Épître 32

by Voltaire - François-Marie Arouet

Ceci te doit être remis par un abbé de mes amis, homme de bien, quoique d’église. Plein d’honneur, de foi, de franchise, en lui les dieux n’ont rien omis pour en faire un abbé de mise : même Phébus le favorise. Mais dans son coeur Vénus a mis un petit grain de gaillardise. Or c’est un point qui scandalise son curé, plus gaillard que lui, qui dès longtemps le tyrannise, et nouvellement aujourd’hui dans un placard le tympanise. Sur cela mon abbé prend feu, lui fait un bon procès de Dieu, le gagne : appel ; or c’est dans peu qu’on doit chez vous juger l’affaire. Or, puissant est notre adversaire : le terrasser n’est pas un jeu. Tu dois m’entendre, et moi me taire ; car c’est trop longtemps tutoyer du parlement un conseiller : ma muse un peu trop familière pourrait à la fin l’ennuyer, peut-être même lui déplaire. Qu’il sache pourtant qu’à Cythère l’amitié, l’amour, et leur mère, parlent toujours sans compliment ; qu’avec Hortense ma tendresse n’en use jamais autrement, et j’estime autant ma maîtresse qu’un conseiller au parlement.

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