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« Je vous aymois... » |
Paul Scarron |
1630 |
French |
Je vous aimais : vous me l’aviez permis ;
J’espérais d’être aimé : vous me l’aviez promis.
Mais, hélas ! belle Iris, je vois bien le contraire ;
Je n’ose en murmurer
De peur de vous déplaire ;
Mais il m’est permis d’expirer,
S’il m’est ordonné de me taire.... |
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« Je vous offre ces vers qu’Amour m’a fait écrire » |
Philippe Desportes |
1566 |
French |
Je vous offre ces vers qu’Amour m'a fait écrire,
De vos yeux ses flambeaux ardemment agité,
Non pour sacrer ma peine à l'immortalité :
Car à si haut loyer ma jeunesse n'aspire.
C'est le but de mes vœux, que je vous fasse lire
Le variable état de ma captivité,... |
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« J’ai beau comme un imbécile » |
Victor Hugo |
1908 |
French |
J’ai beau comme un imbécile
Regarder dans ma maison,
Si bien qu’on dit dans la ville
Que j’ai perdu la raison,
J’ai beau chercher ; elle est morte.
Elle ne reviendra pas.
Elle est partie, et la porte
Est encore ouverte, hélas !
Je... |
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« J’ai dans mon cœur » |
Théophile Gautier |
1831 |
French |
J’ai dans mon cœur, dont tout voile s’écarte,
Deux bancs d’ivoire, une table en cristal,
Où sont assis, tenant chacun leur carte,
Ton faux amour et mon amour loyal.
J’ai dans mon cœur, dans mon cœur diaphane,
Ton nom chéri qu’enferme un coffret d’or ;
Prends... |
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« J’ai laissé de mon sein de neige » |
Théophile Gautier |
1831 |
French |
J’ai laissé de mon sein de neige
Tomber un œillet rouge à l’eau.
Hélas ! comment le reprendrai-je
Mouillé par l’onde du ruisseau ?
Voilà le courant qui l’entraîne !
Bel œillet aux vives couleurs,
Pourquoi tomber dans la fontaine ?
Pour t’arroser j’avais... |
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« J’ai songé bien des fois » |
François Porché |
1911 |
French |
J’ai songé bien des fois à mon lointain ancêtre,
A celui qui reçut le nom qu’il m’a légué
Du sordide troupeau de porcs qu’il menait paître
Dans la forêt obscure et, de là, boire au gué.
La vase des marais en séchant sur sa guêtre
Alourdissait, le soir, son grand... |
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« J’ai vécu dans mon rêve » |
Éphraïm Mikhaël |
1890 |
French |
J’ai vécu dans mon rêve au milieu des guerrières,
Dont les cothurnes d’or foulaient les lys domptés ;
Des cris sacrés sortis des féeriques clairières
Couvraient pour moi la voix des mauvaises cités.
Avec leurs boucliers étoiles d’améthystes,
Avec leurs... |
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« J’aimai. Qui n’aima pas ? » |
Louis Bouilhet |
1880 |
French |
J’aimai. Qui n’aima pas ? La vie est un voyage,
J’eus vingt ans comme un autre, et j’ai passé par là.
Fut-elle blonde ou brune, insouciante ou sage ?
Que vous fait le trépied, si mon âme y brûla ?
Puis j’appris qu’à tromper les femmes sont habiles,
J’ai bu ta lie... |
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« J’aime ces doux oiseaux » |
Jules Verne |
1848 |
French |
J'aime ces doux oiseaux, qui promènent dans l'air
Leur vie et leur amour, et plus prompts que l'éclair,
Qui s'envolent ensemble !
J'aime la fleur des champs, que l'on cueille au matin,
Et que le soir, au bal, on pose sur son sein
... |
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« J’aime dans tout esprit » |
Auguste Brizeux |
1826 |
French |
J'aime dans tout esprit l'orgueil de la pensée
Qui n'accepte aucun frein, aucune loi tracée,
Par delà le réel s'élance et cherche à voir,
Et de rien ne s'effraie, et sait tout concevoir ;
Mais avec cet esprit j'aime une âme ingénue,
Pleine de bons instincts... |
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« J’allais partir » |
Théophile Gautier |
1831 |
French |
J’allais partir ; doña Balbine
Se lève et prend à sa bobine
Un long fil d’or ;
À mon bouton elle le noue,
Et puis me dit, baisant ma joue :
« Restez encor !
« Par l’un des bouts ce fil, trop frêle
Pour retenir un infidèle,... |
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« J’aurai vingt ans demain » |
Alice de Chambrier |
1881 |
French |
J’aurai vingt ans demain ! Faut-il pleurer ou rire ?
Saluer l’avenir, regretter le passé,
Et tourner le feuillet du livre qu’il faut lire,
Qu’il intéresse ou non, qu’on aime ou soit lassé ?
Vingt ans, ce sont les fleurs toutes fraîches écloses,
Les lilas... |
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« J’avais peiné comme Sisyphe » |
Paul Verlaine |
1864 |
French |
J’avais peiné comme Sisyphe
Et comme Hercule travaillé
Contre la chair qui se rebiffe.
J’avais lutté, j’avais baillé
Des coups à trancher des montagnes,
Et comme Achille ferraillé.
Farouche ami qui m’accompagnes,
Tu le sais, courage païen,
Si... |
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« J’entreprends de conter l’année épouvantable » |
Victor Hugo |
1822 |
French |
J'entreprends de conter l'année épouvantable,
Et voilà que j'hésite, accoudé sur ma table.
Faut-il aller plus loin ? dois-je continuer ?
France ! ô deuil ! voir un astre aux cieux diminuer !
Je sens l'ascension lugubre de la honte.
Morne angoisse ! un fléau descend... |
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« J’étais le vieux rôdeur sauvage de la mer » |
Victor Hugo |
1822 |
French |
I
J'étais le vieux rôdeur sauvage de la mer,
Une espèce de spectre au bord du gouffre amer ;
J'avais dans l'âpre hiver, dans le vent, dans le givre,
Dans l'orage, l'écume et l'ombre, émit un livre,
Dont l'ouragan, noir souffle aux ordres... |
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« J’étais monté plus haut » |
Théophile Gautier |
1831 |
French |
J’étais monté plus haut que l’aigle et le nuage :
Sous mes pieds s’étendait un vaste paysage,
Cerclé d’un double azur par le ciel et la mer,
Et les crânes pelés des montagnes géantes
En foule jaillissaient des profondeurs béantes,
Comme de blancs écueils sortant du... |
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« J’eus toujours de l’amour pour les choses ailées » |
Victor Hugo |
1909 |
French |
XXXVII
J’eus toujours de l’amour pour les choses ailées.
Lorsque j’étais enfant, j’allais sous les feuillées,
J’y prenais dans les nids de tout... |
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« L'Indifférent » |
Rainer Maria Rilke |
1895 |
French |
Ô naître ardent et triste,
mais à la vie convoqué,
être celui qui assiste,
tendre et bien habillé,
à la multiple surprise
qui ne vous engage point,
et, bien mis, à la bien mise
sourire de très loin.
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« La calme meinte-fois fort longuement arreste » |
Jean-Baptiste Chassignet |
1591 |
French |
La calme meinte-fois fort longuement arreste
Les matelots en mer, au contraire le vent
Halenant à souhait les ameine souvent
Au port avant le tems libre de la tempeste.
Ainsi la vie humaine à la haste nous jette
Au lieu où peu à peu nous allions arrivant, ... |
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« La calomnie immonde et qu’on jette en courant » |
Victor Hugo |
1908 |
French |
La calomnie immonde et qu’on jette en courant
Et dont on nous lapide,
Traverse, sans troubler son calme transparent,
Le flot d’un cœur limpide.
Vile, engloutie au fond de l’âme, loin du jour,
Stagnante, elle s’efface,
Et la candeur, la paix, l’espérance et l... |