Après

 

J’AIMAIS, quand vous m’aimiez. Maintenant, mon cœur vide
Regrette le plaisir si doux qui fut le sien,
Et mon bonheur est mort hier, presque ancien,
Au front de ma jeunesse imprimant une ride.

Quand vous m’aimiez, j’aimais. Aujourd’hui, je n’ai plus
La gloire de chanter comme vous êtes belle ;
Mais je garde à ma lèvre, obstinément fidèle,
La mémoire des mots que vous avez voulus…

Ah ! quand je vous prenais entre mes mains la tête,
Et que je regardais dans le fond de vos yeux,
Pourquoi, pâle et troublée, abaissiez-vous sur eux
Vos paupières, avant mon âme satisfaite ?

L’amour est incertain, fragile et décevant !
Et pour l’avoir connu je m’en vais seul, et triste
D’une vieille ferveur éteinte et qui persiste,
Comme une branche morte en un arbre vivant !

1898

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...

 

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