Les Astres

 
Comme au front monstrueux d'une bête géante
Des yeux, des yeux sans nombre, effroyables, hagards,
Les Astres, dans la nue impassible et béante,
Versent leurs rayons d'or pareils à des regards.

Des haines, des amours, tout ce qui fut le monde,
Vibrent dans ces regards obstinés et vainqueurs ;
Et la bête, sans doute, a broyé bien des cœurs,
Pour que toute la vie en ses yeux se confonde.

Ceux que l'hydre a couchés dans ses flancs ténébreux.
Ce sont nos morts sacrés, devenus la pâture
Des éléments, cruelle et lente sépulture !
L'univers famélique a mis la dent sur eux ;

Et du sang paternel, et de la chair des justes,
Et de la chair des beaux, et de la chair des forts,
Nourri, gorgé, tout plein de lame de nos morts,
Sent brûler en ses yeux leurs passions augustes.

Lumière de Vénus, feux pâles et mouvants,
Rouge et sanglant flambeau que Sirius allume,
Soleil d'or où l'esprit d'Icare se consume,
Tous, vous êtes des yeux éternels et vivants !

Et la Terre, œil aussi, brûlant et sans paupière.
Sent, dans ses profondeurs, sourde le flot amer
Que déroule le flux éternel de la Mer,
Larme immense pendue à son orbe de pierre.

Collection: 
1857

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