Sur la guérison de Chrysante

by François de Malherbe


Les Destins sont vaincus, et le flux de mes larmes
De leur main insolente a fait tomber les armes ;
Amour en ce combat a reconnu ma foi :
        Lauriers, couronnez-moi.

Quel penser agréable a soulagé mes plaintes,
Quelle heure de repos a diverti mes craintes,
Tant que du cher objet en mon âme adoré
        Le péril a duré ?

J’ai toujours vu ma dame avoir toutes les marques
De n’être point sujette à l’outrage des Parques ;
Mais quel espoir de bien, en l’excès de ma peur,
        N’estimais-je trompeur ?

Aujourd’hui c’en est fait, elle est toute guérie,
Et le soleil d’avril, peignant une prairie,
En leurs tapis de fleurs n’ont jamais égalé
        Son teint renouvelé.

Je ne la vis jamais si fraîche ni si belle ;
Jamais de si bon cœur je ne brûlai pour elle,
Et ne pense jamais avoir tant de raison
        De bénir ma prison.

Dieux, dont la providence et les mains souveraines,
Terminant sa langueur, ont mis fin à mes peines,
Vous saurais-je payer avec assez d’encens
        L’aise que je ressens ?

Après une faveur si visible et si grande,
Je n’ai plus à vous faire aucune autre demande :
        Vous m’avez tout donné, redonnant à mes yeux
        Ce chef-d’œuvre des cieux.

Certes, vous êtes bons ; et combien de nos crimes
Vous donnent quelquefois des courroux légitimes,
Quand des cœurs bien touchés vous demandent secours,
        Ils l’obtiennent toujours.

Continuez, grands dieux, et ne faites pas dire
Ou que rien ici-bas ne connaît votre empire,
Ou qu’aux occasions les plus dignes de soins
        Vous en avez le moins.

Donnez-nous tous les ans des moissons redoublées ;
Soient toujours de nectar nos riviêres comblées ;
Si Chrysante ne vit et ne se porte bien,
        Nous ne vous devons rien.

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