Épître 119

by Voltaire - François-Marie Arouet

J’étais nonchalamment tapi dans le creux de cette statue contre laquelle a tant glapi des méchants l’énorme cohue ; je voulais d’un écrit galant cajoler la belle héroïne qui me fit un si beau présent du haut de la double colline. Mais on m’apprend que votre époux, qui sur la croupe du parnasse s’était mis à côté de vous, a changé tout à coup de place ; qu’il va de la cour de Phébus, petite cour assez brillante, à la grosse cour de Plutus, plus solide et plus importante. Je l’aimai lorsque dans Paris de Colbert il prit la défense, et qu’au louvre il obtint le prix que le goût donne à l’éloquence. à Monsieur Turgot j’applaudis, quoiqu’il parût d’un autre avis sur le commerce et la finance. Il faut qu’entre les beaux esprits il soit un peu de différence ; qu’à son gré chaque mortel pense ; qu’on soit honnêtement en France libre et sans fard dans ses écrits. On peut tout dire, on peut tout croire : plus d’un chemin mène à la gloire, et quelquefois au paradis.

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