• Lamartine a chanté le lac au frais rivage,
    Aux flots berçant Elvire avec des bruits charmants.
    Ses vers mélodieux trouveront d'âge en âge
    Des échos immortels dans le cœur des amants.

    Byron, livrant sa voile à la vague qui gronde,
    O farouche Océan ! célébrait ta grandeur ;
    Contemplait, au miroir agité de ton onde,
    Tes abîmes béants, moins profonds que...

  • Au Théâtre-Français deux beaux noms sur l’affiche
    M’attirèrent un soir ; ce soir-là j’étais riche,
    J’avais pour avenir deux francs, je les donnai ;
    Et je vis Chatterton, et chaque mot du drame
    Eut un écho si long et si doux dans mon âme,
    Que la nuit seulement, bien tard, je soupçonnai
    Qu’en ce jour de bonheur je n’avais pas dîné.

    Seul, j’...

  •  
    Pourquoi venir, quand dans les Rues
    Novembre, au front de parchemin,
    Nous défend de bayer aux grues.
    Cigare aux lèvres, canne en main ?

    Quand de l’hiver dans le bocage
    On voit courir les noirs frissons,
    O maître, pourquoi de leur cage
    Laisser s’envoler tes chansons ?

    Quand l’hirondelle s’est enfuie,
    Quand le soleil d’un air...

  • Fée ou démon, magicienne ou sorcier,
    Je te maudis de grand cœur et pour cause :
    Depuis hier je suis ton créancier.
    Quand j’implorais un sourire de Rose,
    La pauvre enfant sanglotait sur ta prose ;
    Elle y perdit un bon quart d’heure, et moi,
    Mille baisers, baisers de bon aloi,
    Baisers sonnants… Adonc, Muse immortelle,
    En t’acquittant, fais acte de...

  • Que mon fils ait perdu sa dépouille mortelle,
    Ce fils qui fut si brave, et que j’aimai si fort,
    Je ne l’impute point à l’injure du sort,
    Puisque finir à l’homme est chose naturelle.

    Mais que de deux marauds la surprise infidèle
    Ait terminé ses jours d’une tragique mort ;
    En cela ma douleur n’a point de réconfort,
    Et tous mes sentiments sont d’accord...

  • Dieu te gard donc, mon petit fils René !
    Adieu mon fils aussitôt mort que né!
    Dieu gard mon fils venant sur terre ronde !
    Adieu mon fils départant de ce monde !
    Tu n'as encor le lait bien savouré,
    Tu n'as encor le tien pere honoré,
    Tu ne connois ni peines ni liesses,
    Et loin de nous, tu t'en vas et nous laisses.
    Tu n'as encore une seule semaine,
    ...

  • Mon petit fils, qui n'as encor rien vu,
    A ce matin ton père te salue ;
    Viens-t'en, viens voir ce monde bien pourvu
    D'honneurs et biens qui sont de grant value ;
    Viens voir la paix en
    France descendue, Viens voir
    François, notre roi et le tien,
    Qui a la France ornée et défendue ;
    Viens voir le monde où y a tant de bien.

    Viens voir le...

  • Un auteur se plaignait que ses meilleurs écrits
    Etaient rongés par les souris.
    Il avait beau changer d'armoire,
    Avoir tous les pièges à rats
    Et de bons chats,
    Rien n'y faisait : prose, vers, drame, histoire,
    out était entamé ; les maudites souris
    Ne respectaient pas plus un héros et sa gloire,
    Ou le récit d'une victoire,
    Qu'un petit bouquet à...

  • Damon, ce grand auteur, dont la muse fertile
    Amusa si longtemps et la cour et la ville,
    Mais qui, n'étant vêtu que de simple bureau,
    Passe l'été sans linge et l'hiver sans manteau ;
    Et de qui le corps sec et la mine affamée
    N'en sont pas mieux refait pour tant de renommée ;
    Las de perdre en rimant et sa peine et son bien,
    D'emprunter en tous lieux et de ne...

  • Un oeil de chat-huant, des cheveux serpentins,
    Une trogne rustique à prendre des copies,
    Un nez qui au mois d'août distille les roupies,
    Un ris sardonien à charmer les lutins,

    Une bouche en triangle, où comme à ces mâtins
    Hors oeuvre on voit pousser de longues dents pourries,
    Une lèvre chancreuse à baiser les furies,
    Un front plâtré de fard, un...