Malédiction

by Victor Hugo (1802–1885) French

Qu’il erre sans repos, courbé dès sa jeunesse,
En des sables sans borne où le soleil renaisse

Comme un noir meurtrier qui fuit dans la nuit sombre,
S’il marche, que sans cesse il entende dans l’ombre

En des glaciers polis comme un tranchant de hache,
Qu’il glisse, et roule, et tombe, et tombe, et se rattache

Qu’il soit pris pour un autre, et, râlant sur la roue,
Dise : Je n’ai rien fait ! et qu’alors on le cloue

Qu’il pende échevelé, la bouche violette !
Que, visible à lui seul, la mort, chauve squelette,

Que son cadavre souffre, et vive assez encore
Pour sentir, quand la mort le ronge et le dévore,

Qu’il ne soit plus vivant, et ne soit pas une âme !
Que sur ses membres nus tombe un soleil de flamme

Qu’il s’éveille en sursaut chaque nuit dans la brume,
Et lutte, et se secoue, et vainement écume

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