Épître 98
Si vous brillez à votre aurore,
quand je m’éteins à mon couchant ;
si dans votre fertile champ
tant de fleurs s’empressent d’éclore,
lorsque mon terrain languissant
est dégarni des dons de Flore ;
si votre voix jeune et sonore
prélude d’un ton si touchant,
quand je fredonne à peine encore
les restes d’un lugubre chant ;
si des graces, qu’en vain j’implore,
vous devenez l’heureux amant ;
et si ma vieillesse déplore
la perte de cet art charmant
dont le dieu des vers vous honore ;
tout cela peut m’humilier :
mais je n’y vois point de remède ;
il faut bien que l’on me succède,
et j’aime en vous mon héritier.