Épître 42
Un prêtre, un oui , trois mots latins,
à jamais fixent vos destins ;
et le célébrant d’un village,
dans la chapelle de Montjeu,
très-chrétiennement vous engage
à coucher avec Richelieu,
avec Richelieu, ce volage,
qui va jurer par ce saint noeud
d’être toujours fidèle et sage.
Nous nous en défions un peu ;
et vos grands yeux noirs, pleins de feu,
nous rassurent bien davantage
que les serments qu’il fait à Dieu.
Mais vous, madame la duchesse,
quand vous reviendrez à Paris,
songez-vous combien de maris
viendront se plaindre à votre altesse ?
Ces nombreux cocus qu’il a faits
ont mis en vous leur espérance ;
ils diront, voyant vos attraits :
« dieux ! Quel plaisir que la vengeance ! »
vous sentez bien qu’ils ont raison,
et qu’il faut punir le coupable :
l’heureuse loi du talion
est des lois la plus équitable.
Quoi ! Votre coeur n’est point rendu ?
Votre sévérité me gronde !
Ah ! Quelle espèce de vertu
qui fait enrager tout le monde !
Faut-il donc que de vos appas
Richelieu soit l’unique maître ?
Est-il dit qu’il ne sera pas
ce qu’il a tant mérité d’être ?
Soyez donc sage, s’il le faut ;
que ce soit là votre chimère :
avec tous les talents de plaire,
il faut bien avoir un défaut.
Dans cet emploi noble et pénible
de garder ce qu’on nomme honneur,
je vous souhaite un vrai bonheur :
mais voilà la chose impossible.