Comme l’on aime en Bretagne

by Erwan Berthou (1861–1933) · 1904 French

— « Où sont vos deux joues en fleur ? — Vous êtes
attristée, chère petite Anna. — Votre front blanc est
plus pâle encore ; — Vos yeux sont remplis de larmes. »

— « Hélas, cher Yann, mon âme — Est angoissée
jusqu’à mourir. — Et, si tu savais la nouvelle, — Aussi
grand serait ton chagrin. »

— « Oh ! dis-moi, ma douce jolie, — Pourquoi ta
tristesse ? » — « Ami, ne songe plus à moi désormais, —
Jamais Annaïk ne sera joyeuse. »

Et la pauvre enfant disait : — « Ma pauvre petite vie
est navrée. — Ma marâtre m’a vendue — À un étranger,
hier matin.

Vendue à un homme plein d’orgueil, — Venu sans
doute du pays français ; — Partout il marche le front
orgueilleux, — Devant les hommes et devant Dieu.

Depuis je cours à travers champs, — Ayant la fièvre,
le délire, — Pour te chercher, mon tendre ami, —
Avant d’aller avec la mort. »

— « Anna, je t’ai donné ma foi, — Donne-moi ma
part de ta douleur… — Mais chassons chagrins et
crainte : — Nous allons être mariés.

Sèche tes yeux pleins de pleurs : — En un pays
sans méchancetés, — Nous verrons Jésus et la Vierge
— Notre-Dame de Bon-Secours. »

Et leur douleur, hélas ! étant trop grande, — Trop
grande pour leur jeune cœur, — Ils moururent parmi
les fleurs — Les fleurs d’or au pied de la Croix.

More poems by Erwan Berthou

All poems by Erwan Berthou →