À l’automne

 

PAR la couleur du ciel et les plaintes du vent,
Par les tons nuancés du feuillage mouvant,
Par mon désir de rêve et mon cœur qui frissonne,
J’ai senti de là-bas venir vers nous l’automne.
Dans la sérénité profonde des beaux soirs
Où la lune apparaît bleue au firmament noir,
Malgré les astres clairs, on l’aperçoit qui rôde
Sur le gazon, ou dans les coins des chambres chaudes.
Il émane de lui je ne sais quoi de doux
Qui frôle notre chair et qui pénètre en nous,

Qui nous change, on dirait, en une autre substance,
Comme si l’on était de l’air ou du silence !
Il semble que l’on ait des ailes ; que le poids
De notre corps se fonde et renaisse à la fois ;
Qu’un bonheur a travers notre âme triste passe,
Qu’on n’ait plus qu’un degré pour atteindre à l’extase !
O volupté de vivre, ô charme alanguissant !
― Automne qui nous mets du plaisir dans le sang,
Qui nous berces, pareil à la bonne nourrice,
Jusqu’à ce que notre âme en tes bras s’assoupisse,
Je t’aime d’un amour sensuel et païen !
Et je t’élève, ô dieu, fait de songe ancien,
Un temple au clair autel entouré de balustres,
Où mon cœur balancé brûle comme un grand lustre !

1898

More from Poet

Dans le vent qui les tord les érables se plaignent,
Et j'en sais un, là-bas, dont tous les rameaux saignent !

Il est dans la montagne, auprès d'un chêne vieux,
Sur le bord d'un chemin sombre et silencieux.

L'écarlate s'épand et le rubis s'écoule
De sa large ramure...

 

DANS l’océan du ciel d’avril, gonflant leurs voiles,
Les nuages, pareils à de légers bateaux,
Naviguent, éclatants, vers des îles d’étoiles,
Avec la majesté des cygnes sur les eaux.

Ils voguent, sans troubler d’un remous l’onde bleue ;
...

 

LES Visions du soir passent, comme des vierges
En fins souliers d’azur, en robes de lin blanc,
Et leurs doigts délicats sont étoilés de cierges
Dont le feu pâle est sous l’haleine vacillant.

Les Visions du soir, cortèges angéliques,
Chantent, dans la...

 

J’IMPROVISE ces vers mystérieux pour une
Qui rayonne de grâce et de blanche beauté,
Dont le regard semble un crépuscule d’été
Qui se meurt lentement par un lever de lune.

Je ne sais pas pourquoi je lui donne ces vers.
Je vois dans ma pensée éclore son...

 

AUX feux de mon esprit qui s’allume dans l’ombre,
Je me regarde vivre avec étonnement :
Une fierté triomphe en ma stature sombre,
Et je suis comme un roi promis au firmament !

J’ai des chants de victoire au cœur, je me célèbre !
Comme autrefois David...