Le Coureur

by José-Maria de Heredia (1842–1905) · 1893 French

 
Tel que Delphes l’a vu quand, Thymos le suivant,
Il volait par le stade aux clameurs de la foule,
Tel Ladas court encor sur le socle qu’il foule
D’un pied de bronze, svelte et plus vif que le vent.

Le bras tendu, l’œil fixe et le torse en avant,
Une sueur d’airain à son front perle et coule ;
On dirait que l’athlète a jailli hors du moule,
Tandis que le sculpteur le fondait, tout vivant.

Il palpite, il frémit d’espérance et de fièvre,
Son flanc halète, l’air qu’il fend manque à sa lèvre
Et l’effort fait saillir ses muscles de métal ;

L’irrésistible élan de la course l’entraîne
Et passant par-dessus son propre piédestal,
Vers la palme et le but il va fuir dans l’arène.

Source: Wikisource

À propos de ce poème

« Le Coureur » est un sonnet des Trophées (1893) de José-Maria de Heredia (1842–1905), le recueil le plus célèbre de la poésie parnassienne.

Le poème décrit la statue en bronze de Ladas, coureur grec vainqueur à Olympie. Heredia la rend si vivante qu’on croit voir l’athlète courir : le bras tendu, une « sueur d’airain » au front, les muscles de métal qui saillent. La pointe finale imagine que l’élan de la course l’emporte au-delà de son socle. C’est l’idéal parnassien : une poésie aussi précise et sculptée qu’une œuvre d’art.

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