Épître 50

by Voltaire - François-Marie Arouet

Charmante Iris, qui, sans chercher à plaire, savez si bien le secret de charmer ; vous dont le coeur, généreux et sincère, pour son repos sut trop bien l’art d’aimer ; vous dont l’esprit, formé par la lecture, ne parle pas toujours mode et coiffure ; souffrez, Iris, que ma muse aujourd’hui cherche à tromper un moment votre ennui. Auprès de vous on voit toujours les grâces : pourquoi bannir les plaisirs et les jeux ? L’amour les veut rassembler sur vos traces : pourquoi chercher à vous éloigner d’eux ? Du noir chagrin volontaire victime, vous seule, Iris, faites votre tourment, et votre coeur croirait commettre un crime s’il se prêtait à la joie un moment. De vos malheurs je sais toute l’histoire ; l’amour, l’hymen, ont trahi vos désirs : oubliez-les ; ce n’est que des plaisirs dont nous devons conserver la mémoire. Les maux passés ne sont plus de vrais maux ; le présent seul est de notre apanage, et l’avenir peut consoler le sage, mais ne saurait altérer son repos. Du cher objet que votre coeur adore ne craignez rien ; comptez sur vos attraits : il vous aima ; son coeur vous aime encore, et son amour ne finira jamais. Pour son bonheur bien moins que pour le vôtre, de la fortune il brigue les faveurs ; elle vous doit, après tant de rigueurs, pour son honneur rendre heureux l’un et l’autre. D’un tendre ami, qui jamais ne rendit à la fortune un criminel hommage, ce sont les voeux. Goûtez, sur son présage, dès ce moment le sort qu’il vous prédit.

More poems by Voltaire - François-Marie Arouet

All poems by Voltaire - François-Marie Arouet →