Épître 42

by Voltaire - François-Marie Arouet

Un prêtre, un oui , trois mots latins, à jamais fixent vos destins ; et le célébrant d’un village, dans la chapelle de Montjeu, très-chrétiennement vous engage à coucher avec Richelieu, avec Richelieu, ce volage, qui va jurer par ce saint noeud d’être toujours fidèle et sage. Nous nous en défions un peu ; et vos grands yeux noirs, pleins de feu, nous rassurent bien davantage que les serments qu’il fait à Dieu. Mais vous, madame la duchesse, quand vous reviendrez à Paris, songez-vous combien de maris viendront se plaindre à votre altesse ? Ces nombreux cocus qu’il a faits ont mis en vous leur espérance ; ils diront, voyant vos attraits : « dieux ! Quel plaisir que la vengeance ! » vous sentez bien qu’ils ont raison, et qu’il faut punir le coupable : l’heureuse loi du talion est des lois la plus équitable. Quoi ! Votre coeur n’est point rendu ? Votre sévérité me gronde ! Ah ! Quelle espèce de vertu qui fait enrager tout le monde ! Faut-il donc que de vos appas Richelieu soit l’unique maître ? Est-il dit qu’il ne sera pas ce qu’il a tant mérité d’être ? Soyez donc sage, s’il le faut ; que ce soit là votre chimère : avec tous les talents de plaire, il faut bien avoir un défaut. Dans cet emploi noble et pénible de garder ce qu’on nomme honneur, je vous souhaite un vrai bonheur : mais voilà la chose impossible.

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