Épître 72

by Voltaire - François-Marie Arouet

enfant du Pinde et de Cythère, brillant et sage Algarotti, à qui le ciel a départi l’art d’aimer, d’écrire, et de plaire, et que, pour comble de bienfaits, un des meilleurs rois de la terre a fait son conseiller de guerre dès qu’il a voulu vivre en paix ; dans vos palais de porcelaine, recevez ces frivoles sons, enfilés sans art et sans peine au charmant pays des pompons. ô Saxe ! Que nous vous aimons ! ô Saxe ! Que nous vous devons d’amour et de reconnaissance ! C’est de votre sein que sortit le héros qui venge la France, et la nymphe qui l’embellit. Apprenez que cette dauphine, par ses grâces, par son esprit, ici chaque jour accomplit ce que votre muse divine dans ses lettres m’avait prédit. Vous penserez que je l’ai vue, quand je vous en dis tant de bien, et que je l’ai même entendue : je vous jure qu’il n’en est rien, et que ma muse peu connue, en vous répétant dans ces vers cette vérité toute nue, n’est que l’écho de l’univers. Une dauphine est entourée, et l’étiquette est son tourment. J’ai laissé passer prudemment des paniers la foule titrée, qui remplit tout l’appartement de sa bigarrure dorée. Virgile était-il le premier à la toilette de Livie ? Il laissait passer Cornélie, les ducs et pairs, le chancelier, et les cordons bleus d’Italie, et s’amusait sur l’escalier avec Tibulle et Polymnie. Mais à la fin j’aurai mon tour : les dieux ne me refusent guère ; je fais aux grâces chaque jour une très-dévote prière. Je leur dis : « filles de l’amour, daignez, à ma muse discrète accordant un peu de faveur, me présenter à votre soeur quand vous irez à sa toilette. » que vous dirai-je maintenant du dauphin, et de cette affaire de l’amour et du sacrement ? Les dames d’honneur de Cythère en pourraient parler dignement ; mais un profane doit se taire. Sa cour dit qu’il s’occupe à faire une famille de héros, ainsi qu’ont fait très à propos son aïeul et son digne père. Daignez pour moi remercier votre ministre magnifique ; d’un fade éloge poétique je pourrais fort bien l’ennuyer ; mais je n’aime pas à louer ; et ces offrandes si chéries des belles et des potentats, gens tout nourris de flatteries, sont un bijou qui n’entre pas dans son baguier de pierreries. Adieu : faites bien au saxon goûter les vers de l’Italie et les vérités de Newton ; et que votre muse polie parle encor sur un nouveau ton de notre immortelle émilie.

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