Inviolata

by Théodore de Banville

 
 Avec ces traits harmonieux, pareils
       À ceux des Nymphes pures,
 Et ce teint rose et ces anneaux vermeils
       Entre les chevelures,

 Avec les noirs sourcils et les grands cils
       Dont l’ombre solennelle
 Se joue, orgueil de tes regards subtils,
       Sur ta vague prunelle,

 Ta beauté, lys exalté, vêtement
       Joyeux, que rien n’offense,
 Garde, malgré l’épanouissement,
       Comme un duvet d’enfance.

 Telle Artémis éveille les chasseurs
       Dans la forêt sonore
 Et parmi nous tu n’as pas d’autres sœurs
       Que la neige et l’aurore.



 Pareille aux Dieux, dont le généreux flanc,
       Qu’un parfum rassasie,
 Sentait courir sous la chair, non du sang,
       Mais un flot d’ambroisie,

 On voit frémir un rayon embaumé
       Sur ton sein d’héroïne,
 Et l’on sent bien que ton corps est formé
       D’une essence divine.

 Comme Cypris, qui porte un ciel d’amour
       Dans son âme étoilée,
 Et qui, malgré ses délires d’un jour,
       Demeure inviolée,

 Cruelle et rose et répandant l’effroi,
       Femme au front de Déesse,
 Tu sais que rien ne peut faner en toi
       L’immortelle jeunesse.

 Tu vois nos maux d’un œil indifférent,
       Car tes attraits insignes
 Sont invaincus plus que l’eau du torrent
       Et la plume des cygnes ;

 Et tant d’amours, hélas ! faits pour flétrir
       Leur fraîcheur matinale,
Ô mon trésor, n’ont pas pu défleurir
       Ta grâce virginale.

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