Les Matines
by Émile Verhaeren
- Moines, vos chants d'aurore ont des élans d'espoir,
- Et des bruits retombants de cloche et d'encensoir :
- Quand les regards, suivant leur route coutumière,
- Montent vers les sommets chercher de la lumière ;
- Quand le corps, dégourdi des langueurs du réveil,
- Comme un jardin d'été se déplie au soleil ;
- Quand le cerveau, tiré des sommeils taciturnes,
- Secoue au seuil du jour ses visions nocturnes,
- Quand il reprend sur lui la charge de penser,
- Et que l'aube revient d'orgueil le pavoiser ;
- Quand l'amour, revenu des alcôves aux plaines,
- Berce des oiseaux d'or dans ses douces haleines ;
- Quand peuplant de regards les loins silencieux,
- Les souvenirs charmeurs nous fixent de leurs yeux ;
- Quand notre corps se fond dans la volupté d'être
- Et que de nouveaux sens lui demandent à naître :
- Moines, vos chants d'aurore ont des élans d'espoir
- Et des bruits retombants de cloche et d'encensoir.