
    1360
    [122]
    [123]
    1370
    1380
    1390
    [124]
    1400
    [125]
    1410
    [126]
    [127]
    1420
    [128]
    1430
    [129]
    1440
    1450
    épée flamboyante ni estoc batailleur ne pût [le] mordre[130]
    1460
    [131]
    [132]
    1470
    1480 Sois, toi, le protecteur[133]
    [134]
    1490
    Après ces paroles le chef des Weder-Géates[135]
    [136]
    1500
    1510
    [137]
    1520
    1530
    1540
    [138]
    [139]
    1550 Lors eût péri[140]
    [141]
    1560
    [142]
    [143]
    [lui] brisa les anneaux osseux[144]
    1570
    1580
    1590
    1600
    [145]
    1610 qu’il déroule les cordes du gouffre[146]
    [147]
    1620
    1630
    1640
    1650 les gens aperçurent un étonnant spectacle.
    [148]
    1660
    [149]
    1670
    1680
    1690
    [150]
    1700
    [151]
    [152]
    [153]
    [154]
    1710
    [155]
    [156]
    [157]
    1720 aux Danois suivant la coutume[158]
    [159]
    [160]
    1730
    1740
    [161]
    1750
    1760
    [162]
    [163]
    1770 les Danois aux Anneaux[164]
    [165]
    1780
    [166]
    1790
    [167]
    1800
    [168]
    [169]
    1810
    1820
    [170]
    [171]
    [172]
    1830
    [173]
    1840
    [174]
    1850
    [175]
    1860
    [176]
    1870
    1880
    [177]
    1890
    1900
    [178]. Il s’en alla sur le navire[179]
    1910
    1920
    [180]
    [181]
    [182]
    1930
    [183]
    [184]
    [185]
    [186]
    1940
    [187]
    1950
    renommée pour [sa] bonté, sur le siège souverain[188]
    [189]
    1960 son pays natal. De là Eomer s’éveilla[190]
    [191]
    1970 bourgs distribuait des anneaux. Le voyage de Beowulf[192]
    [193]
    1980
    [194]
    1990
    [195]
    [196]
    2000
    2010
    [197]
    [198]
    2020
    2030
    [199] accompagne l’enfant seigneurial des Danois[200]
    2040
    [202]
    2050
    [203]
    2060
    [204]
    2070
    [205]
    [206]
    2080
    2090
    2100 triste d’humeur, tomba au fond du marais.
    [207]
    2110
    [208]
    [209]
    2120
    [210]
    2130
    [211]
    2140 de mon énorme épée[212]
    [213]
    2150
    [214]
    [215]
    2160 Néanmoins[216]
    [217]
    [218]
    2170
    [219]
    2180
    [220]
    2190
    2200
    [221]
    2210
    en ne sait qui d’entre les hommes. . . . . il prit[222]
    2220 le héros [sans reproche] du peuple, que [le dragon] était furieux.
    2230
    2240
    2250
    2260
    [223]
    2270
    2280
    2290
    2300
    2310
    Lors l’étranger[224]
    2320
    2330
    2340
    [225]
    [226]
    2350
    2360 par sa propre force, usant de la natation[227]
    [228]
    [229]
    2370
    [230]
    2380
    [231]
    [232]
    Il se souvint de venger cette catastrophe nationale[233]
    2400
    [234]
    2410 [l’endroit] où il savait une salle de terre solitaire[235]
    2420
    [236]
    [237]
    2430
    [238]
    [239]
    [240]
    2440
    2450
    [241]
    [242]
    [243]
    2460
    [244]
    2470
    2480
    Lors j’ai appris que le matin un frère[245]
    2490
    [246]
    2500
    [247]
    [248]
    2510
    2520
    [249]
    2530
    [250]
    2540
    [251]
    2550
    [252],
    2560 le seigneur des Géates, contre l’hôte affreux[253]
    [254]
    [255]
    [256]
    2570 se précipita vers [son] destin[257]
    [258]
    2580 pressé de peines[259]
    [260]
    [261]. Ce ne fut pas là un voyage[262]
    [263] à abandonner cette plaine terrestre[264]
    [265]
    2590
    [266]
    2600
    [267] pour qui est bien pensant.
    [268]
    2610
    [269]
    2620
    [270]
    2630 après que les trois furent aux prises[271]
    [272]
    2640
    [273]
    2650
    [274]
    2660 épée et heaume, cotte de mailles et bouclier protecteur[275].
    Lors il marcha à travers la fumée meurtrière[276]
    [277]
    2670
    [278]
    [279]
    2680 la tête [de la bête] enfoncé par l’assaut. Naegling[280]
    [281]
    2690 se jeta sur le vaillant, lorsque l’occasion s’offrit à lui[282]
    2700
    [283] ses sens, il tira l’épée courte meurtrière[284]
    2710 le dernier temps de victoire[285]
    [286]
    [287]
    [288]
    2720
    [289]
    [290]
    2730
    [291]
    [292]
    [293] avec des amis de combat[294]
    [295]
    2740
    2750
    [296].
    [297] tissée, sous le toit du tumulus.
    [298]
    2760
    [299]
    [300]
    2770 une lueur [en sorte] qu’il pût distinguer le parquet[301]
    [302]
    2780
    [303]
    [304]
    [305]
    2790 [parvenu] au bout de ses jours ; il se mit de nouveau
    [306]
    2800 l’abandon de ma vie âgée[307]
    [308]
    2810
    [309]
    [310]
    2820 sortit du cœur pour aller trouver le sort des justes[311].
    [313]
    2830
    [314]
    2840
    [315]
    2850
    [316]
    [317]
    2860
    2870
    2880
    [318]
    [319]
    [320]
    [à savoir] du jour final ou[321]
    2900
    [322]
    [323]
    [324]
    2910 de l’[être] cher et de l’[être] odieux[325]
    [326]
    [327]
    [328]
    2920
    2930 il tua le chef maritime[329], recouvra [sa] femme,
    [330]
    [331]
    2940
    [332]
    [333]
    2950 vieux, très soucieux[334]
    [335]
    [336]
    [337]
    2960 après que les Hrethlings se pressèrent vers l’enclos [retranché][338]
    [339]
    2970
    [340]
    2980
    [341]
    2990 des récompenses devant la nation[342]
    [343]
    [344]
    3000 l’assaut de carnage[345]
    [346]
    3010 sur le chemin du bûcher. Nulle chose seule[347]
    3020
    [348]
    3030
    [349]
    3040
    [350]
    3050
    3060
    [351]
    3070 l[352]
    [353]
    3080
    [354]
    [355]
    3090
    [356]
    3100
    [357]
    3110   Lors le fils[358] de Weohstan, le héros[359]
    [360], qu’ils portassent de loin,
    [361]
    3120
    [362]
    3130
    [363] grisonnant, vers Hronesnaes[364].
    3140
    [365]
    [366]
    [367]
    3150 [leur] seigneur lige ; [la vieille] femme[368]
    [369]
    3160
    [370] le tumulus des bagues et des bijoux[371]
    3170
    [372]
    [373]
    [374]
    3180
    Novembre 1858.
    Baudouin Bras de Fer
    Le banquet des Gueux
    Envoi
    Jean Richepin.
    (La chanson des gueux)
    Pour copie conforme :
    G. Nouveau.
    Le jour, le jour se lève,
    Clairons, voici le jour !
    Enfin, le jour se lève !
    Battez la générale,
    Battez, battez, tambour !
    Pour le tir à la cible
    Battez, battez, tambour.
    Sa caresse est féline
    comme le point du jour :
    Pour gravir la colline
    Battez, battez, tambour !
    Sa caresse est câline
    Comme le flot du jour :
    Pour gravir la colline,
    Sa caresse est énorme
    Comme l’éclat du jour :
    Pour les rangs que l’on forme,
    Sa caresse vous touche
    Comme l’onde et le feu ;
    Pour tirer la cartouche,
    Battez, battez un peu.
    Son Baiser vous enlace
    Comme l’onde et le feu :
    Pour charger la culasse,
    Sa Caresse se joue
    Tambour, pour mettre en joue,
    Sa caresse est terrible
    Pour le cœur trop sensible
    Battez, battez un peu.
    Sa caresse est horrible,
    Pour ajuster la cible,
    Restez, battez un peu.
    Cette Caresse efface
    Tout, sacré nom de Dieu !
    Pour viser bien en face,
    Son approche vous glace
    Comme ses feux passés :
    Pour viser bien en face
    Cessez.
    Car l’Amour est plus belle
    Que son plus bel amour :
    Battez pour la gamelle,
    Battez, battez tambour,
    Sonnez la boute-selle,
    Trompettes de l’Amour !
    Pour ma belle, à la ville,
    Battez, battez tambour !
    Car elle est moins cruelle
    Que la clarté du jour :
    L’amour est plus docile
    Que son plus tendre amour :
    Battez, battez tambour.
    Elle est plus difficile
    A plier que le jour :
    Pour la mauvaise ville,
    Nul n’est plus difficile
    A payer de retour :
    Pour la guerre civile,
    Pour l’amour et la charge,
    Battez pour vous défendre,
    Battez, battez tambour.
    Amis, la terre est vaste,
    En avant, le tambour.
    Battez, pour l’homme brave,
    Battez pour l’homme lâche,
    Pour le visage pâle
    Car l’Amour, c’est la guerre,
    Pour écarter le doute,
    Or, mourir lui ressemble :
    Battez fort pour qui tremble,
    Car la paix, c’est sa palme,
    Battez, pour qu’elle expire,
    Battez pour qui veut vivre,
    Battez, la mort est belle,
    La guerre est la plus large
    Des portes de l’Amour :
    Pour l’assaut et la charge,
    Pour étouffer la plainte
    Battez, battez plus fort.
    L’amour est au plus brave,
    La Victoire… au plus fort !
    Poème écrit à Bicêtre
    Aujourd’hui
    Atthis, seule, détaillant un manuscrit.
    Furtive et confuse.
    Elle tresse des fleurs.
    Oppressée, elle ouvre la porte, et le verger apparaît.
    Elle contemple un instant les arbres en fleurs, puis se détourne avec une mélancolie croissante.
    On entend la voix de Psappha qui chante :
    Atthis, autrefois… »
    Le chant s’éloigne et meurt peu à peu.
    Songeant.
    Des voix confuses s’élèvent au dehors.
    Chœur des vierges :
    Mêle les couleurs.
    Vers Androméda. »
    La voix de Psappha dans le lointain :
    L’ombre de la veille.
    De Timas la Morte.
    Je suis éternelle. »
    Blanches du regret.
    Je t’aimais, Atthis !
    Bleus comme la nuit.
    Et tes trahisons.
    Plus loin de l’amour.
    La pourpre des fleurs.
    Je t’aimais, Atthis.
    Aimer la Vérité,
    Sans la beauté de Dieu, le cœur de l’homme est sombre.
    Quelquefois le génie est le mot d’un enfant.
    éclairé, cet âge utilitaire
    En avant ! en avant
    conseil au-dessus du précepte
    plus utile
    Mieux comprendre
    moins sauvage
    Spiritisme
    l
    Mammocratie
    Leur
    L
    Quand
    C’est
    I
    Au
    dieux inconnus
    maîtres inconnus.
    L’aurore
    Envoi
    L’hymne d’amour puissant et calme.
    Des temps nouveaux tendre la palme !
    Terre radieuse et féconde,
    Doubla l’envergure du monde !
    Pour contrepoids et pour remède.
    Avec ce levier d’Archimède !
    De l’œuvre civilisatrice.
    De grande régénératrice !
    Voit en toi l’ardente fournaise
    S’élabore l’âpre genèse !
    Tout
    jamais
    A ma sœur Laurence.
    Chicago, mars 1868.
    Place de la Gare, à Charleville.
    Valse des fifres
    Ô toi qui naquis la première,
    Blanche mère des visions,
    Des vapeurs flottantes dans l’air :
    Sourit, ô fille des étoiles !
    Salut ! douce ; salut ! puissante.
    Et conseillère de mes pas.
    Par toi, tout ce que nous aimons.
    Tu charmes le bord des ravines.
    Dans les parfums et la rosée ;
    Sur les choses que tu chéris.
    Tu donnes aux nuits la douceur,
    Que cherchent les jeunes tendresses.
    Et de blonds nageurs que tu dores.
    Prêtent l’éclat des sept couleurs.
    Sous ton vêtement glorieux ;
    Versent des délices nouvelles.
    Où tu brilles dans une gemme,
    Vierge comme en ton jour natal.
    Belles et simples comme toi,
    Leurs formes toujours cadencées !
    En une volupté sereine,
    Sous ta chaste couronne d’or.
    Formera mes destins futurs,
    Mes nouvelles métamorphoses.
    blizzards
    *
    Jusqu’à son dernier battement ;
    À chaque goutte de mon sang !
    Sa rude ride sans pardon
    Dont elle marque le sillon !
    Par mes otages fusillés,
    Par mes fils tombés par milliers,
    De vaincre ou de mourir pour eux,
    Au cœur de mes morts valeureux !
    En face du ciel, je le fais,
    Rouges encor du sang français,
    Je regarde, avec un frisson,
    Qui brûle et croule à l’horizon ! »
    21 Mars 1915.
    5 octobre
    Quand
    JEAN DE LA FONTAINE
    CATULLE.
    À quoi bon ?
    1
    Champillet, 9 septembre 1882.
    Viens
    Doucettement
    Et ce bonheur qui vous inonde,
    Le temps d’une aube boréale,
    Ce que j’ai souffert par la femme,
    Reviennent les blanches cigognes.
    * M. de Bellegarde.
    Des vers retentissants valent-ils le silence D'une âme qui remplit son devoir simplement, Et, pour autrui toujours pleine de vigilance, Trouve sa récompense et sa joie en aimant ?
    La splendeur de la forme est une corruptrice ; Les ivresses du beau rarement nous font purs ; Recherche pour ton dîme une autre inspiratrice Que la Vénus aux yeux changeants, tendres ou durs.
    Accomplis ton devoir, car la beauté suprême, Tu le sais maintenant, n'est pas celle des corps : La statue idéale, elle dort en toi-même ; L'œuvre d'art la plus haute est la vertu des forts.
    Le saint est le très noble et le sublime artiste, Alors que de sa fange il tire un être pur Et tire un être aimant d'une bête égoïste, Comme un sculpteur un Dieu d'un lourd métal obscur.
    L'humble héros qui lutte et qui se sacrifie, S'offrant à la douleur, à la mort sans trembler, Seul t'apprendra les fins augustes de la vie ; Et c'est à celui-là qu'il te faut ressembler.
    Des tristes, des souffrants, de tant d'âmes qui pleurent, Approche avec amour, et les viens relever : C'est en luttant, souffrant, en mourant comme ils meurent, Qu'ils t'ont permis de vivre et permis de rêver !
    Regarde-les parfois entr'ouvrant leurs yeux mornes Sur cette vie étrange et terrible pour eux. Que ta religion soit la pitié sans bornes ! Allège le fardeau de tous ces malheureux !
    De ton âme l'ennui mortel faisait sa proie, Etant le châtiment de l'incessant désir ; Du fier renoncement de ton âme à la joie Goûte la joie austère et le sombre plaisir.
    Sache que les héros, les saints, tu les imites En détruisant en toi l'égoïsme d'abord ; Meurs à toi-même, afin de vivre sans limites : Toute âme pour grandir doit traverser la mort.
    Connais du vrai héros la volupté profonde ; Libre de sentiments égoïstes et bas, Sentant battre ton cœur avec le cœur du monde, Habite un lieu divin où la mort n'atteint pas.
    Quand à l'âme de tous ton âme est réunie, Si bien que leur douleur est ta propre douleur, Alors tu fais ta vie immortelle, infinie, Et fais large ta joie en y mêlant la leur.
    Oui, ta vie est sublime, est harmonique et pleine, De cette heure où ton être étroitement confond Sa destinée avec la destinée humaine, Et rentre, goutte d'eau, dans l'Océan profond.
    Note[modifier]

  • Polycrate.
  • Panem nostrum
    Benedicite
    Et le pain de son sac…
    Pater
    Un Pauvre
    cornandons
    la part du bon-dieu
    trop fortuné s’il connût son bonheur
    5
    10
    15
    20
    25
    30
    35
    40
    45
    6 octobre
    tertulia
    III
    1
    Refrain
    2
    3
    4
    5
    6
    7
    À Agénor Brady.
    Surgite
    Mortui
    Au poète Auguste Dorchain.
    Du château de R…
    IV
    Trois
    A la princesse D....
    (Paris, octobre 1838.)
    sièges
    protège
    Songeant
    SCHUMANN
    Nous
    Fiat lux
    Note[modifier]

  • Ô Papillon
    Sur
    Vite
    Votre mari le sabotier
    INCONNU
    Juin 1879
    D’un
    Vide ta pinte,
    Roulier.
    Et l’orge blond
    Et le houblon de Flandre ;
    Vide ta pinte
    Joyeux et recueilli
    Et laisse un peu de ton pays
    Dans toi-même descendre.
    Le houblon vert et l’orge blond
    Pour s’exalter vers la lumière
    Ont pris d’abord au sol profond
    La bonne sève de la terre.
    Comme toi, roulier,
    Ils ne savent du monde
    Que les champs clairs et familiers
    Qui vont d’Alost jusqu’à Termonde ;
    Ils ont aimé aux temps d’éveil
    La même pluie et le même soleil,
    Qui lentement sont devenues,
    La bière.
    D’un geste large et régulier
    Vide ta pinte,
    Roulier,
    Et commande avec entrain
    Un second verre
    Pour le vider
    Avec la saine et luisante commère
    Qui te l’apporte
    Au seuil des portes
    Sur un plateau d’étain.
    Car elle aussi, a puisé dans la terre,
    Dans l’air, le vent et le soleil,
    Ont exalté ses yeux profonds,
    Et, comme l’orge et le houblon,
    D’un geste large et régulier
    Roulier.
    À Henri d’Arles.
    Imitation de J.-C.
    Hic nostri reditus...!
    La vie s’écoule entre deux rires : l’Espérance et le Regret.
    À MES LECTRICES.
    9 Nommé sont Scens, Retorique et Musique.
    [9]
    13 Que ne t’en voit en metre et en rimer ; [10]
    [15]
    22 Soutis, loyaus, jolis et sans amer. [17]
    27 Qui te bail Scens, Retorique et Musique,
    4 Par qui j’ay corps, vie et entendement.
    9 Tant qu’en ce mont vous plaira que je vive. [21]
    [22] [23]
    [25]
    [26]
    22 Et les aucuns chanter bien plaisanment. [27]
    27 Tant qu’en ce mont vous plaira que je vive. [29]
    180
    184 Commencier le Dit dou Vergier.
    Un prêtre de Jupiter,
    Père de deux grandes filles,
    Toutes deux assez gentilles,
    Et n’avaient point de bénéfices :
    Bientôt après cet hyménée
    Chez son époux, le père va les voir.
    — Bonjour, dit-il, je viens savoir
    — Jamais, répond la jardinière,
    Vous ne fîtes meilleure affaire :
    Il sait m’aimer sans jalousie,
    Je l’aime sans coquetterie :
    Fasse pousser nos artichauts.
    De Jupiter; je lui dirai deux mots.
    Adieu, ma fille. — Adieu, mon père.
    L’interroger, comme sa sœur,
    Sur son mari, sur son bonheur.
    Le travail, l’amour, la santé,
    Tout va fort bien, en vérité;
    Pour sécher notre poterie.
    Vous, pontife du dieu de l’air,
    Parlez pour nous à Jupiter,
    — Très volontiers, ma chère amie :
    Tu me demandes du beau temps,
    Et ta sœur a besoin de pluie.
    Se soumettre, c’est les prier.
    Parmi les marguerites,
    Se sont assises dans un pré
    Trois jeunes filles.
    Elles s’exaltent et babillent
    À leur gré ;
    Savent-elles ce qui incite
    Leur langue à tant parler ?
    La première fait mille contes,
    Se trompe et se reprend, et puis raconte
    D’oreille à oreille
    Comment elle a capté la veille,
    Sans bruit, en tapinois,
    Un essaim migrateur qui s’égarait au bois.
    La deuxième n’est point en reste,
    — Brusques regards, paroles prestes
    Et menus gestes —
    Mieux que personne, elle connaît les soins
    Dont a besoin,
    La première couvée.
    Enfin
    La troisième caquette en vain.
    Des pas se font entendre sur la route
    Et s’approchent du pré
    Où sont assises à leur gré
    Les jeunes filles.
    Ce sont trois gars du bourg voisin
    Sans regarder qui les regarde.
    Et maintenant,
    AIS-TU
    31 mars 1882.
    XI
    Et prédisant aux crimes d’à présent
    4 février 1881.
    29 mai 1882.
    Charles Nodier
    maternelle
    Ceux qui ne sont pas revenus !
    De leur foyer et de leur cœur !
    Derrière
    Air : Mire dans mes yeux tes yeux.
    divans
    À Leconte de Lisle.
    Par
    Aux atroces baisers du ver,
    C’était par une nuit d’hiver :
    Ses pauvres organes défunts,
    On versa d’onctueux parfums,
    Et quand il en fut tout rempli,
    Sans que la peau fit un seul pli.
    Avait mis l’azur de ses ciels
    Par des yeux bleus artificiels.
    Parvint à la pétrifier ;
    « Ça ne peut se putréfier !
    « Par les reptiles du tombeau,
    « Ait perdu le moindre lambeau ! »
    Avec l'essence du carmin,
    Son cou svelte et sa frêle main.
    Pleine de stupeur et d’effroi ;
    À son pauvre petit pied froid.
    Je dénouai ses longs cheveux,
    Au délire atroce et nerveux.
    Pesantes comme un plomb fatal,
    Dans une bière de cristal.
    Et sur les ors et les velours
    Planaient chauds, énervants et lourds.
    Et ressuscitant sa beauté,
    Dans les bras de la volupté.
    De marbre noir et d’or massif,
    Au-dessous d’un crâne pensif,
    Narguant la putréfaction,
    Devant ma stupéfaction.
    Paris, 26 mars 1849.
    Lamartine
    Le même.
    À P. M.
    (bis)
    (bis)
    trois bouts du triangle
    Quatre-Bis
    Quand
    Peser le voile de la mort.
    C’est notre esprit qui ne voit pas.
    Il peut à peine l’écarter.
    Sur le premier flambeau venu.
    A déjà répondu : « Tu mens !
    Que tu feras de la clarté ? »
    N’ont arraché que des lueurs.
    Les fantômes qui les hantaient.
    L’Invisible à se laisser voir.
    À jamais cet aveugle-né.
    Qu’elle renonce à son tourment.
    Devient de plus en plus navrant.
    Des lèvres de l’Humanité.
    Prière
    (Paris, août 1838.)
    Sous
    À Madame Louise Ackermann.
    divisa
    in vino veritas
    Ce me semble, de vieilles planches ? »
    Recuit à la flamme éternelle !
    Ce Redresseur que tu célèbres ? »
    Être vertueux, dans une heure ! »
    Qu’habite et que ronge un insecte ! »
    À la joyeuse Messe noire ?
    Énorme et laid comme le monde !
    D’aller au Ciel et d’être riche ?
    Compagnons de ma triste joie,
    Et qui n’est pas de pierre tendre ;
    Un Ange sonne la victoire
    Et ta prudence est infinie. »
    Dont elle chante les louanges.
    Oh ! la canaille !... et passer son chemin.
    Martial de Paris
    Heureuse ainsi que moi dans un tout petit coin.
    Bouilly. —
    Comme un phare au-dessus des flots.
    Marquerait tout un peuple au front ! »
    Pour voir les plus grands de l’État.
    L’homme de bronze surgira.
    Il se brûle en s’illuminant.
    À Edmond de Guerle.
    5 novembre
    Qui toujours ont besoin de guerre;
    Quant à moi, je les fuis sans cesse,
    C’est la panure des vertus.
    Dans un grand terrier de lapins
    Vint porter sa misanthropie.
    Il leur conta ses longs chagrins,
    De vouloir lui donner asile.
    Volontiers, lui dit le doyen :
    Sont d’aller, dès l’aube du jour,
    Avec nos femmes, nos petits;
    Dans la gaîté, dans la concorde,
    Souvent ils sont prompts à finir;
    Raison de plus pour en jouir.
    Telle est notre philosophie.
    Et soyez de la colonie;
    À ce discours plein de sagesse,
    De passer ses jours avec eux.
    Alors chaque lapin s’empresse
    D’imiter l’honnête doyen
    Et de lui faire politesse.
    Jusqu’au soir tout alla bien :
    Le hérisson de ses piquants
    Lui dit le père de l’enfant.
    Le hérisson, se retournant,
    Et je ne puis pas me refondre.
    Tu peux aller te faire tondre.
    XXII
    Dors
    Triple Châsse vierge et martyre,
    Derrière un verre, sous le plomb,
    Elle est éteinte
    Cette huile sainte…
    Il est éteint
    Le sacristain !…
    orgue de Barbarie ?
    Châsse
    De par le Pape, tout fidèle,
    À Saint-Jacques de Compostelle
    Close en odeur de sainteté
    .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .
    Cordieu ! Madame est donc sortie ?…
    Je suis un bon ange, ô bel Ange !
    Pour te couvrir, doux gardien…
    La terre maudite me tient.
    Ma plume a trempé dans la fange…
    Hâ ! je ne bats plus que d’une aile !…
    Prions… l’esprit du Diable est prompt…
    — Ah ! si j’étais lui, de quel bond
    Je serais sur toi, la Donzelle !
    … Ma blanche couronne à ma tête
    Déjà s’effeuille ; la tempête
    Dans mes mains a brisé mon lys…
    — Par Belzébuth ! contre la borne
    Je viens de me rompre la corne !
    Comme les trucs sont démolis !
    Holà !… je vois poindre un fanal oblique
    — Flamberge au vent, joli Muguet !
    Sangre Dios ! rossons le guet !…
    Un bonhomme mélancolique
    Sereno… — Sereno toi-même !
    — Minuit : second jour de carême,
    Prêtez-moi donc un cigaro…
    Gracia ! La Vierge vous garde !
    — Mais… pas grand’chose et toi, merci.
    De Tolose au Guadalété !
    — Ça : n’as-tu jamais arrêté
    Musset… musset pour sérénade ?
    — Santos !… non, sur la promenade,
    Je n’ai jamais vu de mussets…
    — Son page était en embuscade…
    Ah Carambah !
    Qui vient nous la faire à l’aubade ?…
    Traduction de Dureau de Lamalle.
    V
    Les frissons courent :
    Qui vous labourent.
    Au bout des voiles ;
    Sont des étoiles !
    Et les ramures ;
    Et des murmures.
    L’âme et la robe !
    Qu’il se dérobe !
    Récompensée ;
    De la pensée.
    Qui revêt l’arbre
    Blanc comme un marbre.
    Te bouleverse,
    Qui me traverse ! »
    Qui vous envoûte !
    Frissonne toute.
    À la voix trouble,
    Et qui redouble.
    Blafarde et maigre,
    Sous la bise aigre.
    Sans amertume ;
    Qui nous consume !
    Eh
    Leur boujaron [1]
    Morts… Merci : la Camarde
    Ou perdus dans un grain…
    encombrer
    sombrer
    mort
    La Mer !…
    noyés
    Buvant sans hauts-de-cœur la grand’tasse salée
    — Comme ils ont bu leur boujaron. —
    Respire à chaque flot.
    On dirait le ventre amoureux
    Ils sont là ! — La houle a du creux. —
    De profundis
    Qu’ils roulent verts et nus,
    terriens parvenus !
    Québec, 24 juin 1856.
    Sous ses gros bas bleus bien tirés
    Laissant voir ses mollets cambrés
    À mi-chemin des jarretières,
    S’en vient près du vieux cantonnier
    La femme rousse du meunier :
    Cheveux frisés sur des yeux mièvres,
    Blanche de peau, rouge de lèvres,
    Le corsage si bien rempli
    Qu’il bombe aux deux endroits, sans pli,
    Cotillon clair moulant énormes
    Le callipyge de ses formes.
    En train de casser de la pierre :
    « Voyez ! si l’on n’a pas d’malheur,
    Et si n’faut pas que l’diab’ s’en mêle !
    J’suis pourtant un’ solid’ femelle,
    En plein’ force et dans tout’ sa fleur,
    Eh ben ! yaura six ans à Pâques
    Que j’somm’ mariés, et q’tels qu’avant,
    Nous pouvons pas avoir d’enfant !
    Ça s’ra pour c’te fois, disait Jacques,
    Mais toujou sans p’tit le temps passa…
    Et qu’on en voudrait tant un ! Dame !
    C’est pas d’not’ faut’ ! l’homme et la femme
    On fait ben tout c’qui faut pour ça.
    J’ai fait dir’ des mess’ de pèl’rins,
    Brûler des cierg’ aux saints, aux saintes,
    Dans des églis’ en souterrains,
    Mais ouah ! j’suis pas d’venue enceinte.
    Les prièr’ ? les r’mèd’ de tout’ sorte ?
    Méd’cins ? Curés ? n’m’ont servi d’rin.
    J’suis tell’ comme un mauvais terrain
    Qu’on ens’menc’ ben sans qu’i’ rapporte.
    Et vrai ! C’est pourtant pas qu’on triche !
    Mais, des fois, vous q’êt’s’ un ancien.
    Si vous connaissiez un moyen ?
    Faut me l’donner ! mon pèr’ Pierriche. »
    Alors, le vieux lâchant sa masse,
    À genoux sur son tas, voûté,
    Lui répond avec la grimace
    Du satyre qu’il est resté,
    La couvant de son œil vert brun
    Qui lèche, tâte, enlace, vrille :
    « Sais-tu c’que t’as à fair’, ma fille ?
    Eh ben ! faut aller à l’emprunt. »
    Et la meunière aux yeux follets,
    Qui sait ce que parler veut dire,
    S’écrie en éclatant de rire :
    « Vous seriez l’prêteur, si j’voulais.
    Hein ? fiez-vous donc à c’bon apôtre !
    Mais j’veux pas d’vous, vieux scélérat ! »
    Et lui : « T’as ma r’cett’ qui pourra
    P’t’êt’ ben t’servir avec un autre. »
    À Jules Levallois.
    À Sully-Prudhomme.
    EXCELSIOR.
    Oriôn
    À Julien Travers.
    XXV
    EN PASSANT DANS LA PLACE LOUIS XV UN JOUR DE FÊTE PUBLIQUE
    Sur le Mode majeur
    Sur le Mode mineur
    ***
    Kallirhoé
    50
    À M. Ambroise Didot.
    Palladium
    E Pluribus Unum !
    l’union
    LA DOUCEUR
    Dos voûté, cou fluet ;
    Ils vont, couple muet.
    On les voit chanceler.
    Qui vous fait reculer.
    Et lui, crache du sang !
    Opprime le passant.
    Se choquant au désir,
    Folles de se saisir.
    Rajeunis et contents.
    Les rend tout haletants.
    Et leur maigre longueur ;
    À force de langueur.
    Ils avancent leur mort ;
    Le frisson qui les tord.
    C’est l’opium d’amour !
    Jour et nuit, nuit et jour !
    Leur ont crevé la peau ;
    L’inévitable impôt.
    Naître et se consommer ;
    Revivent pour aimer !
    Bien
    Poems and Ballads, Erotion
    Lorsque
    Se soulève pour l’engloutir,
    Et pousse au large un dernier cri.
    À l’étouffer sous leur clameur.
    S’amoncellent, la foudre aux flancs.
    Court sans boussole et démâté.
    Plus complet et plus désastreux.
    Et nous sommes les naufragés.
    Le dirige vers un écueil.
    Subir mon engloutissement.
    Qui s’amassent contre les cieux.
    Rassemblé tous les désespoirs.
    Pour frissonner d’avoir compris.
    Je l’ai jeté ; je puis sombrer !
    FIN
    Version longue
    Version courte
    Une colombe gémissait
    De ne pouvoir devenir mère :
    Elle rencontre en un vieux nid
    Semblable aux œufs de tourterelle.
    Ah! quel bonheur! s’écria-t-elle :
    Je pourrai donc enfin couver.
    Et puis nourrir, puis élever,
    Tous les soins qu’il me coûtera,
    Les tourments qu’il me causera,
    Quel plaisir vaut ces soucis-là?
    Qu’elle ne le quitte pour rien,
    Et ses délices les plus chères.
    De joie elle est prête à mourir;
    S’épuise pour le mieux nourrir.
    L’enfant chéri vient à merveille.
    Son corps grossit en peu de temps :
    Diffèrent fort des tourterelles;
    La mère les voit ressemblants.
    À bien élever sa jeunesse
    Pour être heureux, mon cher enfant,
    Et le secret pour qu’on nous aime,
    Ainsi parlait la tourterelle,
    Quand, au milieu de sa leçon,
    Un malheureux petit pinson,
    Qu’il court à lui : sa mère croit
    Et pour offrir au voyageur
    Une retraite hospitalière.
    Elle en mourut, la pauvre mère.
    Mais c’était le fils d’un milan :
    Rien ne change le caractère.
    ENVOI
    À Asinius Sempronins Rufus.
    Une
    fournaises
    1er janvier 1857.
    .
    Veuve
    (Suite à « Monsieur le curé dit sa messe »)
    Épisode de 1870-1871.
    Oh ! blame not the Bard...
    Paix aux humbles !
    À J.-M. Fleury.
    Te Deum laudamus !
    Loin
    l’Atlantide
    OUBLI !
    J’aime
    Qui s’essuie
    Quand ça frise…
    Tu te sèches,
    Grand’ouverte !
    Qui traverse !
    Ou de pluie…
    Fait la roue,
    Qui barbote ;
    « Ou pas chère,
    « Vois : je flâne,
    English spoken ?
    « Batignolle ?…
    « Ô marquise
    « Ou mélange ?…
    « Nom d’amante ?…
    « Éternelle !
    « Que tu crottes,
    « Carabine ?…
    « Insensée !…
    La rengaîne :
    « — Pas si bête !
    « Qu’on arrose
    « D’or ?… Tu coupes !…
    « — Ô sourire !…
    « De la hanche !
    « — Héloïse !
    « Me permettre
    Le doux rêve
    « La rosée
    « Juliette !
    « Qui te dore,
    J’ai vu la finesse,
    Faisons donc ici,
    Le jour qu’il nous laisse,
    Un prodige aussi.
    Kourils prestes,
    Mes bidets,
    Farfadets,
    Lutins lestes,
    Sur deux pieds en course,
    Avec cruche au bras,
    Va vite à la source
    Puis tu reviendras.
    Servant preste,
    Mon bidet,
    Farfadet,
    Esprit leste,
    La course est si prompte,
    Si prompts les retours,
    Que l’eau monte, monte,
    Monte au bain toujours.
    Halte ! arrête !
    De tes dons
    Nous avons
    Pleine fête.
    Et, le flot à l’onde
    S’ajoutant sans fin,
    La maison s’inonde,
    Déluge est le bain.
    Vois mon signe,
    Brute ! oison !
    Trahison !
    C’est indigne !
    Pilier qui chemine,
    Vilain avorton,
    Pilier de cuisine
    Redeviens bâton !
    Qu’on te joigne
    Seulement,
    Garnement,
    Qu’on t’empoigne !
    Crac ! la perche dure
    Est en deux morceaux,
    Et je me rassure.....
    Espoir vain et faux !
    O misère !
    Le second
    Suit d’un bond
    Son confrère,
    Il vient : « Maître, maître,
    « Pardonne. Je sus
    « Les faire apparaître,
    « Je n’en sais pas plus. »
    — « Dans ton antre,
    « Sans délai,
    « Vil balai,
    « Rentre, rentre !
    Et mourir avec vous tout près. Ainsi soit-il !
    (Tiré de la Motion de Sapience de Jehan-le-Saulnier).
    Pierre de Marbeuf
    L’Anatomie de l’œil
    C’est celle dont jadis la vaporeuse image
    M’apparut en fuyant, comme un léger nuage
    Glisse en un ciel d’azur…
    (A. J. Guirot)
    Bientôt j’irai dormir d’un sommeil sans alarmes ;
    Heureux si, dans la nuit dont je serai couvert,
    Un œil indifférent donne en passant des larmes
    À mon luth oublié, sur mon tombeau désert !
    (V. Hugo)
    Extrait des Nouveaux Poèmes Épiques.
    Jocelyn et qu'elle était Laurence
    XXVIII
    ………Un père est un don précieux
    Qu’on n’obtient qu’une fois de la bonté des cieux.
    (Ducis)
    Ô l’amour d’une mère ! amour que nul n’oublie !
    Pain merveilleux qu’un Dieu partage et multiplie !
    Table toujours servie au paternel foyer !
    Chacun en a sa part, et tous l’ont tout entier.
    ****
    Avril 1841
    Allons file, mon côtre !
    Adieu mon Négrier.
    Va, file aux mains d’un autre
    Qui pourra te noyer…
    Nous gîter en fringuant !
    Nous rouler en rêvant…
    — Adieu, rouleur de côtre,
    Roule mon Négrier,
    Sous les pieds plats de l’autre
    Que tu pourras noyer.
    Tu cascadais fourbu ;
    Dis : en avons-nous bu !…
    — Et va, noceur de côtre !
    Noce, mon Négrier !
    Que sur ton pont se vautre
    Un noceur perruquier.
    Ces vierges à sabords !
    Ah ! c’étaient les bons bords !…
    — Va, pourfendeur de lames,
    Pourfendre, ô Négrier !
    L’estomac à des dames
    Qui paîront leur loyer.
    Sur le roc au dos dur,
    — Mais toujours d’un œil sûr ! —
    — Va te soûler, mon côtre :
    À crever ! Négrier.
    Et montre bien à l’autre
    Qu’on savait louvoyer.
    Vent-dedans vent-dessus ;
    Où l’on ne pêche plus.
    — La mer jolie est belle
    Et les brisans sont blancs…
    Penché, trempe ton aile
    Avec les goëlands !…
    Le ciel qui court au loin.
    Ton ventre de marsouin !
    — Va, sans moi, sans ton âme ;
    Et saille de l’avant !…
    Plus ne battras ma flamme
    Qui chicanait le vent.
    Fortune
    En bandant tes agrès !
    Ni de risée après !
    … Va-t’en, humant la brume
    Sans moi, prendre le frais,
    Sur la vague de plume…
    Va ! — Moi j’ai trop de frais. —
    Qui frisotte la mer !
    Soulève un flot amer !…
    — Dans ton âme de côtre,
    Pense à ton matelot
    Quand, d’un bord ou de l’autre,
    Remontera le flot…
    Sur l’humide varech ;
    Faute de fond — à sec —
    Citry, 14 octobre 1876.
    Sta-Houlou seul on conte ses ennuis [2]
    O mongoula
    aché-ninak te trouve toujours là [3]
    ô fils de la peau blanche
    fleuve vieux
    tchouka
    Bonfouca (Louisiane), 1837.
    (Ode IX, liv. IV)
    Théodore Agrippa d’AubignéStances
    À l’éclair violent de ta face divine
    Chatterton
    Mangez, buvez ! voici ma chair, voici mon sang !
    Juillet-août 1881.
    OUR
    Je demande en mariage La fille d’un roi, Avec ou sans alliage : Plutôt sans, ma foi. Mais je la voudrais très belle, Et voudrais encor Qu’elle eût une ribambelle De beaux écus d’or. Certes, un lyreur irritable N’est pas un miché, Mais c’est un parti sortable, Sinon recherché. Je ne suis pas sans fortune, D’ailleurs, savez-vous ? J’ai mes terrains de la lune Semés de cailloux ; J’ai de l’air sur la montagne… Je ne compte pas Mille châteaux en Espagne, Tout là-bas, là-bas… Ni mes palais sur le sable, Mes rêves en l’air, C’est quelque chose, que diable ! Ni ma part d’enfer. Ma reine ! je l’ai trouvée Plus splendide encor Que je ne l’avais rêvée : En chair et en or ! Eh bien ! nous ferons la noce Quand le mois de mai Roulera sur son carrosse De roses gemmé. Nous n’irons pas à l’église, Mince d’horizon ! — Quatre murs, quoi qu’on dise Sont toujours prison. Mais dans la forêt voisine, Sous le grand ciel bleu ; Les forêts sont, j’imagine, Plus pleines de Dieu. N’aurons non plus de prêtaille En habits de paon, Dont la voix nasille et braille : Balaban, ban ban. Je ne veux pour tous murmures Sous les verts arceaux, Que le chant dans les ramures Des petits oiseaux. Et les pins mélancoliques Pour mon cœur fervent Seront les orgues mystiques, Si souffle le vent. Les cieux, comme une féerie, Seront éclatants : Poète qui se marie A toujours beau temps. Si, comme témoins, ma mie, Et comme invités A toute une académie De rois hauts cotés De seigneurs sans importance… — Car je ne saurais L’en empêcher, comme on pense, Pour avoir la paix ; J’en aurai, moi, de plus chouettes Et sans nul arroi, Car ce sera des poètes, Des gueux comme moi. Après la cérémonie… Quoi, me dira-t-on, La noce est-elle finie Sans un gueuleton ? Ah ! loin de moi ces pensées C’est me faire affront. Des tables seront dressées Qui s’écrouleront Sous mille vins délectables, Mille vins rêvés. Je dirai aux pauvres diables : Mangez et buvez. N’épargnez pas la popotte, Puisque, aussi bien, c’est Elle qui paiera la note Dessus son budget. Et je dirai à ma reine : « M’amour, donne-leur À tous une bourse pleine Avec une fleur ; La fleur où le rire éclate, Pour leur rappeler De ta bouche délicate Le galant parler ; Et la bourse où l’or flamboie, Pour — uniquement — Leur donner un peu de joie Pendant un moment. Ils célébreront ta gloire Sur l’aile des vers, Et rediront ta mémoire Par tout l’univers. Nous, nous aurons, je l’espère, Des enfants, un jour, Qui feront, comme leur père, Des vers à leur tour.
    Dans ce val solitaire et sombre, Le cerf, qui brame au bruit de l’eau, Penchant ses yeux dans un ruisseau, S’amuse à regarder son ombre. De ceste source une Naïade Tous les soirs ouvre le portal De sa demeure de crystal, Et nous chante une serenade. Les nymphes que la chasse attire À l’ombrage de ces forests Cherchent des cabinets secrets, Loin de l’embusche du satyre. Jadis au pied de ce grand chesne, Presque aussi vieux que le soleil, Bacchus, l’Amour et le Sommeil, Firent la fosse de Silene. Un froid et tenebreux silence Dort à l’ombre de ces ormeaux, Et les vents battent les rameaux D’une amoureuse violence. L’esprit plus retenu s’engage Au plaisir de ce doux sejour, Où Philomele nuit et jour Renouvelle un piteux langage. L’orfraye et le hibou s’y perche ; Icy vivent les loup-garous ; Jamais la justice en courroux Icy de criminels ne cherche. Icy l’amour faict ses estudes ; Venus y dresse des autels ; Et les visites des mortels Ne troublent point ces solitudes.   Ceste forest n’est point profane, Ce ne fut point sans la fascher Qu’Amour y vint jadis cacher Le berger qu’enseignoit Diane.   Amour pouvoit par innocence, Comme enfant, tendre icy des rets ; Et comme reine des forests, Diane avait cette licence.   Cupidon, d’une douce flamme Ouvrant la nuict de ce valon, Mit devant les yeux d’Apollon Le garçon qu’il avoit dans l’ame.   À l’ombrage de ce bois sombre Hyacinthe se retira, Et depuis le Soleil jura Qu’il seroit ennemi de l’ombre.   Tout auprès le jaloux Borée, Pressé d’un amoureux tourment, Fut la mort de ce jeune amant, Encore par luy soupirée.   Saincte forest, ma confidente, Je jure par le Dieu du jour Que je n’auray jamais amour Qui ne te soit toute evidente.   Mon ange ira par cet ombrage ; Le Soleil, le voyant venir, Ressentira du souvenir L’accez de sa premiere rage.   Corine, je te prie, approche ; Couchons-nous sur ce tapis vert, Et pour estre mieux à couvert, Entrons au creux de cette roche.   Ouvre tes yeux, je te supplie : Mille Amours logent là-dedans, Et de leurs petits traicts ardans Ta prunelle est toute remplie. Amour de tes regards souspire, Et, ton esclave devenu, Se voit luy-mesme retenu, Dans les liens de son empire. Ô beauté sans doute immortelle, Où les Dieux trouvent des appas ! Par vos yeux je ne croyois pas Que vous fussiez du tout si belle. Qui voudroit faire une peinture Qui peust ses traicts representer, Il faudroit bien mieux inventer Que ne fera jamais nature. Tout un siecle les destinées Travaillerent après ses yeux, Et je croy que pour faire mieux Le temps n’a point assez d’années. D’une fierté pleine d’amorce, Ce beau visage a des regards, Qui jettent des feux et des dards Dont les Dieux aymeroient la force. Que ton teinct est de bonne grace ! Qu’il est blanc, et qu’il est vermeil ! Il est plus net que le Soleil, Et plus uni que de la glace. Mon Dieu ! que tes cheveux me plaisent ! Ils s’esbattent dessus ton front, Et les voyant beaux comme ils sont, Je suis jaloux quand ils te baisent. Belle bouche d’ambre et de roze, Ton entretien est desplaisant Si tu ne dis, en me baisant, Qu’aymer est une belle chose. D’un air plein d’amoureuse flame, Aux accens de ta douce voix, Je voy les fleuves et les bois S’embrazer comme a faict mon âme. Si tu mouilles tes doigts d’yvoire Dans le crystal de ce ruisseau, Le Dieu qui loge dans ceste eau Aymera s’il en oze boire. Présente-luy ta face nue, Tes yeux avecque l’eau riront, Et dans ce miroir escriront Que Venus est icy venue. Si bien elle y sera despeincte, Que les Faunes s’emflammeront, Et de tes yeux, qu’ils aymeront, Ne sçauront descouvrir la feinte. Entends ce Dieu qui te convie À passer dans son element ; Oy qu’il soupire bellement Sa liberté desjà ravie. Trouble-luy ceste fantaisie, Destourne-toi de ce miroir, Tu le mettras au desespoir, Et m’osteras la jalousie. Voy-tu ce tronc et ceste pierre ? Je crois qu’ils prennent garde à nous, Et mon amour devient jaloux De ce myrthe et de ce lierre. Sus, ma Corine ! que je cueille Tes baisers du matin au soir ! Voy comment, pour nous faire asseoir, Ce myrthe a laissé cheoir sa fueille. Oy le pinçon et la linotte, Sur la branche de ce rosier ; Voy branler leur petit gosier ! Oy comme ils ont changé de notte ! Approche, approche, ma Driade ! Icy murmureront les eaux, Icy les amoureux oyseaux Chanteront une serenade. Preste-moy ton sein pour y boire Des odeurs qui m’embasmeront ; Ainsi mes sens se pasmeront Dans les lacs de tes bras d’yvoire. Je baigneray mes mains folastres Dans les ondes de tes cheveux, Et ta beauté prendra les vœux De mes œillades idolatres. Ne crains rien, Cupidon nous garde. Mon petit ange, es-tu pas mien ? Ha ! Je voy que tu m’aymes bien : Tu rougis quand je te regarde. Dieux ! que ceste façon timide Est puissante sur mes esprits ! Regnauld ne fut pas mieux espris Par les charmes de son Armide. Ma Corine, que je t’embrasse ! Personne ne nous voit qu’Amour ; Voy que même les yeux du jour Ne trouvent point icy de place. Les vents, qui ne se peuvent taire, Ne peuvent escouter aussy, Et ce que nous ferons icy Leur est un inconnu mystere.
    XII
    IX
    À MADEMOISELLE FANNY DE P.
    VIII
    Une fois sa besogne faite,
    Lui recoud, aussitôt, la tête.
    Est ennemi de tout scandale ;
    Tel qui se présente acéphale.
    Ou par manœuvres odieuses,
    « Le Temps » nomme ses « précieuses »…
    Mettons ses choses… ses histoires…
    Celles que Taupin a si noires.
    Comme il aurait beau les recoudre,
    Et qu’il ne peut pas se résoudre
    Les rendre à son juge suprême ;
    C’est encor le meilleur système.
    Emmi cent autres bagatelles.
    Que diable ! elles n’ont pas des ailes.
    Par suite de quelle aventure,
    Sur le zinc, nous livre en pâture,
    C’est cher, même avec garantie.
    Prenant le tout pour la partie.
    Devaient être à mon avis, ivres,
    D’en faire commerce pour vivre.
    Venir, entre ses mains pieuses,
    Où sont ses chères « précieuses ».
    De l’alcool qui les vit confire,
    Il se « rembourse » pour tout dire.
    Quant à moi, par Hercule
    « Précieuses » si ridicules.
    V
    XVI
    Ivre, il est triste.
    Et le sultan s’écrie : « Ô sphinx dont l’œil flamboie,
    LE PREMIER SPHINX
    LE DEUXIÈME SPHINX
    LE TROISIÈME SPHINX
    LE QUATRIÈME SPHINX
    LE CINQUIÈME SPHINX
    LE SIXIÈME SPHINX
    LE SEPTIÈME SPHINX
    LE HUITIÈME SPHINX
    LE NEUVIÈME SPHINX
    LE DIXIÈME SPHINX
    Il est mort. Le sultan écoutait, morne et pâle.
    Lui dit :
    Zim lui parla :
    La lampe s’éteignit.
    Zénith.
    Je suis le haut.
    Nadir.
    Je suis le bas.
    J’ aime.
    Je ris.
    Le dessous est charmant.
    ô Paris !
    Je m’ amuse. Je vois le vrai côté des femmes.
    Petits pieds de Suzette !
    Je lis le livre écrit par Dieu.
    Pour tomber dans les trous.
    Et fort maigris.
    Vivants ! Enivrez-vous d’ extases !
    Soyez gris.
    Pensez !
    Buvez, mangez, faites-vous de gros ventres.
    Crois-tu ?
    Création, salut !
    Triste machine !
    Gloire à Dieu !
    Peuh !
    Salut, ô France !
    Bonjour, Chine.
    Tiens ! Il laisse tomber par terre la Pucelle !
    Et cache ton pied-bot.
    Christ naît. J’ entends un bruit de harpe.
    Et de rabot.
    Son père est roi.
    Son père est charpentier.
    ô Joseph ! ô scie !
    Allons-nous-en.
    Aime le villageois.
    Mais crains le paysan.
    Je vois l’ envers.
    Bonsoir à lord Elgin !
    Justes, buvez l’ absinthe.
    Je regarde voler les aigles.
    Moi, les juifs.
    Morus meurt pour la loi ; Caton, pour la patrie.
    Buvons !
    Gloire au soleil !
    Tais-toi, nègre !
    Et Camoëns fut borgne.
    ô Dieu. Je suis heureux ! Je contemple.
    Silence !
    Tout est bien, tout est beau.
    L’ idéal rayonne, astre immobile.
    Tout glorifie…
    à bas !
    Et tout affirme.
    Non !
    Socrate était ivrogne et Thalès libertin.
    Croyez.
    C’ est Jean qui pleure et Jean qui rit.
    Bah !
    Tais-toi, fange !
    Que Balaam vous monte !
    Est-il de Paris à Pékin
    Plus joli masque de théâtre
    Qui sourie aux anges de plâtre
    Nus sous le manteau d’Arlequin ?
    Vous savez lire entre les lignes…
    Les mots nagent dans l’encrier
    Mais les mois ne sont pas des cygnes !
    Je ne pourrai jamais tailler
    Dans ce nuage une statue,
    Si je n’ai pas vaincu les mots :
    La danseuse sortant des flots
    De tulle-illusion-perdue.
    Si bien que, dans l’histoire,
    Sa gloire,
    Les tout premiers,
    Ses ouvriers
    Avec la trame aux mille jeux,
    Tissant les draps lourds et moelleux,
    Le travail clair, familial et unanime.
    Et l’accomplit,
    Il est têtu, parce qu’il croit
    Que sa cause est le droit,
    Il la veut ferme et forte autant
    Qu’est ferme et fort son cœur battant.
    Déjà les Halles
    Sortent de terre, lentement,
    Vers l’or épars du firmament.
    Et puis,
    Ne sait-il point aussi,
    Qu’aux jours de la prochaine année,
    Se carrera dans l’été d’or
    Unique, immense et droit,
    Le beffroi ?
    Alors,
    Ne pourront croire
    Que ce témoin de tant de gloire
    N’ait authentiquement été,
    Dans un morceau d’éternité,
    Sculpté.
    S’allumèrent tous à la fois :
    On eût dit que leurs flammes
    Faisaient un large brasier d’âmes.
    Au cours des temps,
    En sa croissance triomphale,
    Jusqu’au ras de la terre.
    Doit aujourd’hui
    Illuminer le cœur de ceux
    Qui ont cru voir avec leurs yeux,
    Et dans les feux
    Et dans les cendres,
    La Flandre !
    Mort pour la Patrie.
    La garde, ont-ils crié, meurt et ne se rend pas ! »
    Sur l'air de On doit soixante mille francs
    Les Dettes
    bis
    bis
    DANS l’océan du ciel d’avril, gonflant leurs voiles,
    Les nuages, pareils à de légers bateaux,
    Naviguent, éclatants, vers des îles d’étoiles,
    Avec la majesté des cygnes sur les eaux.
    Ils voguent, sans troubler d’un remous l’onde bleue ;
    Leur marche est paresseuse et leur but est lointain.
    Depuis une heure, ils n’ont pas fait plus d’une lieue ;
    Pour leur voyage, ils sont partis dès le matin
    Ce soir, pour les guider resplendira la lune,
    Comme un phare dressant sa clarté sur la mer ;
    Ils glisseront alors sur l’onde calme et brune,
    Et dans l’ombre le port leur apparaîtra clair.
    Atteindront-ils jamais les îles fortunées,
    Les blancs petits bateaux de l’océan divin ?
    Hélas ! rêves déçus de toutes nos journées,
    Bonheur, archipel d’or cherché toujours en vain !
    blagueur
    O tempora ! o mores !
    *
    *     *
    François-Réal Angers — La Voix d’une ombre
    1838
    Envoi
    Est via sublimis cœlo manifesta sereno,
    Lactea nomen habet, candore notabilis ipso.
    Hac iter est superis ad magni tecta tonantis,
    Regalemque domum.
    Métamorphoses, livre I.
    À Victor Perrot
    Guillaume ApollinaireAlcools
    Voie lactée (2)
    Viélé-Griffin
    Au rondeau du Mayaud, au rondeau du Mayaud,
    Ma grand’mère, ma grand’mère, ma grand’mère a fait un saut.
    daüne
    1897.
    Certes
    À Paul Verlaine.
    Cette
    J’ai
    *
    Ô
    en peine et de passage

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