Nous sommes étrangers et passons sur la terre
Comme un esquif léger qui fuit en se jouant
Sous les furtifs baisers d’une brise légère,
Et dans l’horizon bleu disparaît lentement ;
Heureux si le sillon qu’il marque dans sa fuite
Demeure quelque temps après qu’il a passé ;
Si quelque tourbillon n’efface tout de suite
Le chemin qu’en son cours rapide il a tracé ;
Heureux si, dans les lieux d’où le sort nous entraîne,
Il nous demeure un cœur où nous vivions encor,
Un seul cœur qui nous suive en la plage lointaine
Que l’on nomme ici-bas le sépulcre d’un mort.
Le poëte jamais n’est maître de sa lyre,
Dont les cordes souvent éclatent sous ses doigts ;
C’est lorsqu’il sent le plus qu’il peut le moins décrire, …
L’autre jour, par hasard, en ouvrant la gazette,
Mes regards sont tombés sur ces mots : « La Jeannette. »
La Jeannette !… Et longtemps je suis resté songeur, …