Épître 4

by Voltaire - François-Marie Arouet

Montbrun, par l’amour adoptée, digne du coeur d’un demi-dieu, et, pour dire encor plus, digne d’être chantée ou par Ferrand, ou par Chaulieu ; Minerve et l’enfant de Cythère vous ornent à l’envi d’un charme séducteur ; je vois briller en vous l’esprit de votre mère et la beauté de votre soeur : c’est beaucoup pour une mortelle. Je n’en dirai pas plus : songez bien seulement à vivre, s’il se peut, heureuse autant que belle ; libre des préjugés que la raison dément, aux plaisirs où le monde en foule vous appelle abandonnez-vous prudemment. Vous aurez des amants, vous aimerez sans doute : je vous verrai, soumise à la commune loi, des beautés de la cour suivre l’aimable route, donner, reprendre votre foi. Pour moi, je vous louerai ; ce sera mon emploi. Je sais que c’est souvent un partage stérile, et que La Fontaine et Virgile recueillaient rarement le fruit de leurs chansons. D’un inutile dieu malheureux nourrissons, nous semons pour autrui. J’ose bien vous le dire, mon coeur de La Duclos fut quelque temps charmé ; l’amour en sa faveur avait monté ma lyre : je chantais La Duclos ; D’Uzès en fut aimé : c’était bien la peine d’écrire ! Je vous louerai pourtant ; il me sera trop doux de vous chanter, et même sans vous plaire ; mes chansons seront mon salaire : n’est-ce rien de parler de vous ?

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