Croquis de cloître
by Émile Verhaeren
- Dans un pesant repos d'après-midi vermeil,
- Les stalles en vieux chêne éteint sont alignées,
- Et le jour traversant les fenêtres ignées
- Etale, au fond du choeur, des nattes de soleil.
- Et les moines dans leurs coules toutes les mêmes,
- - Mêmes plis sur leur manche et mêmes sur leur froc,
- Même raideur et même attitude de roc -
- Sont là debout, muets, plantés sur deux rangs blêmes.
- Et l'on s'attend à voir leurs gestes arrêtés
- Se prolonger soudain et les versets chantés
- Rompre, à tonnantes voix, ces silences qui pèsent ;
- Mais rien ne bouge, au long du sombre mur qui fuit,
- Et les heures s'en vont, par le couvent, sans bruit,
- Et toujours et toujours les grands moines se taisent.