Intangible

by Renée Vivien

 
    Nul n’oserait frôler l’effilement des doigts
    Que je tends en un geste indifférent et triste.

    L’amour n’a point d’écho pour répondre à ma voix,
    Nul n’ose interroger mes regards d’améthyste…

    Car moi, fille royale, ainsi je l’ai voulu,
    Sachant que mon bonheur était dans le silence…

    Seuls, les beaux chants lointains de l’autrefois m’ont plu,
    Car c’est vers l’autrefois que mon âme s’élance…

    Et nul n’ose troubler la sombre paix d’un seuil
    Que garde l’inconnu. Mais j’y règne, impassible…

    J’y sers obscurément le Dieu de mon long deuil…
    Nul n’ose m’approcher… Car je suis l’Intangible…

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