Hercule
Puissant moteur des cieux, ferme appui de la terre,
Seul être souverain, seul maître du tonnerre
Goûte enfin, roi des dieux, le doux fruit de mes faits,
Qui par tout l’univers t’ont établi la paix ;
J’ai d’entre tes sujets la trahison bannie ;
J’ai des rois arrogans puni la tyrannie,
Et rendu ton renom si puissant et si beau
Que le foudre en tes mains n’est plus qu’un vain fardeau.
Des objets de ton bras le mien est l’homicide,
Et tu n’as rien à faire après les faits d’Alcide,
Tu n’as plus à tonner, et le ciel, toutefois
M’est encore interdit après tous ces exploits.
Parais-je encore un fils indigne de son père ?
Junon n’a-t-elle pas assouvi sa colère ?
N’a-t-elle pas assez, par son aversion
Fait paraître ma force et mon extraction ! etc.
(Rotrou, Hercule mourant, acte i, sc. 1.)
L’air, la terre, la mer, les infernales rives,
Laissent enfin ma vie et mes forces oisives ;
Et voyant sans effet leurs monstres abattus,
Ces faibles ennemis n’en reproduisent plus.
(Ibid.)
Mais qu’en vain j’ai purgé le séjour où nous sommes !
Je donne aux Immortels la peur que j’ôte aux hommes.
Ces monstres dont ma main a délivré ces lieux
Profitent de leur mort et s’emparent des cieux.
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Junon, dont le courroux ne peut encor s’éteindre,
En a peuplé le ciel pour me le faire craindre, etc.
(Ibid.)
Ces vaincus qui m’ont fait si célèbre aux neveux,
Ont au ciel devant moi la place que j’y veux.
(Rotrou, Hercule mourant, acte i, sc. 1.)
· · · · · · · · · · Vi poutus, et undis
Hesperium Siculo latus abscidit.
(VIRGIL, Æneid., lib. III, v. 416.)
Nulla vis flammæ, tumidique venti
Tanta, nec teli metuenda torti,
Quanta quum conjux vidnata tædis
Ardet et odit, etc.
Dieux ! que la jalousie en un jeune courage,
Alors qu’on aime bien, est une affreuse rage !
L’Afrique en ses déserts ne présente à nos yeux
Rien de si redoutable et de si furieux.
Sitôt que ce jeune astre aux regards de la reine
Exposa sa clarté si belle et si sereine
Aussitôt qu’à ses yeux Iole se fit voir,
Bien loin de se contraindre et de la recevoir,
· · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·
Elle court sans dessein, et sa course rapide
Cent fois a fait trembler tout le palais d’Alcide
Elle renverse tout, rompt tout, et sous ses pas
La maison est étroite et ne lui suffit pas.
Sa pâleur fait juger du mal qui la possède,
La rougeur tôt après à la pâleur succède ;
Elle verse des pleurs, et dans le même instant
Du feu sort de ses yeux qui les sèche en sortant, etc.
(Hercule mourant, acte II, sc. 1)
Ou, s’il n’est point de monstre assez fort pour ta haine,
Fais-moi capable d’être et son monstre et sa peine.
Change, si tu peux tout, ma figure et rends-moi
Telle qu’on peint l’horreur et la rage et l’effroi.
Pourquoi perds-tu le temps à tirer de la terre
Un monstre nécessaire à lui faire la guerre ?
Pourquoi, dans les enfers cherches-tu sans effet
Tout ce qu’ils ont de pire, et ce qu’il a défait,
Si je porte en mon sein de quoi te satisfaire ? etc.
(Ibid.)
Qu’Hercule me trahisse et qu’Iole me brave !
Qu’une jeune effrontée, une insolente esclave,
Dont le père a suivi ces peuples déconfits,
Vienne en ces lieux donner des frères à mes fils,
Et, pour avoir charmé les yeux de ce perfide,
Soit fille de Jupin et compagne d’Alcide, etc.
(ROTROU, Hercule mourant, acte II sc.2.)
Le plus désespéré devant la mort recule ;
Et vous mourriez madame
Oui, mais femme d’Hercule
Et mon œil, de mes pleurs à chaque heure mouillé,
Ne verra point mon lit honteusement souillé.
J’éteindrai de son sang, avec ses sales flammes,
Les torches de l’hymen qui joignit nos deux âmes.
S’il redoute l’effet du dessein que je fais,
Qu’il ajoute une mort au nombre de ses faits.
Qu’il croisse de ma perte encor sa renommée,
Qu’au rang de ses vaincus sa femme soit nommée ;
Ces membres, dénués de sang et de vigueur,
Mourant, embrasseront la couche du vainqueur,
Pourvu que cette esclave expire à la même heure
Je mourrai sans regret pourvu qu’Iole meure.
On se perd doucement quand on perd ce qu’on hait
Et qui tue en mourant, doit mourir satisfait.
Le temps qui forme tout, change aussi toutes choses,
Il flétrit les œillets, il efface les roses ;
Et ces fleurs, dont jadis mon visage fut peint,
Ne sont plus à tes yeux qu’un triste et pâle teint.
Iole a sur le sein l’ornement nécessaire
A faire de son cœur un lâche tributaire ;
L’âge lui laisse encor les appas que tu veux,
Et sa jeunesse enfin me dérobe tes vœux.
(ROTROU, Hercule mourant, acte I, sc. 2.)
Je connais un vieillard dont les secrets divers
Ont fait naitre des fleurs au milieu des hivers :
Il trouble l’océan, il fait trembler la terre,
Il peut d’un mot, dans l’air, arrêter le tonnerre,
Il fait de cent rochers mouvoir les vastes corps,
Il brise les cercueils et fait parler les morts, etc.
(ROTROU, Hercule mourant, acte II, sc. 2)
Quo vesane ruis ? teneas utrumque licebit
Oceanum, laxet rutilos tibi Lydia fontes,
Jungantur solium Crœsi, Cyrique tiara :
Nunquam dives eris, nunquam satiabere quœstu.
Semper inops, quicumque cupit. Contentus honesto
Fabricius parvo spernebat munera regum,
Sudabatque gravi consul Serranus aratro,
Et casa pugnaces Curios angusta tegebat.
Hæc mihi paupertas opulentior, bæc mihi tecta
Culminibus majora tuis.
In Rufin., lib. I, v. 196.)
Lichas, dont il a pris la chemise fatale,
Déjà privé du jour dans l’Érèbe dévale.
(ROTROU, Hercule mourant, acte XII, sc. 4.)
Frappe ce lâche sein du trait de ton tonnerre
Le plus fort que jamais tu dardes sur la terre,
Et dont le pire monstre aurait été vaincu,
Si, pour te soulager, Alcide n’eût vécu.
(ROTROU, Hercule mourant, acte III, sc. 4.)
Mais que veux-je du ciel ? Quoi ! la femme d’Hercule
Au chemin de la mort est timide et recule !
Elle implore des dieux le moyen de mourir,
Et de sa propre main ne se peut secourir !
(Ibid.)
Que mon sang sur ce mont fasse mille ruisseaux ;
Qu’à ces pierres mon corps laisse autant de morceaux ;
Qu’en un endroit du roc ma main reste pendue,
Et ma peau déchirée en d’autres étendue :
Une mort est trop douce, il la faut prolonger,
Et mourir d’un seul coup, c’est trop peu le venger.
(Ibid.)
Eh bien ! filles d’enfer, vos mains sont-elles prêtes ?
Mais quelle prompte flamme en mes veines s’allume ?
Quelle soudaine ardeur jusqu’aux os me consume ?
Quel poison communique à ce linge fatal
La vertu qui me brûle ? O tournent sans égal ! etc.
(ROTROU, Hercule mourant, acte III, sc. I.)
Est-ce donc là ce bras dont les faits sont si rares ?
Ce vainqueur des tyrans, cet effroi des barbares,
Ce fléau de révolte et des rébellions,
Ce meurtrier de serpens, ce dompteur de lions ?
Suis-je ce même Alcide ? ai-je de ces épaules,
Pour le secours d’Atlas, soutenu les deux notes ?
Résisterais-je encore à ce faix glorieux ?
Et paraîs-je en ce point être du sang des dieux ?
Non, non par cette mort qui borne ma puissance,
Un mortel sera cru fauteur de ma naissance ;
Et ceux qui m’adoraient m’estimeront enfin
Le fils d’Amphitryon, et non pas de Jupin.
(ROTROU, Hercule mourant, acte IV, sc. 1.)
D’un regard de pitié daigne percer la nue,
Et sur ton fils mourant arrête un peu la vue ;
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J’ai toujours dû ma vie à ma seule défense,
Et je n’ai point encore imploré ta puissance.
Quand les têtes de l’hydre ont fait entre mes bras
Cent replis tortueux, je ne te priais pas
Quand j’ai, dans les enfers, affronté la mort même,
Je n’ai point réclamé ta puissance suprême.
J’ai de monstres divers purgé chaque élément,
Sans jeter vers le ciel un regard seulement.
Mon bras fut mon recours, et jamais le tonnerre
N’a, quand j’ai combattu, grondé contre la terre.
Je n’ai rien imploré de ton affection,
Et je commence, hélas ! cette lâche action.
(ROTROU, Hercule mourant, acte IV, sc. I.)
Semper ubi æterna vestigine clara nitet lux.
O divin changement ! ô miracle divers !
Mon père à ma venue accourt les bras ouverts !
Tout me rit ; et Junon, par ma mort assouvie,
M’offre le vin qui donne une éternelle vie.
Je vois sur le soleil, et plus haut que le jour,
Le palais de mon père, et son trône et sa cour, etc.
(Hercule mourant, acte IV sc. 2.)
Mon père en soit loué, mes travaux ont leur fin ;
Ce que vous m’apprenez explique mon destin.
Un chêne prophétique en la forêt de Cyrrhe,
Par ces mots, à peu près, m’a prédit ce martyre :
« Appui des dieux et de humains,
Victorieux Alcide
Un qui sera mort par les mains
Sera ton homicide, etc. »
Toi qui sais de quel œil il vit borner ses jours,
Fais-moi de ce trépas le tragique discours.
Quelle fut sa vertu ?
La mort lui parut telle,
Que la vie à nos yeux, ne fit jamais si belle.
Ce que te paraîtrait un parterre odorant.
Il fit sa mort célèbre, en bénit les causes,
Et fut dans les charbon comme parmi des roses.
Et d’un œil plus riant
Que celui du soleil n’est dessus l’orient, etc.
(Hercule mourant, acte V, sc. I.)
En ce vase chétif tout Hercule est enclos,
Je puis en une main enfermer ce héros ;
Ceci fut la terreur de la terre et de l’onde,
Et je porte celui qui fit trembler le monde etc.
(ROTROU, Hercule mourant, acte V sc. 2.)
Una Cleonæum pasceba silva leonem.
(CLAUDIAL., in Rufin., lib. I, v. 285.)
Alcide, souriant au feu qui l’environne,
En suit d’un œil serein le cours impétueux ;
Et le bûcher parait un trône
Où brille du héros le frontmajestueux.
Bientôt Vulcain détruit l’enveloppe grossière
Qui l’attache à l’humanité ;
Le ciel ouvert attend une divinité.
Le fils d’Alcmène est réduit eu poussière,
Le fils de Jupiter dans le ciel est monté.
(THÉVENEAU, Hercule au mont Œta, dithyrambe.)