Moine doux
by Émile Verhaeren
- Il est des moines doux avec des traits si calmes,
- Qu'on ornerait leurs mains de roses et de palmes,
- Qu'on formerait, pour le porter au-dessus d'eux,
- Un dais pâlement bleu comme le bleu des cieux,
- Et pour leurs pas foulant les plaines de la vie,
- Une route d'argent d'un chemin d'or suivie.
- Et par les lacs, le long des eaux, ils s'en iraient,
- Comme un cortège blanc de lys qui marcheraient.
- Ces moines, dont l'esprit jette un reflet de cierge,
- Sont les amants naïfs de la Très Sainte Vierge,
- Ils sont ses enflammés qui vont La proclamant
- Etoile de la mer et feu du firmament,
- Qui jettent dans les vents la voix de ses louanges,
- Avec des lèvres d'or comme le chœur des anges,
- Qui l'ont priée avec des vœux si dévorants
- Et des cœurs si brûlés qu'ils en ont les yeux grands,
- Qui la servent enfin dans de telles délices,
- Qu'ils tremperaient leur foi dans le feu des supplices,
- Et qu'Elle, un soir d'amour, pour les récompenser,
- Donne aux plus saints d'entre eux son Jésus à baiser.