En silence

by Théodore de Banville

 
 Oui, lève encor ton sourcil noir !
 Oui, puisque tu le veux, j'oublie
 Ce vin amer du désespoir,
 Ce vin noir dont j'ai bu la lie,
 Et tranquillement je m'enivre
 Du bonheur de te sentir vivre.

 Mon cœur brûlé d'un long souci,
 Tu le veux, s'emplira de joie.
 Laisse-moi me coucher ainsi
 A côté du coussin de soie
 A fleurs d'or, où ton pied se pose
 Fier, avec ce talon de rose !

 Laisse-moi regarder longtemps
 En silence, comme un avare,
 Tes grands cheveux, d'or éclatants,
 Ta prunelle, ce joyau rare
 Qu'une frange noire protège,
 Et ton sein ! et ton sein de neige !

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