Comme l’on aime en Bretagne
— « Où sont vos deux joues en fleur ? — Vous êtes
attristée, chère petite Anna. — Votre front blanc est
plus pâle encore ; — Vos yeux sont remplis de larmes. »
— « Hélas, cher Yann, mon âme — Est angoissée
jusqu’à mourir. — Et, si tu savais la nouvelle, — Aussi
grand serait ton chagrin. »
— « Oh ! dis-moi, ma douce jolie, — Pourquoi ta
tristesse ? » — « Ami, ne songe plus à moi désormais, —
Jamais Annaïk ne sera joyeuse. »
Et la pauvre enfant disait : — « Ma pauvre petite vie
est navrée. — Ma marâtre m’a vendue — À un étranger,
hier matin.
Vendue à un homme plein d’orgueil, — Venu sans
doute du pays français ; — Partout il marche le front
orgueilleux, — Devant les hommes et devant Dieu.
Depuis je cours à travers champs, — Ayant la fièvre,
le délire, — Pour te chercher, mon tendre ami, —
Avant d’aller avec la mort. »
— « Anna, je t’ai donné ma foi, — Donne-moi ma
part de ta douleur… — Mais chassons chagrins et
crainte : — Nous allons être mariés.
Sèche tes yeux pleins de pleurs : — En un pays
sans méchancetés, — Nous verrons Jésus et la Vierge
— Notre-Dame de Bon-Secours. »
Et leur douleur, hélas ! étant trop grande, — Trop
grande pour leur jeune cœur, — Ils moururent parmi
les fleurs — Les fleurs d’or au pied de la Croix.