Vanité

 

AUX feux de mon esprit qui s’allume dans l’ombre,
Je me regarde vivre avec étonnement :
Une fierté triomphe en ma stature sombre,
Et je suis comme un roi promis au firmament !

J’ai des chants de victoire au cœur, je me célèbre !
Comme autrefois David devant l’arche a dansé,
J’élève un hymne d’or à ma propre ténèbre,
Et d’un éclair divin je me sens traversé !

Je suis mon seul amour. Je suis grand. Je suis digne.
S’il est quelqu’un meilleur, c’est qu’il existe un Dieu !
Et mon être est marqué, comme l’élu, d’un signe
Tel qu’on en voit la nuit briller dans le ciel bleu !

Vanité ! vanité ! ― Ta poussière superbe
Qui s’aime et se contemple, un vent l’emportera !
Et, comme après l’été splendide le brin d’herbe,
Ton corps, ton pauvre corps lentement pourrira !

Vanité des beaux yeux et vanité des lèvres,
Et vanité des mains où l’on s’est caressé !
Que restera-t-il donc des frissons et des fièvres
Quand l’agonie horrible et longue aura passé ?

La terre confondra dans une même fange
L’humble et celui qui fut de son âme orgueilleux,
Et rien n’apparaîtra sur leurs tombes d’étrange ;
Ils dormiront égaux et pareils sous les cieux

 
Vanité ! vanité ! ― Courbe ton front que dresse
Plus haut que ton destin l’ambitieux désir !
La mort, de toutes parts, avidement te presse,
Le néant d’où tu sors cherche à te ressaisir !

Cris de gloire perdus, qu’on peut à peine entendre
Dans la sourde rumeur que fait l’humanité,
Vous montez dune bouche où reste un goût de cendre,
Vous n’êtes qu’un vain bruit par lui-même écouté !

Vanité ! ― Tout s’éteint, tout expire et tout passe,
L’astre dans sa clarté, le monde en son orgueil !
Et l’homme, qui remplit de tumulte l’espace,
Mesure sa grandeur aux planches du cercueil !

1898

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