Ode à M. le comte de Bussy de Bourgogne

by Honorat de Bueil, seigneur de Racan (1589–1670) French

Bussy, notre printemps s’en va presque expiré,
Il est temps de joüir du repos asseuré
Où l’âge nous convie :

Fuyons donc ces grandeurs qu’insensez nous suivons,
Et, sans penser plus loin, joüissons de la vie
Tandis que nous l’avons.

Donnons quelque relasche à nos travaux passez ;
Ta valeur et mes vers ont eu du nom assez.
Dans le siecle où nous sommes,
Il faut aimer nostre aise, et, pour vivre contens,
Acquerir par raison ce qu’enfin tous les hommes
Acquierent par le temps.

Que te sert de chercher les tempestes de Mars,
Pour mourir tout en vie au milieu des hazards
Où la gloire te mene ?
Cette mort qui promet un si digne loyer
N’est toûjours que la mort qu’avecque moins de peine
L’on trouve en son foyer.

Que sert à ces galants ce pompeux appareil
Dont ils vont dans la lice ébloüir le soleil
Des trésors du Pactole ?
La gloire qui les suit aprés tant de travaux
Se passe en moindre temps que la poudre qui vole
Du pied de leurs chevaux.

À quoy sert d’élever ces murs audacieux
Qui de nos vanitez font voir jusques aux cieux
Les folles entreprises ?
Maints chasteaux, accablez dessous leur propre fais,
Enterrent avec eux les noms et les devises
De ceux qui les ont faits.

Employons mieux le temps qui nous est limité ;
Quittons ce fol espoir par qui la vanité
Nous en fait tant accroire.
Qu’amour soit desormais la fin de nos desirs ;
Car pour eux seulement les Dieux ont fait la gloire,
Et pour nous les plaisirs.

Heureux qui, dépoüillé de toutes passions,
Aux loix de son païs régle ses actions
Exemptes d’artifice !
Et qui, libre du soin qui t’est trop familier,
Aimeroit mieux mourir dans les bras d’Artenice
Que devant Montpelier !

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