Dans la Sierra

by Théophile Gautier (1811–1872) French


J’aime d’un fol amour les monts fiers et sublimes !
Les plantes n’osent pas poser leurs pieds frileux
Sur le linceul d’argent qui recouvre leurs cimes ;
Le soc s’émousserait à leurs pics anguleux ;

Ni vigne aux bras lascifs, ni blés dorés, ni seigles ;
Rien qui rappelle l’homme et le travail maudit.
Dans leur air libre et pur nagent des essaims d’aigles,
Et l’écho du rocher siffle l’air du bandit.

Ils ne rapportent rien et ne sont pas utiles ;
Ils n’ont que leur beauté, je le sais, c’est bien peu ;
Mais, moi, je les préfère aux champs gras et fertiles,
Qui sont si loin du ciel qu’on n’y voit jamais Dieu !

À propos de ce poème

Théophile Gautier (1811–1872) voyagea en Espagne en 1840 et en rapporta le recueil de poèmes España (1845), d’où vient « Dans la Sierra ».

Le poète déclare son « fol amour » pour les montagnes sauvages, où rien ne rappelle l’homme ni le travail : ni vigne, ni blé, seulement les aigles et l’écho du bandit. Il reconnaît qu’elles ne sont « pas utiles » et n’ont que leur beauté. Le dernier vers retourne l’argument : les champs fertiles sont « si loin du ciel qu’on n’y voit jamais Dieu ». C’est une défense de la beauté inutile, chère à Gautier.

More poems by Théophile Gautier

All poems by Théophile Gautier →