Épître 9

by Voltaire - François-Marie Arouet

Savez-vous, gentille douairière, ce que dans Sully l’on faisait lorsqu’éole vous conduisait d’une si terrible manière ? Le malin Périgny riait, et pour vous déjà préparait une épitaphe familière, disant qu’on vous repêcherait incessamment dans la rivière, et qu’alors il observerait ce que votre humeur un peu fière sans ce hasard lui cacherait. Cependant L’Espar, La Vallière, Guiche, Sully, tout soupirait ; Roussy parlait peu, mais jurait ; et l’abbé Courtin, qui pleurait en voyant votre heure dernière, adressait à Dieu sa prière, et pour vous tout bas murmurait quelque oraison de son bréviaire, qu’alors, contre son ordinaire, dévotement il fredonnait, dont à peine il se souvenait, et que même il n’entendait guère. Chacun déjà vous regrettait. Mais quel spectacle j’envisage ! Les amours qui, de tous côtés, ministres de vos volontés, s’opposent à l’affreuse rage des vents contre vous irrités. Je les vois ; ils sont à la nage, et plongés jusqu’au cou dans l’eau ; ils conduisent votre bateau, et vous voilà sur le rivage. Gondrin, songez à faire usage des jours qu’amour a conservés ; c’est pour lui qu’il les a sauvés : il a des droits sur son ouvrage.

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