1914-1916/L’Attente

On attend. Nul cœur n’est sombre
Du grand devoir accepté,
Car la lutte contre l’ombre
Finira par la clarté.

En vain la horde barbare
A rué son flot vivant,
Puisque sonne la fanfare
De nos clairons dans le vent,

Que les trois couleurs de France
En un symbole plus beau
Font flotter notre espérance
À la hampe du drapeau…

On attend. Nul cœur ne tremble
À l’avenir incertain,
Puisque tous battent ensemble
Dans l’ivresse de demain.

La vie est forte et farouche
Et les pleurs qu’on voit aux yeux
Ne font pas dire à la bouche
Ses chers tourments anxieux ;

Chacun va, se tait, travaille,
En pensant à ceux qui sont
Là-bas en pleine bataille,
Et regarde l’horizon…

On attend. La vie est grave
À cette heure où, dans l’airain,
La gloire en souriant grave
Les beaux noms fiers sous sa main :

C’est Ypres et c’est Dixmude,
La Bassée, Arras, chacun
Des points où la lutte est rude,
De Nieuport à Verdun…

On attend. Nul cœur n’est lâche,
Pas même les plus meurtris.
La mère baise la tache
De sang au front de son fils,

Car, en ces temps héroïques,
Pour la moisson de héros,
La mort à gestes épiques
Porte un glaive au lieu de faux…

On attend. Nul cœur ne doute…
Qui craint d’avoir espéré ?
Les obstacles de la route
Conduisent au but sacré,

Si la nuit est encor noire
L’aurore est proche pourtant,
Et l’aile de la Victoire
Frémit dans l’ombre. On attend.

Undefined
Year Written: 
1914
Year Rounded: 
1 900

More from Poet

 
Je ne veux de personne auprès de ma tristesse
Ni même ton cher pas et ton visage aimé,
Ni ta main indolente et qui d’un doigt caresse
Le ruban paresseux et le livre fermé.
 
Laissez-moi. Que ma porte aujourd’hui reste close ;
N’ouvrez pas ma...

 
« N’avez-vous pas tenu en vos mains souveraines
La souplesse de l’eau et la force du vent ?
Le nombreux univers en vous fut plus vivant
Qu’en ses fleuves, ses flots, ses fleurs et ses fontaines. »

C’est vrai. Ma bouche a bu aux sources souterraines ;
La...

 
O Vérone ! cité de vengeance et d’amour,
Ton Adige verdi coule une onde fielleuse
Sous ton pont empourpré, dont l’arche qui se creuse
Fait l’eau de bile amère et de sang tour à tour !

Le dôme, le créneau, la muraille, la tour,
Le cyprès dur jailli de la...

 
Sépulcre de silence et tombeau de beauté,
La Tristesse conserve en cendres dans son urne
Les grappes de l’automne et les fruits de l’été,
Et c’est ce cher fardeau qui la rend taciturne,

Car sa mémoire encore y retrouve sa vie
Et l’heure disparue avec la...

 
Sois nombreux par le Verbe et fort par la Parole,
Actif comme la ruche et comme la cité ;
Imite tour à tour avec fécondité
La foule qui demeure et l’essaim qui s’envole.

Travaille, croîs, grandis ! que ta hauteur t’isole,
Et dresse dans le ciel sur le monde...