Préface

 
Souvent sur la grève natale,
Près du cap où le soir prolongeait sa rougeur,
Après la tourmente fatale,
Après l’âpre ouragan, j’errais seul et songeur.

En larges nappes apaisées,
La mer, la vaste mer, rentrait dans son repos.
Câbles rompus, vergues brisées
Déferlaient à mes pieds dans l’écume des flots.

O mer ! sous tes fureurs sauvages
Combien d’esquifs, combien de vaisseaux engloutis !
Quelques débris sur nos rivages
Sont les seuls messagers de ceux qui sont partis.

Ils sont partis, le vent aux voiles,
A leurs mâts pavoisés le soleil radieux.
Puis la nuit vint, — nuit sans étoiles !
Ils dorment maintenant sous les flots oublieux.

Pareil est votre sort, poètes !
Vous partez : l’air est calme et le flot aplani.
Rêvant d’idéales conquêtes,
Vous rencontrez l’abîme en cherchant l’infini.

Comptant sur vos jeunes courages,
L’horizon vous fascine et vous quittez le port ;
Mais l’onde est fertile en naufrages,
Et j’y sais des écueils plus cruels que la mort.

Contre vous, la haine et l’envie
Au flot perfide, aux vents s’unissent, noirs corbeaux.
Dans les tourmentes de la vie
Vous sombrez et l’oubli disperse vos lambeaux.

Et, sur la grève solitaire,
Le rêveur attardé que la nuit a surpris,
Sous la houle au mouvant mystère
Voit dans l’ombre flotter vaguement vos débris.

Débris de cœurs vaincus, mais braves !...
Qu’ils racontent du moins vos destins submergés,
Vous dont il reste pour épaves
Des rêves, des espoirs et des chants naufragés !

Collection: 
1835

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