Épître 113

by Voltaire - François-Marie Arouet

De Barmécide épouse généreuse, toujours aimable, et toujours vertueuse, quand vous sortez des rêves de Bagdat, quand vous quittez leur faux et triste éclat, et que, tranquille aux champs de la Syrie, vous retrouvez votre belle patrie ; quand tous les coeurs en ces climats heureux sont sur la route et vous suivent tous deux, votre départ est un triomphe auguste ; chacun bénit Barmécide le juste, et la retraite est pour vous une cour. Nul intérêt ; vous régnez par l’amour : un tel empire est le seul qui vous flatte. Je vis hier, sur les bords de l’Euphrate, gens de tout âge et de tous les pays ; je leur disais : « qui vous a réunis ? -c’est Barmécide. -et toi, quel dieu propice t’a relevé du fond du précipice ? -c’est Barmécide. -et qui t’a décoré de ce cordon dont je te vois paré ? Toi, mon ami, de qui tiens-tu ta place, ta pension ? Qui t’a fait cette grâce ? -c’est Barmécide. Il répandait le bien de son calife, et prodiguait le sien. » et les enfants répétaient : « Barmécide ! » ce nom sacré sur nos lèvres réside comme en nos coeurs. Le calife à ce bruit, qui redoublait encor pendant la nuit, nous défendit de crier davantage. Chacun se tut, ainsi qu’il est d’usage ; mais les échos répétaient mille fois : « c’est Barmécide ! » et leur bruyante voix du doux sommeil priva, pour son dommage, le commandeur des croyants de notre âge. Au point du jour, alors qu’il s’endormit, tout en rêvant, le calife redit : « c’est Barmécide ! » et bientôt sa sagesse a rappelé sa première tendresse.

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