Épître 98

by Voltaire - François-Marie Arouet

Si vous brillez à votre aurore, quand je m’éteins à mon couchant ; si dans votre fertile champ tant de fleurs s’empressent d’éclore, lorsque mon terrain languissant est dégarni des dons de Flore ; si votre voix jeune et sonore prélude d’un ton si touchant, quand je fredonne à peine encore les restes d’un lugubre chant ; si des graces, qu’en vain j’implore, vous devenez l’heureux amant ; et si ma vieillesse déplore la perte de cet art charmant dont le dieu des vers vous honore ; tout cela peut m’humilier : mais je n’y vois point de remède ; il faut bien que l’on me succède, et j’aime en vous mon héritier.

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