Épître 55

by Voltaire - François-Marie Arouet

Un peu philosophe et bergère, dans le sein d’un riant séjour, loin des riens brillants de la cour, des intrigues du ministère, des inconstances de l’amour, des absurdités du vulgaire toujours sot et toujours trompé, et de la troupe mercenaire par qui ce vulgaire est dupé, je vis heureuse et solitaire ; non pas que mon esprit sévère haïsse par son caractère tous les humains également : il faut les fuir, c’est chose claire ; mais non pas tous, assurément. Vivre seule dans sa tanière est un assez méchant parti ; et ce n’est qu’avec un ami que la solitude doit plaire. Pour ami j’ai choisi Voltaire ; peut-être en feriez-vous ainsi. Mes jours s’écoulent sans tristesse ; et, dans mon loisir studieux, je ne demandais rien aux dieux que quelque dose de sagesse, quand le plus aimable d’entre eux, à qui nous érigeons un temple, a, par ses vers doux et nombreux, de la sagesse que je veux donné les leçons et l’exemple. Frédéric est le nom sacré de ce dieu charmant qui m’éclaire : que ne puis-je aller à mon gré dans l’Olympe où l’on le révère ! Mais le chemin m’en est bouché. Frédéric est un dieu caché, et c’est ce qui nous désespère. Pour moi, nymphe de ces coteaux, et des prés si verts et si beaux, enrichis de l’eau qui les baise, soumise au fleuve de La Blaise, je reste parmi ses roseaux. Mais vous, du séjour du tonnerre ne pourriez-vous descendre un peu ? C’est bien la peine d’être dieu quand on ne vient pas sur la terre !

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