Épître 71
Généreux courtisan d’un roi brillant de gloire,
vous, ministre et témoin de ses vaillants exploits,
l’emploi d’écrire son histoire
devient le plus beau des emplois.
Plus il est glorieux, et plus il est facile ;
le sujet seul fait tout, et l’art est inutile.
Je n’ai pas besoin d’ornement,
je n’ai rien à flatter, et je n’ai rien à taire :
je dois raconter simplement
les grandes actions, ainsi qu’il les sait faire.
Je dirai qu’il porte ses pas
des jeux à la tranchée, et d’un siége aux combats ;
que si Louis Le Grand renversa des murailles,
le ciel réservait à son fils
l’honneur de gagner des batailles,
et de mettre le comble à la gloire des lis.
Je peindrai ce courage et tranquille et terrible,
vainqueur du fier anglais, qui se croit invincible ;
le champ de Fontenoy de meurtre ensanglanté,
d’autant plus glorieux qu’il fut plus disputé.
Dans ce combat affreux, acharné, sanguinaire,
le roi craint pour son fils, le fils craint pour son père ;
nos soldats tout sanglants frémissent pour tous deux,
seul mouvement d’effroi dans ces coeurs généreux.
Grand roi, Londres gémit, Vienne pleure et t’admire :
ton bras va décider des destins de l’empire.
La Sardaigne balance, et Munich se repent ;
le batave indécis au remords est en proie ;
et la France s’écrie au milieu de sa joie :
« le plus aimé des rois est aussi le plus grand. »