Vaudeville

by Charles-François Panard (1689–1765) French

J’ai toujours, Bacchus,

Célébré ton jus ;

N’en perdons pas la coutume,

Seconde-moi ;

Que peut, sans toi,

Ma plume ?

Coule à longs traits,

Dans mon épais

Volume,

Viens mon cher patron,

Sois mon Apollon ;

Viens mon cher ami, que je t'hume.

Grâce à la liqueur

Qui lave mon cœur

Nul souci ne me consume.

De ce vin gris

Que je chéris

L'écume !

Lorsque j'en boi,

Quel feu chez moi

S'allume !

Nectar enchanteur

Tu fais mon bonheur,

Viens mon cher ami, que je t'hume.

Champagne divin,

Du plus noir chagrin

Tu dissipes l'amertume,

Tu sais mûrir,

Tu sais guérir

Le rhume,

Quel goût flatteur !

Ta douce odeur

Parfume.

Pour tant de bienfaits

Et pour tant d'attraits,

Viens mon cher ami, que je t'hume.

Mars, un beau matin,

Croyant que Vulcain

Travaillait son enclume,

Chez la Donna

Vint selon sa

Coutume.

Vulcain les voit ;

Et vite il boit,

Il fume.

Sur ce digne époux

Cocus réglez-vous.

Il faut humer comme il hume.

Tout passe amis, tout passe sur la terre :

Ce sont du ciel les ordres absolus.

Tel qui voit du vin dans mon verre,

Dans un moment n'en verra plus.

Par la vapeur du vin nouveau

Lucas s'étant un jour embrouillé le cerveau ;

En rentrant au logis, sa vue était si trouble,

Que sa femme lui paru double.

Grands Dieux ! s'écria-t-il, par quel forfait affreux

Ai-je pu mériter un sort si déplorable ?

Je n'avais qu'une femme et j'étais malheureux,

Lancez sur moi la foudre redoutable,

Plutôt que de m'en donner deux.

Que la treille aux amants offre un riant secours !

J'y veux mener souvent la belle que j'estime,

Son ombre cache nos amours

Et son jus charmant les anime.

Terribles Aquilons, cessez votre ravage ;

Dans ces lieux gardez-vous d'exciter un orage ;

Laissez arriver jusqu'à moi

Cet aimable convoi.

Sur les paisibles flots de ce charmant breuvage

Le plaisir embarqué vient nous faire un doux sort ;

Mon verre est le vaisseau qui l'amène au rivage,

Mon palais est la rade, et mon cœur est le port.

Trop prodigue d'un bien que l'on doit épargner,

Pourquoi, dans la moindre migraine

Veux-tu, mon cher ami, que l'on t'ouvre les veines ?

Sers-toi du bon moyen que je vais t'enseigner.

Si tu veux qu'au plus tôt la santé te revienne,

Ce n'est pas toi, compère Étienne,

C'est ton tonneau qu'il faut saigner.

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