Épître 100

by Voltaire - François-Marie Arouet

Fille de ces dauphins de qui l’extravagance s’ennuya de régner pour obéir en France ; femme aimable, honnête homme, esprit libre et hardi, qui, n’aimant que le vrai, ne suis que la nature ; qui méprisas toujours le vulgaire engourdi sous l’empire de l’imposture ; qui ne conçus jamais la moindre vanité ni de l’éclat de la naissance, ni de celui de la beauté, ni du faste de l’opulence ; tu quittes le fracas des villes et des cours, les spectacles, les jeux, tous les riens du grand monde, pour consoler mes derniers jours dans ma solitude profonde. En habit d’amazone, au fond de mes déserts, je te vois arriver plus belle et plus brillante que la divinité qui naquit sur les mers. D’un flambeau dans tes mains la flamme étincelante apporte un jour nouveau dans mon obscurité ; ce n’est point de l’amour le flambeau redoutable, c’est celui de la vérité ; c’est elle qui t’instruit, et tu la rends aimable. C’est ainsi qu’auprès de Platon, auprès du vieux Anacréon, les belles nymphes de la Grèce accouraient pour donner leçon et de plaisir et de sagesse. La légende nous a conté que l’on vit sainte Thècle, au public exposée, suivant partout saint Paul, en homme déguisée, braver tous les brocards de la malignité. Cet exemple de piété en tout pays fut imité chez la révérende prêtrise : chacun des pères de l’église eut une femme à son côté. Il n’est point de François De Sale sans une dame De Chantal : un dévot peut penser à mal, mais ne donne point de scandale. Bravez donc les discours malins, demeurez dans mon ermitage, et craignez plus les jeunes saints que les fleurettes d’un vieux sage.

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